LIT
se cluirgcât de frapper Laurent; Franccsco de Pnzzi cl Bcrnardo fiandini frapperaient Julien. Itatlislu refusa, soit que les relations qu'il avait eues •ivec Laurent eussent touché son âme, soit que qiielqu'autrc motif le retint. Il rc'pontlil (ju il ii auiiiit jamais le courage de conniicllre un tel forfait dans line église, et de joindre ainsi le sacriléjje â la Iraiiison , refus qui fit manquer leur entreprise. Comme le temps les pressait, ils furent oblijiés de confier ce soin à mcsser Antonio de Vollerra et à Stefano, deux hommes que leurs habitudes et leur caractère rendaient lout-à-fait inhabiles pour un semblable coup. Ces dispositions arrêtées, ils choisirent pour sijrnal l'instant où le prêtre, qui disait la grand'messe, célébrerait la communion. Dans ce ntéme moment l'archcvtlque devait s'emparer du palais public et se rendre, de gré ou de force, la seigneurie favorable, après la mort des Mé licis.
■ Tout convenu, ils se rendirent à l'église, où le cardinal et Laurent les avaient déjà ])récédés. Le temple était rempli de peuple et l'office divin commencé, que Julien de Médicis n était pas encore arrivé. Franccsco de Pazzi et Bernard© , désignés pour le frapper, allèrent le trouver chez lui, et firent tant parleurs prièresetparleuradresse, qu'ils le décidèrent h se rendre à l'église. C'est une chose vraiment remarquable que la fermeté et rinaltérable constance avec laquelle ils surejil dissimuler tant de haine et un aussi épouvantable dessein ; car en le conduisant au temple, pendant le chemin et dans 1 église, ils l'entretinrent de bons mois et de plaisanteries déjeunes gens. Sous prétextedelui faire des caresses, Francesco ne manqua pas de le tâtcr de la main, et de le presser même dans ses bras, pour voir s'il n'était pas revêtu
d'une cuirasse ou de quelque autre défense pareille.
» Julien et Laurent connaissaient bien la haine que leur portaient les Pazzi et le désir qui les possédait de leur ravir l'autorité qu'ils avaient dans le gouvernement ; mais ils étaient loin de craindre pour leur vie, persuadés que si les Pazzi voulaient entreprendre quelque chose, ils le tenteraient par les voies légales et non par un semblable forfait : c'est pourquoi , n'ayant aucune in({uiétude sur leur propre vie, ils iéignaient d'être leurs amis. Les assassins étant donc prêts , les uns se pressèrent auprès de Laurent, ce que la foule qui remplissait le temple leur permit de faire sans qu'ils éveillassent le soupçon ; les autres se mirent auprès de Julien. L'instant marqué étant arrivé, Beruardo Bandini , avec une arme courte et destinée à cet usage, perce le sein de Julien , qui tombe après avoir fait quelques pas. Alors Francesco de Pazzi se jette sur lui, le perce de coups ; et , aveuglé par sa fureur , il le frappe avec tant de rage, qu'il se fait luimême une large blessure à la jambe.
Delcurcôté, Messcr Antoine et Stefano attaquent Laurent, et, après lui avoir porté plusieurs coups, ils ne lui font qu'une légiîre blessure à la gorge , soit que leur manque de vigueur, ou que le courage de Laurent , qui se défendit avec ses armes dès qu'il se vit attaqué , ou f[u'rnfin le secours de ceux qui l'entouraient ait rendu vains tous leurs effurts. Ils se sauvèrent alors saisis d'épouvante et coururent se cacher ; mais on les découvrit bientôt: on les fit mourird'unc manière ignominieuse, et on traîna leur cadavre par toute la ville. Laurent, de son côté, entouré de tous ses amis, se renferme dans la sacristie du temple. Bernardo Bandini, voyant Julien expirant, frappe encore
Neri, grand ami det M^icie, poussé toyens. La •ttlne du zuccone ^ du
par une antique haine ou pour Tempé» chauve , par Dooatdlo, rivalise avee
cher de secourir Julien. Non content l'antique pour la noblesse du style et
de cet deux honriddes , il s'élança ven l'expression .
