HÉRÉTIQUE, RELAPSE, APOSTATE, IDOLASTRE
En face du bûcher se lisait, sur un écriteau peint en rouge :
Jeanne, qui s'est fait nommer la Pucelle, menteuse, pernicieuse, abuscresse du
peuple, devineresse, superstitieuse, blasphèmeresse de Dieu, mal créant de la foij de Jésus-Christ, vanteresse, ydolastre, cruelle, dissolue, invocateresse de diables, schismatique et hérétique.
Comme elle demandait instamment un crucifix , un Anglais qui l'avait entendue rompit un bâton et en fit une espèce de croix, qu'elle baisa et mit sur son cœur; elle monta ensuite sur le bûcher, oii on l'attacha à une colonne de plâtre qu'on avait construite exprès.
Pendant ce temps, le feu mis au bois pétillait, enveloppant la pauvre martyre de toutes parts. Voyant que frère Martin l'Advenu, absorbé par les soins de son pieux ministère, ne s'apercevait pas que la flamme allait l'atteindre lui-même, elle l'en avertit, le priant de se placer en face d'elle, de lui montrer le Christ et de l'exhorter toujours et assez haut pour qu'elle pût l'entendre, ce qu'il fit avec un tendre zèle.
— Jésus!.. Jésus!.. Jésus!..
Tel fut, au milieu des gémissements, des sanglots, son dernier cri, sou dernier soupir.
« Et ainsi périt à vingt ans, après douze mois de captivité, celle qui avait sauvé son roi et la France, sans que le roi ni la France eussent fait aucun effort pour l'arracher des mains de ses ennemis!... »
Une sorte d'épouvante s'empara alors des Anglais ; le peuple criait hautement que mal adviendrait de ce qu'on eût brûlé une sainte comme au temps des tyrans païens. Le bourreau lui-même se confessa, désespéré et craignant de ne jamais impétrer pardon envers Dieu. Aussi le supplice de Jeanne, loin d'atteindre le but que s'étaient proposé ses ennemis, ne fit-il qu'exalter la haine implacable des Français contre les Anglais, et la guerre continua-t-elle, plus acharnée, plus violente que jamais, sans que le roi, faible, indolent toujours, indécis , y prît grande part.
A ces clameurs, à ces maux, se joignaient de nouvelles divisions intestines suscitées par la rivalité de la Trémoille et du connétable. Ce dernier, irrité de ce qu'on ne lui eût pas permis de prendre part aux affaires, dans les derniers temps, se concerte avec Louis d'Amboise, mécontent au même titre du favori. Ils conviennent tous deux de l'enlever, de mettre un autre ministre à sa place, et d'emmener le roi à Amboise. Mais la Trémoille n'ignorait rien; ses espions le tenaient au courant de tout. D'Amboise, de Lozay, de Vivonne furent arrêtés, condamnés à mort et les deux derniers exécutés. Quant à d'Amboise, il obtint la vie sauve, fut condamné à la prison perpétuelle et à la confiscation.
A dater de ce moment, ce fut entre le favori et le connétable une guerre sans merci, guerre qui se termina, cette fois, par l'enlèvement de la Trémoille et son incarcération dans le château de Montrésor. Charles VU vit sans déplaisir l'issue de ce nouveau complot; cependant, comme c'était le troisième ministre envers lequel on agissait de la sorte presque sous ses yeux, sa dignité royale en fut quelque temps offensée. Mais Charles d'Anjou, frère de la reine, qui prit la place du favori , ayant prouvé au monarque que rien n'avait été fait que dans l'intérêt de sa couronne , il déclara, devant les États de la noblesse convoqués
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à Tours à cet effet, que le counétable et les siens n'avaient point perdu de ses bonnes grâces. La Trémoille, qui tremblait de finir comme ses devanciers, en fut quitte pour la peur. On exigea de lui une rançon de six mille moutons d'or (environ 50,000 francs de notre monnaie), et il s'obligea à obtenir l'élargissement de Louis d'Amboise, engagement auquel le roi souscrivit avec empressement, rendant même à ce dernier ses terres et seigneuries, mais au bout d'un an seulement, pour n'avoir pas Vair de céder à la force (l/i3/i).
