PROCÉDÉS DE TOPOGRAPHIE CRANIO- ENCÉPHALIQUE
De nombreux procédés ont été employés pour les déterminations de topographie cranio-cérébrale. Nous allons les passer rapidement en revue.
Procédé de Cirât fol et : MOULES INTRACRANIENS.
Gratiolet n’a pas publié le procédé qu’il avait employé mais l’a communiqué en 1862 à Broca qui l’a fait connaître.
Gratiolet coulait du plâtre dans la cavité crânienne, puis traçait sur le moulage ainsi obtenu les sutures et les scissures, en prenant des mesures sur le cerveau exposé devant lui .
On a reproché à ce procédé l’absence de points de repère communs au crâne et au cerveau, et la déformation de ce dernier, sorti de la boîte crânienne.
Procédé de P. Broca : FICHES.
Avant de se servir des fiches, Broca pratiquait des coupes sur des têtes fraîches, pour ses déterminations de topographie cranio-cérébrale. Ce procédé ne permettait qu’une seule expérience sur chaque individu.
En 1861, Broca inventa le procédé « Des fiches ». — Ce procédé consiste à enfoncer à travers le crâne préalablement dénudé des chevilles de bois dans le cerveau , par de petites perforations faites à la drille ou au poinçon. Les fiches sont de 2 à 3 centim. pour la surface, et de 3 à 5 et plus pour la profondeur.
Les fiches enfoncées, on procède à la coupe du crâne suivant le plan glabello-iniaque. Puis on extrait le cerveau dans la calotte, on pose le cerveau sur sa base et on enlève les méninges. On mesure les distances qui séparent les fiches des sillons, directement sur le cerveau, en tenant compte des déformations subies, et on les rapporte au crâne, ou on les mesure sur le crâne, « après avoir tracé sur lui la topographie craniocérébrale à la place respective qu’elle doit occuper relativement aux perforations ». (De la Foülhoüze).
Toutes les mensurations sont prises dans le sens antéropostérieur et transversal, jamais d’obliques.
Broca s’est servi de neuf fiches, dont six pour les scissures, et trois supplémentaires pour les sillons. Il enfonce trois fiches dans la suture coronalo pour les mesures « rolando-coronales » (fiches bregmatique, stéphanique, ptérique); deux fiches dans la suture lamdoïde pour les mesures « occipito-lambdoïdiennes » (fiches lambdoïde interne et lambdoïde moyenne) ; une fiche au point culminant de la suture écailleuse (fiche temporale) pour la mesure « sylvio-temporale ». La fiche ptérique sert en outre pour la détermination de la scissure de Sylvius.
Les trois fiches supplémentaires pour les sillons sont les fiches frontale et pariétale, enfoncées au sommet des bosses de même nom, et une fiche obélique. D’après Broca lui-même, les fiches frontale et pariétale sont difficiles à placer, et il faut le plus souvent, pour trouver la bosse pariétale, faire tomber sur la suture sagittale une perpendiculaire arrivant au point le plus élevé de l’obélion.
Broca a indiqué les avantages de son procédé, facile, rapide
ne détériorant pas le crâne. Il permet d’obtenir des dessins plans ou des dessins sur le relief du crâne, ce que ne peuvent donner les procédés graphiques. Toutefois, il reconnaît l’avantage des méthodes graphiques, quand on ne craint pas une grande dépense de temps, et quand on désire avoir l’ensemble des rapports topographiques cranio -cérébraux chez un ou plusieurs sujets.
De la Foulhouze (1876) a employé le procédé de Broca. Poirier s’en est également servi dans la plupart des cas. Il injecte artères et veines. Ses expériences ont porté sur 50 adultes des deux sexes et 20 enfants.
Procédé de Bîscliofr (1868).
C’est le procédé de Broca qui a changé de nom en Allemagne, mais qui ne diffère de celui de Broca que parce que Bischoff a employé des chevilles de fer au lieu de chevilles de bois.
