DETAILS
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( Florence )
LOGE DU BIGALLO
(A FLORENCE
hez les Florentins l’usage des portiques était très -répandu; la loge de la Seigneurie, la loge de Or-San-Michele, sont les plus beaux souvenirs qui nous en soient restés. — Moins grandiose, mais plus fine dans ses détails, la loge du Bigallo atteste aussi l’admirable développement des arts au xive siècle; elle montre l’architecture sous un aspect élégant, tandis que les deux premières nous en avaient appris surtout la grandeur. Ici le marbre se relève en reliefs délicats sur un fond de peintures qui répandent partout la richesse, mais une richesse discrète qui ne fatigue nulle part les yeux. — L’expression des figures dans les médaillons, le sentiment des statues sous les tabernacles, notamment celle de la madone pour laquelle son auteur s’était engagé à égaler celle de Pise, la somptueuse charpente, le toit saillant qui jette son ombre sur les parties supérieures comme pour concentrer l’éclat & la lumière vers les sculptures du bas, composent une œuvre exquise, un véritable chef-d’œuvre.
On regrette que cette loge soit inachevée & que les arcades de droite, irrégulièrement rattachées au porche (voir le plan, pl. I) , n’aient pas reçu la décoration du portique d’angle. On regrette aussi que l’intérieur ne réponde plus à cette brillante ordonnance; il est entièrement moderne, & offre peu d’attrait aux visiteurs', cependant on s’arrête avec intérêt devant une fresque peinte à l’extérieur en ij86, par Ambrogio Baldese, & transférée aujourd’hui dans une petite salle du rez-de-chaussée. — Cette fresque fait revivre une des scènes touchantes qui se passaient jadis sous ce portique : elle nous montre les capitaines de Sainte -Marie- de -la- Miséricorde recevant les enfants délaissés ou bien les offrant à la garde de femmes charitables qui tendent les bras aux orphelins.
(i) Majuscule tirée des livres de Saint- Nicolas, à Pise. Le sujet représente le Massacre des Innocents. — On se plaît à rapprocher cette page de barbarie antique de la compassion chrétienne qui faisait recueillir les enfants au Bigallo.
LOGE DU BIGALLO.
Le Bigallo, enrichi de peintures aussitôt après sa fondation , reçut pendant le xve siècle une nouvelle ornementation coloriée (i). L’autel dans le goût de la Renaissance que nous voyons au fond du sanctuaire fut substitué à l’ancien en 1512; on attribue les peintures à Ridolfo Ghirlandaio , & les sculptures à un célèbre artiste de ce temps, Antonio Carota. La loge, longtemps fermée, a été rouverte depuis quelques années par un architecte de goût, M. Mariano Falcini.
Nous avons essayé, dans une perspective (pl. 11) prise sur l'angle, de la restaurer telle qu’elle fut jadis , ou du moins telle quelle devait être dans l’esprit de l’auteur; nous avons continué vers la droite les ornements; restitué les sculptures, les grilles, les marbres qu’indique la fresque de 1386, enfin retracé les peintures d'après les fragments encore visibles & d’après une gravure publiée, il y a quelques années, alors que les sujets pouvaient se distinguer au milieu des mutilations.
LOGES SEIGNEURIALES
L’usage de construire des loges ne se bornait pas aux édifices publics, il était même en si grand honneur à Florence que la possession dune loge au pied d’un palais formait un titre de noblesse pour ses maîtres; ce privilège n’appartenait qu’aux rares familles appelées famiglie di loggia (2).
La plupart de ces loges ont disparu, elles ont été démolies ou encastrées dans des constructions modernes; celle des Bardi, dont une ancienne gravure (^) nous a conservé l’aspect & dont les vestiges sont à notre portée, dans le palais de cette famille, présente une restauration plus facile que toute autre. — Nous l’avons essayée sur la planche III.
La loge des Canigiani, place Frescobaldi, nous montre encore un de ses chapiteaux d’un travail soigné & original (pl. III).
La loge des Albizzi, à l’angle du corso degli Albizzi & de la via delle Seggiole, a été abattue dernièrement pour faire une place de fiacres; mais on juge bien de ses dimensions par l’étendue de la place elle-même, & de sa forme par les descriptions des habitants du quartier. Si son époque ne l’écartait du cadre de cette étude, nous pourrions rappeler enfin la loge des Ruccellai, dont la conservation est parfaite, & qui fut construite par L.-B. Alberti, en face le palais de cette famille.
(1) En 1425, Giunta & Rosello, en 1436, Giov. di Donninco y écaient employés; ces peincures disparurent en partie sous un badigeon barbare, en partie sous les flammes d’un incendie, le 13 juillet 1442. Celles dont on aperçoit encore les vestiges proviennent de la restauration que nécessita cette catastrophe. Lastri, Roselli & Landini les attribuent à Taddeo Gaddi, assertion qui tombe devant la confrontation des dates; Richa, Rumhor & Becchi en font honneur à un certain Chellini, mais ce dernier ne travailla qu’à l’œuvre matérielle; l’honneur de la restauration doit être incontestablement attribué (1445) à Ventura di Moro & Rosello Franchi.
(2) Paolo Mini nous a donné leurs noms, auxquels nous en ajoutons plusieurs . Pulci, Peruzzi ou délia Pera, Canigiani, Tornaquinci, Agli, Cavalcanti, Buondelmonti , Gherardini, Uberti, Bardi, Frescobaldi, Cerchi, Albizzi, Giandonati.
(3) Corbinelli , Histoire de la maison de Gondi.
LOGES SEIGNEURIALES
Ces portiques avaient à peu près le même emploi à Florence que l’atrium dans la Rome antique. Les seigneurs venaient y traiter leurs affaires importantes, & étaler la pompe de leur vie aux yeux du public. Pendant l’été, ils y prenaient leurs repas accompagnés de musiciens, comme nous le voyons sur le joli panneau de Taddeo Gaddi que possède le Louvre, & comme nous le lisons encore dans les voyages de Montaigne. L°e* a*. bmmiu d-apr&. une ancienne gravure.
Les bourgeois, plus modestes, faisaient simplement dresser leur table sous l’auvent qui couvrait quelquefois l’entrée de la maison (pl. III).
On trouvait aussi à Florence des palais dont la porte était abritée par un porche comme celui de la via de’ Benci, qu’il ne faut pas confondre avec les véritables