Et ainsi se terminèrent ces querelles et révolutions de palais. Tous ceux qui y avaient trempé ne songèrent plus qu'à s'unir pour chasser enfin les Anglais. Jean, sire de Beuil, comte de Sancerre, se distingua entre tous par son dévouement à cette noble entreprise; il prodigua ses trésors et sa vie pour la cause nationale. Le connétable, sincèrement dévoué au pays, se chargea, de son côte, de négocier la paix avec la Bourgogne, et le traité, conclu à Arras (2l septembre 1435), fut ratifié à Tours le 10 décembre suivant.
La France retentissait encore des cris d'allégresse qu'avait provoqués ce grand événement, ce dernier coup porté à l'invasion, cette cause évidente de la reddition presque immédiate de Paris, lorsque fut célébré à Tours (1/136) le mariage du dauphin (depuis Louis XI) avec Marguerite d'Ecosse, fille de Jacques I". Louis n'avait pas alors plus de quatorze ans, et Marguerite entrait à peine dans sa dix-neuvième année; mais les convenances politiques exigeant impérieusement leur union, le vénérable archevêque de Tours, Philippe de Coëtquis, délivra au jeune prince les dispenses d'âge nécessaires.
Voici, suivant Chalmel, quelles furent les cérémonies qui eurent lieu en cette circonstance :
« La princesse arriva à Tours le 14 juin 1436, et y fit son entrée en qualité de » dauphine. Elle était montée sur un haquenée, ainsi que la dame de la Roche et » plusieurs autres dames qui composaient sa suite ; les autres étaient montées i) sur des chariots. Dès que la princesse fut entrée dans la ville , Hardouin de » Maillé, chambellan du roi, grand-maître de la maison de la reine, et Guillaume » de Gamaches, grand-veneur, prirent chacun de leur côté les rênes de la bride » et la conduisirent jusqu'à la porte du château, où elle mit pied à terre. En » même temps le comte de Vendôme la prit par une main , un seigneur écossais » par une autre, et ils l'accompagnèrent jusqu'à la grande salle où étaient la reine » avec la reine de Sicile, madame Radégonde de France, fille du roi, la comtesse » de Vendôme et les autres dames de la cour.
» La reine de Sicile et madame Radégonde se trouvèrent à la porte pour la » recevoir, et, lui ayant donné la main, elles la présentèrent à la reine qui avait » fait cinq ou six pas en avant vers elle pour l'embrasser. Après une conversa- » tion de quelques minutes, le dauphin ayant été annoncé, la princesse Margue- » rite alla au devant de lui ; ils s'embrassèrent affectueusement et vinrent se » placer aux côtés de la reine. Le roi arriva à Tours le lendemain et assista à la » cérémonie de la bénédiction nuptiale. Il était ce jour-là en habit de campagne; » mais le dauphin et la dauphine étaient revêtus des habits royaux, et la reine » avait une robe de velours vert parsemée (te bouquets d'or à grand feuillage.
» Renaud de Chartres, archevêque de Reims et chancelier de France, fit la cé- » réraonie dans la chapelle du château, le 2A juin 1A36, après quoi le roi con- » duisit les nouveaux époux dans la salle du festin royal.