Procédé de HePtler (1873) : NORMAS CRANIENNES.
Ce procédé a été inspiré à Heftler parle professeur Landzert C’est un procédé graphique, qui s’exécute de la façon suivante : on détache du tronc la tête avec le cou, on rase les cheveux, et on injecte dans les carotides une solution alcoolique de chlorure de zinc additionnée de glycérine et d’acide phénique. On place la tête dans une caisse cubique et on y coule du plâtre.
On enlève ensuite une paroi de la caisse et la couche de plâtre correspondants de façon à découvrir un des côtés de la tête, et, au moyen du diopter de Lucœ (instrument qui donne des projections géométrales, et évite les erreurs de perspective), on fait au crayon noir un premier dessin des contours de la tête. On enlève ensuite toutes les parties molles, et on fait au crayon rouge un second dessin que l’on superpose au précédent.
Enfin, on enlève à la scie la portion de crâne mise à nu, on détache les méninges, et on dessine circonvolutions et scissures au crayon violet, à l’aide du même moyen et sur le même dessin.
Heftler a ainsi expérimenté sur 10 têtes pour chacune des 4 normas crâniennes : 10 têtes de profil,
10 en position verticale,
10 — antérieure,
10 — postérieure,
en tout 28 hommes et 12 femmes.
Heftler reproche à son procédé deux causes d’erreur:
1° La rétraction du cerveau produite rapidement par la chlorure de zinc ;
2° L’ébranlement causé par la scie.
Fig. 1 Construite par le Pr Debierre d’après les indications de Heftler. — Norma lateralis.
G, glabelle. — B, bregma. — La, Lambda. — I, Inion — C, suture coronale.
— L, suture lambdoïde. — EE, suture pariéto-temporale. — P, ptérion. — c, stéphanion. — A, astérion. — SS, scissure de Sylvius. — R R, scissure de Rolando. — II, sillon iDterpariétal. — P, scissure perpendiculaire externe.
— tt, ligne courbe temporale. — F1, F2, F3, lre, 2e, 3e, circonvolutions frontales. — Fa, cire, frontale ascendante. — T1, T2, T3, lre, 2e, 8e cire, temporales. — Pc, lobule du pli courbe — P/, cire, pariétale inférieure. — Ps, cire, pariét. supérieure. — Lpc, pli courbe. — O1, O2, O3, lre, 2l, 3e, cire, occipitales. — S l, sinus latéral. — Ce, cervelet
Fig. 1. — Rapports du crâne et du cerveau d’après Heftler.
Procédé de Turner (1873) : AIRES CRANIENNES.
Ce procédé est également un procédé graphique, mais il est tout différent du dernier.
Turner commence par diviser chaque moitié du crâne en 10 aires limitées par des lignes fixes. Il découpe le crâne à la scie en suivant ces lignes et examine les circonvolutions sousjacentes à chacune de ces aires.
Voici ces 10 aires crâniennes. Tout ce qui est en avant delà suture coronale est la région præcoronale ou frontale. La suture lambdoïde limite en avant la région post-lambdoïdienne ou occipitale (limitée en bas par l’inion et la ligne courbe supérieure de l’occipital). La région pariétale est divisée en deux par une ligne verticale, menée de la suture squameuse directement en haut à la suture sagittale à travers la bosse pariétale : on obtient ainsi une région antérieure post-coronale ou antéro-pariétale , et une postérieure prælambdoïdionne ou postéro-pariétale.
La ligne courbe temporale divise les régions frontale et pariétale chacune en deux parties, l’une inférieure, l’autre supérieure.
Sous la suture sphéno-pariétale, se trouve la région sphénoïdale, et sous la suture squameuse, la région temporale.
Enfin, la région frontale supérieure est divisée en deux par une ligne antéro-postérieure parallèle à la suture métopique. partant du bord supérieur de l’orbite, et allant rejoindre la suture coronale à travers la bosse frontale.
