‹ La ToscaneChapitre 15 sur 16 · L'ITA · texte numérisé non relu

L'ITA

la moins joviale des dnq dasiet de

notre Institut.

L'académie de la Crusca a du moins eur notre académie dee lettres un avantige , c'est dlmroir terminé 80o dictioD* aura, que toutefois le célébra Monti (avec un pesd'exagération , il est vrai,) r^unlifîe de : vilissimo^ schîfosisiimo , barbarissimo atnasso di tinguaj l'amas de mots le plus ignoble, le plus sale et le plus barbare. Pauvres académies ! Icar deelin en tout pays csl d'étra immolées aux quolibets: il faut bien que la canaille iniellectudle se fenge de Faristocratic des beaux esprits.

Voulez-vous voir un autre palais plus cher encore h ceux (jui aiment des souvenirs de gloire? Faites» vous conduira dans la via^ Soata au palais

Le nom de cette famille vient, diton, de la teinture appelée oricello ,

tournesol , introduite à Florence par Bernard Buccellai à son retour du Levant, doù il rapporta d'immenses richesses. Quelques-uns prétendent quil apprit dans ces contrées le secrat de cette teinture; d'autres soutiennent qu'il fut le premier à découvrir dans le tournesol la propriété de changer son vert en violet au niovcn de l'urine. Ce qu'il y a de certain , c'est que les Florentins ont été les premiers à en laira usage, fiernard possédait des jardins connus sous le nom à'orti oriceUari^^t dont la beauté était célèbre dans toute rilalic. Léon Alberli, le restaurateur de la bonne architecture en Europe, les embellit de bosquets plantés avec goût, et y ménagea des promenedct couvertes d'ombrages épois, h la maniéra des Grecs.

C'est 1:) que Bernard recueillit une foide de fragmens précieux de l'antiquité , et que , par un noble emploi de ses richesses, il aimait à recevoir la

LIE

foule des étrangers curieux de venir .idmirer sa demeure , c'est là qu'il rétablit l'académie platonique à laquelle la mort de Laurent le Magnilique , son ami, avait porté un coup funeste. Il mourut, mais ses fils conservèrent les mêmes goftts et se plurent à réunir sous les ombrages qu'il avait plantés, les savons, les artistes et les citoyens les plus éclairés. Machiavel, surtout, se lia d'amitié avec le jeune Cùme Ruecellai , qui était pour ainri dira devenuson patron. 11 est impossible de lire sans émotion l'éloge plein de sensibilité qu'il a fait de ses vertus et de son caractère au commencement de son Art de la guerre. Ce jeune citoyen , que sa patrie devait trop tôt perdre, était resté infirme des suites d'une maladie d'enfiuoiee ; il ne pouvait marcher, et c'était dans une brouette ou dans une litière qu'il se faisait porter au milieu de ses magnifiques jardins, pour y jouir de la fraîcheur et de l'entretien de ses amis. **

On distinguait parmi eux Laurent Strozzi , Zanoblo BuomUmmt» , Bapliste délia PalUty LouiS' A lamanni.

Machiavel, plus Agé qu'eux, éclairé par une lonp-ue ronnaîssancc des homn>es qu'avaient encore f ortifiée ses profondes études, leur prodiguait dans deseatratiens plnns d'intérêt etdegravilé les trésors de son esprit.

Ce fut en sortant de ces jardins que deux jeunes patriotes laissèrent tomber une liste de conspirateurs contre les Médicis, étourderic qui les conduisit à l'échafaud, et Machiavel à la tortura. Ce dernier était-il du complot?

c'est ce qu'on n'a jamais pu savoir :

aucun tourment ne put triompher de sa fomede caractère, en lui arrachant un aveu ou une adhésion à l'acte d'accusation.

La dimension de ces jardins est, je

FLORENCE. 91 crois, encore la même que dan B le prin- de ma propre main. Je recommandt cipe, mais rien ne reste de leur an- mon âme à Dieu, à sa miséricorde in' cienne disposition , excepté la gro'tte finie , le suppliant en toute humilité de où les conspirateurs s'assemblèrent-, ne pas lui re/user au moins , à défaut

les fresques en sont très -peu ei&cées.

Quant aux bosquets entremêlés d'inscriptions et de monumens du temps , ils sont remplacés aujourd'hui par des églises gothiques, des temples grecs , desaquéducs, des grottes de sibylles, toutes babioles en miniature , avec des taupinières pour montagnes et des rivières à robinet : le tout est terminé par un soleil couchant peint sur les murs. Les possesseurs actuels appellent cela un jardin anglais. 11 est resté, comme on voit, quelques Welches en Italie.

Ce palais Ruccellai porte aujourd'hui le nom de palais Strozzi Ridolfi , une branche de cette fameuse famille des Strozzi , long-temps rivale de celle des Médicis. A cette époque, où les richesses et la haute considération dont jouissaient les Strozzi engagèrent le peuple h donner au plus illustre le titre de messire, ce citoyen répondit: Afon nom est Philippo Strozzi; je suis un marchand florentin et rien de plus; celui qui me donne un titre m'insulte.

Un monument sublime est le testament du vieillard héroïque, dernier soutien de la liberté florentine, testament tracé dans sa prison , au moment de se frapper d'une épée qu'il y avait découverte.

■ A Dieu f libérateur. — Pour échapper au pouvoir de mes cruels ennemis et à leur torture injuste et horrible qui réussirait peut-être à arracher de moi quelques paroles préjudiciables à mon honneur^ à ma famille et à mes amis innoccns, moi, Philippe Strozzi, j'ai résolu , de la façon qu'Use pourra y quelque mal qu'il doive s'ensuivre , eu égard à mon âme., de terminer ma vie

d'autre bien , d'aller au lieu oit est Coton d'U tique et les autres hommes vertueux qui ont fini de même. ■

Ame généreuse et trempée h l'antique, j'ignore quelle place te fut accordée là-haut, mais ici-bas, dans le cœur de tout homme de bien , ta mémoire est au nivcaii de celle du dernier des vieux Romains.

C'est en l'honneurdela victoire remportée en i53^, à Montemurlo, sur ce Strozzi et les patriotes émigrés qui revenaient en armes, que Côme I". fit élever un monument sur la place de la Trinité, au lieu même où il avait reçu la nouvelle (pl. 16). Le pape Pie IV lui fit tout exprès l'envoi d'une magnifique colonne de granit oriental qu'il prit dans les ruines des thermes d'Antoine. Côme la fit surmonter de sa statue actuelle de porphyre , représentant la justice; le choix était heureux. La statue, une fois posée, paraissant trop grélc h l'a>il , on a imaginé de l'aiTubler d'un ridicule manteau de métal.

Heureusement pour Florence elle a mieux que celte statue pour l'ornement de ses rues, ne fût-ce (sans rappeler les merveilles dont nous avons déjà parlé) que le superbe groupe d'//ercule tuant le centaure Nessus , œuvre de Jean de Bologne , placé sur une fontaine qui lui sert de base à la descente du Port- Vieux , au milieu d'un étroit carrefour.

Secouons maintenant la poussière du moyen -âge et .niions récréer vos yeux , que l'éclat du marbre et de la dorure a peut-être fatigués, parles rians aspects de la promenade des Cascine , laiteries qui appartiennent nu grandduc.

9» L'ITi Figurez-Tous, use Ile bordée d'un

zàté pir le Mugnone et de l'autre par l'Arno , dans lequel ce torrent se jette.

Il 'ensemble a la forme d'u|i clavecin dont la petite extrémité est du càlé de la ville. Lorsqu'on y arrÎTe on trouve des allées divergentes qui dessinent le tour de l île. Vers le milieu de ce vaste terrain, tout |)limlé il'arljrcs fort beaux, est une j)raiiie au milieu de laquelle est parqué un troupeau de vaches. Sur le cèle est le Palanzo delle Cantine , palais des laiteries, lieu destiné à recevoir le souverain, lorsqu'il veut se reposer et se rafraîchir. Au delà de la prairie est un bois percé d'allées en étoile, au milicuduqucl sont des laiteries. Parfois la futaie devient plus rare et on trouve des ]»és dâideux. Cette promenade est ravissante. On conçoit ijfue les Florentins en tirent vanité et ç& fassent aujssi constamment usage.

Chaque soir, vers les six ou sept heures, les voitures se dirij^^ent de ce côté, et le grand-duc ne luanque guères d'y venir.

Le premier de nos poStes lyriques présens et passés, M. de- Lamartine, après avoir, pendant son séjour à l'ambassade de Florence , abandonné auf, babioles diplomatiques des instansque la poésie a dû vivement regretter , ne inanquait pas un seul jour de se rendre aux Cascine. Il chmsissait le milieu dp la journée , Thettre de la solitude. Sans ^trenullementconnu de Iui,quedefois l'ai pris ]>laisir à me trouver à sa rencontre! 11 était pour moi Pétrarque promenant ses rêveries amoureuses sous l'ombrage, et mon orgueil national était flatté ! cette fois le Pétrarque était Français.

Les Cascine ont cet avantage qu'on peut y trouver à volonté ce qu'une Jurande ville ofTre de plus attrayant , ou la solitude et les pl.iisirs champ«îtres.

Après avoir circulé entre les voilures

LIE

qui stationnent devant le palais tdef ?

Cascine, après avoir remarqué l'clét;ante parure des dames de Florence, on peut en philosophe se retirer à travers la prairie, parooiirir les bois et* rentrer dans la ville en suivant la route qui longe l'Ârno. Ce fleuve est un peu sec dans la belle saison, cependant ses bords sont fort agréables. Les Cascinequi le bordent de l'autre côté sont fort gracieuses, elle couvent et l'église de San-Miniato qui les couronne sont un* point de vue charmant , surtout à la chute du jour.

Le théà tre de la Pergola , ce qui vent' dire de la Treille, du nom de la rue où il est situé, est le premier de Florence.

11 passerait pour prodi<^ieux à Paris, il n'a rièn d'extraordinaire pour le pays.

11 est administré par trente nobles qui»

en sont propriétaires, c'est-à-dire qui le soutiennent par une redevance trèsforte chaque saison. On les appelle les immobiles , et le théâtre a pour devise un moulin à vent avec ces mots : // est fixe en son mouyement.

I«e soir même de- mon arrivée , du fond d'tine loge ou petit salon où j'étais en visite selon l'usage , je découvris à travers les demi-ténèbres de la salle deux belles compatriotes que j'avais l'honneur de connaître. Franchissant escaliers et corridors , j'aniveàla porte de leur loge. Uu grave ahbé en sortait, 4pnnant la main à une sorte d'Oriental aux moustaches attachées par un fil :

c'était l'ahbé N qui , entre les deux

actes de l'opéra et pendant que le ballet s'accomplissait , venait de présenter, madame Pizzaroni en costume d'Arsaen aux aimables Françaises que je cher^ chais. Per Baecho ! m'écriai-je, cettf^ fois il n'y a pas à s'j tromper ; je soi^ bien en Italie.