» L'archevêque de Reims fut placé le premier à table, ensuite le roi, le dau- » phin , la dauphine, la reine de Sicile, la reine et la comtesse de Vendôme. » Pendant tout le repas il y eut un concert de trompettes, de clairons, de luths, » de psaltérions et autres instruments en usage dans le temps. »
Ce royal concert n'était peut-être pas organisé suivant les strictes lois de l'harmonie, mais cela n'empêcha pas qu'il ne produisît le plus satisfaisant effet. On en trouve là preuve dans l'empressement avec lequel les habitants de Tours mêlèrent leur joie à celle de la cour. Unis aux bourgeois de Chinon, ils firent présent aux époux d'un magnifique service de vaisselle d'argent, et improvisèrent des réjouissances publiques de toute sorte. On les vil, idée assez excentrique, traîner l'orgue de la cathédrale sur le boulevard de Notre-Dame-la-Riche, et danser au son de ce singulier orchestre.
Une catastrophe, pour quelques-uns d'un sinistre présage, n'avait point interrompu les fêtes : c'était la mort du troisième fils du roi, Philippe, arrivée peu de jours avant le mariage du dauphin. Il fut inhumé dans l'église de Saint-Martin, et sa tombe se refermait à peine, que Jacques, son frère, rendait également l'âme à Tours, et recevait sa sépulture dans la cathédrale. Étrange caprice du sort, qui fit que les douze enfants dont Charles VII fut le père naquirent et moururent presque tous dans la môme ville.
Le dauphin, en apparence le plus faible, jouissait d'une santé, sinon parfaite, exempte du moins de maladies dangereuses. Il avait vivement insisté pour que l'on avançât son mariage, moins, il faut le croire d'après le caractère qu'il développa plus tard , pour se soustraire au joug incommode d'un gouverneur que par toute autre considération. Déjà, dès cette époque, il s'étonnait, il s'irritait môme de n'avoir aucune part dans l'autorité royale, et d'être encore traité comme un enfant. Ses confidents intimes, devant lesquels il laissait échapper quelquefois sa pensée, et, sous le dauphin, entrevoir Louis XI, ne négligeaient rien pour entretenir ces dispositions. Mécontents et nombreux, ils résolurent de les faire tourner à leur profit. La Trémoille surtout, qui, avec le temps, avait retrouvé sa rancune contre le connétable, et le regret de son ancienne et si haute position à la cour, entra des premiers dans le complot. Le comte du Maine, placé auprès du roi par le connétable, gouvernait le roi et ne se gouvernait luimême que par les conseils de Richemont : frapper l'un c'était frapper l'autre, c'était se débarrasser de deux rivaux dangereux , c'était se faciliter un retour aux affaires. Il n'hésita pas. Louis, secrètement flatté des avances qui lui furent faites à ce sujet, se mit à la tête des factieux, dont la ligue prit dès ce moment le nom de la Praguerie illiliO). Toutefois, au bout de six mois de manœuvres infructueuses, il déposa bruquement les armes. Le roi, satisfait, lui accorda son pardon, et ne fut pas moins généreux pour ceux de son parti (llihO).
Dégagé, sur ce point, de tout souci, Charles VII ne songea plus qu'à continuer la guerre contre les Anglais. Cédant sans doute aux nobles conseils que lui avait
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tant de fois donnés Agnès Sorel, et rougissant enfin de sa propre apathie, il se mit à la têie de ses armées, bien déterminé à ne pas rentrer l'épée au fourreau qu'il ne se fût relevé dans l'estime et l'affection de ses sujets. Le succès répondit à ces tardives, mais généreuses tentatives. Aussi intrépide, à dater de ce moment, qu'il avait été jusqu'alors indifférent, sans énergie, sans courage, il mena si vigoureusement ses ennemis, que ceux-ci, ne pouvant l'arrêter dans sa marche, et redoutant tout de sa colère, engagèrent le pape Eugène IV à demander la paix. La prudence, en pareil cas, exigeait que Charles VII n'acdordât rien avant que les Anglais, jusqu'au dernier, n'eussent abandonné le sol français ; ses victoires lui donnaient le droit d'imposer des conditions, non d'en recevoir. Mais Charles avait devant les yeux l'affligeant tableau des désastres qu'occasionne la guerre. Ému de pitié pour les siens, il consentit à ce que des ouvertures lui fussent faites.
