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gâteau. J'ordonnai à deux manœuvres d'idler en face, à la maison deCaprelta le boucher, chercLer une ])ile de bois de jeunes chênes qui étaient secs depuis plus d'un an , et que dame Gincvra , femme de Cafiretta , m'avait offerts. Les premières brassées à peine arrivées, j'en remplis le foyer , parce que cette espèce de chêne fait un feu filus vif que tous les autres bois.»
Cependant peu à peu le gâteau commence à se liqucller , fprâce à une série de manœuvres que Ccllini commande.
« Voyant que , malgré l'opinion de ces ignorans, j 'avais pour ainsi dire ressuscité un mort, je repris ma vigueur au point de ne plus sentir ni fièvre ni crainte de mourir. Tout n coup survient une détonation, et une grande flamme, comme un éclair, brille à nos yeux. Tous, et moi plus que les autres, nousfûmesfrappés d'une terreur extraordinaire. Le fracas et la lueur cessés, nous commençâmes à nous cnlrc-regar- «Icr. Nous vîmes que le couvercle de la fournaise s'était brisé cl soulevé , de sorte que le bronze en sortait. J'ordonnai aussitôt d'ouvrir l'orifice de mon moule ; je fis en même temps frapper sur les tampons du fourneau , et voyant que lemétal ne coulait pas avec la promptitude ordinaire, et que tout mon bois avait passé h ce grand feu , je fis prendre tous mes plats, mes écuelles , mesassieltcsd'étain, environ deux cents , je les mis l'un après l'autre devant mes canaux, et j'cnfisjeter partic dansle fourneau. Alors tous mes ouvriers, voyant le bronze devenu parfaitement liquide, et le moule s'emplir, se mirenthmc seconder et à m'obéir avec courage. Je leur commandais tantôt une < hose, tantôt uneautre; jeles aidais et je m'écriais: ■ O Dieu ! qui par ta puissance ressuscitas d'entre les morts et montas glorieux dans le ciel !» ..En sorte
EKCE. ig que tout d'un coup mon moule s'emplit. Je mejetaià genouxet je remerciai le Seigneur de toute mon âme. Je pris ensuite uneassiettée de salade qui était là sur une mauvaise table, je mangeai de grand appétit i et je bus avec tous ceux qui étaient présens ; puis j'allai au lit sain et joyeux, car il éUiit deux heures avant le jour, et je me reposai aussi tranquillement que si jamais je n'eusse été malade. Ma bonne servante, sans que je lui eusse rien dit , m'avait préparé un bon chaponneau bien gras.
Quand je me levai, c'était l'heure de dîner ; elle m'aborda gaiement en me disant : «Ëhbien,où estdonccet homme qui se sentait mourir ? Je crois que ce»
coups de poing et ces coups de pied dont vous m'avez bourrée cette nuit , dans votre rage de damné, ont épouvanté la fièvre, si forte qu'elle fût , et qu'elle s'est enfuie. » Tous ces braves gens qui me servaient, revenus de leur frayeur et remis de leurs extrêmes fatigues, allèrent acheter de la vaisselle de terre |)Our remplacer les plats et les écuelles d'étain , et nous dînâmes tous joyeusement. Je ne me r.'»ppelle pas de ma vie avoir fait un repas de raeilleur appétit ni plus gai. »
Quel talent de narration ! quelle verve ! comme ce petit drame palpite d'intérêt !
Je me rappelle qu'en quittant c Persée, je voulus, par reconnaissance pour Ccllini , aller voir ce Ponte- ec~ chio , pont vieux où les orfèvres de l'époque et lui-même exposaient leurs merveilles. Que les temps sont changés! Les boutiques y sont encore; mais aujourd'hui, pas un travail, pas une pièce que notre Odiot daignât placer dans son étalage de la rue Vivienne.
INIa promenade ne fut pourtant pas perdue; car j eus l'occasion d'admirer le pont de la Trinité, chef-d'œuvre
d'éléi;ance et de légèreté (Pl. 9), construit en i558 par l'Âminanato , et le premier modèle de ce genre d'arches à Toùle surbaissée, dont notre pont d'Iéna oiïre une belle copie. A chacune de ses deux extrémités sont quatre statues représentant les quatre saisons. A un angle du quai, une sombre maison en forteresse étale sa masse terrifiante couronnée de créneaux. J'éprouvai le sentiment de plaisir qu'avait éprouvé avant moi M. Delécluze, de trouver là, au lieu de soudards prêts à assommcrle passant comme en i3oo, un café où l'on me servit une limonade et une glace que j'aurais pourtant désiré meilleures.
Maintenant que me voici un peu rafraîchi , portons nos pas vers la cathédrale ou dôme (Pl. 10). Voulezvous juger du style que parlait la république de Florence vers l'an 1294 , lisez le décret suivant:
c La haute sagesse d'un peuple d'illustre origine exigeant qu'il procède dans les choses d'administration de ma> nière à ce que la prudence et la magnanimité d^ SCS vues éclatent dans les oeuvres qu'il fait exécuter, il est ordonné h Amolfo di Lapo , chef-maître {capo'^naestro ] de notre commune, de tracer un modèle ou dessin pour la restauration de Santa-Reparala, lequel porte l'empreinte d'une pompe et d'une magnificence telles, que l'art et la puissance des hommes ne puissent rien imaginer de plus grand ou de plus beau; et cela, d'après la résolution prise en conseil public et privé , par les personnages les plus habiles de cette ville, de n'entreprendre pour la commune aucune œuvre dont l'exécution ne doive répondre à des senlimcns d'autant jdus grands et généreux, qu'ils sont le résultat des délibérations d'une réunion de citoyens dont les intentions
À LIE
ne forment qu'une seule et même vO' lonté. » On se croirait aux beaux jour»
d'Athènes.