Laurent poursuppléer, parson courage Sur la même place est le baptistère
et sa promptitude, au coup qu'avaient ou église Saint-Jean. Le joyeux De-
inanqué ses complices par leur fai- brosses prétend que c'est un vieux
Uesse et leur lenteur; mais l'ayant temple de Uart, qu'on a métamor-
trouvé réfugié dans la sacristie, à phmé en baptistère contre l'intention
put exécuter son dessôn. Au miliendn des fondateurs- Le fait est que c'est
tumulte, occasioné par ces scènes ter- une construction du si:&ièmc siècle, et
ribîes, et qui aurait pu faire croire que qui servit d'abord de cathédrale à la
le lernple s'écroulait , le cardinal se ré- ville. On la dut à la reine Théodelinde,
fugia à l autel , où les prêtres eurent lorsque la Toscane étiiit soumise à la
les plus grandes peines h le présenr«r , domination des Lombards. Une multi-
jusqu'au moment où la seigneurie,' tudede ruines antiques, dit M. Va-
après avoir tout apaisé, pnt le lame- leiy, ofl&ait aux constructeurs des
ner à son palais. > pierres toutes taillées , des débris de
Après un coup d'oeil aux quatre chapiteaux et de colonnes. Ces nom-
évangélistes du Donatello^ nous sor- breux fragmens, étrangers les uns aux
tirons de la cathédrale pour admirer autres, se montrent dans le baptistère,
le Compoiu/e, et répéter la phrase lan- et Ton y reoonnatt entre autres une
dative consacrée, qui, pourlapràiière piem portant une belle inscription
fois , sortit de la bouche de Charles- romaine en rbonnenr d'Aurélius Vé-
Quint : 6"e5f iifsmofiifmefitàcoiwjSfiMr rus.
dans un étui. L'édifice est de forme octoirone et Figurez -TOUS une tour haute de assez peu élevé. II a trois portes en deux cent cinquante -huit pieds, in- bronxe, dont l'une, du côté du midi , crustée de marbres précieux, travaillés est sculptée par André Pisano, et les en bas-rdiefs et en groupes parfaite- deux antres de la main de Ghiberti, ment sculptés. Cependant cet édifice sont célèbres parla beauté de leur iradate (!e i33f , du temps où la sculp- vail et l'admiration qu'elles causèrent ture n'avait pas encore d'école, ni le à Michel - Ange , qui disait quelles dessin d'académie , quand la nature étaient dignes de Jermer le jjaradis. seule donnait des lois. Il est l'ouvrage ElUes furent décrétées par la ieide Giotto, d'un paysan qui laissa le gneurie et les |menrs de la confirérie , troupeau qn'il conduisait dans la vallée après la cessation de lliorviUe pests de F'eqtignano pour travailler dans de i4oo, afin de décorer le temple du le ç^ossier atelier de Ciniahué, pour prolecteur de Florence. Un décret surpasser son maître et se montrer invita tous les artistes d'Italie à précgalement habile dans l'art de con- senter des dessins de portes, quifusstruire, pour devenir l'ami du Dante sent plus belles encore que cdle'exéet de Pétrarque, et mourir &,FloTebce entée déjà par AndréPisano. Ghiberti, cbargéd'années,d'honneuirsetdèbiens, jeune homme de vingt -quatre ans, chanté par les premiers de as) poCtes sortit vainqueur des grands maîtres et honoré par les. meilleurs de ses d- de l'art, BruneUesco et Donntello. La T I. • 5 *
H L'iTil dépense fut, ditHUi, de 40*000 séquins, fcrnieat ftujottrd'hui plunenrs
millions.
L'enLablement exiérieurdc ces trois perles est décoré de groupes de 8ta> tues, qui ont rapport à k d«stiitttioa du lieu. IntérieurenenC le plandier est en mosaïque. A la Toûte sont exprimées, aussi en mosaïque, des images «le s.iints et la fiirure gigantesque de Jésus -Christ , qui a au moius vingt picJs de proportion. La mosaïque sur laquelle on nardie n'offre que des ornemens. La décoration du reste de l'église est plus moderne, elle brille d'or de tous côtés. Les fonts de baptême sont placés près du mur, quoique ce monument prenne aussi la forme ocl^oipone jntéfieitfeumt.
