‹ La tour du nord [microforme]Chapitre 25 sur 34 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

FERNANDO, MORTANO. . à

LU « ‘ MoRTANO (après un moment de silence).—Que voulez-vous de moi, vieillard ? |

FERNANDO.—Le ciel exauce mes désirs... Mortano, mon ami.

Morrano.—É pargne#: moi.ce titre : je nele mérite pas. Celui que vous, voyez devant vous n'est plus le Mortano d'autrefois. ‘ Le tem ps et la vengeance ont ravagé son cœur !...Mais parlez ; je vous écoute.

FERNANDO. — Voilà. vingt ans, Mortano, que je. gémis dans les fers, Le monde me croif mort: j'ai entendu, du fond de ce cachot, le chant lugubre de mes funérailles, car ton Ame criminelle n’a rien oublié pour tromper le peuple : jai même distingué, . au milieu des sanglots de mes fidèles serviteurs, ta voix et tes gémissements hypocrites…. Depuis ce temps, privé de la lumière du jour, enseveli dans ce noir souterrain, seul, sans espérance du côté de la terre et sans consolation, j'invoque le ciel et je prie Dieu de toucher ton cœur, de te ramener à L vertu, de t'inspirer pour celui qui fut ton maître et

ton protecteur quelques sentiments de com passion.

MoRTANO.—La compassion, vieillard, n’y comptez pas: il y a longtemps que Ja haine l’a remplacée.

FERNANDO.—Mortano ! l'ambition et l’orgueil ont égaré ton âme. La haine d’un misérable que ma Htc avait dû châtier a soufflé dans ton, cœur in plaisir t’a rendu coupable... Cependant, Mortano, je te pardonne tout, oui, tout : ma prison, mes souffrances, mes larmes : je te pardonne-mes vingt années de douleurs !....Que de fois. du fond de ce * tombeau, j'ai demandé au ciel la liberté, ou la

ratitude et la vengennce. La soif de l'or et du

DNS jee

mort! Dieu ne m’a point exaucé: j'adore ses desseins impénétrables. Mais toi, Mortano, tu m’exau- Ceras, et ta main me donnera. ce que le ciel m’a refusé. Ce sera leseul témoignage de reconnaissance que je t'aurai demandé 1... Ne me refuse pas cette

grâce, Mortano !.. Rends-moi la liberté, ou donnemoi la mort!

MorTaNo.—La liberté, vieillard ?.… Impossible !

FERNANDO.—Eh bien, donne-moi la mort! Tu te tais ?...Qui peut t’arrêter ? Le monde ignore mon existence; et ton crime demeurera enseveli dans la profondeur de ce cachot. Mon ombre, je te le Promets, ne troublera point ton sommeil : ‘elle ne s'élèvera pas contre toi, au jugement de Dieu 1... Tu seras délivré d’un témoin terrible, si le hasard ou quelque circonstance venaient à révéler le mystère de ton crime et le secret de ma prison ;…. et puis, tu auras mis fin aux tortures de mon âme !..

h bien! tu ne dis rien. Mortano, tu ne dis rien ?..

Faut-il donc que j’embrasse tes genoux? (Tom<y

bant à genoux, d'un seul genou.) Tiens, me voici: voici ton maître, ton ami, ton bienfaiteur, à tes ieds, Mortano: il te demande la mort, comme une aveur, comme un bienfait !

Morrano.—Relevez-vous, vieillard, relevez-vous !

FERNANDO.—Eh bien ! La prière de celui qui fut pour toi comme un père, pendant dix ans, qui te recueillit dans ta misère, qui t'éleva près de lui, comme son propre fils, la voix d’un malheureux, devenu la victime de son affection our toi, lais-

sera-t-elle ton cœur insensible? Tu es done-demarbre, Mortano? Il n’y a donc plus chez toi aucun sentiment de compassion, d'humanité ?.… Ecoute, * Mortano! Tu avais gardé près de toi mon Alonzo... Qu'en astufait? . ;

Mor

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