FLORE
m'.-i paru assez lain et assez propre ; tout est blanchi à la chaux , cl l'air circule de tous c(^lés. Les portes des différentes chambres donnent sur des balcons en saillie, dont plusieurs étages rèirncntdans unegrande cage de pierres solides et épaisses. L'ensemble aurait peut-être obtenu de ma part moins d'indulgence, si j'avais été condamné à l'habiter comme prisonnier.
J'oubliais d'ajouter que là aussi se trouvent les bureaux du fisc. A côté de la porte par laquelle on entre dans ces bureaux, est une lame de bronze incrustée dans un carreau de marbre blanc, dont les extrémités sont en acier et qui a deux brasses de longueur, correspondant a quatre anciens pieds de Rome , du Capitole. C'est là la seule mesure linéaire connue et prescrite ])nr la loi dans toute la Toscane, où anciennement chaque ville, bourg, etc., avilit ses poids et ses mesures particuliers. L'uniformité desmesures est un bienfait dont le pays est redevable au grand-duc Léopold.
M. Dclecluze présente avec raison l'église actuelle de Santo-Spirito , du Saint-Esprit (Pl. i3), construite sur les dessins de Bruncllesco, comme le modèle du style intermédiaire entre celui d'ArnoIfo di Lapo et celui du Bramante, qui un peu plus tard donna tant de lustre à l'architecture dite de la renaissance. Ce l)eau monument, dit-il, dont le portail n'est pas terminé, forme la croix latine , est surmonté d'un dôme , et bâli en pierre brune.
I. a nef est divisée en trois parties, dont chacune, des deux côtés , forme un long portique soutenu ])ar des colonnes corinthiennes d'un seul morceau , et unies entre elles par des arceaux en plein cintre. L'cnlablemcnl , ligure sur le chapiteau de charpie colonne, peut ne pas être d'un goût bien pur , mais
il donne à ces colonnades une rare élégance. Au-dessus descorniches régnent de longues galeries ; le mur est percé de grandes croisées larges; la seule disposition gothique, dans cet édiGce, éclaire cette nef, dont le plafond est en charpente travaillée comme de la menuiserie soiirnéc. Dans le fond on découvre les deux grandes archivoltes au milieu desquelles s'élève la coupole.
Dtssous est un petit temple en marbre pour recevoir le tabernacle et l'autel.
Cette dernière portion, plus moderne, jure avec lerestedu monument, et est un dcsexemples du malheurquele luxe porte aux arts. Ce petit dôme est du plus mauvais goût. L'église , bâtie en pierre obscure , mais pure de style correcte de dessin, est un admirable ouvrage d'architecture; toutes les chapelles, qui ne sont que de grandes niches adossées aux deux grands murs , sont ornées avec soin, et dans plusieurs de celles qui sont au fond on remarque des ouvrascs de Giotto et deBronzino, et un Christ mort de Jean de Bologne Le chœur et le maître-autel sont d'une rare magniGcence. La sacristie , véritable temple du dessin de Cronaca, n'est pas moins admirable.
Cette église en remplace une qui périt en i47> ? dans un accident qui peint l'esprit et les mœurs d'une époque. Il faut lire le passage suivant de Machiavel :
« Les mœurs corrompues acquirent un nouveau degré de corruption par l'exemple des courtisans du duc de Milan , lorsqu'il vint, en i jji ,avec le duchesse et toute sa cour, à F*lorence , pour remplir, à ce qu'il disait, un vœu qu'il avait formé. On te reçut avec toute la pompe convenable à un aussi grand prince et à un ami aussi puissant de la réjjubli(jue. On vit alors ce que notre ville n'avait jamais vu : on
6i L'1TALI£.
était dont le ctr&oe, tcmpi auquel- Cette façade, les murs du oonvent il rÉg]iieonloiineraliftineiioe.delacIiair leaileux ob^iequeede aarlHre(i) po-
dans les repas , et mutela courduduc, sans respect pour Dieu et pour sou Église, ne se nourrissait que de viande.