Nous avons ainsi les 10 aires crâniennes :
1° Frontale ou præcoronale supérieure :
2° — — moyenne ;
3° — — inférieure ;
4° Antéro-pariétale ou post-coronale supérieure ;
5° — — inférieure ;
6° Postéro-pariétale ou prælambdoïdienne supérieure ; 7° — — inférieure ;
8° Post-lambdoïdienne ou occipitale ;
9° Sphénoïdale;
10° Squamoso-temporale.
Eig. 2. — Rapports des circonvolutions et du crâne d’après Turner.
R, scissure de Rolaudo. — PO, scissure perpendiculaire externe. — S S, scissure de Sylvius. — X, centre de la bosse pariétale. — SF, aire frontale supérieure. — M F, aire frontale moyenne. — IF, aire frontale inférieure. — SAP, I A P, aires antéro-pariétales supérieure et inférieure. — O, aire occipitale — S q, aire squamoso-temporale. — AS, aire ali-sphénoïdale.
On a reproché à ce procédé de devenir inexact à la fin de l’opération , à cause de l’aplatissement du cerveau. En outre,
Broca (1876) fait remarquer que Turner ne figure que la norma latérale ou de profil, et que le nombre de ses observations est probablement très restreint.
J’ajouterai que la section du crâne par petits morceaux et en suivant rigoureusement des lignes courbes me semble d'une difficulté d’exécution peu engageante.
Procédé de Féré (1875). COUPES ET CONGÉLATION.
Pour les parties superficielles du cerveau. Feré s’est servi du procédé de Broca, mais il s’est attaché à maintenir la tête dans la position verticale pour pratiquer ses expériences (1). Il a appliqué le procédé chez 54 vieilles femmes (1875) et 8 vieillards (1876).
Pour les parties profondes, corps strié et couche optique, Féré a pratiqué des coupes horizontales et verticales sur des cerveaux congelés. — Poirier a eu recours 3 fois à la congélation, et Symington (Edimbourg, 1887) Ta également employée 4 fois.
Procédé d'Ecker (1876).
Voici le procédé d’EcKER d’après la traduction de Broca dans la Revue d’anthropologie : « J’ai scié une tête fraîche sur la ligne médiane, après avoir indiqué la position des sutures à l’aide des fiches introduites suivant le procédé de Bischoff- Broca ; alors, j’ai extrait les deux moitiés du cerveau ; je dessine au moyen du diopter (de Lucœ) les principaux sillons et circonvolutions avec les fiches , et faisant reposer les deux
(1) Il pratique comme Broca les perforations à 15 millim. de la ligne médiane pour éviter le sinus longitudinal.
Pour faire apparaître les sutures chez les vieillards, il les enduit d’encre qui pénètre dans les interstices et les fait ressortir (Féré, 1876).
hémisphères horizontalement sur leur plan de section, je les conserve dans une solution de chlorure de zinc, et, plus tard, dans l’alcool. Prenant alors les deux moitiés du crâne, j’enlève la dure-mère, je dessine sur leur face interne, avec de la laque blanche, le trajet des sutures, et j’y coule du plâtre (probablement du plâtre coloré) (1). Sur le moule intracrânien ainsi obtenu, les sutures se dessinent en blanc, et lorsqu’on compare le moule avec le cerveau, les rapports de celui-ci avec la surface de celui-là se laissent apprécier avec toute l’exactitude désirable. »
Ecker a fait, par ce procédé, des recherches sur un crâne d’un jeune allemand, afin de connaître les rapports craniocérébraux normaux et pour pouvoir ensuite les comparer à ceux de 6 crânes déformés (fiatheads, têtes plates) de l’Orégon et 1 crâne de l’Alaska.
Son procédé est en somme un arrangement mitigé des procédés de Gratiolet et de Broca.
Procédé de W. Anderson et Makins (1889).
Ce procédé est à peu de chose près, comme nous le verrons, celui que nous avons employé.
