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LA LAMPE

DORÉE, éiyséenne, astrale, cristalline, Je veux t'honorer, lampe ! à la mode latine, O léeer instrument d'amour .'

— Sur le métal D'une tige allongée, un godet de cristal Reçoit l'huile où Pallas s'avère industrieuse, Et ta flamme, ornement de mes nuits ocieuses, Traverse l'abat-jour de tulle et de satin Que la jeune Emilie a formé de sa main.

LA TOUR D'IVOJRE

Chaque fois que je vins surprendre mon amie, Tu me la désignais doucement endormie, Eparse en ses cheveux, qu'à leur riche tissu, Du chignon d'Aphrodite; on pourrait croire issus.

Tu conduisais mes yeux sur la double éminence

Des seins où deux boutons de rose ont pris naissance,

Et qui tranchaient parmi les lilas qu'alentour,

En guirlande, y nouaient les ris et les amours.

Tu me vantais aussi de ses dormantes hanches

Les pavots et les lys aux belles feuilles blanches,

Et sitôt qu'éveillée, elle m'ouvrait les bras.

Ta clarté présidait à nos joyeux ébats,

Jusqu'à l'heure indécise où, fraîche de rosée,

L'aurore se jetait aux rideaux des croisées.

Que de fois ouïs-tu les soupirs éperdus,

Me proclamant vainqueur, par sa bouche rendus !

Exaltée, abattue, altière, suppliante.

Tour à tour, elle était sur sa couche pliante,

Occupée, au milieu de mes embrassements,

A mourir et renaître alternativement.

Et tu t'éjouissais quand, parmi les figures

Peintes diversement sur les hautes tentures,

Dans l'ombre où cet espiègle amour était caché,

Sonnait soudain le trait qu'il avait décoché !

O Toi qui n'as connu de mes heures que celles

Que les Parques tissaient d'une orine ficelle !

Pour avoir éclairé de si douce façon

Nos luttes, je te loue, ô Lampe, en ma chanson !

Et je veux que de toi toujours il me souvienne,

Cristalline, dorée, astrale, élyséenne,

Te dressant de mes vers un petit monument,

Pour marquer que tu fus pitoyable aux amants !

MÈRE auguste des dieux, déesse nourricière, Force qui fais lever les blés de la poussière Et s'éclater la feuille aux frais bocages verts, Feu qui gonfles la grappe aux versants découverts, Cybèle, aux seins puissants, qui habites les cimes Brûlantes de Phrygie, honneur du mont Dindyme, Cybèle ! si ton cœur est sensible, prends soin De cette enfant fragile où mon sang se rejoint Au sang d'une, pour belle, avouée entre toutes. A peine, pour la vie, elle s'est mise en route.

LA TOl'R D IVOIRE

Depuis qu'elle est venue au monde, j'ai, deux fois

Vu Pomone plier sous un fertile poids.

Sous les yeux de sa mère, active sentinelle,

Au pas elle a formé ses petits pieds rebelles,

Et le vœu de tout dire éveille, avant le temps,

Sur sa lèvre confuse, un murmure hésitant,

Mais, désignant du doigt le jouet qui l'attire,

Elle supplée au mot qui fuit par un sourire.

Elle aime la parure et se hausse pour voir

Son image lui rire à travers le miroir,

Et le monde s'assure, en la regardant faire,

Qu'elle porte en bouton la beauté de sa mère.

On éprouve déjà quelque chose en ses yeux

De ce charme alangui, de cet air gracieux

Que respire Emilie en toute sa personne.

Elle imite une fleur qui s'ouvre et qui rayonne,

Admire-la ! Couchée au fond de son berceau

(Sa mère à côté chante en tournant son fuseau)

Elle rit. Le soleil, à travers la maline,

L'atteignant à sa lèvre, entrouverte et pourprine,

Y frémit longuement comme un rayon de miel,

Signe qu'elle obtiendra l'éloquence du ciel.

Son front sommeillant luit du bel or qui s'y joue,

L'un de ses bras se tient replié sur la joue,

Et l'autre, au long des draps, laissant pendre la main,

V fait descendre au bout cinq perles de carmin. Est-il mélange ailleurs de lumière et de roses Egal à cette enfant que tu vois qui repose ? Protège-la ! Son père, en mille chants pieux, Relevant leurs autels a mérité des dieux. Que par toi ! sa jeunesse, ainsi qu'une onde pure, Suive une douce pente égale en son murmure, Ne reflétant, parmi les bouquets de roseaux, Qu'un beau ciel traversé de tranquilles oiseaux. Que par toi ! elle arrive, heureuse et fortunée, Jusqu'au jour où, coiffé de roses, l'Hyménée La donnant à l'époux qui la méritera, Pour un nouveau destin, l'arrache de tes bras.

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L'eau ruisselle, Emilie a fermé les rideaux. Le vent qui par secousse ébranle les vitraux, Fait rage dans la rue et dans la cheminée. Elle coud sous la lampe et sa tête inclinée Montre, roulé en conque, un bel or qui reluit. Son aiguille, en courant, crépite à petit bruit. Sur la table accoudé, j'aide, avec des images, Ma lente rêverie à se perdre aux nuages, Tandis que l'eau du thé siffle devant le feu.

Le berceau de blanc tulle, entremêlé de bleu, Immobile repose et l'enfant qui s'y loge Mêle son souffle égal au rythme de l'horloge. O Bonheur ! quand l'orage assiège l'horizon, D'être, au milieu des siens, tranquille en sa maison, De sentir du léger repas de tout à l'heure, Comme un goût de laitage et de fruits qui demeure, Et d'avoir près du feu qui vous tient enfermé, Le sommeil d'un enfant, le bruit d'un être aimé.

Sur le haut dressoir veille un feu d'argenterie,

Un éclat de faïence orne la boiserie,

Le vieux buffet rustique, aux panneaux de noyer,

Se dresse, tout chargé de plats coloriés.

Sur la poutre enfumée une flamme rougeoie.

Et les sens pénétrés d'une confuse joie,

Je me laisse glisser à la tranquille paix

De ces rideaux profonds, de ce silence épais.

O dieux ! vous le savez qu'inquiet de nature,

J'ai voué ma jeunesse aux folles aventures.

Dieux ! je m'étais trompé : je le cherchais ailleurs»

Et c'est ici que j'ai rencontré le Bonheur.

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