EN L'HONNEUR D'UNE TASSE DE PORCELAINE
SUR ma tasse, Flore, à pleines -Mains, vidant son tablier, Illustre sa porcelaine D'un frais décor printanier.
Le souvenir des exquises Elégances Pompadour, Flotte encore aux indécises Nuances de ses contours.
Elle a pris, sous la nuée
Du Temps, comme un vernis blond,
Et la Grâce exténuée
D'un vieux Sèvre, à Trianon.
Une Infante, une dauphine, L'Amie en titre du Roy, Dut la porter, j'imagine, A ses lèvres, bien des fois.
Car il fallait pour y boire, Avoir deux fois mérité, Avec les lys de la Gloire, Les roses de la B'auté.
La Porcelaine à la Reine, Le Saxe aux bouquets légers, La fine pâte de Vienne, N'ont rien qui puisse approcher.
Sur un côté de l'albâtre, On a tracé, au pinceau, L'n villageois de théâtre Oui joue un air de pipeau,
Babet, à ses pieds, coiffée D'un chapeau de paille à fleurs, En sent comme une bouffée D'aise lui emplir le coeur.
En face, orné de frisures, En veste à la Florian, Un marquis gratte en mesure Sa guitare, souriant.
Une dame qu'on devine Princesse à ses beaux habits, D'un doigt fébrile, en taquine Son lourd collier de rubis.
lOÔ LA TOUR D'iVOIRE
Car en Ville ou sur l'herbette, L'Amour, au joyeux refrain, Enfle toujours sa musette Avec un égal entrain.
O Tasse, dont je m'honore D'être le dépositaire, Puissent les dieux que j'implore, Te garder de choir à terre !
Que le plumeau maladroit De Macette n'aille étendre, Un beau matin, tes parois En poussière, dans la chambre !
Que les ondes du miroir Fixé sur la cheminée, Toujours, d'année en année, Te mirent sur le dressoir.
Mais que dis-je ? œuvre légère, Mousseline aux fins réseaux, Tu vivras plus que la pierre Taillée à coups de marteau,
Puisque de ma flûte aimée Que la foule écoute en rond, J'ai bâti ta renommée Pour les siècles qui suivront.
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