A cet effet, il assemble les États du royaume à Tours, où, d'après ses désirs, les conférences doivent s'ouvrir. Le comte de Suffolk et Robert de Ross s'y rendent au nom du roi d'Angleterre; Jean de Croy, bailli du Hainaut, au nom du duc de Bourgogne ; le duc d'Orléans et le comte de Vendôme, au nom du roi de France.
L'assemblée s'ouvrit sous les plus heureux auspices ; des propositions pour une paix générale y furent faites; mais les plénipotentiaires n'ayant pu s'entendre sur quelques articles, on eut l'imprudence de conclure seulement une trêve pour deux ans, tant pour les rois de France, d'Angleterre, des Romains, de Castille, de Sicile et d'Ecosse, que pour les ducs de Bourgogne, de Bretagne, de Bar, ettoutes les puissances qui voudraient y accéder (15 mai Ihhli).
Stérile, on le voit, quant à la paix en elle-même, l'assemblée des États ne le fut pas en tous points pour les intérêts de la France : on y traita du mariage de Marguerite d'Anjou, fille de René, roi de Sicile, avec Henri VI, d'Angleterre. Le duc de Suffolk se rendit à Londres, et revint à Tours, en qualité d'ambassadeur, épouser Marguerite au nom de son maître. Charles VII, à qui le malheur avait donné de l'expérience, lit avec éclat les frais de cette union. La pénurie du trésor était telle qu'on se récria d'abord sur la prodigalité du monarque. Mais on ne tarda pas à reconnaître qu'en agissant de la sorte il avait eu en vue de s'attirer les bonnes grâces et de gagner la confiance de la nouvelle reine. Dès lors, on ne murmura plus. Ce mariage eut en effet pour la France des avantages inappréciables et faciles à prévoir, vu l'influence que Marguerite, jeune, belle, ardente, pleine d'énergie, d'intelligence, d'ambition, devait exercer sur son faible époux, influence qui tourna toujours au profit de son ancienne patrie.
Sans parler, maintenant, delà sourde mésintelligence qui divisait toujours les cours de France et de Bretagne, non plus que du nouveau complot que forma le dauphin contre le roi son père, arrivons immédiatement au jour où Charles VII, après avoir dissipé cet autre danger, reporta toute son attention sur les affaires du royaume. Un nouveau schisme suscité par l'antipape Félix (Amédée VIII , duc de Savoie) jetait la perturbation dans l'Église, et désolait les hommes d'une pieuse et profonde conviction, Charles Vif, sous ses yeux et dans son conseil.
AiNClENNt: ICÏ iMODKHNK. 281
fit rédiger un projet conciliateur qu'il envoya à Rome, à Bâie. à Genève, par des ministres extraordinaires.
Peu de temps après, il fit partir une seconde ambassade composée de l'archevêque de Reims; d'Élie de Pompadour, évêque d'Aletli ; de Guy Bernard, archidiacre de Tours; du docteur Thomas de Courceiles et de Jacques Cœur. Ces envoyés, munis de pleins pouvoirs, s'occupèrent si activement de leur mandat, qu'ils parvinrent à aplanir toutes les diQicMJtés suscitées à ce sujet. Félix, faisant preuve d'une généreuse abnégation, renonça de lui-même à la tiare, et Nicolas V fut reconnu pour pape dans toute la chrétienté.
