‹ La Touraine, ancienne et moderneChapitre 12 sur 75 · LH · texte numérisé non relu

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ES Capétien». — Philippk-Aigistf, — Massiicrc des Albigeois. — Les religieux de saint Dominiqiio cl de saint François, élahlis rt'ceniinent à Tours, pifclicnt la croisade conlrc eux. — iMoux de Philippe- A iGLSTE. — Expôdilion de Louis VJII contre les Anglais.

— Sa moil. — Répjcnce de Blanche de Castille. — Troubles pendant la minnrié de Louis IX. — Le conile de CiianipagiR' et la relie nianclie. — Dissolution de la ligue. — l.c.i iroubndours et les Irouvèves. — Le comte de la Marclic. — rremière ciioi- SADE du roi Louis IX. — Il est Tait prisonnitr. — Deuxième ciioi- SAOE. - Mort de saint Louis. — Querelles de Ciiatkalneif avec le chapitre de Sunt-Maktin. — l'hilippc IIL — 11 asscinhlc une année à Tours pour conquérir le comté de Toulouse. — Phimppki.E Del. — Kncore Chftteauiieuf rt les chanoines. — Les Tkmim.ieiis.

— I eur origine, leur \ie et leur mort. — Jacques Molay. — Abolition de rOrdi-e. — Louis X , dit le lluliii. — Philippe V, dit le Long. — Chartes IV, dit le licL — Les Talois. — Guerre de l'hilipiie de Valois et d'Kdouard IIL — Philippe d'Orléans, fils du roi, duc de Tonraine. — Réunion (téfluilivc de Châtcatincuf ci fie 'Jours. — Nouvelles enceintes et fortilicalions des deux \illes faites aux frais des iinhilanis. — La pondre ù canon. — Bataille DE PoiTiEns. — Le prince de Galles. — Mort de Jeliaii de Sainlré.

— Le roi Jean et son fils Piiilippe, duc de Tonraine, sont faits prisonniers et emmenés en Angleterre. — Troubles en France, et particulièrement en Touiaine, pendant la captivité de ces deux princes. — Le danpliin, régent. —Traité de Brétigny. — Les aventuriers anglais, bretons, uonnands et gascons. — Louis, duc d'Anjou et de Touiaine. — Les seigneurs de Tonraine se liguent pour chasser les Anglais. — Jean de Bueil et Bertrand Duguesclin enlèvent aux Anglais la ville et lechûteaudePreuilly.

— Charles V. — Collèges tourangeaux fondés à Paris.

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Le siècle dans lequel nous entrons, de même que celui qui vient de s'écouler, illustré par des guerres presque toujours funestes aux Anglais, mais ruineuses pour le pays, et par la réunion à la couronne de la Touraine cl des plus belles provinces du centre de la France, emprunte une célébriléd'un autre genre h l'hérésie des Albigeois, aux guerres civiles et aux massacres qui en furent la suite. Une grossière ignorance, une aveugle superstition, un fanatisme barbare excités encore par de

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furibondes prédications, ensanglantèrent une partie du midi, et ce fut le glaive d'une main, la torche et le christ de l'autre, que le pape Alexandre IV et le roi de France ne craignirent point de porter l'orthodoxie aux malheureux hérésiarques. On souleva contre eux toutes les milices royales et papales ; on en créa même exprès de nouvelles, et les moines de saint Dominique et de saint François, récemment institués, vinrent à Tours prêcher la croisade dans le but de les détruire , comme on voit de nos jours de fonatiques Arabes prêcher la guerre sainte pour exterminer nos soldats.

Mais laissons de côté ce triste épisode de l'histoire générale, et revenons à notre Touraine. Pendant que le pillage, le meurtre et l'incendie exercent dans le haut Languedoc leurs ravages, la Touraine jouit d'une paix profonde; les pèlerins les plus illustres viennent en foule, comme par le passé, visiter le tombeau de saint Martin. Jean, roi de Jérusalem, l'archevêque de Ninive, des évoques arméniens, y déposent leur bâton de pèlerin, et répandent en môme temps dans nos campagnes celte touchante tradition du Juif errant, h laquelle de nos jours encore croient fermement les bons paysans tourangeaux et berrichons.