Il m'eût été aussi impossible de ne m'y pascroire le jour où j'assisljiiàunq

Digjtized by Coogle

tioune de dievaut lilwct, divirtiMement ùcwi de toutes les villes îtaHeiifnes. Le «U ogniSantiy le fau-

bourg de tous les Saints, et \ePrato

étiient couverts de monde entassé sur des balcons de bois. C'était vers 1rs sept heures du soir en juin,et la grande chaleur était tombée.

Unliniitsocnd,qui s'âcnidnibnd de l'arèiie, stunonça que tes chevaux allaient, en remontant vers le point de départ, être ei posés d'abord h la curiosité des assistans. On fit en effet passer sous les yeux de la foule assemblée trois de ces animaux chargés de quelquesoraemrasde plumes^ etnumérotés t, a et 3. Es allaient à pas lente, à cause de l'empressereent que fen mettait à les voir et à les approcher; chacun voulant communiquer à son voisin ses conjectures sur le vaincjueur. A Londres ce moment donnerait lieu à Touvcrture de bioi des paris; l'Italien est moins cupidoi dans sesjeoz il songe •tt plaisir, non au lucre. Enfin les chevaux vont être lâclics. Près d'eux la voie est libre; mais à mesure qu'on en est plus loin, la foule des curieux se presse et forme un angle rentrant, dont le sommet est prêt à s'ouvrir pour laisser passer les coureurs. Derrière la foule se referme à l'instant ; c'est un cercle flottant qui court aussi rapidement que les jouteurs. La course terminée, je fus curieux de voir quelle pompe attendait le vainqueur. Il mardiait tenu par son maître, entouré d'artisans à figures noires , et précédé par une troupe d'enfalis presque nus qui portaient un ^rand drapeau jaune.

Jesais combien il est difEciledejuj^er sainement des mœurs d'un peuple , et cependant je crois pouvoir me ranger en eonsctenoe de l'avisde M. Stendhal , qui a plus que moi vécu à Florence, et qui, sur les nueurs italiennes, a donné

en plusieurs endn^ti de ses ouvrages des observatioBssi fineset si piquantes,

« En arrivant de Bolo^e , ce pays des passions, comment n'être pas frap* pé, dit-il en un endroit , de quelque chose d'étroit et de sec dans toutes ces télés florentines?

> L^tinet music^ty»* fit 'HÂt, dès lepremier jourdemon arrivée, qudqoe flliose d'wwafKi/ftri^/e dans tontes ces figures ; et je nefus nullement scandalisé le soir de leur manière sage et déoento d'écouter le Barbier de Séville.

a Souvent assis au-dehors de la ville, j'ai remarqué de fort beaux yeux chez les femmes de la campagne ; mais il n'y a rien dans ces figures de la douce volupté ni de l'air susceptible de passion des femmes de la Lombar 'le. Ce que vous ne trouverez jamais en Toscane , c'est l'air exaltaile , mais en revanche de l'esprit, de la fierté, de la raison et quelque chose de finementprovoquant.

» Le Florentin est le plus poli des hommes, le plus soigneux, le plus fidèle à ses petits calculs de convenance et d'économie. Dans la rue il u l'air d'un commis à 1 ,800 francs d'appointement, qui , après avoir bien brossé son habit et ciré lui-même ses bottes , court à son bureau pour s'y trouver à l'heure pré* cise. Il n'a pas oublié son parapluie ; car le temps n'est pas sûr, et rien ne aâte un chapeau comme une averse.

Afin que rilalieofirtttousles contrastes, le ciel a voulu qu'elle eût un pa^ s absolument tetns passion , c'est Florence.»

Toutefois U s'empresse de rendre hommage aux agrémens, h l'esprit de conversation , au ton de politesse aisée, au bon çjoùt qu'il a rencontrés dans les salons de la bonne compai^nie.

U va même plus loin, il consacre au peuple cet éloge qui , au peu que j'ai pu voir, m'a aemblé vraiment mérité:

•Les paysans de la Toscane forment »

je le croii nos pdne, la population la , rence d'avoir fabriqué lespremièreslu- . pluê singulière et laplua apirituelle de . nettai. ,

tonte iltalie. Ce sont peut-être daos . v> L'invenlinn des lunettes, dueà Ap*

leur condition les gen& les • plus civiU« inaLo dci^Ii Armati , devait naître dans

sés du monde. • cette ville , dit M. Valéry ( quoique

. B Si i on veut consulter l'échelle mo- d'autres l'attribuent à un Pisan) : la

raie, on les trouvera fort au-dessusdes vue basse des Florentins est depuis

bourgeois de quatre mille livres de long- temps passée en proverbeà Un

rente,et*à>téteétnnteyqui^gafuiaseDt Siennois faisant .observer à . Laurent

• Jes salons, des sous - préfectures de . de Médicis , qui avait la vue basse,

France. • . que l'air dePlorence devait nuire aux

• Je fus ici frap])é de trois choses , a yeux ; et celui de Sienne^ au cerueau ,

dit Montaigne, lors de sa promenade répondit Laurent. Lors de l'élection

en Toscane : i". de voir tout le peuple de Léon X , dont les yeux étaient aussi

oocupé , même le dûnancbe, les uns k trèsrniattvais, les mauvaia plaisans 4*

battre le Ué ou à le ranger, les autres .Rome donnèrent l'anagramme suivait

à. coudre, à filer, etc. a<*. de voir ces des lettres qui indiquent la date ai

paysans un luth à la main , et de leur chiffre romain sur le fronton de Saint-

cAté les bergères ayant l'Ariosle dans Pierre. MCCGCXL Muhi Cœci Car-

la bouche , mais c'est ce qu'on voit dans dinales Creavcrunt Cœcurn Decimum

toute l'Italie, 3°. de leur voir laisser le Leonem. Plusieurs aveugles cardinaux

grain coupé dans les champs pendant .ont .créé Lém a»m^. dix* Ménage

dix et qninxe jours au plus, sans crainte attribuait cette vue basse au dimat

des voisins.' a* — ârop-vif, surtout pendant l'hiver; d'an-

^ En six lignes qud éloge d'une na- ■ très en voient la cause dans le reflet

tioni - du soleil sur les larges dalles de pierre

Si vous avez comme moi le malheur dont la ville est pavée* : - • /

d'être myope, vous remercierez Flo^^ •■ . • i . ?

ÏIESOLE» TOLTERHA) SIENlIEy AREZZO9

Fiesole ftti le berceau de Florence, Plus tard elle ftat moios heareosej comme le rappelle le Dante dans Je tombée au pouvoir des Gotbtf , et rechant i5*. de son Enfer (pl. i8}, où il prise par les Romains, puis saccagée qualifie le peuple de Florence « peu- plusieurs fois dans les diflérenlcs aujile ingrat et méchant, qui, desccn- très invasions de barbares, elle ne dut du Jadis de Fiesole, tient encore de pourtant sa ruine complète qu'à lu jata montagne et du roc. » Aujourd'hui lousie de ses voisins les Florentins. * .die a encore d^nt^resmnt ses ruines, Ils voyaient en efièt de mauvais «il ses souvenirs , sa Tue et les sculptures les actions glorieuses dès Fieaolans , et de sa cathédrale, ouvrages de Mino, les hautes tours de cette ville leur'poret placées au rang des chefs-d'œuvre taient ombrage-, ils ne rout^irent pas de la renaissance. pour assouvir leur haine , de recourir à

Fiesoje date de la plus haute anti- la trahison. Voici ce que raconte Ya-

quité, et était l'une des douze cités lespini : .

(^rnsqué^ ciol^i:^ par presque tous «!^yantdoi^'que Fiescde était trof

les iuM9<0M^l^âoriens; qui y placent le )î|tt^oili£^ ^jriu^^el p& la nature

berceau de l^art de la divinati<Mi, et la |rtii|P^ffinjîiymiini nâtiitè,1es Floren*

plus ancienne école des aujrures. Cl)a- lins conclurent 'uôe trêve avec les ha-

que année on envoyait de Rome dix bilans, cessèrent de guerroyer, les ac-

jeunes gens pris dans les familles no- oouLiimanl par-lààsetenirpeu surleurs

bles, pour y être instruits dans la lan- gardes et à recevoiretà rendre des visites

gue étruique et y apprendre à life dan» d'une.vHle à l'autre en toute confiance,

l'avenir. Cet usage remontait au temps 'Peu à peu ils profitèrent dé la sécurité

deNuma, et dans les occasions les plus de leurs voisins pour mettre sur pi^

critiques c'étaient les augures de Fie- un grand nombre de troupes qui ne se

sole que l^OBi . consultait de préfé- réunissaient qu'en cachette ; et lorsque

rence. . tous leurs préparatifs fun ni terminés,

Enl^U 4oS, lorsque Radagàise, roi sous prétexte de venir assister à la féle

des Goi||^ se jeu sur lltidie avec de saint Romnald, ils entrèrent dès le

une armée* innombrable de barbarètf, 'matin, et par diliéren's côtés, dans Fie>

Fiesole seule devint une barrière con- sole, le 6 juin de Tan lOio (ou, selon

tre laquelle échouèrent leurs efiorts. d'antres historiens, en iiaS)* Quand

Florence, dans le principe, estunedes ils se virent en force, et à un signal

colonies romaines fondées par les sol- convenu qui devait Otrc aperçu de loin ,

data qui avaient servi sous Sylla, sans l'armée des Florentins, qui se tenait

doute pour surveiller là dté étrusque , prête, escalada la montagne , s'empara

se réunit aux Fiesclans sons les ordres des portes de la ville et se répandit

de Slilicon, général de Temperéur Ho* dans toutes les ruès, sans pourtant

. norius, et 4éfit A^dagaise. faire mal à ceux qui se soumettaient

96 L'IT> Les Fiesolans, surpris de toutes parts, jugeant que la résistance serait vaiue, abandonnèrent lean maÎMOt, s'enfuirat dut les

ranl dans la ciladdle : le reste le sou-

mil aux vainqueurs, qui saccagèrent et démolirent les maisons et les nionumens , sauf l'église épiscopale et la forteresse qui tenait encore.

» On laissa aux mallieareuz habitaot la fiœnlté de s'établir à Florence ou ea tout autre lieu qu'il leur plairait de choisir pour retraite.

» Cependant la citadelle était trèsforte, et plusieurs nobles Fiesolans s'y étant enfermés avec les meilleures troupes , rénstèrent (chose difficile à croire } pendant cent quinze années à tons les efforts de lenrs ennemis.»

Ces familles redoutables et respectées môme après leur rléfaite, devinrent la souche de familles célèbres dans 'hisbnre florentine. H suffit de nommer les Paasi , les Strozzi , les Gnada* gni , pour concevoir une haute opinion du caractère des anciens Fiesolans.