Deux colonnta de porpbyra s'élèvent à la principale entrée. Elles ont été donnéÎM aux Florentins par les Pisans, en tti^; et la chatne de fer qui est suspendue à la muraille est un trophée delà conquête de Pise par les Florentins, en i3fo ; e'élait la dnine du port de Pise.
La pins belle réunion de villageoit * toscans que j'aie jamais vue, ce fut
sur cette place du dôme , h un feu d'artifîce qui se tire chaque année au samedi-saint, entre le baptistère et la cathédrale. Les femmes portent «wdinairement le diapeau rond en feutre noir, avec une grande plume noire placée sur le devant; cette coiffure leur sied h merveille. Ce jour-là je suivis la foule avec un de mes amis :
elle était telle, que nousy fûmes comme portés. Dans la nuit on avait disposé «ur la place un grand coffre de forme ovale, plein de pièces d'artiGce : à midi précis une fusée lancée de la cathédrale y mit le feu, et aussitôt toutes les cloches de la ville sonnèrent.
Les grenades qui s'échappaient de la
machine enflammée vinrent éclatercontre l'éj^lise et sur nous. On se poussa, on se culbuta pour les éviter; ce fut une joyeuse fêle, de laquelle j'eus grand plaisir d'avoir pris ma part , me promettantoependantd'apportermoins' d'empressement ponr l'année suivante.
Tout en nous acheminant vert le palais Pilti , je vais vous en apprendre l'origine, telle que le secrétaire de Florence la raconte, au livre VII de son histoire. Vers l'an 1460, pendant les demiècea années de la domination de <2Ame , une Mission ae manifesta dans son pi^ti , ainsi qu'il arrive dans tous les partis vainqueurs. Le personnage le plus influent de cette scission fut Lucca PilLi, homme que Machiavel qualifie courageux et plein d'audace, qui parvint à la charge de gonfalonier de justice, fut par la répobliquenommé chevalier, et reçut de la seigneurie et de Côme, ainsi que de la ville empressée à les imiter, des présens évalués à plus de vingt mille ducats. Son ^ influence djsvint enfin si grande , ajoute l'historien, que ce n'était plus Géme, mais messer Lucca qui gouvernait la république.
« Il en conçut une telle présomption, qu'il fit commencer à Florence et à Ruciano, à un mille de la ville, deu:x édifices anperhea etd'une magnificence rojak t cdni de la ville surtout était le plus vaste qu'un simple citoyen eût jusqu'à ce jour fait construira. H ne reculait devant aucun moven extraordinaire pour les terminer. ISon-seulemeut les citoyens et les plus simples particulien lui fiûsaient des présens, et lui fournissaient les matériaux nécesiairas à la construction , mais des communes et des populations entières l'aidaient de leurs ressources. Bien plus, tous les bannis, les assassins, les voleurs , tous ceux qui avaient encouru
FLORK
parleurscrimes la vengeance publique, iroirraient dans ces deux édifices un asile assui^é, pounm qu'ils pussent élre utiles à la construction »
Est-ce par ironie sanglante qaé I»ao* ta Pilti, au lieu d'éterniser par quelque bcUe inscription sa reconnaissance envers la république entière, ou tout an moins envers ceux de ces auM-« liaires qui n'étaient ni iMumis^ ni héros de grands chemins, eut Tiinpolitesse Inaarre de ne remercier qu'une honnête mule?
Dans les ornemens du p.ilais , un de ces animaux, sculpté en has-reliei sur marbrrnmr, et placé là par son ordre, attire eneore aujourd'hui Tattention desLVOjnigean. L'original de ce portrait traTailla au transport des matériaux employés h la construction de l'édifice, ainsi que l'explique le distique suivant :
, lapiJei et marmora, ligua, colummu « fixit , eouduxit , truxU cf itta tulil.
Elle porta, tira, Toitnra. awna , litiàw, pit ww,
marbres , bois et colonnes.
Quelques années s'écoulèrent ; Pierre de Médicis, après la mort de Côme, ressaisit le pouvoir d'une main ferme, et, au milieu de toutes ces révolutions, dit BfacÛnird, il n'y eu! jantois d'exemple pins remarquable des vidssitudes de la fortune que Luoca Pitti , préservé de l'exil par l'humiliation la plus complète. Oq vil soudain toute la différence qui existe entre la victoire et la défaite, entre le mépris et la considération. Sa demeure, jusqu'alors fréquentée par la foule des citoyens,' n'offrait plus qu'une profonde solitude.