Parmi les s|ifclacles nombreux qu'on célébra en l'honneur de ce prince , on représenta dans réj^lise de Sàn-Spirito la descente du &iiol>£^rit sur les Ap6tres ; et les fenx.dont on se servit pour cette repi^éMÉtation ajant occasioné un incendie qui consuma toute l'église , la multitude se persuada que Dieu lui-même, iadigoé contre nous , amit Toala doimer eede prefn^ije «ni courronz. Et si ce ponce' i^jMP|Flo^ xencO' remplie de courtisanes'^ proie anx Tolaptés , et souillée :par des mœurs opposém k l'esprit d'une république, sa présence ne fit qu'ajouter au mal : aussi les bons citoyens pensèrent qu'il était, urgent d'y mettre un frein; et une nouTclts loi mit des bornes au luxe des vétemena, des funérailles et des festins. »
Que dites-vous des idées de Machiavel en économie politique? Tant il est vrai queles sciences ne peuvent marcher que pas à pas et lentement. Le.vigouf
iés sur des tortues de bronse» forment Un ensemble qui a beaucoup decarao»
tèrc.
J en demande pardon aux âmes pieuses; mais ma première pensée, en pénétrant dans rinlérieur de l'église, fut |A>ur Boocaee. Je me rappdai'la scène qui sert d'întrodactioa au Décaméron , et ia rencontre que l'écrivain fit dans ce lieu d'une bande d'aimables et jeunes conteurs. Mon imagination marqua bientôt la fenêtre haute , avec vitraux ocloiriés , sous laquelle les sept jolies dévotes étaient assises en corde, lorequ*après avoir dit un PoCer ^ elles commencèrent à se lamenter sur les effets moraux et physiques de la peste qui désolait leur ville natale. Boccace établit la vertu de ces dames en les décrivant iyù^ant, comme elles auraient JiU la mort , les exemples déshonnites don^ nés parles autres. Une d'dles l'aperçoit venant dansson'costume lugubre assister à l'office divin; il s'approche, entend leur résolution d'abandonner la ville iiour la retraite sûre et champêtre de la ville de Schiffanoia ( aujourd'hui la
re génie auquel on doit le Prince . villa I^alraieri, à peu de distance de
partageait , au sujet des impôts , les Florei)ce, sur les bords du Magnone )y
préjugés de son époque. et se mêle alors timidement au petit
Voici pourtant une éirlisc, Santa- cercle pour lequel son Décaméron a été
Ara/ïa-i\''oMe//a,Sainlc-Marie-!a-Ncuve composé.
(Pl. i4), dont la la( ade est terminée, Ce vénérable édifice est encore en
ce qui n'est pas fréquept à Florence; et grande partie tel que Boccace l'a d^
même cette façade , cons^te sur les peint. 11 a été terminé en 1 35o. Bfîchel»
dessins d'Alberti , est fort belle; et de Ange cn laisait le plîis grand cas, et
plus elle offre deux curiosités nstrono- disait qu'il aimait Marie - la - Neuve
miques : un cadran céleste destiné à comme une fiancée. L'arcliitecte a usé
mesurer la grandeur de l'axe céleste ici d'artifice; les arcs des nefs vont en
compris entre les tropiques,méridienne diminuant par degrés : ce qui a ])Our
la plus ancienne de l'Europe, etl'ar- efiet Je les faire paraître plus grands,
pille ou sphère câeste de Ptolémée. ^^^^^ ^^^^^^^ ^^^^^^^^^
On les doit au père Ignace Danti , do- y/oA da vue d'eu r^ii« Mt mit* l'a vosia
mioicain et cosmographe de G6mel". aimi»
comme si on les voyait en perspective, son amour-propre, et ^ui lui serrait
Je regardai, arec plus d'intérêt et de d'objet habituel de risée. Les tombeaux
ntpect que d'adminiion, r«ncicnne et des deux cardiDauz Guidi ent Âé exé-
Mhn imafiède kl YieffedeCimabne, cutésàRdine sardes dessinsde Michel-
qui fui le signal de la renaÏMance de Ange, dans la mataiité de son talent
l'art à Florence. Son apparition eiccila de statuaire.
un enthousiasme prodigieuii. £lle fut II paraîtrait que de tout temps les
portée par le peuple, en triomphe et'au huissiers ont eu maille à partir avec les
bniitdctfiuiliire8,deralelierdttpeintre peintres , si l'on s'en rapporte à la ven-
à la place qu*A occupe encore au- geance qu'Orgagoa tira de l'un d'eux
jourd'hui . dans son tableau de l'enfer. Le person-
J'éprouvai le même intérêt pour le nage qu'il y a placé avec un papier au
grand crucifix qui est au-dessus de la bonnet , n'est autre que l'huissier de la
porte d'entrée. C'est un des premiers commune , qui avait saisi les meubles
ouvrages de Giotlo. 11 est à regretter de l'artiste.