Ce mauvais procédé, entre voisins , comme M. Siniond qualifie cet acte, eut entre autres résultats celui de founiir aux Florentins des matériaux ponr embdlir leur TiUe. Ils en tirèrent des statues et des marbres ti-availlés pour orner leurs églises et leurs palais :

Kome avait ainsi traité Coriuihc et bien d'autres cités. Cependant partout où l'on fouille dans l'antique Fiesole, à travers les huit Ou dix pieds de terre qui se sont accumulés on ne sait comment sur elle, on trouve encore des débris précieux. 11 y a peu d*années encore on découvrit la base d'un vaste amphithéâtre, et depuis lors les restes d'un temple dont on a fait ensuite une

La vue de Fiesole s'étend sur la plus

LIE

grande partie du célèbre val d'Arno. 11 est tout gris d'oliviers, et les montagnes de l'autre o6té de la vallée sont également grises, mais c'est de stérilité. Cependant, sans rodies sourcilleuses, sans beaux-arts, sans eaux (car l'Arno 'e cette hauteur ne semble qu'un petit ruisseau , il est encore admirable, parce qu'il est vaste et vague, dit M. Simond, et surtout, ajouterai- je, parce quil repose sous le magnifique cid vraiment d azur de l'Italie*

Les Cicérone du lieu semblent tort au fait des ruses du clergé païen; ils montrent parmi les ruines d'un temple la cachette d'où le prêtre, qui faisait le dieu, avait coutume de rendre ses oracles, et le conduit par kqi^ passait sa vtMX. Tous ont des médailles et des pièces de monnaie antique à vendre.

Redescendu dans la vallée, voulezvous vous former une idée du délicieux piiysage des environs, lisez le passage suivant de Castdlan : Parti de Ficsde , il s'est égaré en chassant au pied de l'Apennin ; il arrive dans un verger isolé oùimpajsanetsajeuncnilclui donnent des cerises et de la galette (collation qui à elle seule m'induirait, moi, à refaire le voyage}.

Le paysan loi indIqiM iilisi le chemin de Pratolino, où Â l'eng^ à visiter les jardins du gnuadrduc. Vous supposeres que Castellan a ajoute quelque pompe au texte de son Cicenme, mais enfin le fond subsiste.

« Voyez - vous cette montagne ombragée de hauts châtaigniers, et au milieu de la verdure briller les vitraux de cette vieille villa 7 Diriges^ns.dece côté; vous laisseres le bâtiment sur votre eaucbc ; un sentier est auprès.

Un ruisseau sourdit de tlessous la pelouse : vous suivrez sa pente sinueuse, il vous SOTvira de guide an travers de l'obscure lenillées arrivé dans la prai-

FIESOLE. VOLTE rie, il ralenlil son cours cl se dirige vers PmloliDo. Bon voyage, et Dieu vous garde. »

Les jardins de Prntolino ont eu une telle répu(:ition en lUilie, et l'homme qui les avait crées en 1 669 , Bemardo , surnommé Buonialenti^ est si célèbre comme peintre, sculpteur, architecte, ingénieur et mathématicien , que le lecteur me saura gré de faire causer ici Castellan à ce sujet.

« Les premières années de Bemardo furent marquées par un événement malheureux qui devint néanmoins le principe de sa fortune, en le meltantà portée de développer son génie.

■ Il était encore enfant lors de la fondation de 1 547 ; le quartier de Florence qu'il habitait fut détruit par les eaux, et la maison de son père devint le tom> beau de sa famille. Le jeune Bernardo, préservé par une pièce de charpente, fut enseveli sous un monceau de débris, sans être accablé ; et pour que rien ne manquât à cette faveur singulière de la Providence, les murailles, qui s'étaient entrouvertes, permirent à l'enfant de faire entendre ses plaintes au dehors et de recevoir les alimens qu'on s'empressait de lui jeter. Un serviteur de Côme de ISIcdicis , qui se trouvait au nombre des curieux attirés par cet évé oemcnt extraordinaire, courut en faire part à son maître. Le prince donna des ordres pour qu'on retirât le petit malheureux du milieu des ruines , et qu'on en eût le plus grand soin. 11 se chargea ensuite de l'éducation du jeune orphelin, qui bientôt montra de grandesdispositions, surtout pour le dessin , qu'il apprit à l'école des Salviati, des Bronzino et des Yasari ; mais son goût le portant plus particulièrement vers l'architecture et la sculpture, il y 6t de très-grands procès sous Michel-Ange.

« Il n'avait que quinze ans lorsque le

RRA, SIENNE, etc. g; grand-duc Côme le mil auprès de son fils , le prince François, pour lui donner les premiers élémens du dessin. A cet âge il exécuta un crucifix en bois, de grandeur naturelle, qui fut admiré des connaisseurs et placé dans une église de Florence. Il étudiait aussi avec beaucoup d'ardeur les mathématiques; il dressa un petit théâtre mécanique pour l'amusement de son jeune élève, et inventa plusieurs machines ingénieuses qu'il eut plus tard l'occasion d'exécuter sur une plus vaste scène.

» Le prince avait un laboratoire où il se livrait à des recherches chimiques.

Bernardo le dirigea dans la plupart de ses expériences , particulièrement dans la fabrication des cristaux et d'une porcelaine en tout semblable à celle de l'Orient. Ils introduisirent aussi à Florence l'art d'incruster les pierres dures et de former par leur rapprochement des dessins imitant la mosaïque. Le prince aimait aussi h monter des pierres précieuses ; il trouva même le moyen d'en fabriquer de fausses dont l'éclat trompait un moment les connaisseurs.

• Le dénie de Bemardo brillait surtout dans les jeux, dans les fêtes publiques . dans les feux d'artifice et dans les représentations théâtrales. C'est alors qu'il déployait les ressources de la mécanique en les cachant sous l'ap- ])areil de la sculpture et de la peinture, de manière à réaliser les prestiges de la féerie. Les fêtes qu'il imagina dans plusieurs circonstances servirent par la suite de modèle à celles de la cour de Louis XIV, et plus tard aux illusions de l'opéra, soit italien, soit français.

• ^ommé surintendant des bâtimens civils et militaires,Buontalenti déploya les talens d'un excellent ingénieur. Il fut chargé de fortifier plusieurs villes d'Italie. Il jeta en fonte des canons dont

Qj L'IT 'l'un était si énorme et portait si loin,

qu'on l'appela scnrcia dia^'oli ^ chasse* di^ibles. Les boulets avec Ifscjuelson le chargeait étaient creux et f aisaient l'effet des bombes dont ils tlonnèrentridée.

Il inventa en même temps les j^renades.

Enfin cet homme universel construisit me quantité de palais et d'édifices dont l'énuméralion serait trop lonijue , en cela très-utileàson souverain qui avait un coût particulier pour bAlir. ■

Ce que les curieux venaient surtout visitera Pralolino, c'étaient des {grottes artificielles, mesquine et détestable parodie des merveilles de la nature, qui avait coûté des sommes énormes'et ne servait qu'à attester le faux et mauvais poût d'une magnificence que plus tard Versailles fut destinée à naturaliser parmi nous.

Un des grands divertisscmcns dans la société des princes d'alors était de te tendre des pièges , de se faire ce qne nos courtauds tic boutique appellent Acs niches, la plus usitée était de s'as> perger mutuelh-mml. Cela se conçoit dans un pays chaud. Ces grottes avaient éléconstrui tes dans ce bul.Buontalenti yavait prodigué Icssurprisesfet préparé mille pièges pour les visiteurs. Tantôt vn sié^rc commode les invitait à s'asseoir , puis tout à coup, s'aiïaissant sous leur poids, les précipitait au fond d'un bain. Plus loin un escalier semblait promettre de les conduire à quelque objet de curiosité; à peine avaient-ils posé le pied sur la première macdie, qu'une détente partait et démasquait un jet d'eau qui les frappait en face OU par derrière. Ailleurs une nappe d'eau s'opposait tout à coup à leur passade ; OU lorsqu'ils s'y attendaient le moins, quelque monstre marin, quelque figure étrange s'agitait, roulait les jeûx, ouvrait une énonne gttecde et vomissait sur eux des torrcns.

C'étaient en outre de petits chefs* .

d'ceuvre de mécanique , des aulomatei

auxquels l'eau communiquait le mou* vement. Montaigne, qui visita Pralolino , parle d'une rociie « jVfant de l'eau qui faisait mouvoir au tledans d une grotte plusieurs corps, tels que des moulins à eaa et à vent , de pètiteii cloches d'église, des soldats en sentinelle, des animaux, des chasses et'millè choses semblables. *

En un mot , figurez- vous, sur une plus grande échelle, tous les colifichets àvL pittoresque artificiel^ qui embdlil encore aujourd'hui la campagne d'an demi-arpent de nos épiciers retirés.

Aujourd'hui il ne reste à Pratolino, de toute cette fausse splendeur, qu'un su]>crbe jardin paysager et uue statue colossale , à laquelle on a donné le nom de XAftnmn ( pl. 19 ). Peu de voyageurs se dérangent de lAir route pour te visiter , et c'est un tort de leur part , ainsi qu'ils peuvent s'en convaincre par le dessin que nous en donnons ici.

M. Isabey père a bien voulil ouvrir pour nous son portefeuille etnouslaisser prendre ce souvenir. Son crayon si fin , si gracieux quand il s'agit de re- |>rodttire de ravissantes figures pan* siennes, a su devenir énergique et large pour retracer la iaceharhue d'un vieux dieu.

Exhaussé surunebase, en apparnice irrégulière et déjà fort élevée, à la- queUeon parvient par deux rampes qui suivent la forme semi-circulaire d'un ancien bassin j ce colosse semUe au p remier coup d'oeil un rocher pyramidal, sur lequel la main de l'homme aur.iit fait une ébauche semblable à celleconçue pour le mont Athos parle statuaire Stasicrate ; mais bientôt ony reconnaît le génie d'un âève et d'an digne émule de Michel-Ange.

C'est eh effet. Jean de Bologne qui ,

FIESOLE, VOLTERRA, SlEJ\i\E, ETc 99

iiupiré par les éciiU de* anciens , amis revêtues d'un mortier ou ciment qui a

«n œuvre l'idée qu'ils se fomiaicntet acquis la dureté du mailire^ imis qui

qu'ils nous ont laissée de leur Jnpîtér ponvaijt ^ lorsqu'il étAit frais , se mode-

pluvieux y comme l'atteste ce Ter» de 1er aisément et recevoir les formes cort-

•TiboUe: veoables : il a fallu un heureux m<v

« ■ . , lance des rècles de la statuaire et de

• L»s»« altéré iûfoqM Jupiter pl.Ti««. «^«^'^^ ^« conslruclion.