Lorsqu'il paraissait dans les rues, ses amis et ses pnrcns rraîirnnif ni , nonseulement de l'aborder, mais même de le saluer; car les uns avaient perdu leurs honneurs, les autres une partie de leurs hiens, et tous étaient cgale-
i\CE. 55 mcnft menacés. Les éUiOces superbes qu'il' avait coBomencés furent aban* donnés par les ouvriers; les faveurs dont on avait été autrefois prodigne envers lui se convertirent en outrages et ses bonneurs en opj»ro!>re , de manière que la plupart de ceux qui jadis llù avaient fait don de quelqu'ohjet p^édeoi pfM^ iîilieter scnibrâmes grâces, M k^vj^iem^indaient conune n étant qu'un simple ptrét, et ceux qui jnsqu'alors l'avaient .porté jusqu'aux nues, l'accusaient d'ingratitude et de violence.
^'ous visiterons ce palais sous la direction de M. Ddecluze, à qui je vais emprunter un fragment d'une de ses diarmantes lettres, qu'il est à regretter de voir ensevelies dans les ieuiUetons de vieux journaux :
« Comme résidence du souverain, comme morceau curieux d'architecture, et l'un des dépôts lea plus importans de statues, et de tableaux , le palais Pitti, et les jardins Boboli qui y tiennent , forment l'ensemble le plus beau et le plus curieux dans ce ^enra à Florence. Ce palais est situé de l'autre côté de l'Amo, au delà et dans la direction du FftMUt-Pont. De In place sur laquelle est son entrée, il présente trois étages de hauteur à peu près égale t la largeur du dernier, moins grande, pyramide sur les autres.
De fausses portes à rez-de-cbaussée et des fenêtres aux deux étages , le tout cintré, donnent à cet édifiée, bariolé de raiîsndss un air de grandenret de dm-' plicité qui étonne plus qu'il ne séduit au premier moment. Deux ailes, semblables au rez-de-cbaussée , s'avancent carrément devant le palais et en forment la place. La porte du palais est au milieu du monument ; on entre pai la gauche dans les jardins Boboli. En suivant ce dernier chemin, on fait le
56 Lil tour du flanc gauche de i'édifîcc , «t Von arrÎTe à la faradc intérieure qui donne sur le jardin. Deux ailes ^ui sa- ▼ancent tur le corps de bAtiment prin> dpel, et qui joif^ioent par devant une terrasse qui s'unit au rez-de-chaussée par un portique de colonnes doriques, forment une cour dont trois faces se composent de trois étapes : l'un est dorique, l'autre ionique, et le dernier corinthien* A droite, le palais n'est pas terminé; h (jaucbe, on Toit des coDStructions modernes qui , je le snp> pose, sont des appartemens particuliers, et plus loin les cnniinuns (i).
Devant la façade intérieure du château est figurée dans le jardin une arèoe demi-drcalaire; des gradins en pierro l'entourent, et le cintre, planté régulièrement d'arbres, peut servir à donner des bals ou de grandes fêtes.
» L'ensemble des jardins Boboli a la forme d un clavecin, dont la plus grande dimension court parallèlement au palais. Une grande allée, qui coupe l'arène, monte ensuite vers le sommet d'une cdlinc, sur la f:auclie delnijucllc est un pavillon , et au delà des i. urs un petit fort. Kn tournant sur la droite, on saisit d'un seul coup d'oeil toute la longueur du jardin, sur laquelle est tracée une immense alite toiite garnie de statues en mârbre blanc , et interrompue à plusieurs endroits par des vasques de la même matière, faites pour recevoir lesjetsde l'eau. Des deux côtés de cette allée sont des bosquets
(I) Cstte c«nr «t teUenimt petite que pour regarder le pftl^U, en quelqu'endroit qae l'on se mette, U fkM. lever U tétc d'une manière ineonmode. Les ItiUeai 'affectent towent de Cdre let cours étroites ponr donner de U fraîcheur em appartemcas. J'avone ^e, sans reipect aa> çaq ponr Fcravre d*Aiiiia«iato, regardée comme l'an des meillcnrs morceaux de rarclntecture moderne , je fw tenté de trouver à tout cela une j^ysioDonieliirtty.st m pe« de IVdrdTeatidt d'eue MiH».
