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MADEMOISELLE CAMARGÔ, DE L'OPERA

Étude au pastel de La Tour. — Muse'e de Saint-Quentin. Dessin de H. Patrice Dillon.

François d'Affry, marcschal des camps et armées du Roy, avec Camargo encore pour marraine.

J'indique ces deux baptêmes comme une nuance des hautes attaches de la famille des Cupis.

On pouvait être fier dans tous les cas de donner le bras à une marraine si séduisante. Elle avait de la distinction et de beaux yeux bruns caressants.

La Camargo, une beauté méridionale, devait être très brune; La Tour atténua le foncé des cheveux par quelques rehauts de poudre, comme la danseuse en portait au théâtre. De l'ensemble résulte une physionomie pleine de charme, bien affirmée par les crayons du maître1.

La femme distinguée qui, pendant ma préparation d'études sur La Tour, a bien voulu m'aider de son tact si délicat, m'écrivait à propos de ce pastel du musée de Saint-Quentin : « La Camargo rappelle Diane de Poitiers par la longueur et la coupe du visage. Les proportions du masque sont correctes, le nez est particulièrement élégant et l'oreille placée de façon à achever l'harmonie distinguée de l'ensemble. L'œil, bien fendu, est ferme et un peu morne, tandis que le sourcil a un singulier accent de douleur. La bouche, bien dessinée, triste plutôt que sensible, confirme l'impression de gravité réfléchie et sérieuse que cette belle personne impose à qui prend la peine de l'observer. »

Une pensée galante m'est souvent venue en regardant les beautés diverses du musée de Saint-Quentin, c'est que le peintre préleva peutêtre quelque dîme sur les seigneurs et maîtres qui croyaient disposer avec leur argent du cœur de ces femmes piquantes.

Il y a bien de la sensualité dans les portraits que La Tour a laissés de lui-même ! La plupart des modèles de La Tour étaient peu farouches et devaient se montrer reconnaissants du caractère piquant de beauté que le peintre leur communiqua.

En 1747 La Tour exposa au Louvre le portrait de M. de Cupis, le père de la Camargo, et il semble bien que La Tour n'eut rien à refuser à cette aimable personne.

11 faudrait ne jamais connaître la fin de ces beautés d'Opéra. La Camargo quitta la scène en 1734, y reparut en 1740, et se retira définitivement en 1 7 5 1 , avec une pension de i,5oo livres. On la suit alors dans sa retraite du quartier Saint-Roch où elle vécut dix-neuf ans, ! 1. Du portrait de Camargo on ne connaît que cette esquisse.

entourée de chiens, n'ayant conservé de ses anciennes relations qu'un vieil ami qui l'assista jusqu'à ses derniers jours et lui fit faire un pompeux enterrement. « Tout le monde, dit le rédacteur de la Correspondance de Grimm, admirait cette tenture en blanc, symbole de virginité, dont les personnes non mariées sont en droit de se servir dans leurs cérémonies funèbres. »

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