que le» firesquesdes peintres grecs, qui Le couvent de dominicains, dépen<-
aenrîrent de matCres à Cimabue, soient dant de Sainte-Marie-NonTetle, est
à peu près détruites. Peut-être eùtHm adjacent à cette église. 11 a été fondé
mieuxfait de veilleràleur conservation par ces riches moines, en 1 239, sur les
qne de leur donner pour compa-roie, dessins de deux relitricux , fia Sisto et
dans la chapelle souterraine où elles se £ra Ristoro, et la première pierre a été
trouvent, de vieilles planches qui ser- posée par le cardinal Laliua. Le mo-
▼ent pour les gradins dans les sden- nastère est très-spacieux et très-beau,
nités. Aujourd'hui, qu'il n'est plus question
Les peintures du chœur et de plu- d'inquisition , ces bons frères , qui
sieurs des chapellea, par Ghirlandajo, cumulaient jadis la procédure crimi-
sont curieuses en ce qu'elles donnent , nelleetrapolhicairerie, n'exercent plus
dit-on, les portraits de plusieurs per- que la dernière de ces deux missions
sonnages historiques. Dans la vie de la sur la terre. Lady Morgan , qui s'était
Vierge , Jean et Laurent de M édicis vu refuser l'entrée de cette retraite^
l'ancien seraient représentés sous la àont nul pied de Jemme ne doii^finJ^
figure de saints et de docteurs, causer^ les pandi intérieurs^ aura sans doute
tant les costumes et la tournure de moins regre^é de n'avoir pu visiter
l'époque à laquelle ils vécurent. Ces deux portraits célèbres, la Laure et le
fresques, auxquelles ccrUiins auteurs Pétrarque, lorsqu'elle aura lu dans
prétendent que Michel-Ange a mis la M. Valéry que l'authenticité de ces
nain , rappellent le temps où, Agé de portraits est, avec très>forte raison,
quatone ans, il travaillait dans l'a- contestée. Parmi les portraits des plus
tdierdeGliirlandajo,et,au lieu de payer célâires dominicains, celai de SaTO-
son mat tre, recevait déjà de lui une ré- narola attira le plus mon attention, trihution de dix florins paran. On pré- La fonde.ria^ apolhirnirerie et parfu-
tcnd aussi que les soldats d'im martyre merie à la fois, est 1 une des branches
de sainte Catherine, par Buj;p;inrdi , les plus productives des revenus de ecs
iuient dessinés par l'enfant sublime , frères. £În frappant ii l'une des portes
•fin de tirer d'embarras Tauteur du latérales du couvent, mifiût arriver un
' taUeatt,pcintreniédiocre,Vidiculepar >htfict>id, ou petit page cnospuchooné.
Gl L'ITALIE.
âge de dix h douze ans, plein de grâce de la Toscane. Sur la place qui la pré-
el d'agilité. Il conduit les acheteurs au cède est la statue é<|ueslre du grand-
magazzmoj à tniTeit une suite de duc Ferdinand I*'*TmciiUi fondit avec
pièces magnifiques, «^letemcifizetles le Imnte des canons pris aux Turcfc
madones, les vases de porodaine et les parlesdievaliers de Sainl-Étienne. Oài
omemens d'or moulu, offrent un mé- litsurla sangle du cheval cette inscri^
lange du sacré et du profane tout-à-fait tion : Dei metalli rnpiti al fiero Tracé ^
sinculier. Le maerasin est une vaste du métal ravi au Thrace farouche. Ou
et élégaule pièce, de laquelle on a la souhaiterait plus d'animation dans le
vue du jardin , des cloîtres et de l inté- cheval et dans le cavalier. ' «
rieur dn couvent. EUe est entourée L'église a la forme d'une cr6ix , et
d'anmnres 4 vitraux où les eaux eor> n'a qu'une seule nef. La tribune et
diales, les conserves aromatiques, sont la coupole en fonne de rotonde,
mêlées aux cosmétiques et-aux poudres sans fenêtres ni ouverture, sont d'un
odoriférantes. Je me souviens de jolis effet extraordinaire. Alberti on donna
petits livres de prières servant de les dessins; le marquis de Manloue^
pelottes, de missels en collrets de toi- Louis Gonzague, en ûl les frais,
lette. Cependant le frère lai, humble, Yojes-vous, me disait un de mei
