SCÈNE VIII MORTANO, RICARDO
Ricarpo.— Monseigneur, je suis à vos ordres.
MorTAno.—dJe ne puis me défendre d’un pressentiment terrible : quelque malheur nous menace. Je ne suis pas tranquille. La huine que m'ont vouée les paysans, les bruits répandus dans la contrée à propos du comte de Stella et du prétendu revenant de la tour du Nord, les personnages étranges qui visitent le château et parcourent le canton, depuis quelque temps, tout cela me donne lieu d’appréhender une catastrophe. N’as-tu aucunes nouvelles d’Alonzo ? |
RicARDo. - J'en ai de toutes fraîches. Îl a fait annoncer s0n àrrivée pour aujourd’hui même.
MorrTANo.— Alonzo arrive aujourd’hui ?.. (Se promenant avec agitation.) Mais que vient-il faire, sans avoir été mandé, sans avoir été prévenu ?Aurait-il eu connaissance de son origine et viendrait-il réclamer ses biens ?..…. Ricardo, cet'e visite inattendue confirme toutes mes craintes. |
Ricarpo.—Je vous ai toujours dit qu'il fallait avec l'aigle étouffer les aiglons. Vous ne voulez pas croiré aux conseils de la prudence, Elevez le serpent, vous serez sa victime !. Si, lorsque vous jetâtes son père dans un cachot, vous l’aviez fait dieparaître, à cette heure vous n’auriez plus rien à redouter. à
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MortTAno.—C'est vrai; maïs on aurait pu croire à un crime et, comme ïintendant du comte, on m'aurait soupçonné. We
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| RicarDo.—Croyez-vous que vous seriez plus détesté des paysans que vous ne l’êtes? Non; mais vous geriéz plus AA La terreur, je vous l'ai . plus sûr ét le plus ferme appui du pouvoir usurpé... Ne pouviez-vous encore, plus tard, au lieu d'envoyer Alonzo à Âa cour, où veut-être il a eu vent de son origine et de notre coup d’État, ne pouviez-vous pas trouver un expédient pour le faire disparaître ? Le poison, par exemple, est un excellent moyen de se débarrasser
| de ceux qui vous gênent.
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Morrano.—Toujours des crimes, Ricardo! Mais, sals-{u que la cruauté me lasse et que mà conscience me devient un bourreau insupportable !.…
RICARDO. — Votre conscience ! En vérité, vous feriez crdire que vous en êtes à votre Coup d’essai..: La conscience, croyez-moi, n’est qu’un épouvantail de vieille femme. I] y à longtemps que je l’ai mise de côté, moi, et le meilleur moyen de s’en dékarrasser, c’est de la noyer dans le sang...J’ai détroussé bien des VOJageurs autrefois, à la tête de mes bandits de la montagne; j’ai poignardé de ma main bien d’innocentes victimes, et je n’en dors pas et quand parfois le de ses reprothes i por-
un noûveau crime. ‘
remords me veut troubler. tuns, je l’étouffe dans
MorTANO.— Je n’en suis point là encore, et j'aurai de la peine à m’y résoudre. à
il faut à tout
prix
der des explications sur le mystère de ma fortune ; il peut exiger mes titres à la obsession dt château et. des terres de Stella... Si du moins ce Vieillard obstiné avait. voulu signer, comme, je l'espérais, l'acte d'abandon que je luigai proposé. Mais voilà près de vingt ans qu'il gémit dans les fers, et, ni la:faim, ni les menaces, ni les tortures, ni les ténèbres de son cachot n ont pu vaincre son refus. Ricardo ! je ne veux pas voir Alonzo, entends-tu ? Porte-lui de l’or, beaucoup d'or: qu'il s'éloigne e ces lieux. ; ?
RicaRDo. — Compter sur moi, monseigneu
déjà toutes les mesures nécessaires. Vous ne verrez pas Alonzo aujourd’hui, ni de longtemps, j'espère.
Pon respecte sa vie,
“RicaRDO. —Fiez-vous à mon expérience, monseigneur: j'ai de l'aace, là (montrant son cœur), et
tent.)
soyez sans inquiétude : j'ai pourvu à tout et pris:
MorTANO.—Pas de crime, Ricardo. Je veux que
les ressources ne m ’ont jamais fait défaut. (Ils sor-