Amolfo dit Lapo se mit à l'œuvre. Après des travaux qui durèrent cent soixanteans, etqui furent conduits successivement par Giotto, Gaddi, Orgagna, Filippi et Bruncllesco, l'église se trouva ce qu'elle est aujourd'hui , terminée à l'intérieur, mais manquant de façade. C'est de nos jours que la fabrique de la paroisse ,vicnt de faire élever près du portail les statues colossales d'Arnolfo et de Brunellesco.
L'aspect des murs énormes du dôme, revêtus richement an divers marbres , rappelle, dit M. Delécluze, les lianes latéraux de ces vieux meubles, plaqués de buis précieux et de diverses couleurs.
Malgré cette variété, comme l'église est assez sombre , l'aspect grave des temples du nord s'y retrouve plus que dans les églises ordinairesd'Italie. Dans son ensemble , l'intérieur est trop nu , inconvénient qui frappe d'autant plus, que l'édifice m'a semblé habituellement vide de fidèles.
La partie In plus étonnante est la coupole, ouvrage d'autant plus merveilleux que le dùmc est double, et qu'il fut élevé sanscintres, sansnoy.iu, sans armature, et avec le seul secours d'un échafaud très-ingénieusement imaginé par Brunellesco, qui avait conçu l'idée de cette grande machine, et qui conduisit le tout à fin par des procédés, ]»our lesquels la tradition de son art le laissait sans ressources.
A croire les Florentins, qui ne manquent pas plus qu'iui autre peuple d'esprit national, Michel-Anjre aimait si fort ce dôme, que , parlant pour aller faire celui de Saint-Pierre à Rome, il alla prendre congé de lui, et lui dit :
yltiicu, mon ami, je i i lis faire ton pareil, mais non pas ton rgnl.
flor:
Un autre homningc de !Michel-Ange est daos le choix qu'il (il de la place où il devait reposer, à l'église Santa-Croce, après ta mort. Il voulut que àe squ tombeau, lesportes^r^seonirerteB, on pût apercevoir le ehef-d'cBavre qu'il avait imité.
Vous ne lirez pas sans plaisir un vrai mot d'artiste échappé à Amolto, dans ua mouvement d'orgueil bien pardonnable. L'opinion da temps attribuait les trcmblemens de terre à desconrans d'eau souterrains ; Arnolfo 6t creuser des puits profonds dans l'intérieur de l'édifice, alin d'en prévenir les efléts.
« Je t'ai préservé des tremblemens de terre, dit^il en s'adressent 4 §on monumoit, Dieu te préserve de la fondre!»
La coupole, à peine terminée, fit naître à Paul Toscanelli , médecin , l'idée du premier gnomon que 1 astronomie moderne mt exécuté x restai lut im coup de maître. Le rapprochement de l'écliptique , et peut-être l'afTaissement de la coupole, l'avaient mis hors de service vers l'an 1767, époque où il l'ut réparé.
Dans la dmpelle de la croix, ne manquez pas de vous faire montrer un carreau de marbre blanc, lequel est irappé par les rayons du soleil^ quaadle jour du solstice d'été ils traversent un trou pratiqué dans la lantenic du dôme.
Le gnomon, ou la plaque par laquelle passent les rayons du soleil, est élevé de ft77 pieds an-destus du marbre, sur lequel se font les observations sur l'obliquité de l'ccliptique et les mOUvemcns apparms du soleil.
Vous vous ferez montrer sous ces ▼oAtes solennelles le tombeau de Brunellesco et son portrait en bourgeois de Florence. Giotto, le restaurateur de la peinture, repose h coté. Un autre tomlieau reofcrme Marsile Ficino, le
premier traducteur de Platon , le chef de l'académie ])lalonicienne fondée par Côme de Medicis, et chanoine de la cathédrale; les cbanoiines n'ont pas tous été comme celui que servait Gil- Blas. Le monument de Pierre Famèie, (général florentin, est tr« s-l)eau. On le voit dans un bas-relief, la daj^ue au poing, éperonnant un mulet; son clicval avait été tué. Sur son ignoble monture il gagna la TicUnre.
Près d'une porte de la nef latérale jai contemplé avec attendrissement une naïve peinture, d'auteur incertain. C'est le Dante debout, en robe rouge, avec une couronne de laurier par-dessus son bonnet, et tenant un Uvre ouvert à la main. D'un côté eat une aorte de «^présentation des trots parties de son poëmc , et de l'autre Une Tue del'ancienne Florence.
Au treizième siècle les églises furent paiifi^ témoins de drames horribles; en voici un : la conjuration des Paaii et de quelques autres familles contre les Médicis. J'extrais de Machiavel ce passage, parce rju il est curieux en détails de incLurs d'une époque qu'on se plait souvent à nous représenter comme profiM^ément rdigieuse : «
«Ils choisirent donc, pour assassiner les deux frères, l'^ise cathédrale de Santa-Rcparata (nous avons vu, dans le décret de i -i()4, la cathédrale porter ce nom, quelques écrivains prétendent que c'est à cette époque qu'ellele cfaan- Hea pour cdui de Santa-MartA Fiore qu'elle porte actuellement; leur assertion est démentie par cette citation de Machiavel. La conjuration est de 1.^78, et, comme on voit, le nom u avait point encore changé). Un cardinal était leur complice, et le pape, sans se mêler h la conjuration , eût été cependant bien aise de la voir réussir T.r<^ conjurés voulaient que Giovan Battista