modeste et posé, préside à ce nidtttt' amis florentins, cette première chapd^
romaUs^ pesant sa poudre et mesurant le , à main gaudie dk entrant , qui res-
son eau de violette. Son capuchon, sa plendit datent, d'or et de pierreries,
robe, son cordon, son rosaire, forment c'est la fameuse chapelle (/elta-Santis-
contraste avec son emploi mondain. iima-Firginc-ylniiutiziata^cous\.r\x'\\.e
Un sourire venait sur mes lèvres, qui par ordre de Pierre, hls de Côme,
^ert arrêté, quand je me suia .rappelé père de la patrie ; l'autel est en argent
le temps oà les eouvena élwent les aaasaif; la téte du Sauveur, sur l'autd,
àé^tM des lumières. C'était alora un est d'André del Sarto. Tous les orne^
usage assez cAmnôiuh chez les moiiD^- mens qui décorent cette chapelle sont
de charmer les loisirs de leur retraite, dus h la dévotion de quelques princes
en se livrant à (Quelques occupations pieux de la chrétienté, et surtout des
qui les rattachassent au monde. Ils Florentins, qui ont toujours eu en
Choisissaient généralement des objets grande vénération lluagedela mère
d'utilité, et dont b distribution pût de Jésus» Christ, peinte ii fresque ,
servir à des actes de hienfiiisaiice. La en ia$o., par Bartolommeo. Jadis vous
préparation des drogues médtdnales eussiez vususpendus h cette voûte d'in-
remplissait leur but; les couvens nomhrables p.r v'oro. C'étaient souvent
pauvres imaginèrent naturellement de d'énormes mannequins couverts dé
couvrir leurs frais de fabrication , en riches habits , et représentant d'illus-
débitant aux riches des cosmétiques, trcs personnages. D'habiles artistes né
que leurs talens de chimistes leur per- dédaignaient pas quelquefois de tra-^
mettaient de onifectionner mieux que vailler à ces figttâ. Cdlini fit un dué
personne. Alexandre qui le Balança là-haut asses
VAnunziata^X'jénnonciade, é^\ie long- temps; uû jour la corde par
favorite des miracles et de la mode, laquelle il était attaché se rompit. H
fondée par les servîtes de IVLiric, /' servi y avait quelque dangerà venir prier en
di àfaria, est une des plus célèbres ce lieu. Aujourd'hui la voùle est nette,
FLORENCE. fiS
d U iMiMone da fidèU n'est plut Leurs jambe* nues , leurs pieds cou-
naoaeée* verts de sandales, leur robe de btire,
Dans l'église modernisée il reste à ne les empêchent pas de s'asseoir à la
admirer des ouvrages d'AUori, de Vol- table des plus grands seigneurs flo-
terrano, etc., et une ceurre plas ré- rentins. Leur cordon et leur rosaire
caste, les ltts-rdi«fsdataberoade^ui prouiaiitplMeàGAlédeladécQratiwde
sont de Thorw^dsen. Tordre de SaintpEtienae, ou la croix de
Dans la cbapelle deUa-Ferginù-deU Marie-Thérèse, dent leurs bAtes sont
Soecorso, delà Vierge-de-Bon-Secours, parés.
construite aux frais et d'après 1rs Mon Florentin, qui était delà famille
dessins de Jean de Bologne , cet artiste des Pucci , ne me laissa pas quitter cet
a exécuté lui>méme , à plus de quatre- édi&ce sans me mentionner combien il
vingts ans, les deux génies tenantdeus ' avait dû de sa nafpificence à cette
flambeauzéteintsqoeron^t assis sur illustre famille. Le portique avec ses
son tombeau.
Mon esprit national seul me décida à accorder un reirard à une statue de saint Roch, en bois de tilleul, par un sculpteur français nommé Jann.
C'est dans le magnifique dottre , du dessin deCrooaca, qu'il fimtallerdbercher la Madone del Sacco , la Vier|[e au sac , chef-d'œuvre de grâce , de naturel et de pureté , d'André del Sarto.
Michel-Aufie et Titien n'ont pas été les plus froids de ses admirateurs. Le saint Joseph , qui s'appuie sur un sac de blé, a valu an tableau le nom par lequd on le désigne. On raconte une autre origine de ce nom. André, diton, dans un moment d'extrême indigence, aurait offert aux moines de ce couvent de leur peindre une Madone pour un sac de blé.