• On raconte n ce sujet que plusieurs

Ce nom conviendrait mieux au colosse élèves de Jean de Bologne , employés h

dont nous fiailoDs, que cdoi derApen- une manipulation si différente de cdte

nin qui a préralu. La pose est dmplo qui s'applique aux ouvrages d'une di^

et bàlet le dieu, accroupi, s'appuie mension ordinaire, y perdirent la jus«

sur une main, et de l'autre relient tesse du coup d'fril et l'adresse de Ja

■* sous un roclier un monstre marin qui main, et que, rcnlrés ensuite dansl'a-

vomit une belle nappe deau : on ne telier, l'hubilude qu'ils avaient prise

voit du monstre que la tète. de travaillersnr lesmusdee do l'Apen-

Cette mavreestdastyle le plus gran* nln leur fit gâter plusieurs statues.

rdiose, et le caractère do la tête est par- Cfo dit même que l'un d'eux , oupii-

•faitement assorti au sujet. Pour ajouter nvant fort hal>ile, en devint presque

à l'effet , on avait disposé autour de la fou.

téte une sorte de couronne formée par Vous pensez bien que je ne vous de pelibsjels d eau qui retombaient sur laisserai pas passer prés dë Pog{;io> SCS épaules , et ruisselant sur le tout, la Cajano , autre maison de plaisance , faisaient briller d'un édat surnaturel Jms la petite version oUigée'-sor la c^ lorsqu'elle était frappée des rayons du lèbre-Bianca Capdlo» qui y mourut soleil. d'une maniéro si trat^iquo re'est moin Ce colosse est si l)ien en harmonie droit de voyageur. Deux opinions exis« avec tous les objets qui l'environnent, tent sur elle ; les uns la font cupide et ^u'on ne peut se rendre raison de sa intrigante , les autres aimante et vievéritable grandeur qu'en le comparant tinie* Je me ran^jerai à la seconde^ avec les groupes de promeneurs qui d'abord parce que je suis pofté à toopassent auprès de la pièce d'eau ou sur jours bien penser des femmes , et enscs rampes, elqui , vus à une certaine suite parce que cette opinion a été la distance, ressemblent à des pygmées. moins i;énéralement exploitée. J'extrais Ce n est qu'en s'approcbant qu'on est par bribes de l'ouvragedeSanseTerino : vraiment elFrayé de la proportion de Calait vers l'année i5^a ou iSjS. ses membres; elle est telle, qu'en sup- L'indinalion dominante des Floren* posant le colosse debout % on ne s'éloi- tins était tournée vers le commerce , Ifnerait guères de la vérité en lui don- qulls regardaient comme le ''soutien nant cent pieds d'élévation. principal d'un état. LesSalviati, fa> Dans Tin lérieur du corps sont prati- mille noble et ancienne, avaient des quées des grottes, et dans la léle se comptoirs dans presque tous les pays, trouve un belvédère auquel les pru- et leur coutume était d'y envoyer ceux

' nelles servent de fenêtres. Les extré- d'entre les jeunes gens pauvres de Flo-

mités sont construites en pierfes et par rawe qui avaient le plus de capacitéi.

' assises %' le tronc est formé de briques Un Salviati envoya donc è son comj^

loo ViTi loir deVâiife nn jeune garçon de Florence , bien élevé etd'Uoe figure agréable; il s'appelait Pierre BuoDaventuri, sortait d'une famille honnête, maïs peu favorisée de la fortune.

Vis-à-Tift du comptoir où il demeulait t'élerait le pahis du petriden Gftpfllio, doot le fille Biance' était reiMiiqiiable par sa beauté. Des osilladet furent d'abord échangées, une vieille gouvernante amadouée , et le cœur de [Bianca se prit : il laut remarquer pour excuse qu'elle crut voir, dans le jeune eonunif, Salmti loi - même. Quand Buonaventuri la défabnia d'nne er»

leurqni n'était due qu'au hasard, leur passion avait déjà trop de force pour permettre à Bianca de réfléchir sur les conséquences de l'inégalité entre les deux conditions.

Une noit o& Bianca, sortie fiotireaent de eheadle, était entrée dans la maison de son amant, un homme (c'était nn foumier quif sdon l'usage, parcourait le quartier avant le jour pour avertir les femmes du peuple de •e lever et de préparer le pain qu'elles apporteraient au îbur) passe devant le pidais Gspelio, et, fojmt la porte entr'ouTerte, croit bien fiiire de la refermer, n lui suffit de la tirer à lui, vu y disent les auteurs anciens , que la serrure était à la sarrasine; en sorte qu'une fois fermée on ne pouvait l'ouvrir de dehors sans le secours d'une

idcf.

Cet accident décida' de la destinée

de Bianca ; elle s'enfuit avec son amant.

Un curé qui avait été le maître de BuonaTCnturi , et que celui-ci reconnut à, Pistoia, les maria sîins aucun préliminaire, selon la coutume du temps, et les deux nouveaux époux se présentèrent à Florence dû» la lâmille du

La jeune femme y vécut quelques

mois dans une situation au-dessous de aa naissance, mais se montrant toujours gaie et contente, et ne sortant presque jamais, dans la crainte qu'elle avait des recherches de ses parens de Venise ; car le pire outragé avait porté plainte au conseil des dix, et le ravisseur avaitété par contumace c o ndamné à mort.

Un jour il arriva que François de Médicis, grand- duc de Toscane, allant en carrosse à l'église del'Annonciade, passa sous les fenêtres de Bianca.

Gellfrci était à la fenêtres «H* Im la* jalousie pour mieux voir, et ses regards rencontrèrent ceux du prince.

Marié jeune et selon les lois de la politique, François était uni à une princesse d'Autriche, plus Vertueuse qu'aimable; aussi lui accordait-il en* core plus de respect que d*amour t son carrosse reprit fréquemment le même cbemin pour le crâduire à l'Annonciade.

Bientôt son cœur s'ouvrit à un certain Mandragone, gentilhomme espagnol que Côme son père avait placé jadis près de lui en qualité de mentor, et qui sentait le bcâoin d'égayer tant soit peu son réle. Bbdame Bfandnigone , femme d*esprit, se diaigea de la négociation.

Huit jours après, Buonaventuri était installe à la cour, avec un poste considérable et boa nombre de pensions:

le mois n'était pas encore écoulé qu'il put se direle principal favori duprînee.

Le vertuMx couple Mandragone en enrage et crie à l'immoralité.

Voilà donc Bianca parvenue tout d'un coupa une brillante fortune; mais rien, disent les panégyristes, ne lui était plus suspect qu'un changCBMnt si subit. Le pauvre prince en était, assnrent>ils, pourtoutesàdépense en folle passion t démenti remarquable à cet

FIESOLE, VOLTE UMce tlu triangle équilatéral dont on fait souvent le reproche aux ménages italieos.

BnonaTenturi, ingrat comme on mari et insoleot comme un parvenu , se fai»

sait partout des ennemis et des maitresses. Une certaine Cnssandra, belle veuve, le goûtait fort, au contraire du neveu de la dame Robert de Ricci, qui le habiMt nortdlemeQt et qui avait reçu délai im4mtnige.IlamTadoiiCMiiaTOri ce qui arrive d'ordinaire à ceux qui veulent être craints-, il fut obligé de craindre de son côté. Il ne sortait plus qu'accompagné d un garde du grandduc, ordinairement un chevau-léger ou quelque courtisan.

C'était pradiémeiit en compagnie d'un de ces cardes à cheval et d'un cer> tain Biloccbi, homme vil, adulateur infâme, qu'une nuit Buonaventuri retournait du palais Strozzi chez lui, muni d'armée de toute espèce, soit Uanches , toit à feu. Arrivé sur le pont de la Sainte-Trinité, il entendit cner à haute voiv le tenne barbare et inconnu de pîotina , qui fut répété \ grands cris par des gens placés de l'autre côté de la rivière. Ces cris ayant prit fin, la luciv îneertain« pctntt à Buonaventuri d'apercevoir dis à dooxe hommes armés qui venaient ^ lui. L'adulateur fut le premier à fuir; le chevau-léger tint ferme quelques instans ; mais sur ce qu'on l'avertit de se retirer ou de s'attendre à être massacré, il prit le parti de' la retraite. Buonaventuri, abandonné, ne perdit pai oourage, il croiia le fer et riposta de son mieux.

11 se retirait vers la Via-ÎMaireia , où il espérait se mettre en sûreté; mais la trouvant par malheur occupée par ses ennemis , son désespoir le conduisit dans la radie voisine ôà François ddla Vacda a habité depuis. T étant entré, il j rencontra eneore deux enne-

RA, SIENNE, ETC. ici mis. Ceux-ci, feignant de le craindre, le.

laissèrent passer, et ensuite lui déchargèrent par derrière un coup de taille, qui , lui coupant les nerfs aurdes* sous du jarret dn^t, le fit tomber par terre. La meute entière, accourant alors , le frappa à coups de hallebarde et de haches, et le laissa enfin pour mort.

Les soupçons planèrent sar Robert Ricci. Le bit parait prouvé par œ qui

arriva h l'infortunée Cassandra. Précisément la nuit qui suivit le meurtre de Buonaventuri, un scélérat, appelé Ginetonc fie Casenlino , déjà décrié par plusieurs crimes, s'introduisit ches elle par une cheminée, et, l'ayant éveillée, lui dit t n £«it mourir, r enommand»

ton âme à Dieu ; après qum il lafirappa d'un coup de poignard.

Cependant Jeanne , archiduchesse d'Autriche , et femme du grand>duc , vint à mourir des suites d'un accident déf^orable. En swrtant de l'église de l'Annonciade, œtte princesse, dors enceinte de six mois , s'embarrassa dans ses robes , qui la firent tomber. Sa chute fut si malheureuse qu'elle coûta la vie à l'enfant, et par suite à la mère elle-même.

Le premier usage que François fit de sa liberté, fut d'oflrir sa main à Bianca. Le marii^ fut oélâ»ré avec la plus grande pompe à Florence.

Quel mariage n'a rencontré d'opposans ! Les deux nouveaux époux eurent à redouter tes propos injurieux dont le cardind Ferdinanid de Médias, firère du grand-duc, se servait en parlant d'eux et de leur union , leur donnant les qualifications les plus offensantes , au milieu même de la cour de Kome.

Ils allèrent jusqu'à soupçonner, sur la ' foi de quelque rdatiott venue de Rome , que le cardind, par le moyen de ses Ûssatres,- tendait des pièges à la vie

lO

DigitizcG by Li(.)o^[e |

dt Biasea. Amd la pandMlucliMM niait-elle de beaoooap de droontpec* tien Tis-à-ris de son beau-frère, lorsque celui*ct Tenait faire un séjour à la cour de Florence. Toutefois , pour lamour du granci-duc, elle l'accueillait avec une coriiialité apparente, et le 'Cardinal de aon cdié fidiait bcaa-aem- Uant à aa bdle-aœar.