Sur ces entrefaites, Philippe-Auguste venant à mourir, la trêve de cinq ans conclue avec licnri III se trouve naturellement rompue (1223). Louis VIII, qui avait envahi l'Angleterre avec le litre de roi, et en 1213 , chassé les Anglais de l'Anjou, succède à son père. A peine monté sur le trône, ce prince rassemble à Tours une armée imposante, passe la Loire, et s'empare, en moins de deux mois, de tout ce qui appartient aux Anglais. Ce premier pas fait, il allait pousser plus loin sans doute ses conquêtes, si les conseils de la cour de Rome, corroborés, dit la chronique de Tours, par une sécheresse telle que les fruits et les grains tombaient brilles et comme en poussière, ne l'eussent décidé à renouveler la trêve avec ses antagonistes (1225).

La mort imprévue de ce prince arrêta dans son essor sa carrière si valeureusement commencée. Son lils, Louis IX, reçut la couronne à l'âge de onze ans, sous la régence de Blanche de Castille, sa mère. La plupart des grands, le duc de Bretagne, notamment, et le comte de la Marche, espérant, à la faveur de la minorité du roi, ressaisir une indépendance et une influence que leur avait enlevées le règne habile et glorieux de Philippe-Auguste , cabalaient depuis quelque temps déjà dans l'ombre. Mais, bravant leurs sourdes menées, la reine se hâta de faire couronner son fds à Reims , et comme les murmures grossissaient de jour en jour, comme les seigneurs s'étaient donné rendez-vous à Thouars, en Poitou, pour grossir sans doute leur parti, Blanche, accompagnée du légat, des comtes de Boulogne et de Dreux, conduisit le jeune roi à Tours. Là, elle fit publier le ban royal. Tous les vassaux delà couronne y étaient convoqués; tous ceux qui ne s'y rendraient pas devaient être considérés comme rebelles.

La désobéissance des récalcitrants (on les comptait en grand nombre) allait donc être le signal de la guerre civile, quand tout-à-coup Thibauld, comte de Champagne, un de leurs chefs les plus considérables, arriva à Tours, et courut s'incliner devant le jeune roi, qui iaccue\Uil avec une vieneillcuse gracieuseté (20 février 1227).

La défection de Thibauld entraîna la dissolution de la ligue, et ce grand événement, au dire de certains annalistes, aurait été dû à des raisons rien moins que politiques. « Car lui venait souvent en mémoire, dit la chronique, en parlant » du comte, le doux regard de la reine et sa belle prestance. Alors entrait en » son cœur la douceur amoureuse ; mais quand lui souvenait qu'elle était si haute » dame et de si bonne renommée, se muait sa douce pensée en grand' tristesse. »

La reine Blanche était belle, le comte de Champagne, jeune, impétueux, passionné. L'une, quoique vertueuse et sévère, n'ignorait pas la passion de l'autre; elle voulait la mettre ai prolit. Thibauld se montrait en effet tout disposé à offrir son épée à celle qu'il avait hautement déclarée la dame de ses pensées. Mais si la reine dressait de la sorte ses batteries, ses adversaires espéraient bien aussi que la jalousie ramènerait le comte dans leurs rangs. A cette époque, couraient par le monde des bruits injurieux : on accusait Blanche d'enti'etenir avec le légat des relations équivoques. Cette calomnie, propagée parles confédérés, en excitant la colère de Thibauld, le jeta, ainsi qu'on l'avait pensé, dans le parti des mécontents. Toutefois, la reine parvint à dissiper ses soupçons, à calmer la fièvre jalouse qui venait de le faire ainsi rebelle? De quelle façon elle s'y prit, c'est ce que l'histoire n'a pas daigné nous apprendre. Toujours est-il que sa soumission combla les vœux secrets de la régente. La discorde éclata entre les barons français et Richard, duc de Guyenne; beaucoup de seigneurs suivirent l'exemple du comte de Champagne ; le duc de Bretagne et le comte de la Marche euxmêmes se rendirent au château de Vendôme où ils prêtèrent à Louis le serment d'allégeance.

Le nom de Thibauld nous rappelle que c'est ici le lieu de jeter un coup d'œil sur l'état de la poésie dans notre pays au xii* et au xiii° siècle. On ne comptait alors dans l'ancienne Gaule que deux sortes de poètes : les troubadours, les trouvères. Ceux-ci dans le nord, ceux-là dans le midi. Tous, chansonniers, conteurs, romanciers, jouissaient des faveurs accordées au gai savoir, aux chantres de l'amour chevaleresque et fidèle. Nous ne pouvons parler des poésies antérieures à cette époque, de celles deMarbodus, de Rennes; d'Hildebert, de Tours; d'Odon, évêquede Bayeux; de Léonnis, chanoine de Paris; de Nigellus, de Bernard de Cluny, de Hauteville-le-Pleureur, de Pierre de Riga, d'Alain de Risse, de Guillaume de Blois, etc., etc. Ces poésies, écrites en latin, n'étaient connues que d'un petit nombre de savants. Encore bien moins dirons-nous quelque chose des ménestrels et des jongleurs. Rapsodes, plagiaires, baladins, ils songeaient à exciter le rire plutôt que l'admiration, que l'enthousiasme.