coupés de promenades ré^'uliércs, et dont l'ép.nsseiir vn en diminuant vers 1 extrémité du jardin , qui , de ce côté, fait la queue du davecin. Lucca Pitti en avait fait faire les dessins au Brunéllesco. L'ouvrage ne fut avancé que sous un de ses descendans ; et , depuis Côme I"., qui en fit l'acquisition en 1 549 de Bonaccorso , petit- fils de Lucca , et 1 embellit, ce lieu n'a pas cessé d'être la réâdence des ducs de Toscane , qui tons ont contribué à le rendre plus beau et à y amasser les chefs-d'/OBUvre les plus précieux des arts.
a Le palais Pitti et lesjardins Boboli sont évidemment le type qui a servi de modèle pour bâtir Versailles «et dessiner son parc ; et la mauvaise plaisanterie que je vous ai faite dernièrement sur les pruneaux de Tours , les jambons de Bavonue et les fromaires de Parme, qui ne sont point faits dans les pays dont ils portent les noms, deviendra moins frivole en vous frisant reconnatlre que nos châteaux , et surtout nos jardins à la française , sont d'invention italienne. Ce jardin de Florence a tout-à-fait intérieurement l'apparence du parc de Versailles. Les grandes allées droites ornées de statues, les terrasses soutenues par des murs, les bosquets dessinés«eD étoiles, sont les mêmes ; et si vous avez suivi avec attention la description que je vous ai donnée du palais Pitti , vous retrouveres encore dûu la dispontion de son plan une i^emblance frap- |)anle avec celui du château de Versailles, seulement il est retourné. Dans ce dernier, la cour de marbre et les ailes en avance sont du côté de la ville et la grande façade du côté du parc, tandis qu'on avait faitlecootrairoau palais Pitti. Cïette résidence ne serait pas fort bdle déjà par elle-même , que
Vous cooceres le geora d'intérêt que M Tue m'a inspiré* On retrouve dans ce jardin italien ^ dît à la française , une imit.ition des lieux célèbres de ce genre, dont les descriptions vairues de Babjlone , et plus encore les traditions des habititioDt det empereurs romains, ont donné l'idée aux honunes curieux et iuTentils dn moyen-Age k Florence.
■ La nature , il est vrai , a fait pour les jardins Boboli ce (ju'elle a refusé à ceux de Versailles. Les environs de ce dernier chAteau sont tristes pour l'œil ; ceux qui entourent le palais Pitti plus Yariés, soit par la pente des terrains, soit par les coteaux charmacs qui en sont près, soit enGn par le voisinage de Florence et du val d'Arno , au fond duquel elle repose, contrastent délicieusement parleur irr^^ularitéavecces murs de Terdure sur lesqnds brillent des statues. La multitude de villages et de maisons de campagne dont abon* dent les environs de Florence vus de Boboli, a fait dire autrefois à l'Arioste, en s'adressant à cette ville : « A voir tant de terrasses et de villes , il semble que le terrain en bourgeonne, comme il bourgeonne ailleurs de rejetons d'an»
bustes. Si tes palais épars étaient rassemblés dans une seule enceinte et sous un même nom , deux Romes ne pourraient t'^aler. • Toutefois il j a dans ce passage un peu de féerie, c'était l'habitude du poitemerreilleuz.
B II faut partir de l'idée qui afai t combiner les détails d'une pareille habitation pour la juger impartialement : il faut voir que Lucca Pitti, ne voulait pas se faire une maison de paysan , mais bien un palais qui le distinguât, aon-seulement de tons ses concitojens, mais encore de ses rivaux en richesse et en pouvoir. 11 est évident alors que, se promenant dans son parc à la fran.