Le fisa cottfant ainsi sous la cendre de part et d'autre, le cardinal Ferdinand vint de Rome en 1 585 pour passer l'automne à Florence. Le grand-duc l'invita à une partie de chasse à sa mailen de Pratolino, ehaaie à laquelle k ducbeaae parut, anpeil»aaMnt habiUée en amaaiUM et montée sur un genêt -d'Espagne, parc du pi us riche harnais :

-elle y fit briller sa beauté et son adresse. Vers le milieu du jour les illustres 'chaaieurs, laa et échaufléi, se retirèrent •n paiaia» oà ka attendait un dîner apleadide. Sur la table fifurait me tourte, dont Bianca coupa une trandw pour l'oiFrir au cardinal. 11 la refusa; aucune politesse, aucune instance, ne put la lui faire accepter. Le grand-duc |farttt eboqué de ectie manière mde du cardinal, et lui dit avec un vitage «n- ' flammé : «Croyez-vous que cette tmirte ■oit empoisonuée? levais vous prouver que non.» Sur cela il en prit un morceau qu'il mangea. La grande-<lucbesse en mangea un autre, en répétant, du ton d*nne peraonne piquée , k peu près lea mèmea pareleadont aen nari s'était servi. Mais rien ne put décider le cardinal à manger de celte tourte. Ce trait de mauvaise bumeur ayant déconcerté le gaieté du festin , le silence succéda.

■ Bientôt après, dit un vieux manup> aerit-, le grand-duc et Bianca conuneneèrent à sentir de cruelles douleurs de ventre { ik furent obligés de se retirer «dans leur appartement et de se mettre ^ lit., en attendant l'arrivée dea méde-

eina et ka remêdet que k cardinal leur diaaitquiVm a*ooeupait à préparer }mftk

aucun médecin ne parut. Bien loin de là, le cardinal lui-même défendit espressément, et sous peine de la vie, que qui que ce fût osât s'approcher de l'appartement de ces époux infortunés, drât il gardait aoignenaement lea approchée avee aea domeatiquea affidéa; de sorte que ké eria pitoyables par lesquels le grand-duc et la grande-duchesse appelaient du secours ne leur servaient de rien : celui qui pouvait leur en procurer les en privant par une horribk cruauté; d'ifù a'enauivit qu'âa périiwl miaérafalement. •

« On demanda, dit encore k manuscrit, à l'illustrissimecardinal, conmient on devait conduire à Florence le cadiirre de Bianca, et si ce devait être eu procession ; à quoi il répondit qu'on devaitkportcraur une cÎTière , ce qu'on fit. On l'eapoaa nue et éehevclée pendant aix beurea dans un cercueil commun , entre deux torches de cire jaune, dans l'église Saint-Laurent ; après quoi on la déposa sans façon dans le cimetière de la même église. Pour ce qui eat du grand-duc, k cardinal lui fit fidre dea obsèques faeMraUea, et répanditk 1>Tttit qu'il n'y avait eii aucun remède contre k foroe et k grande quantité du poison.»

Tel est le récit des partisans de Biaup ca. Le parti ducardlMl pniUMaueoo- 4raire qu'eik wnAi pétri de aea maina la tourte fatale , et qu'elk y avait mUé

un poison très-violent.

Pour vousdonner une idée des croyan* ces de l'époque , j'ajouterai que ce parti racontait comment le cardinal, craignant tme atteinte k les jours , portait toujours à son doigt un anneau orné d'une de ces pierres « qui ont la propriété de changer de couleur et de jMilir à la présence d un poison quelcoH'

' FIESOLE, VOLTE que. > La tourte avait à peine paru sur la table, qu'il vit son anneau changer de couleur. 11 soupçonna quelque trahison et cependant se tut, mais ne voulutjamais manj^er du morceau que Bianca lui oflrit. Le grand-duc, innocent de toute cette aifaire, ayant mangé de ce mets pour éloigner tout soupçon de l'esprit du cardinal, Bianca en mangea aussi par désespoir, aimant mieux mourir avec son mari que de lui survivre après sa perfidie découverte.

Selon eux , elle était sorcière , adonnée à toutes sortes de maléfices et de sortilèges, et ne s'était acquis l'amour du grand-duc que par des secrets diaboliques. Ils disaient que, naturellement portée h li vanité, et désirant d'avoir la peau blanche etdou' e, elle faisait enlever de très-jeunes cnfans à leur mère , et de leur graisse composait un cosmétique merveilleux.

Montaigne a raconté un dincr du grand-duc et de Bianca, auquel il assista : ■ MM. d'Estissac et de Monl.ii- ^ue furent au dinerdu grand-duc, car là on rap|)elle ainsi. Sa (cmme était assise au lieu d'honneur; le duc audessous ; au-dessous du duc la bclle- Sfpur de la duchesse; au-dessous de celle-ci le frère de la duchesse, mari de celle-ci. Cette duchesse est belle à l'opinion italienne : un visage agréîible et impérieux, le corsage gros et des tétins à leur souhait. Elle lui sembla bien avoir la suflisance d'avoir enjoIé ce prince et de le tenir à sa dévotion long-temps. Leduc est uh gros homme noir, dénia taille (Montaigne était petit et trapu), «le gros membres, le visaj^e et contenance pleine de courtoisie, passant toujoursdécouvert au travers de la presse de ses gens , qui est belle. Il a le port sain , et d'un homme de quarante ans. De l'autre côté de la table était le cardinal ( Ferdinand , devenu

IRA, SIENNE, iTc. io3 depuis grand-duc), et un autre jeune homme de dix-huit ans (fils naturel de Côme ), les deux frères du duc. On ])orte à boire à ce duc et à sa femme dans un bassin , où il y a un verre plein de vin découvert, et une bouteille de verre pleine d'eau. Ils prennent le verre de vin et en versent dans le bassin autant qu'il leur semble, et puis le remplissent d'eau eux-mêmes et rasséent le verre dans le bassin que leur tient l'éclianson. 11 mettait assez d'eau; elle, quasi point. Le vice des Allemans de se servir de verres grands outre mesure est ici , au rebours, de les avoir cxtraordinairement petits. »

La villede Sienne , située sur une éminence, se présente bien et d'assez loin aux voyaj-eurs qui viennent de Rome ; mais elle n'est visible pour qui vient de Florence qu'au moment où l'on y arrive. L'entrée en est marquée par une avenue plantée de beaux arbres; cet aborfl étonne en Italie, où les promenades ombragées sont si rares, et l'on commence à penser que Sienne a su en apprécier les avantages. On ne se trompe pas ; outre la double allée que forme cette avenue, les Sicnnois ont encore une vaste esplanade nommée la Lise y au bout de laquelle sont des allées en berceau conduisant h la citadelle, dont les remparts en terrasse, également plantés d'arbres, forment aussi de jolies promenades.*' '* ' * '

A l'une des extrémités de la Lise on marche sui; un pavé de cailloux ronds qu'on dit avoir été les premiers boulets tirés contre la citadelle.

La villede Sienne eutlong-temps une grande réputation à causede la beautéde sa place (Pl. 20). « La place de Sienne, dit Montaigne, est la plus belle qu'on ▼oie dans aucune ville d'Italie. On y dit tous les jours la messe en public, à un autel vers lequel les maisons et les

bouhfjttcs sont tournées^, de façon que le peuple et les artisans peuvent l'entendre sans quitter leur travail ni sortir de leur plaoe. Aa momeDl de l'âévation on soime une trompette pour avertir le mmide. »

Ce qui caractérise surtout cette place est sa construction en forme de coquille, qui permet de la remplir d'eau k ▼olonté. La fontaine qui l'embellit date environ de l'an i35o; die est l'cBavre de Jaoob de la Querda, que Ion n'a plus nommé depuis que Jacob de la Fontaine. Autour de la Yierirc figurent les vertus cardinales et théologales, et plusieurs sujets de l'Ancien Testament, notamment rhistoire d'Adam et d'Eve. Le tout forme un des morceaux les plus curieux pour qui veut étudier l'art à la premiène époque de In renaissance.

L'hôtel-de-^nlle , qui fait façade sur la place, est un assez bel édifice gothique, et renferme de vieilles peintures iotératsantespour l'artiste et l'amateur de profession.

, Mais le plus beau monument de

Sienne est une magnifique cathédrale (Pl. ai), toute construite en marbre noir et blanc , et l'un des meilleurs morceaux d'architecture gothique qui existent en Italie. Quelques dessins, des mosaïques du. pavé, dune rare beauté, présentent parfois des nudités qni mettent les curieuses dans un assez çrand embarras. On moriLrc la chapelle Ghigi, qui csld un joli dessin, et possède deux statues du Bernin, et deux tableaux de Gharies Maràtte.

L'église possède encore plusieurs autres bdles statues, et les bustes des, prn^''? . sur une double corniche qnirè- gni; (It s deux côtés de la jrrandc nef.

Une salle attenante à l'église est la denii^ chose que l'on fait voir aux.

étrangers } die sert de tacrUtU (pl. aa),

LLIE.

et on la nomme la bibliothèque , parce qu'elle renferme une collection de superbes missels dont les vignettes sont des cbefs-d'cnivre en ce genre. Tout autour règne une suite de fresques d'après les dessins de Raphaël ; on s'accorde même à reconnaître dans une le pinceau du grand-mattre. Mais ce que vous étiez loin sans doute d'attendre dans une sacristie , c'est un groupe antique tnte Gt!|êes,,âuScuté en mai^ breblaigîî^' Pourquoi cependant MM. les chanoines de la calliédrale n'auraientils pas aussi bien que vous la passion des beaux-arts? Les trois Grâces, nues et entourées de surplis et d'ctoles, voilà un de tès^ rapprocbemens bizarres qui cmctériaent llta^e.

Après voôs être arrêté devant la Jolie façade gothique de la paroisse Saini> Jean (pl. 28), entrez dans l'intérieur pour visiter les fonts baptismaux exécutés sur les dessins de Jacob de la Fontaine, par Donaldio, Ghiberti, etc.

Une grande et assea belle fresque se voit dans l'église de l'hôpital; celle de Saint - Domiiiiipie.poitède on tableau duPérugint.

Çà et là, sur divers points de la ville, qudk[ues tours carrées élancées dans les oHjÉne pour anaoïieer éx \€Ân Tandennefé des familles, se font remarquer par leur prodigieuse élévation, proportionnée à la vanité de ceux qui les élevèrent.

