‹ La tour d'ivoireChapitre 28 sur 42 · SIESTE · texte numérisé non relu

SIESTE

LE ciel est d'un bleu de soie Et la vage est d'outremer ; Le clair soleil qui flamboie Danse en flammes sur la mer.

C'est ici que meurt la ville Et ce qu'elle fait de bruit, Le sol craque et l'herbe cuit Sur la route au loin tranquille.

Le feu captif des lilas Et des roses cramoisies, Illumine les villas Closes, sous leurs jalousies.

A l'horizon incertain, Une fumée égarée Atteste un bateau lointain, Dans la lumière dorée.

Je n'entends, sous mon rideau Frissonnant, que la clochette D'un voiturier qui s'arrête, De porte en porte, au Prado.

C'est une torpeur heureuse D'où je ne puis m'arracher ; Une suite de rochers Flotte en brume vaporeuse ;

LA TOUR DIVOIRE 95

Un goût d'écume et de chaux, De limon, d'algue marine Se rejoint, dans ma narine, Aux relents du sable chaud.

En même temps que m'arrive Une odeur d'ail potager Unie à la maladive Odeur des fleurs d'oranger.

Et ma pensée est bercée

Par l'incessant clapotis

Que les eaux, des eaux pressées,

Font contre les pilotis.

Une douce griserie S'empare de mon cerveau, Je laisse ma rêverie Dévider son écheveau,

Tandis que, dans le silence, Suivant le déroulement De la houle, obstinément, Une barque se balance.

7?rr.

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