Les troubadours , dans leurs compositions fugitives, se livraient à des lieux communs d'une fade et souvent immorale galanterie, à une exagération de sentiments que rendaient plus choquants encore certains éclairs d'une grâce naïve, certaines peintures quelquefois exactes. On les considérait cependant comme les premiers poètes du monde.

Les trouvères, moins réputés, et pourtant plus dignes de l'être, l'emportaient sur eux par l'élégance de la forme, la variété des idées, l'abondance et l'originalité. Cinq siècles entiers n'ont point altéré la fraîcheur de leurs gracieux

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sirventes, de leurs élégies, de leurs chansons. Bocace , l'Arioste, la Fonlaint; même, n'ont point dédaigné de puiser h la source de leurs fabliaux.

Les troubadours avaient des cours iCamour, et les trouvères des piiyds d'amour. Les cours d'amour différaient des pnyds en ce que ceux-ci étaient des assemblées purement littéraires où les poètes récitaient leurs compositions en présence des daines, tandis que les autres étaient <les espèces de tribunaux où les femmes jugeaient les questions amoureuses.

Voici un spécimen des actes bizarres auxquels donnait lieu colle dernière institution. Nous le consignons ici, malgré sa futilité apparente, pour donner une idée de l'esprit du temps. N'oublions pas d'ailleurs que le célèbre jurisconsulte Benoist de Court a fait, des arrêts portés dans ces cours, le sujet de sérieux commentaires, et que le président Bolland a écrit dans le môme but une brochure pleine de recherches curieuses.

ASSIGNATION d'uN AMA.NT A SA MAITRESSE.

• L*an de Persévérance, le neuf du mois d'Assiduité, en vertu des contraintes » du bureau d'Amour, et à la requête de Tircis, amant fidèle, demeurant rue » du Sacrifice, paroisse de Sincérité, h l'enseigne de la Belle-Passion, où il a » élu domicile ; j'ai , Nicolas de Bonne-Foi, huissier audiencier ordinaire, im- » matricule, exploitant par tout le royaume de Tendresse, l'un des officiers de » Cupidon, juge de l'île de Cytlière, soussigné, donné assignation à demoiselle » Philis, fille de Cruauté et de Tyrannie, en son domicile, rue des Rigueurs, » paroisse de Dureté, à l'enseigne du Cœur de Rocher, parlant à son aimable » personne, à comparoir, deux heures de relevée, en la chambre d'Engagement. » par devant monseigneur Cupidon, prince de la Constance, lieutenant général » de la Fidélité, marquis de la Complaisance, seul juge du royaume d'Amour; » pour se voir condamner, ladite Philis, et par corps, à donner dans le jour, et «sans délai, son cœur audit Tircis, conformément à la promesse verbale » qu'elle en a faite; lui déclarant que, faute de comparaître, elle sera atteinte? (I » convaincue de crime d'Infidélité ; que défenses lui seront faites à l'avenir de » plus hanter personne du sexe masculin, s'en étant rendue indigne, sur les » peines portées par les ordonnances et règlements du royaume d'Amour; et, en » outre, pour l'infidélité par elle commise, et avoir faussé sa promesse audit » Tircis, qu'elle sera pareillement condamnée à une Insensibilité perpétuelle; » et, à cette fin, permis audit Tircis de donner son cœur à qui bon lui semblera. » comme de raison, requérant dépens, dommages et intérêts, attendu les cha^ » grins et inquiétudes causés par ladite demoiselle audit Tircis, et lui ai déclaré » que M. Charles Laimani, procureur, occupera pour ledit Tircis en la chambre » du bureau d'Amour, et ai, à ladite demoiselle, parlant comme dessus, laissé «copie de la présente, pour sûreté du tout. Contracté en l'île deCythère, au » bureau de l'Amitié, le jour de la Discorde, Tan de Rupture. »

A cet acte, qu'un véritable huissier audiencier de nos jours n'eût pas mieux libellé, mais que la traduction a rexètu d'une Ibrme moderne, ajoutons une pièce empruntée au Conservateur et aux .\nuveanx choix de 3lcrcure :

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