CONCORDANCE DE LEURS DESTINÉES
JEUNE espoir de la carrière, Lutteur aux puissants travaux, Qui fais mordre la poussière, Sans relâche, à tes rivaux.
Ton front mâle que couronne Une tranquille Beauté, Prend ce noble orgueil que donne LTn prix deux fois mérité.
Tu es d'essence divine, C'est un souffle de héros Oui palpite à ta narine, Et s'enfle à tes pectoraux.
Quelque chose d'olympique, De frissonnant et d'ailé, Parcourt le bloc granitique De ton corps souple et musclé.
Pour dire tes jeux d'athlète, Dignes d'un meilleur renom, Il me faudrait la trompette De Pindare et ses poumons.
Ton geste héroïque anime D'un dernier frémissement, Aux plaines de Salamine, Une poudre d'ossements,
A ta vue, comme Antée Dès qu'il touchait le sol nu, Je me sens l'âme emportée D'une intrépide vertu.
Jusqu'où plongent mes racines, Je sens passer, dans la nuit De ma confuse origine, Comme un feu qui m'éblouit.
Et je saisis le mystère
Oui, malgré les ans, te joint
D'indissoluble manière,
A mon âme, en mille points.
Sans doute, en des temps antiques, Ensemble, nous avons dû Vivre à l'ombre du portique, En disciples assidus.
Tu brandissais ton exemple Sur les foules à genoux, On te bâtissait des Temples Et des images partout.
Une jeunesse fébrile, Attelée à tes brancards, T'introduisait dans les villes, Par la brèche des remparts.
Moi, de ma flûte sonore, Ceint de la rose en bouquets, J'accompagnais Terpsychore Che2 Périclès, aux banquets ;
Ou, d'une trompe éclatée, Faisant trembler les échos, Je fixais, comme Tyrtée, La Victoire à nos drapeaux.
Les vierges entrencuées, Aux pâlissantes couleurs, Parmi l'encens en nuées, Nous enguirlandaient de fleurs,
C'est la déesse Harmonie Qui illuminait, alors, A la flamme du Génie, La mâle beauté des corps.
Mais de cette apothéose, Où nous flottions éperdus, Par le cours forcé des choses, Nous voici redescendus.
Eclaboussés par les roues, Aujourd'hui, rois détrônés, Nous piétinons dans la boue, Sans avoir de quoi dîner.
Ir| LA TOUR D'IVOIRE
Ici, la foule imbécile Se vautre, ignorant le prix De ta rayonnante argile, Et des odes que j'écris.
Or, plein d'espoir aux années Qui vont suivre, j'ai voulu A ces vers qui seront lus, Confier nos destinées.
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