SNCB. 57 foûe, il lirait une grande Taaité, et trouvait par conséquent un grand plai>
sir à considérer au loin les masuresdes Florentins du milieu d'un jardin, ou des fenêtres d'un palais qui devait faire crever toute la ville de jalousie. Ces rivalités, qui se décdaient par le luxe des liabilations, des vétemens chez les Latins et les Florentins, nations originairement républicaines, se lient mieux aussi avec leurs mcrurs qu'avec celles d'une monarchie coiurne celle de Louis XIV. Aussi les dépenses qu'a faites ce grand roi lui ont-elles été qudquefoîs reprochées; tandis que c'était tout profit pour l'état lors»
qu'un Pitti ou un Boboli faisait re> fluer sur ses concitoyens le superflu de l'or qu'il avait amassé dans le commerce, s
Un auteur italien , Baldinucd , ra«> conte , au sujet de la iàçade la plus ancienne du palais^ une anecdote qui
plaira aux amateurs de constructions.
Il arriva, en 1640, que cette façade, depuis le commencement du premier étage jusqu'au haut , commençait à pencher vers la place et était sortie de plus de sept ponces de son aplomb.
P«rigi, architecte, se chargea de l'entreprise , aussi difficile qu'étonnante , de retirer en arrière et de rétablir dans son aplomb cette merveille immense , et voici comme il s'y prit.
Il perça le mur pour y adapter de grosses barres ou clefs de fer, fixées et arrêtées du côté de la façade par de fortes traverses , et ayant fait passer les clefs sous les planchers , il y appliqua à l'extrémité opposée certains instrumens particuliers à vis qu'il avait luinnéme composés, et moyennant ses instmmens il en vint à bout. Cest donc \ tort, ajoute l'écrivain, que l'on met en doute, comme incroyable, un fait semblable arrivé à Aome sous le
58 VIT règn« de Tibère , an rapport de Dion Cttssius.
Si, comme Versailles, Boboli servit aux pompes d'un vain luxe et à des fêtes entachées quelquefois de scandale I il a dans son histoire une partie fdiit innoceole et qui ne nanque pas dlntévétpourlliorticidtear, Gôme I". , trés-habile dans l'art d'émonder les arbres, y introduisit la culture des arbres fruitiers nains. Sa femme Eléonore l'enrichit de très- belles fleurs jusqu'alors inconnues dans la contrée.
Plut ami de l'utfle, Françoii I*'. y fit •emer beaucoup de aaùriers, pour les propager en Toscane et les distribuer à ses sujets. Dans un but aussi louable, Ferdinand H y fit cultiver des pommes-de-terre venues de l'Afrique, ainsi que du chêne à larges feniDet. Quand la ToNane derint une proTince de IWpifeantriebienfle janûn fut abandonnéau peuple et devint un bois sauvage. Sous l'administration française on travailla à le façonner en un parc anglais. Fidèle aux anciens us , la restauration lui a restitni sa première splendeur, conformément au dessin de Buontalenti. lyasteabdles serres chaude! viennent d'être terminées. On compte plus de 5,ooo vases de fleurs cl 5oode citronniers et d'oranijers. On y cultive les giroflées avec plus de perfection que dane aucun autre jardin d'Europe; plusieurs souvenina ont souvent recours à ce superbe parterre pour renouveler lee espèces et les yariétés.
Boboli compte un grand nombre de Statues, la plupart malheureusement dues à une^poque de décadence. J'ai gardé ■onvenirdequatre elatueade pci»
sonniers, par BJichëi-Aage; d'unedéwMa de l'Abondance, commencée par Jean de Bologne et terminée par Tacca ; et surtout , à la bellefooUine de l'Isoietiaf
du groupe él^guit, quoique colûcnl, des trois fleuvet, par le premier de
ces deux artistes.