Au mois de mai , le plus bel âne qu'en peut trouver dans la ville est , m'a-t-on raconté, chargé d'huile, de fruits et de vins, et conduit processionnellement , à travers leijlise, à la châsse de la Vierge, où ces ollrandes sont reçues en fjaaAe pompe.
L'Annondadeest fréquentée par les dévots et dévotes du bon ton. Les bons pères Servi di Maria sont les él^ans monastiques de Florence. On les rencontre dans les plus brillans salons.
curieuses fresques^ dont plusieurs ont été peintes par André del Sarto , leur protégé, a été bâti à leurs dépens, ainsi que la chapelle de St.-Sébastien , riche en statues, tableaux et monumeos de marbres. Trns cardinaux 7 ont lenr sépulture.
(kJlini fut aussi enterré dans cette église. Le document suivant, extrait des archives de l'académie de dessin de Florence , donne les détails de cette cérémonie :
■ Le i5 février 1870, messire Benvenuto Gdlini , sculpteur, a été enseveli d'après ses ordres dans notre chapitre de l'Annonciade. La cérémonie s'est faite avec un grand appareil ; toute notre académie et toute la corporation des artistes étaieut présentes.
On sercodit à sa maison; on se rangea en (wdre, et tous les rdigieux ayant défilé, quatre académiciens prirent le cercueil que l'on porta dans l'église de l'Annonciade, en changeant alternativement les porteurs comme d'ordinaire; et là les prières d u&agea^ant été dites, les mêmes académidens reprirent le cercodl et le pwtèrent dans le chapitre, où l'on continua lescérémonits du culte divin. Un religieux monta en chaire ; on l'avait chargé , la veille de l'enterrement, de prononcer en publicl'oraison
L'ITikLlE.
funèbre de messire BeoTenuto, en l'honneur et gloire <3e sa rie, de ses ouvrages et delabelle disposition d'âme et de corps dans laquelle il mourut.
Toute racadénie fnt trèf^atiilaito dft oediacoora , et en fithantementréloge, ainsi que le peuple qui t'eSbrçait d'entrer dans le chapitre pour voir messire BenTenuto , jeter de tenu hénite sur •OO corps et entendre louer ses grandes cpialités. Il y avait un très-grand nombre de limièret et de bougies dans le chapitre. Je Tais noter les ciei^es que l'on donna aux acaidëibiciens. Les consids eurent chacun un cierge d'une lirre ; les conseillers, les secrétaires et les trésoriers, chacun un de huit onces ; le pourvoyeur, un d'une livre; les «itree aunibres diaenii un derge ét <piatreeBdii|et il y en eut cinquante.»
Cette cérémonie était l'expression du rqjret général qu'inspirait la perte d'un si grand artiste. Mais personne en particulier ne s'occupa d'élever un monument à sa mémoire. Il n'existe ni pierre tumulaîre ni inscription qui .
indique l'endroit précis où reposait ses cendres. Ce dernier trait de son histoire n'est pas le' moins digne d'ob* servation.
Toutes les illustrations florentines n'ont point eu ce malheur; l'église jlBnfa-Croce, Sainte-Croix, le IWthéon- de la Toscane, en fait firi.
'En anrant de cet édifice est ude llace que son étendue et sa régularité rendent extrêmement propre à servir de théâtre à des courses de chevaux , à des carrousels, à des mascarades, à des bàteilles simulées et à toute espèce de speetade public.
Elle était antirefois entourée d*une palissade^ et la jeunesse de la ville s'y exerçait au célèbre jeu du cnlcio , du coup de pied. Dans ce jeu , qui était un exercice gymnastique très-avantageux
au développement des forces, et qui , depuis long-temps, est tombé en désuétude ainsi que la paume, deux partis de jeunes gens, avec un uniforme de couleur di^rente pour diaque parti , s'efforçaient de lancer avec le pied , au delà d'une limite fixée, un ballon de moyenne grosseur. Le parti qui parvenait à faire franchir au ballon la limite défenrluc par l'autre remportait la victoire. Les combattans devaient être au nombce de cinquante-quatre et âg^dedix-huità quarante-cinq ans. On nadmetteitparmi eux que des militaires et des gentilshommes.C'est là qu'au milieu du treizième siècle, à la suite d'un combat plus sérieux, se forma l'état populaire de Florence. C'est là que les bourgeois vainqueurs des nobles, après aToir déposé le podestot^, s'miganisèrent en vingt compagnies avec chacune un chef et un étendard , et créèrent au sein d'une émeute uueconstitulion qui dura dix années.