£t à propos de vanité, il faut croire que c'était là le péché mignon des habitans de Sienne, & en juger parce que dit le Dante à la fin du chant 5*. de l'Enfer :

Orfugktmmd

Gente li vanna , conte la Sannef Cerlo non tn Fraucetca si d'attai,

Fat-il jamais nation ki vaine qiie la Siennoiact La française wAm» M Tsit fu autiait.

in surolas, sTilasonl vains de la

Aima ùMrrw i/r//éi fitm^/nt/r I Xtmnr ikiib-^ir^ur /afàt^nAn/r

'oogle

FIESOLE, VOLTERRA, SIENNE, btc. io5 beanté de lean femmes, ils ont raison, apoplectique de ce moine est très* Jie tait de Yvn» de je ne lals qnd. Iti-< iiif^âùeiMe. Il Tenait de peindre un néiaire qui dit i « Sous ee rapport, Tase de eristal pldn d'eau, quand ce Siwntf est une des villes Iff pl«f int^ l»abillard entra dans le réfectoire. Pen-^ ressantes de l'Italie.» ^ dant qu'il tournait autour de Vasari ,

On prétend que l'air subtil delà ville en lui débitant toutes les nouvelles d!ARi:2zo a été favorable au génie. En sottises qu'il avait ramassées, le mali- ' ellèt, elle a fourni des hommes distin- cieux peintre esquissa sur le vase la gaêâ depuis Bfécène jusqu'à Pétrarque, féflesion do son large visage, et il y est Elle est plus remarquable par ses tonvo- resté ; car les nunnes qui ainont aussi nirsque par ce qu'elle est actuellemnat. la plaisanterie., comme l'observe la- La place publique (Pl. a4} serecom- dy Morgan , ne vdiidurent janiais qu'on mande par un ancien bâtiment nommé l'cllaçât malgré les plaintes de leur ÇOn» Xog^^ia. 11 a été construit sur les tles- frère caricaturé.

sans de yj|san. qui était né dans cette Je cherchais la maison de Pétrarque; TÎllé 6!^^)$ jpl un ibéâtre et un bdtel qud désappointementce fut pour moi , pour l*étemdrod(Hfaiie.La catbédrale au lieu de ses antiques etvénérablei a pour mérite an grandeur et ses fre»- murailles , de rencontrer un bâtiment ques( Pl.a5). tout neuf qui ressembleassez bicnà une

Les moines du Mont-Cnssin .Tvaient auberge; une inscription placée sur la à Arezzo un des couvens les plus ri- porte m'annonça que là avait été la coja ches et les plus magnifiques de leur^ Petrarca^ la maison de Pétrarque. ' ordre. Fermé pendant les jrévolu- / Les choses allaient mieux du vivant tionsdemières, il a été rétabli de- - même du grand poëte , comme on p«|| puis i8i 5. ; . V. • .... le vmr par ce passage de Ginguené't ;

L^édifîce doit avoir été superbe, les . « Dana un de ses retours à Floclotlres sont Lauls et spacieux. Le ré- rence, en passant par Arezzo, lieu de fectoireservait debibliolhé({Uc, comme sa naissance, où il fut reçu avec tous l'attestent plusieurs tablettes vides et les honneurs dus à son mérite et à sa vermoulues qui y sont encore. Celte renommée, une des choses qui le flatta « telle est ce que les voyageur», et sur- le plus fut d'être conduit sans s'en tout les artistes, s'empressent de visi-' douter (il avait été fort jeûna emmené ter. Sur les aiiirs peints à fresque on- par ses parens dans l'exil ) par les TOit encore, en dépit du temps et de principaux de la ville à ta maison oîi l'humidité, les cbefs-dVruvro de Vasa- il était né, et d'apprendre d'eux que le ri. Le sujet est le festin d Assuerus. propriétaire avait voulu plusieurs Vasari, suivant la mode du siècle, s'é> fois y faire des cbangemens, mais que tait placé lui-même dans le groupe des la ville s'y était toujours opposée, 'courtisans du roi de Perse. Sa belle exigeant que l'on conservit dans le téte se reconnaît à une longue barbe même état le lictt consacré par sa naitd'un brun foncé et brillant. Il a aussi .sance. »

conservé le portrait d'un des reliijieux Le père de Pétrarque était notaire, du couvent qui, suivant la tradiiion, et se nommait Piclro. Les Florentins, l'avait souvent fatigué de questions qui aiment, ainsi que tous les peuples oisensea pendant son travail. La ma- ^ du Midi^ à modifier les noms pour îeui niêre dont 11 a peint la figure courte et donner une signification aogmenta-

tire oa dimiantiTe, l'appelèrent PetraeeOf Petraccoto^ p;trce qu'il était petit ; son 61s fut appelé Franrcsro à\ Petraa:o. Dans la suite, dès qu'il commença à rendre ce nom célèbre, on cban»

gea , par une sorte d ampliatioD i ce di Pmraeeo en di Pefnwv&a, et ce fut le nom quil porta toujours (i).

Pendant que noui tommes en Toacane et que nous ressassons nos souvenirs sur Pétrarque, vous ne [iiie refuserez pas de retourner avec moi dans le territoire de Sienne, au village de Geitaldo, situé snr une charmante ooUine , et devenu immortd par le séjour et la mort de Boccace, si longtemps l'ami le plus intime du çrand poëtc. Certaldo était le lieu d'orii:iiif' de sa famille, mais lui-même n'^ était pa4 né. 11 avait reçu le jour à Paris ;

(l) La vénération que noas irons vue portée par loi • Cieéron , il la potiédait peat^tre a aa plu haat point encore penr Vi^Qc. Son Vir»

gilr était toujour^i prc s de lui. Il lui ronfij la note suivante en latin : j'eiiipronle la traduction de M. Gingnené t

< I.aurc , illustre par ses propres Tcrta» et loDg-temps célébrée par mes vers , parut poer la première fott à inct yeux an premier temps de mon adolescence, l'an lîî;, le 6 du mois da- Tiil » à la première heure do joar ( c'eat-a dire cis beomdn natîn). dam l'élite de 8ainte> ('l.iire d'Avi^i;o?i : et iLms l,i même Tille,aa même mois d avril, le même jour 6 et à la même lienre, Tan «S^ti celte lomiire fct odevée an monde, lorsque j etais à Vérone, hélas I ignorant mon triste sort. La malhenrcoac noarelie m'en fiit apportée par me lettre de mon ami Louin. KUp me trouva à Parme, la même année, le iç) mai au matin. Ce corps, si chaste et si beau, fat déposé dana Fégliae dea fwre» mfawnr*, le soir (lu jour larmc di- s-i mort. Son âme, je n'eu doute pas, est retournée, comme Sënèqae le dit d« Sripion TAfticain , an ciel d'oA die était venue Pour conserver la mémoire doulonrense de cette perte , je trouve une certaine douceur, mêlée d'amertmne. à écrire ccd, et je l'écrb préférablemeiit sur ce livre qui revient souvent sous mes yeux, aiia qu'il n'y ait plus rien qni me plaise dana cette vie , et que mon lien le

plus fort ctuint rompu, je sois averti p.ir la vue

fréquente de ces paroles , et par la juste ap pré-

son père, marchand iew a ti», avait été ^ris dans aas fvjm» d'une jeoM

Parisienne, et jamais Boccacc n'a parlé de sa mèrcy qu'il paraît n'avoir point connue.

La maison de Certaldo , en briques avec nne petite tour, est enlreleBM avec soin. On â reconstruit TescaUer

et décoré la chambre du poëte de son portrait et d'une bibliothèque formée (les éditions de ses oeuvres. Les meubles sont les plus anciens que l'on ait pu retrouver à Certaldo, ou faits à l'i* mitation de ceux qu'on voit dans les tableaux de cette époque. La lampe paraît véritablement ce qu'il y a de plus authentique, puisqu'elle fut retrouvée tlr.iis la maison, et que la dureté de I hude prouve son ancienneté.

La pierre qui , pendant plus de quatre

ciation d'une vie fujjitivc , qu'il est temps do sortir de fiabjloue , ce qui, avec le secours de h griee divine, aae deviendra ftcile per la reo-

templation mâle et courigense des soins sn]>erlloSf des mâles espérances et des événemens inaflendns qni m'ont agité pendant le temps qne j'ai pas^é sur h terre. »

11 j a de bien beau sonnets dans Pétrarqne. Il yen a de bien tovehana , aj««M le tndactear, mais je n'en connais point qui le soient autant qoe ces lignes d'no grand homme studieux et maible. tnv et qni étiât sans «esM rebjet dn son étude , de sas wédîlatinBs. dn MS triitM et doux sourenics.

f 8a lignre et ses avantages ectérienrs ftirent

très - remarquables dans sa jeunesse. Une taille élégante, de beaux jeux, on teint fleuri, des traita Boblea et régniiers , le ditlingnAreBt penni sas compagnons d'âge et de galjntrric Lesoinrecha^ chc qa'il avait pris de sa parure et les saccès dont ilavaitÎMidanBlenMmdeIni frisaient pitié dans son âge mûr. Il les avouait comme des fai.

blesses ; mais peut^e , par une autre Csibleiee, en parldt-fl trop en détail et trop aonvent. Les

agrcmens de son esprit , sa conversation confiante et animée , ses manières oarertas et polies , Ini donnaient nn ettrait pertienlier, et la sûreté de son commerce , sa di.>ip Kition à .amer et sa fidélité inviobble dans les liaisons damitié, Un «naehaUnt SnviacibleBBa rc premier attrait ftvak eae Csis lai.