Quand vous serez entré dans l'intérieur du palais etdans la grande salle du rez-de-chaussée, vous aurez devant vous lesfreaquesde J. Giovanni, peintro n|nde, fantasque , dont cet ouvrage est le plus important. Il avait h rendre divers traits de la vie de Laurent de Médicis, comme protecteur des lettres, et il a usé de l'allégorie. J'ai peu de goût pour l'allégorie , mais je n'avais jamais rencontré la ftUe en une telle goguette. Je vis Mahomet, fépée à la main , sur le point d'exterminer les vertus ; au-dessus de lui une harpie feuilletait l'Alcoran. Des philosophes et des poëtes fuientà toutes jambes , plusieurs tombent à terre et se réfugient auprès de Médicis. Homère vient à tàtoni demander l'anmAne à la porte de Florence ; à cette porte une furie prend plaisir h fustiger Sapho ; et derrière , le Dante, eu robe rouge , est précipité de l'escalier qui conduit au Parnasse*
La galerie de taUeanx, l'une des premières de l'Europe, possède entre autres quelques Titien, et notamment sa maîtresse; plusieurs marines de Salvator , sa conjuration de Catilina , et son paysage célèbre, dit des philosophes; un portrait précieux de Rembrant, peint par lui-même. Les troia Parques de Midiel-Ange , si sérieuses, si pensives, si Âpres, m'ont rappelé les Sorcières de Macbeth. Là brille dans toute sa beauté divine la fameuse Vierge à la chaise de Raphaël, si connue par le* nombreuses copies et gravures qui en ont été ftites. Douae autres Rapbaël captiveront en outre votre admiration, parmi lesquels le portrait du cardinal Bibbiena , l'ami et le favori du pape Léon X, le
Biickingham«l« M coiir,poiir le tliéâtre «efaetée à md auteur par le grand-duc
de laquelle il composa une comédie, ce cardinal enfin qui avait ofl^ la main de sa nièce au peintre comme une marque de son estime et de son
allée tion.
Que dire du portrait de Jules II par Raphad, sinon de répéter ce qu'en a dit lady Morgan?
■ Toutes les fois que l'AlLane parlait de Raphaël, il se découvrait en signe de respect et presque d'adoration, et le portrait de Jules 11 justifie cet enthousiasme religieux. Le pape est assis sur un fiiuteuil ( qui fait luimême portrait ) ; une riche taUe, couverte d'une draperie, est devant lui ; une belle sonnette sculptée ( probablement celle de Cellini ), et quelques livres, sont épars sur la table. La grande loupe, montée en or, que Jules semble éloigner de son ail h llnstant même, est aussi d'un travail très-précieux.
Son visage exprime la vive atlcntion qu'il prête à un récit qui l'intéresse. 11 se tourne vers un moine qui paraît lui faire une conimunicalioa importante.
En opposition avec ces deux tètes expressives, on aperçoit la physionomie insignifiante du Gameilingue, qui se tient derrière le fauteuil du pape d'un air officieux et souple : une véritable figure d'antichambre. Je crois ce portrait l'un des plus beaux ^ s'il n'est le plus be;iu du monde. »
A l'ex trémitédes appartemensd'honneur , une porte s'ouvre et introduit le visiteur dans un salon ovale entouré de glaces, qui sert de temple à la Vénus de Canova. Elle semble sortir du bain et chercher à cacher une partie de son corps sous une draperie légère. Sa tète charmante est ornée de longs che* veua à moitié nattés.
Cette statue , un des plus beaux monumcDsde la sculpture moderne, fut
Ferdinand III, père du grand - du* ré{:nant, qui l'avait destinée à remplacer la Vénus de Médicis, alors transportée à Paris. Elle fut placée en conséquence dans la salle de la galerie de Florence, appelé la Tribune. Cependant Canova, avec une modestie toutà-lait délicate, ne permit pas que la statue fût placée sur le piédestal vacant de la statue grecque, mais à côté^ par. respect pour l'illustre exilée.
Je m'attendais, avant d'entrer daas la bibliollléque, à des salles spacieuses, bien aérées ; je vis , avec quelque surprise, une suite detrcnle-septcellules, entourées de simples tablettes et éclairées par une étroite fenêtre donnant sur les toits des offices. Chacune est pourvue, pour tout ornement, d'une table et d'un fauteuil. Ces réduits austères inspirent une idée de couvons.
M. Valéry ( et en cette matière il peut servir d'autorité plus que quiconque) cite la collection des Elzevirs comme la plus riche qu'il connaisse, et la collection des cartes géographiques comme la plus belle peut^tre qui ait été fimnée. Un recueil d'anciens mystères italiens , ajoute44l, est précieux.
La totalité des livres peut s'élever à 6o,ooo.