On doit au grand -duc Léopold d'avoir rendu cette place plus belle etplus commode, en faisant substituer & la palissade des bornes et des bancs en pierres de taille, où les promeneurs viennent s'asseoir et prendre le frais dans les belles soirées de l'été.
. A l'extrémité ouest, une fontaine publique, décorée de mari>re , fournit une eau qu'on m'a dit aToir une réputation de salubrité.
Je regardai avec intérêt la façade do Pa]azzo de II' yfnteUa , quia été peinte à fresque par plusieurs artistes estimés. De belles ligures d'animaux attirent surtout l'attention.
Quant à âonta-Croee, son aspect présente l'aspect d'une montagne de briques qui attend son revêtement , et peut-être attendra long-temps. Que debons livres se sont passés de préface , combien de belles églises peuvent se
FLORENCE. «7 pOMCrde portail ! Depuis i5i4 celle- la république de Florence, qui aTStt ci déplore en outre la perle de son clo- traité avec Umt de rigueur ce ciloyen cher que la foudre ruina. J'aperçus au illustre, eut l'idée de réparer ses torts coin de la rue voisine, le haimnentd'im envers loi « le reconBeiHence coùle remplaçant que lee mi^^uilUen ê» le aunns vie^-Tis des morts. Dèersnoée paroisse ont songé na peu terdà'lni , i3gi6 elle eveit icada le décret , espédonner. nnt obtoitr le précieas dépôt de Ra-
: Quand je fus au milieu de ces deux yenne; mais celle-ci coimsisseit trop rangs de piliers octogones, qui divisent bien la râleur du trésor, celte vaste enceinte en trois nefs, etdont De nouvelles instances et un nou* les chapiteaux sont surmontés d'enss en yma déoret , dit M. Valéry , sont daeintro aigUt dans ee tem]4e nu, sonn t^ de Tannée i4^* Enfin en i5i9., bro , austère , édairé par de supefl>es une autre demande fut encore adressée TÎtraux gotbiques, je reconnus le gé- à Léon X par les Florentins. Parmi les nie grave et puissant du grand nrchi- signataires est le nom de Michel- Ange, tectedelarépubliqueflorentine Arnolfo admirateur passionné du poêle , avec diLapo. lien fournit le dessin en 1394 ; lequel son génie à lui avait tant de rapelle fut restaurée depuis, avec des ports, et à la mémoire de qui il avait modificationsj par Vasari. consacré de beaux vers. L'apostille
Mon premier, mouvement fut de qui accompagna sa signature-est d'une courir au tombeau du Dante ou plutôt simplicité sublime /b, Jfiîc&e^utfgno/o, de Dante ( comme le fait observer scuUore ^ il medesimo ^ avostrà santità M. Ginguené; mais l'usage vicieux suppUco , offerendomi al divin poeta a prévalu, et le savant critique lui- /arc la sepultura sua condecenteein même, tout en grondant, s'y est con- loco onorevole in questa città. Moi , le formé). Bien me prit de n'avoir cédé mImeBficbd-Ange, sculpteur, je supqu'à un désir d'bonorer le grand bom- plie votro sainteté , m'oflrant à faira mescarle talent du sculpteur, M. Ricci, au divin poite sa sépulture conycn»^ artiste moderne, ne s'est pas> élevé à ble, et en* lieu qui fÎMse bonneur à toute la hauteur de sa làcbe. cette ville.