FIESOLE, VOLTERRA. SIENNE, itc. ,07

sièdet, couvrit son tombeau, a été re- fierté. Son goût dominant l'igt

cueillie et placée dans cette maison de* passiont avait été l'amonr du

avec une inscription, ainsi que nous plaisir tempéré par celui de l'étude,

l'apprend M. Yaleryé Dans son Age avoncérétude resta seule

Ce tombeau exifta d'alMcd aanilieu et Toceapi tout entier, •

de l'église Saint^AcqiiM, dite cneon • Noua avons tu l'inatoifoda eénota-

la Canonica, parce qu'dle avait des pbe, void odie du tombeau. Pendant

chanoines vivant de son revenu. Contre plua de quatre siècles il avait été llion-

le mur voisin était son épitaphe, com- neurde Certaldo , et attirait de nom»

poaée par iui-méme en quatre vers breux voyageurs à laCanonica, lors-

* qu'en 1 783 il en fut retiré par une fausse

, ■ r . mterpiil«tîoadolaaa«»loideLéopoId

Mens seiUt ant, Dmm nuriUs omaia latorum d égllM. La piem

Mortalit vttat, GtMttor Bvcchaeeius uu , qui le couvrait fut briséoeC jetée comme

Purim CmMm , suidiÊm/iÊit i ifa t ft M i. inutile dans le cloître voitin. On rap*

Sont cette pierre sont tes «ndrM et ]e<i <t porte que le crâne et les os de Boccace

df ton àme e»t deraat Diea rtvétao des furent alors exhumés, ainsi qu'un tuyau

nfcte àm travan d'an* tm anrtollio. te cuivre et de plomb contenant divers

père eut nom Ror, a ce , CerUUo fat tt yatlia «t ^t,^;^. .

u doncc pociie toa étude. parciieniina ou minM aiéae. Ces précieux dâms, maintenant dieparuf, In*

En i5o3 on lui érigea sur In ftçade* ^nt long-temps conservés parle ne*

intérieure de l'égliae un plus magnifi-' teur de l'église , lequel , dix ans après,

que cénotaphe, que la constructiond'un passa curé dans le val d'Ame supé-

orcheslre a fait transférer récemment rieur. Tels sont les faits que constate

(c'est M. Yalerjr qui parle ) , dans une ^ acte du 3i octobre i8a5 , et certifié

autre partie do la (kmimiea. Boceace p^r huit babitana de GerliUo «t k

j est repràonté en bnato, ot tenant 'vieinoaenraiitedu tmi, Gommole ro*

sur sa poitrine à deux maint un in-fol. ' marque Montaigne , on peut voir dans

sur lequel est écrit Z^ecom^ron. Malgré le testament de Boccace, «à quelle

le costume du temps et l'espèce de ca- misère était réduit ce grand homme. Il

puchon et de robe dont il est enve- ne laisse à ses parentes et à ses sœurs

loppé, les traits du visage sontnatu- que des draps et quelques pièces de

rds, expressifs, etmémeassex gracieux, ton lit; ses livres à un certain rdi*

Ils paraissent s'acoorderavec le portrait gicux, fc eondilioB de les eommnniquer

qn'n tracé Philippo "Villacci , son suc- à quic on q ue dont il sera requis. Il met

ccsseur à la duîire pour rexpitcation en compte jusqu'aux ustensiles et aux

du Dante. " meubles les plus vils ; enfin, il ordonne

« Sa taille était un peu forte, mais des messes et sa sépulture. On a im-

élevée; la face ronde et l'épine du nez primé ce testament tel qu'il a été trouvé

un peu aplatie; les lèvres aasea fortes, sur un Ticux purdiflinin biendâsliré* •

mais belles et bien dessinées ; le ' Do la chambre de Boccace |e vous

menton gracieux avec une fossette* Ses ferai passer sans transition au monas-

manières étaientlibres et engageantes ; tère de Villa Ombrosa^ Villombreuse,

sa conversation gaie , spirituelle et dont les bois dominent la route qui

pleine d'ngrémens. Son caractère franc conduit de Florence à Arrezro. Trois

et ouvert ne manquait pas d'une noble des plus puissantes institutions mo-

io8 L'ITALIE,

jiastiques d'Italie se sont élevées sur , en colère, s écriant vivement Signori,

les rives de l'Arno, , dans des SI tuatiuas o monaci, o lupi. Messieurs ou des

qui commandent ces riches vallées, aup moines ou des loups. Lupi ] répon-

trefois le grenier de l'Italie et la sauve- dit^on presque en masse , et les loups

gnrde de Rome. Ces trois monastères l'emportèrent.

sont : V;.lloni])rosa, les Canialdules et • Aujourd'hui 1rs moines de Yallom-

Alvernia. Le ])remicr lut londé pardcs Lrosa sont rét.iblis dans leur demeure,

moioes bénédictins dans le onzième à la grande satisfaction des VOyageuTt

siècle, le second par le fameux saint pieux et romanesques,

llomuald, et le troisième était primi^ Vallombrosa a bien quelques rap-

tivemeat Iluimble retraite de saint ports avec notre grande diartceuse;

F rançc^s. nais c'est une chartreuse derApennin,

Le revenu des moines de Vallom- moins iipre que celle des Alpes, avec le

hrosa, avant la révolution , était estimé ciel d'Italie et la vue de la mer. Les su-

à cent cinquante mille francs par an , perbcs et sombres sapins qui environ-

sonune très-considérable pour la Tos- naient l'abbaj^e sont depuis des siècles

cane, et l'influence de leur ordre sur le ' plantés en quinconces ; ils of&ent ainsi

peuple était proportionnée à leur in- une magnificence plutôt régulière et

Iluence. Quand toutes les autres insti- symétrique que sauvage. Les eaux ont

tulions monastiques furent suppri- été habilement diri^rr s , et le Vicano

mées, raconte lady MoPi^an, on débattit est moins là un torrent qu'une belle

dans un conseil où £ona,parte était cascade. * i

présent , si les moines de Vallombrosa Vallombrosa a été merveilleusement

, se pourraient pas être conservés. La chantée parles trois plus grands poètes

cause de celte hésitation en leur fa- qui l'ont visitée/L'Arioste a dit . yeur était que les forêts profondes qui

couvrent cette chaîne des Apennins ^ ,

' Qui Ju nommata una baaim *

n étaient connues f(ue d eux seules (la jiin-a r Mla , ni mm nligiota,

vente des bois forme une partie de E ^^nat a Qhtunq^ut vi vtHia.

leurs revenus), et que le mouvement de Vallombrcuse : c est le nom d une abbaj*

cecouvent et la constante résidence des riche, bdie , «t non moins pimua «t coaridM

moines, tendaient à détruire les loups, v^vàmB»»^j*i^^x.\*'

, . t ■ • . ' Ou.AitDo, ch. as, V. ao.

qui sans cela pouvaient se multiplier

et infester les vallées. Si A^illombrosa On lit dans Milton :

était vendue comme propriété natio- «... , , ,, .i , , .i i i. •

, r I Ihick ni autumnai leavet thaï ttro^v the brooks ,

nale a des cultivateurs, ces nouveaux /« yaiiombnua, whtn tht EtrwûM thmin^

propriétaires n'y auraient travaillé Hi^9iHT^a^*d,imtkamnr.

qu'en certaines saisons tanlieu que les .Ép.î. «otant qoele.fcaille.d-.ntonm«d«rt

moines, qui avaient intérêt à demeurer se couvrent 1m roisacans d« VallombrenMtlà

dans des déserls aussi imposans , aussi <*" ombrage» étnuqncs s'enlacent en gigea-

, i l„ -1' I r te«qnes arreaa*. PAtAB., et. i, 9o3.

propres a donner une ulee plus frap- *

pante de leur abandon du monde, La- Voici à son tour comment s'est ex-

bilaient toute l'aunéc au milieu de ces primé notre Lamartine dans la deuxiè-

bois. La discussion fut longue et si me de ses Harmonies.

aigre, si peu raisonnable/qu'un des E.p«t de l homme, un jour .«cdme» glacé-

ivemhres du conseil finit par se lever Loin d'an noode odiciix qvol soUle t'emiortar

FIESOLE, VOLTERRA, SIENNE, «tc. 109

Tafotjotfa'aaMiniiMtcbasMpar tespenMM: par la flamme du foyer, présentait un

QMleh>nM(MiqMll«kom>ràl«finf«n4tot ^^^^^ piquant d'effet et d'exprcs-

GttewtcMfi»rê(t,c«t<Dèbra.ee«l*onde, 8ioD,que nous eûmes le désir d'en li-

Bkcastrbres un» d ite , ^-l ( i s roc» immorteli , «SaUlSie.

IrfiiiidMMiitimiMtttsfMfoadmtiMiBorièlK .» tiel Homme , qnoiqtte trèf-i«6,

parai8s<iit encofe doué d'une énergie

Outre Vnllombrosa , M. Castellan prodiprusc. Sn télc, rouverte <le clic-

visita le Paradisino , ermil.Tire qui en veux i;ris hérissés, son immense b.jrbe,

dépendait et qui servait comme d hubi- gon nez aquilin, son œil extrêmement

talion d'été au prÎMir. Les détails de vif, et qui, sous un épais sourcil, bril-

cettATiaite ▼ousintéreMeront peiit*4lre. lait d'un tomhre édat ; en an mot , l'en*

« Le res-de-cbaussée de TenDilage aemble de m physionomie loi donnait

sert d'habitation à uti véritable ermite plutôt la figure d'un satjre que d'un

qui y demeure toute l'année. Il a un anachorète.

petit jardin ; une source abondante jail- » Ce ne fut pas sans peine que nous

lit au sommet de ce rocher et lui sert le décidâmes à laisser faire sou por-

à arroser des pkmtcs et des fleura dont trait. Cependant il y consentit; et,

la culture est son occupation favorite, prenant la position qui lui était haH-

Mais les neiges , qui s'accumulent de tuelle, c'est-à-dire le corps un peu

bonne heure dans les gorges resserrées, courbé , les mains jointes sur son cha-

rendent impraticable le cliemin du prlot, sa physionomie exprima alors

couvent. Alors, comme enfoui dans le calme et le recueillement religieux ,

cette profonde solitude, sans commu- convenable à un pécheur repenLmt.

aleatum aucune avec les vivans, il' Mais biei^At la oaavertatton étant

trouve apparemment , dans la vie con- tombée sur la guerre qui désolait alors

templative qu'il a adoptée, un préser- le nord de Jltalie, sa téte se rdeva

vatif contre l'ennui. On lui fournit les avec fierté, ses traits prirent le carac-

provisionsqui lui sont nécessaires pour tèred'une exaltalionqui devint de plus

ce temps de réclusion . et, d'ailleurs, il en plus profonde; ses veux sanimant

a la ressource dans un besoin pressant par degrés parurent jeter des flammes,

de sonner la doche derermitai^c pour et nous recwmftnes , sous le capu-

appder à son secours. » chon d'un anachorète, un brijcand cé-

Un ouragan force un beau jour lébre , Franceteo Fomacciaio , qui*

M. Castellan, et un autre peintre de ses ' avait fait long-temps trembler la Lom>

amis, de chercher au milieu d'une de bardicctla Toscane, t Faut-il que j'aie

leurs courses un abri à l'ermitage. renoncé au monde, s'écria-t-il , aujour-

■ Nous en agitons vivement la do- d'hui que l'Italie est envahie! A ma

cfae; l'ermite ouvre, et nous nous ré- Toia^à mon coup de sifflet, que de

fngioos dbins la partie qu'il habite. 11 braves se lèveraient pour marcher sons

fait du feu pour noua sédier, et nous mes ordres à sa défense ! » Ce» mots fil-

offre quelques provisions grossièresque rapt accompagnés d'im précation s éocr-

la faim, excitée par un exercice vio- giques; puis tout à coup se jetant à

lent, nous fait trouver excellentes. genoux, la face cotitre terre, il de-

» Le lieu était sombre et tirait à manda pardon u Dieu de ce mouvement

peine du jour par une lucanie élerée. de colère mondaine, et resta kny»

La téte de l'ermite , édairée seulement temps prosterné sur le pavé. »

Dlgltlzed by Gopgle

no L'ITALIE.

