ALLEGORIE
ADOLESCENT plaintif, Automne pensierose, Tu viens, les cheveux teints d'une cendre de roses Qui pleut du soir mélancolique sur les champs, Et ta flûte muette a désappris les chants. Non, tu n'es pas celui qui trébuche et entonne Un hymne au vin nouveau qui jaillit de la tonne, Ni qui préside au gai manège des amants, A la veillée, auprès d'un cair feu de sarments, Mais, grave et mûrissant un inquiet mystère, Tu longes les labours qui fument solitaires,
Sur la route trempée, où frissonne le soir,
Tu vois les bœufs pensifs rentrer de l'abreuvoir,
Et les agneaux bêlants dont se presse le nombre,
Comme effarés devant cette énigme de l'ombre ;
Et tu songes, tandis que tinte l' Angélus,
Aux eboses de l'Été qui déjà ne sont plus,
A la dentelle d'or et d'ombre sous les branches,
Au bruit de l'eau fleurie, aux belles formes blanches,
Où la force du sang fait craquer le carmin
En forme de bouton de rose des deux seins,
A Calliste, demi-sirène et demi-fée,
Qui nue et de soleil, en coup de vent, coiffée,
Avec la feuille peinte échangeant ses couleurs,
S'asseyait, les genoux croisés, parmi les fleurs.
Tu ne t'attardes pas au cercle des visages Sous la lampe, quand tu traverses les villages, Rien, ni la vieille église en paix ne te retient, Ni la ferme où ton pas fait aboyer les chiens, Mais si, crachant la flamme, avec un bruit d'orage, Passe un train, secouant la campagne avec rage, Si rapide qu'il n'est bientôt plus, dans la nuit, Qu'un œil rouge qui tremble et qui s'évanouit, Tu t'arrêtes ; sa fuite emporte ta pensée, Et quand cette lueur dernière est éclipsée,
Et qu'il ne reste plus, comme bruit familier, Qu'un froissement sinistre au long des peupliers, Voyant l'ombre plus noire et sentant le silence Plus étouffant, c'est pris d'une tristesse immense Que tu reprends ta route, au loin, vers l'inconnu, Automne ! où l'autre soir, je me suis reconnu !