Le Danie est représenté assis sur le J'em|irunte à M. Ginguené le pashaut de la tombe, sa pose annonce la sage suivant : • Le Dante était d'une méditation. D*ui»oôté la Poésie pleure, taille moyenne ; dans ses dernières ande l'autro l'Italie montra ee vers de la nées il marèbait un peu courbé', mais Biinnê CométUe t Onorate F altissimo toujours d'un pas grave et plein db poeta y hraores leplus grand poète, dignité. 11 avait le visage long, le Le choix du vers est ce qu'il y a de teint brun , le nez grand et aquilin , moins malheureux dans toute cette les yeux un ])eu i.'ros, mais pleins froide allégorie. d'expression et de feu, la lèvre infé-
Au surplus ce monument léoeat, rieure avancée, la barbe et les cbedû à M. Étienne lUcd , professeur ao- veux noirs , épais et crépus i babitueftuel de scnlptun à l'académie de Flo- lement l'air pensif et mélancolique, renée, n'est qu'un cénotaphe. Comme Plusieurs mâailles frappées en sou tout le monde lésait, les cendres du honneur, qui ornent les cabinets dés^ Dante sont à Ravenne. curieux , et un grand nombre de por-
Avant la ûn du siècle où il mourut, traits, tant en marbre que sur la toile.
(|ui se trouvent à Florence, sont trèsressemblans entre eux , et annoncent tous le même caractère. Ses manières étaient nobles et polies. La hauteur et le ton dédaigneux qu'on loi tepro»
cbe n'étaient point naturelt , et a'il let eut, ce ae fut du moins que depuis ses malheurs : une persécution injuste peut produire cet eiSèt dans une Àme élevée.-
■ n étudiait et travaillait iieniconp, pariait peu , mais ses réponses étaient pleines de sens et de finesse. Il se plaisait dans In solitude , loin des oonversations communes , sans cesse appliqué k augmenter ses connaissances et à perfectionner son talent. 11 était sujet ï des distractions fréquentes, surtout lorsqu'il était oecapé de qudqueétnde.
A. Sienne étant entré on jour dans la boutique d'un apothicaire , il y troura un livre qu'il cherchait depuis longtemps. Il se mit à lire appuyé sur un banc qui était devant la boutique , et avec une telle attention, qu'il resta inunobile à la même place depaia midi lusqu'au soir. Il ne s'aperçut même pas du grand bruit et du mouvement occasionés par le cortège d'une noce, ou selon noccace , d'une fétc publique qui vint à passer dans la rue. •
Le même Boccace, à propos du teint da Dante, raconle cette aneodote : « A Vérone, où aon poSme et surtout la première partie, YEn^^ avait déjn beaucoup de réputation, et où il était lui-m«îme généralement connu, parce qu'il y séjourn.Tit souvent depuis son exil, il passait un jour devant nne porte où plusienra femmes étaient assises. L'une d'elles dit aux autres à voix basse, mais pourtant de façon à être entendue de lui et de ceux qui l'accompagnaient :
« Voyez-vous cet homme-là , c'est celui qui va en enfer, et en revient
quand il lui plaît, el rnpporte sur la terre des nouvelles de ceux qui sont là bas. » A quoi une autre femme répondit avec simplicité t « Ce que tu dis doit être vrai ; ne vois-tn pas comme il a la barbe crépue et le teint noir?
e'est sans doute la chaleur et la fumée qui en sont cause. ■ Dante, voyant qu elle disait cela de bonne foi , et n'étant pas fâché que ces femmes eussent de loi une ieraaUe opinion, sourit et passa son diemin. •
Le Dante de M. Ricci ne m'a nulle»
ment rappelé le pénitent profondément ému qui remonte de l'enfer , ou l'illuminé dont les regards découvrent le Paradis. J'y ai reconnu tout au plus le théologien ergoteur qui vint à Paris, fréquenta l'université et y soutint une thèse vivement disputée : eiroonstance d'autant plus à remarquer que' Paris était alors pour cette science le théâtre le plus brillant de l'Europe.
En i320, il soutint aussi à Vérone, dans l'église de Sainte-Hélène, devant une nombreuie assemblée de docteon, une thèse oâèbre sor deux âémena, la terre et l'eau. De Duobut dmnantU terne et aquœ.
Devant le marbre d'où le statuaire n'a su tirer qu'un souteneur de thèses, là , d'où il devait laire jaillir un homme de génie, je me suis senti moins ému que jenel'avabétédevantle bloc informe que l'on m'avait montré pfèa de la cathédrale, et que l'on nomme pierre du Dante ^ parce que, dit-on, il avait coutume de venir s'y asseoir t bien que cette tradition ancienne puisse être aoeoaée de iaaiaeté,]anM, dilHon,se trouvant beaucoup plna étroite à poque où vivait le poète.
Je m'étais senti plus d'émotion encore un jour où ma promenade m'avait amené non loin du dôme, et où je m'étais enfoncé dans la ville , près