Les manuscrits sont au nombre d'environ quinze cents. On y rencontre une quantité considérable d'autographes de Galilée, avec tons les ouvra^ publiés contre lui pendant sa vie, ornés d'apostilles de sa propre main. Quinze volumes in-fol. sont une collection de lettres adressées à ce grand homme par des savans illustres. Un manuscrit du Tasse, de loi pages d'une grosse écriture, contient les premières cba uches de plusieurs de ses poésies publiées. Les ratures et les corrections y sont nombreuses I quelques sonnets sont refaits
6o L'IT/ deux foisi on en cite un qui lest jusqu'à quatre. Une de ses lettres, datée de Mantoue, nous apprend que pour connaître la détresse , le e;rand poêle n'avait point eu besoin de quitter la cour.
• J'auniis c^rand besoin, dit-il, des bauls-de-cîiausscs que m'avait promis In sii;nora Tarquinia, car je n'ai pas de quoi changer. Un pourpoint de moire, dont le prince sércnissime m'a iiiit cadeau, et le jupon, quoique neufs et tout brodés, feront triste 6gure d'ici à quinze jours, et, n'ajant pas d'argent, je ne sais comment faire.*
Les manuscrits de Machiavel sont renfermés dans six bottes qui, indéamment des diverses pièces de sa main , contiennent les lettres orisrinalcs et les instructions dont il fut chargé par la réjiublique, ainsi qu'un grand nombre de lettres à lui adressées par des personnages importans. M. Valéry nous apprend que, lors de son séjour à Florence, il vit vendre à lord Guilfort trois volumes de ces autographes pour le prix de yi livres sterling.
Il est impossible de mettre plus de bonne grâce à faire les honneurs d'une bibliothèque que le bil>liolhécaire actuel, le zélé M. Molini.
Nous venons de voir le ])alais, demeure des souverains, depuis que le pouvoir s'est perpétué sur des bases solides à Florence. N'oublions |>as celui du Jîargcllo [c'csl le nom du chef de la justice), ou bien encore du Podesta, qui fut la première résidence des chefs de la république naissante.
La première ordonnance, portée nu nom du peuple lors de la révolution de ii5o, enjoignit aux nobles d abaisser leurs tours jusqu'à la hauteur de 5o brasses. Les matéri.uix que fournit la démolition de tantdefortifiralions pri- •vécs furent employés à la déftnsc rom-
LIE
mune; on en bâtit les murailles de la ville dans le quartier au midi de l'Arno.
En même temps on fonda le palais du PodesLi : c'est là qu'on établi t les membres du gouvernement, qui jusqu'alors avaient habité des maisons privées, et qui ne s'étaient réunis que dans les églises. Son entrée principale est fermée, et l'on voit encore sur la porte deux lions , l'emblème de la villcde Florence.
Il offre extérieurement à peu près les mêmes dispositions que le palais Vecchio,àcela près qu'il est plus grave encore, et que ses créneaux plus nom- ])reux frappent davantage la vue ; il est ég.nlement surmonté d'une tour. La porte par laquelle on y entre est dans la rue <Iel Palazzio. S il y a un lieu^ à Florence, qui doive nous transporter en idée vers le treizième siècle, à coup sûr c'est celui-là. Une énorme tour carrée, dont les murs ont peu de fenêtres et sont très-hauts, ne laisse pénétrer qu'un jour mystérieux dans cette enceinte. Un grand puits est près de la porte (Pl. la); et, sur la gauche, monte le long d'un mur élevé un escalier massif d uo gothique particulier à rhalie, et couvert d'un toit dont la pente lui est parallèle (i). Sous ce toit, jusqu'aux marches, la muraille est incrustée de tables de pierre sur lesquelles sont gravés les noms , prénoms et qualités de tous les jurisconsultes , qui bien ou mal ont rendu la justice dans ce lieu. Les plus anciennes sont de i4oo et tant. Le monument date de ia5o,el a été construit sur les dessins d'Arnolfo di Lapo. Aujourd'hui on a établi là les prisons et le palais de justice. J'avouerai que l'intérieur de ce palais, si terrible à l'extérieur,
(0 L'arli&te, pour ajouter à l'effet, a introduit <Lins son dcuin les costumes du treixièmc siècle: l'illusion est complète, on peut se croire avec les vieux Florentins.
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