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LOUIS, DAUPHIN DE FRANCE

(Musée du Louvre.)

LA TOUR. 51 quelque confusion, et les allusions de Génard, si elles étaient vraiment justifiées, porteraient sur un essai, aujourd'hui inconnu, auquel Perronneau aurait promptement substitué « le très beau et très fin portrait qui, au jugement des Goncourt, tient vaillamment sa place au musée de Saint-Quentin ».

Peut-être objectera-t-on que cette simple ligne du livret de 1750 : « Plusieurs pastels sous le même numéro » et le silence gardé par l'auteur de l'unique critique de ce Salon comme par Mariette, ne constituent guère une présomption en faveur de l'importance de cet envoi, mais en 1747 et en 1751 le guide officiel n'était pas plus explicite et, sans Mariette, nous ne saurions pas qu'à la seconde de ces dates La Tour avait exposé M. et Mma de La Reynière\ M. Bâillon, horloger du Roi; M. Garnier [d'Isle], contrôleur des Bâtiments ; M. Roettiers, graveur général des monnaies de France ; Mne Sylvia, de la Comédie-Italienne, « tous très beaux », ajoute de sa fine écriture le plus difficile des connaisseurs de son temps. Les deux premiers sont dans la galerie de M. Jacques Doucet; les autres ont depuis longtemps disparu, ou courent le monde sous des noms d'emprunt

La part prise par La Tour au Salon de 1753 est demeurée célèbre par le nombre de ses envois, par les noms de quelques-uns de ses modèles et par le changement de procédé qu'accusent la plupart de ces pastels : à la touche moelleuse et caressée du Président de Rieux ou de Paris de Montmartel succède une exécution brutale et heurtée,

plus soucieuse de vérité que de charme. Dans les dix-huit portraits alignés sur les murs du Louvre, le public va tout d'abord à celui de l'homme dont le nom est dans toutes les bouches : à Jean-Jacques Rousseau, «citoyen de Genève »,mais sa curiosité n'estpas moins vive devant une sorte de délégation de l'Académie française, composée de M 'M . Duclos, Nivelle de La Chaussée, d'Alembert; devant le Marquis de Montalembert, mestre de camp de cavalerie, associé libre de l'Académie des sciences, et Y Abbé Nollet, de la même Académie ; devant le Marquis de Vot/er d Argenson, lieutenant général, inspecteur général de la cavalerie, M. de Silvestre, premier peintre du roi de Pologne, et M. Watelet, receveur général des finances, qui représentent à des degrés divers l'Académie royale de peinture et de sculpture ; devant M. de Bachaumont qui eût été digne d'en faire partie ; devant Mmc Marguerite Lecomte tenant un papier de musique, MUc Gabriel (sans doute fille de l'architecte), Mme de Geli, dont l'attitude n'est pas spécifiée, Mmc de Mondonville, appuyée sur un clavecin, Mmc Huet avec un petit chien, Mne Ferrand méditant sur Newton, enfin devant Manelli jouant le rôle de Y Imprésario dans l'opéra du Maître de musique.

On sait, par les Confessions mômes de Rousseau, pour quelles raisons il consentit à poser devant La Tour. Le premier de ces portraits fut exécuté pendant le séjour du philosophe à Montmorency et d'abord destiné à Mme d'Epinay, mais la brouille de Jean-Jacques avec sa bienfaitrice le lui lit reprendre, et il l'offrit en 1760 au maréchal

Cliché Neurdein.

M A RIE- J 0 S È P ITE DE SAXE, DAUPHINE DE FRANCE. (Musée du Louvre.)

de Luxembourg. Une répétition en fut peinte lorsque Jean- Jacques s'était réfugié en Suisse, et c'est de Motiers qu'il écrivit à l'auteur la lettre célèbre où il déclarait que le peintre lui en avait « en quelque façon rendu l'original respectable ». Le premier de ces portraits proposé, paraît-il, à la Ville avant le 4 septembre 1870, pour le musée projeté à l'hôtel Carnavalet, aurait été, faute de paiement, repris par le vendeur, et M. Elie Fleury dit l'avoir vu, il y a quelques années, dans le cabinet du directeur de l'Ecole Gutenberg à Paris; le second, provenant de Coindet, appartient aujourd'hui au musée Rath de Genève. La gravure a reproduit à satiété ce portrait, qui avait eu la faveur insigne de plaire au modèle et qu'il oppose, dans les divagations intitulées : Rousseau juge de Jean- Jacques, à ceux de Ramsay et de Ficquet inspirés et dirigés, selon lui, par ses prétendus ennemis. Au Salon de 1753, le cadre du portrait de La Tour était orné de ce distique dû à Marmontel et dont le premier vers ne semble là que pour la rime :

A ces traits par le zèle et l'amitié tracés, Sages, arrêtez-vous ; gens du monde, passez.

Aussi Grimm propose-t-il, dans sa Correspondance littéraire, de ne laisser que le second dont Diderot, onze ans plus tard, a également loué la concision [Essai sur la peinture), tout en reprochant à La Tour de n'avoir fait qu'une belle chose au lieu d'un chef-d'œuvre qu'il en pouvait faire. « J'y cherche, ajoute-t-il, le censeur des lettres, le Caton ou le Brutus de notre âge. Je m'attendais à voir Epie-

îî6 LA TOUR.

tète on habit négligé, en perruque ébouriffée, effrayant par son air sévère les littérateurs, les grands et les gens du monde, et je n'y vois que l'auteur du Devin du village bien babillé, bien peigné, bien poudré et ridiculement assis sur une chaise de paille, et il faut convenir que le vers de M. Marmontel dit très bien ce qu'est M. Rousseau, et ce qu'on devrait trouver et ce qu'on cherche en vain dans le tableau de M. de La Tour. »

Cette chaise de paille, dont on aperçoit les extrémités au-dessus des épaules du modèle, aurait été, suivant Fréron, l'objet d'une discussion entre l'artiste et l'austère Genevois : « Un banc, une pierre ou même la terre, voilà le siège que notre philosophe demandait. » En pareille circonstance, Fréron, qui d'ailleurs n'était pas sûr de n'avoir pas pris au pied de la lettre une plaisanterie, est peut-être suspect, mais le propos n'en demeure pas moins vraisemblable.

Le portrait de d'Alembert, en l'honneur de qui Marmontel avait rimé un nouveau distique:

A ce front riant dirait-on Que c'est là Tacite ou Newton ?

a pour une fois mis d'accord Grimm et Fréron, puisqu'ils proclament tous deux, l'un qu'il est « surprenant » et l'autre qu'il est « étonnant pour la ressemblance ». L'original a été identifié en 1896 par feu M. Armand Gasté qui a établi comment des mains de Gondorcct, exécuteur testamentaire de d'Alembert, il est passé à celles de M. Danjon, professeur à la Faculté de droit de Caen. La préparation

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