Il se compose de trois séries d’opérations. Anderson et Marins ont fait leurs expériences sur 56 sujets ; 6 pour la première série d’opérations, 20 pour la seconde et 30 pour la troisième.
1° Ils enlèvent la moitié de la voûte du crâne de façon à découvrir un hémisphère et ses méninges. Ils incisent la duremère pour permettre de reconnaître les scissures de Rolando, de Sylvius et perpendiculaire externe. Ensuite, la dure-mère
(1) Nous avons trouvé dans le texte le mot « Leimausguss » dont le sens littéral est « moule en colle forte ».
est recousue, et ils tracent en couleur à sa surface les contours des sillons. La calotte crânienne est remise en place , et la tête est retournée de façon à faire imprimer sur l’intérieur du crâne les sillons tracés à la couleur. La calotte crânienne est enlevée de nouveau. On perfore le crâne sur le trajet des sillons, afin de permettre de tracer à sa surface un plan du cerveau suffisamment exact pour servir de base aux expériences suivantes.
2° Les recherches précédentes ont permis de trouver à la surface de crâne des points de repère pour la détermination des sillons et circonvolutions. Pour vérifier l’exactitude des premiers résultats, on enfonce des fiches par des perforations faites au niveau des points cherchés du cerveau .
L’ablation de la calotte laisse voir quelles ont été les erreurs.
Anderson et Marins représentent sur un seul schéma du crâne les points qui ont correspondu aux différents endroits cherchés des sillons. Ils obtiennent ainsi une figure pointillée indiquant toutes les variations de situation des sillons qu'ils ont observées. Ils construisent trois lignes qui servent à toutes leurs déterminations topographiques (Voyez fig. 7 et 8).
3° Ils ont en outre fait une longue série d’expériences pour vérifier les rapports du cerveau avec les sutures et bosses du crâne.
Le procédé d’ Anderson et Marins nous paraît très satisfaisant, mais divisé comme il l’est en trois parties, il demande pour être appliqué un grand nombre de cadavres.
Procédé de HiiKler (1889).
Ce procédé, tout différent des autres, et employé dans un but différent, a été indiqué à Müller par le professeur Burcrhardt. Il permet de découvrir tous les points du cerveau
sans s’inquiéter des sutures. La méthode est simple, en voici l’exposé :
Müller commence par déterminer le contour horizontal du crâne en suivant la ligne naso-iniaque qui se trouve dans le plan de Rieger. Ce plan correspond à peu près à la base du cerveau. Le point antérieur, point frontal, se trouve sur la ligne médiane, à la hauteur des bords inférieurs des milieux des sourcils et correspond à la suture naso-coronale. Le point postérieur est Limon ou protubérance occipitale externe. Pour construire la première ligne, qu’il appelle l’arc horizontal, Müller réunit ces deux points en passant au-dessus du pavillon de l’oreille. Il construit une seconde ligne antéro-postérieure réunissant les mêmes points et passant sur la ligne médiane ; c’est l'arc sagittal. Les longueurs de ces deux arcs sont mesurées en centimètres, puis divisées en centièmes parties, et toutes les mesures à prendre sur ces arcs seront désormais comptées en centièmes d’arc.
Ceci fait, et après avoir pris les mesures : indice céphalique, distance bi-auriculaire , Müller enlève les téguments et reprend les mêmes mesures sur le crâne en se guidant sur des marques soigneusement faites après les premières mesures aux points de départ de ces mesures. On remplace ensuite les téguments par une épaisseur égale d’étoffe. On fixe le mètre qui sert à mesurer les arcs, et, on construit 7 lignes de jonction allant d’un arc à l’autre, et placés à une distance de 10/100 d’arc les unes des autres. Ces lignes de jonction sont divisées en centièmes parties, et on note des « centres de trépanations » à 20, 30, 40, 50 etc., centièmes selon les lignes, en comptant toujours à partir de l’arc horizontal. On obtient ainsi 38 centres ainsi numérotés :