CONTEMPORAIN
C'est en vain qu"aii Parnasse un téméraire auteur Pense de Fart des vers...
Ce n'était aucunement ce Parnasse de collège que le bon Lemerre instaurait pour ses auteurs, mais bien le Parnasse de Raphaël ou de Mantegna, celui où, parmi les sources jaillissantes et le laurier immarcescible, un Dieu adolescent mène le chreur des Muses avec les Grâces enlacées.
Le Parnasse !... Les Parnassiens!... Ainsi, la nouvelle école prenait rang à travers les dynasties lyriques. La parodie, cette confirmation de toute gloire à son premier quartier, ne se fit guère attendre. Un sémillant pasquil dont les auteurs n'avaient pas peu contribué au succès du Parnasse nouveau, le « Parnassiculet contemporain », goguenardaitle tonmarmoral des jeunes poètes, leur goût pour les religions étranges, pour les vocables chantournés.
« Je meurs », disait le héros d'un poème Scandinave et funambulesque.
Je meurs si je n'obtiens, ce soir, un baiser d'elle, Et le roi me tuera, certes, si je le prends. Dit Galimard, seigneur très sage et très fidèle. — Qu'il est beau, dit Edwige, et qu'il a les pieds
[grands !
Malgré son luxe typographique et la beauté d'un « papyros » digne d'Homère ou de Li- Taï-Pé, le Parnasse conlempomin n'était qu'un recueil mensuel, tandis que Lcmerre entendait fabriquer des livres.
Réimprimer la Pléiade entière, de Ronsard à du Bartas, sans négliger Villon, sans oublier Malherbe, ne suffisait point à son activité. Ses rééditions de classiques, où Rabelais fraternise avec Pascal, ont droit de cité dans toute bibliothèque. Mais, quel que soit le mérite de ces travaux aidés par le dévouement d'une incomparable compagne, dont le labeur, souvent, acquitta l'impression de Racine ou d'Hésiode, il semble que le principal mérite de Lemerre soit d'avoir compris cette essentielle vérité : ù savoir qu'un livre de vers doit être, avant toute chose, un objet d'étagère, un bibelot exquis.
Les Trophées de Heredia, les Fêtes galantes du pauvre Lelian suffiraient à la gloire de la librairie moderne, pour ne citer que des ouvrages oii la matière fut équipollente à la façon.
Après avoir assuré aux poètes l'indépendance et la dignité de la vie, après avoir eu pour Leconte de Lisle un respect et des générosités de fils, Lemerre ouvrit aux bons rimeurs contemporains cette merveilleuse galerie où frater-
nisent, en robe blanche, tous les génies du dix-neuvième siècle.
Et je me tais sur les romanciers plus tard venus : Prévost, gracieux et avisé conteur; Paul Hervieu, délicat, amer et caressant, — tant d'autres, sans compter le pieux Bourget dont l'âme de goéland se repose volontiers sous la double serrure des coffres-forts, quand elle cesse d'animer un rostre de harpie et des griffes d'huissier-