LebrigancipaLrioteavailloDg-tempt découvrir des habitations} elles seni'

commandé «ne bande redoalaUe.que blaientétre protéj^ées encore par quel-,

la force armée avait enfin détruite, ques vieillet toon. Échappé seul , comme par miracle , il * Dans les vallons onTQjaitàgnuide

•'était voué À la vie de retraite et de dialaaee Tune de l'autre des maisons

prière. Une habitude de son ancien éparses ; elles n'étaient entourées ni de

métier lui joua un mauvais tour. L'eau verdure ni de jardins , mais de maigres

de source était, pendant l'hiver, un parcelles de terrain plantées de maïs

Itnste réconfortant; il te jMrocnra des ou de sorgho. Au-dessus de toutes les

liqueun fortes, dont il abusa au point «ommités dominait cdie oîk reposent

djB dereoir la proie d'une combustion 'es antiques murailles de Vollerra. spontanée , digne fin d'un si teiriUe » Le sol ne présentait partout que ce

pénitent î quelcs Italiens appellent des maccAj'e , .

Nous avons plusieurs fois parlé des sur lesquelles s'élèvent quelques vieux

Makemmes, partie de lu Toscane, dis- cbénes que le temps ne remplace pas;

tioguée du reste par une ph^rsionomie car ces landes servent de pâture aux

V>ut-^-fait particnlièrs. Peu de voya« troupeaux, et toutes les jeunes pouces

geurs llmt visitée; je n'en ai pas eu sont dévorées.

moi-même la facilité} mais Luilin de ■ Je me rappelle le speclade que

Châteauvieux, homme impartial et ob- m'offrit sur la roule une malheureuse

servateur sagace, en a laissé une des- mère, marchant à côté de deux de ses

cription dont je vais reproduire ici les enfans couchés sur une de ces petites

traits principaux : * .sédioles ( sorte de cabriolets ) en usage

• Après avoir quitté Pise, j'ai re- dans le Tal d'Amo. Ces deux pauTres monté, raconte-t-il , la rive de l'Amo petits avaient été mordus par un cbien jusqu'à Empoli. Là, j'ai quitté la enragé, et la mère les eonduisait à Volgrande roule de Florence pour prendre terra. Elle me dit que l'on gardait dans le chemin de Volterra et de Piombinc cette ville un clou de la vraie croix Ce chemin , tracé par Léopold , est le dont l'attouchement sur les morsures seul qui conduise dans les Bffaremmes. de ce genre en prévenait l'efiet. Je ne Dirifféareobeauconp d'art sur la pente pusm'empécberdeluimontrerqudqQe des eoteaus, il n'a que neuf pieds de doute sur cette efficacité; die m'assum hrgeur; mais il est entretenu avec un que^ de temps immémorial, ce remède grand soin et ressemble davantage à était usité en Toscane. Je me permis l'allée d'un jardin qu'à une grande de lui apprendre que la cautérisation route. était regardée comme un remède plus

» Au delà de Castel-Fiorentino l'on sûr encore; mais elle ajouta alors, entre dans les Maremmes. Ia surface qu'avant d'appliquer la sainte rciique du pays est sillonnée par de grandes «ur les blessures, on la chauflEait jusondulations semblables aux vagues im> |u'au rouge. Ainsi, le secret de la menses d'un profond océan , mais dont cautérisation, si moderne dans la métoutes les formes auraient été adoucies decine, se pratiquait dès long-temps par le temps et le travail de l'homme, en Toscane.

De loin en loin j'apercevais sur les » Les habi tans des Maremmes fixent

sommités de vieilles enceintes de mu- «eur décadence vers l'époque de la peste

railles dont les pans ruinés laissaient du i6*. siècle. 11 parait que ses ravages

FIESOLE, YOLTERRA, SIENNE, itc.

armés de longues lances, et couverts d babils de bure et de peaux non préparées.

I» La population attachée au sol pour l'amiée entière tronve à Tivre de reiploitation du Mufre, du fer et.

de l'alun.

■ Dans le voisinage de Vollerra, je fus supris de voir le chemin prendre une teinle blanche que le soleil faisait brillp d'un éclat éblouissant. C'était de l'albAtre dont on cbargeait la route; tout le sol de cette montagne en est Composé, et c'est de là qu'on extrait les blocs qui servent aux statuaires et aux modeleurs. Ccclicinin, pavé d'albàtre, me sembhiit l'avenue d'un palais de fée, et me présentait je ne sais quoi de fantastique.

• Après avoir graTi pendant une heure , je parvins sur la montage où Ton a bâti VoiTFRnA. Cette ville n'olfire plus à l'œil que des couvens en mauvais état, des jardins abandonnés, quelquesolivîers, d'antiques muraille»

et des palais mal tenus, qui rappellent cepen^nt une ancienne splendeur. Là vivent environ quatre mille habitanS| dont grand nombre fabricans d'..Ibàtre.

» Cette ville est l'une des plus anciennes villes étrusques; et son enceinte est fermée perdes murailles dont la structure a précédé de beaucoup les temps de la fondation de Rome. On passe encore BOUS la porte qui fut bâtie dans ces temps inconnus; sa masse énorme a résisté aux élémens et qui plus est aux ravages de l'homme.»

Outre un musée curieux de vaaes et d'autres antiquités élntsiines. Vol- » Les ccrnséquences de cette écono-- terra possède de curieuses antiquités mie ont été de créer un désert an mi- romaines.

lieu de rilalie, rt de le peupler, pen- La fnrfrresse actuelle a été, dit-on, dant la moitié de l'année, d'hommes à bâtie par la famille Médicis, peut-être demi - sauvages , qu'on voit parcourir sur les ruines de celle construite par ces solitudes, comme des Tartares , l'empereur Olhon. Au centre s'âève,

détruisirent une grande partie de la population. Depuis, cette population ne s'est plus trouvée assez forte pour s'opposer à l'influence du mauvais air.

» L'aflbiblissementde la population, en détruisant la concurrence , a fait tomber la propriété aux mains des grands seigneurs toscans; dès ce moment l'activité productive en a été bannie sans espoir de retour. Les tentatives faites par Léopold pour essayer des colqpnes dans les Maremmes ont toutes édioué. Le sol y est devenu stérile ; il n'offre plus qu'une argile pure, dont la blancheur n'est tempérée que parle mélange du soufre qui s'élabore avec profusion dans celte région. On voit sourdir de la terre ces sources sulfinenset ou solfatares dont l'aspect a «pwlquecbose d'effrayant. Des flammes fétides s'élèven t dans des tOwbiUoas de fumée; les bonis de ces petits cratères sont revêtus de bavures, au centre desquelles bouillonne une eau livide.

• Dépeuplé par la nature et tombé aux mains de ^nds propriétaires oisifs et sans capitaux , il ne restait plus de moyen pour tirer parti du sol de ces contrées^ que de l'abandonner à sa production spontanée, et de lui donner pour habitans une population nomade qui n'y séjournât que pendant la saiaon salubre, et fit consommer par des animaux les j^antes indigènes que la nature y lait cnrttre. Des moutons , des chevaux, des vaches et des chèvres s'y alimentent aujourd'hui par troupeaux , et subviennent au manque total de rédncntioo des bestiaux èsau le val d'Amo.

lia LIT

comme dans notre château de Vincennes, un donjon appelé le MnsUo di Volterra , qui sert de prison d'état :

C'est une tour ronde dont les murs ont plus de treize pieds d'épaisseur, et qni ne reçoit le jour <{ue par d'étroites oifrertures.

« Des tours de Vol terra , dit encore Lullin, la vue s'étend au loin sur des plages stériles. La nudité du sol n'est interrompue que par quelques bois de cyprès et de chênes , d<mt la Terdure foncée se détaclie sur le sol jaunâtre des campagnes, comme s'ils étaient destinés à soler\niscr des lieux funèbres. Du fond des vallons s'élève la fumée perpétuelle des solfatares, qui lantât se roule comme des vagues pendant les ouragans et tantAt monte en colonnes Tcra le ciel, comme k fumée d'un sacrifice.

* Tout est inattendu et sin|;ulier dans cette contrée, qui semble avoir épuisé les jours de sa vie, et retourner > pas à pas vers cet état de solitude par lequel doivent finir les destinées de cette terre. »

Voulez-vous des ruines aussi respectables, mais dans une contrée admirable où chaque mont est couronné de chênes et de châtaigniers, chaque colline couTcrte d'oliviers aux couleurâ argentées I chaque plaine de pampres vigoureux; transp<»tei>vou8 d'un saut (depuis que nous avons quitté Florence je vous ai habitué à cet exercice) de Vol terra à Cortoka, aux environs d'Arezzo et sur la frontière.

Cette ville apparut à ladj Blorgan iib la manière la plus pittoresque. « En epprocbant d'un Heu que notre domestique appellaiV/jacjaccîb, le misérable endroit de Camuccia, maison de poste et hameau, nous aperçûmes un phénomène singulier qui appartient à l'heure et au site. Le soleil se cadudt

lLIE.

derrière une brume qui tombait comme une pluie de diamans colorés ; les vapeurs épaisses de l'atmosphère obscurcissaient les perspectives éloignées»

et nous vîmes s'élever tout à coup, au milieu des nuages , des formes de tours, de coupoles, en un mot le fantôme d'une cité qui paraissait suspendue dans la moyenne région de l'air. A mesure que les Ivouillanls roulèrent dans les vallées, des figures plus définies et ^us saillantes s'<^rtrent à notre 'vue; les dAmeSf les tourelles, les forts , les puissantes murailles , semblaient reposer sur les nuées qui , se fondant graduellement en vapeurs légères, révélèrent la base de rochers escar|>és sur laqudie ces édifices étaient rédlement assis, flnfin leur masse, éclairée ]i:ir la lumière pourprée du crépuscule, offrit pleinement à nos reirards Cortona, la plus ancienne des villes d'Étrurie. »

Parmi les cités d'Étrurie qui subsistent encore : FaUerra^ Antm^ Peru- ^Vi, Bolsena et CorCona, cette demière(le Cor^m des anciens) paraît avoir été la plus consi<lérahIe : on y voit des marques trés-curieuses de son ancienne supériorité. Toute la contrée est émi« nemment intéressante > car elle a été éttidiée pour ses antiquités, par oem qui sont maintenant eux-mêmes les anciens. Tite-Live, Varron et Pline « ont erré parmi ces ruines, et ont examiné ces frai^mens, comme les antiquaires de nos jours se complaisent dans les sites auxquels le nom classique de ces écrivains donne de la valeur et de la digmté.

' L'Etrurie, placée entre J'Arno et le Tibre, a renfermé exclusivement pendant une longue période les rudimens de toutes les connaissances qui se sont répandues ensuite jusque tnries points du globe les plus distans. Elle a été loog.temps le centre de toute la d-

Page 1