A cette époque, le siège archiépiscopal de Tours était occupé par «Jean Bernard, neveu de l'archidiacre dont nous venons déparier. Jean, l'un des prélats les plus distingués de l'Église métropolitaine des Turones, jouissait d'une réputation universelle de piété, de savoir et de bonté. Ambassadeur à Rome, le jour où d'impérieux devoirs le rappelèrent dans sa métropole, il reçut du Saint- Père une bulle par laquelle, au lieu, comme par h; passé, de relever immédiatement du Saint-Siège, l'église de Saint-Martin et toutes celles du diocèse de Tours, devaient, malgré leurs immunités et leurs privilèges, reconnaître les archevêques de Tours pour leurs métropolitains, et leurs ofliciaux pour juges {ihb!\). Il estbien vrai que, nonobstant cette insigne faveur, Saint-Martin continua de jouir de son exemption deux cent cinquante ans encore, et qu'il ne fut fait aucune mention de la bulle lors du procès qui priva définitivement celte église de son privilège. Cela prouverait-il que cette bulle serait, comme le dit Chalmel, apocryphe? Ne vaudrait-il pas mieux y voir un acte de tolérance de la part des prélats appelés à occuper successivement le siège de Tours? C'est l'avis de l'abbé Fleury et des frères Sainte-Marthe : c'est également le nôtre.
Nous avons dit que Charles VII, à qui le désastreux état des affaires du royaume, d'abord, et ensuite les chagrins que lui faisait éprouver le dauphin, avaient donné de l'expérience, était complètement sorti de son inertie. La trêve avec l'Angleterre, avec cette puissance qui ne savait observer les traités que lorsqu'elle se trouvait dans l'impossibilité de les enfreindre, avait été brusquement rompue au moment même où Charles, désireux de la paix, si nécessaire à ses peuples, recevait du duc de Sommerset, nouveau régent d'Angleterre, l'assurance qu'elle ne serait point troublée. Irrité d'une telle perfidie, il envoya partout des ordres pour recommencer la guerre avec vigueur. Il partit lui-même pour la Normandie et en fit en moins d'un an l'entière conquête (lA/iO). Cette brillante expédition achevée, il songea aussitôt à la Guyenne. Un grand conseil, tenu à Tours, ayant été d'unanime avis d'y faire passer une armée, les troupes se mettaient en marche, quand l'argent étant venu tout-5-coup à manquer, on fut obligé momentanément d'y renoncer. Jean de Xaincoing, général des finances, et Jean Charrier, son premier commis, convaincus l'un et l'autre d'avoir détourné des sommes considérables, furent emprisonnés au château de Tours et condamnés à mort. Quelques jours après, grâce leur fut faite de la vie; mais Xaincoing perdit la plus grande partie de ses biens, qui furent confisqués. Un autre secrétaire du roi, dont le nom n'est pas arrivé jusqu'à nous, fut décapité
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et écartelé sur l'une des places publiques de Tours, pour falsification des sceaux
de l'État.
De pareils jugements, de si terribles exécutions, nous en convenons, élaieni justes, étaient nécessaires. Mais, reconnaissons-le aussi, n'est-ce pas avec une extrême réserve qu'il convient de se prononcer sur ces procès de fiscalité? Sous Charles VII, comme sous ses prédécesseurs, on s'entendait fort peu en finances; les rois, leurs parents, leurs favoris, leurs maîtresses, puisaient à pleines mains et sans contrôle dans les coffres de l'État; on avait beau pressurer et rançonnei' le peuple, qui n'en pouvait mais, il arrivait toujours un moment où les coffres «e trouvaient vides. On accusait alors les contrôleurs, les généraux des finances, habituellement gens de petit état, et qui n'en avaient rogné que largeur de la langue; on les faisait passer en jugement, et, comme il n'est jamais difficile d'imputer des crimes à ceux-là qu'on a intérêt de perdre, on les pendait, mettant la main sur leurs biens.
Ces réflexions nous sont surtout inspirées par la conduite que Charles VII tint à l'égard de Jacques Cœur. Cet homme de génie, fils d'un simple orfèvre de Bourges, s'était fait une immense fortune par ses entreprises commerciales. Son nom avait plus de puissance et de crédit sur toutes les places maritimes de la Méditerranée que ceux de tous les rois de l'Europe. Ses comptoirs, répandus sur la surface du globe, occupaient plus de trois cents facteurs. On disait d'un homme opulent: « Il est riche comme Jacques Cœur. » Généreux, il faisait de sa fortune le plus noble usage, et ses finances étaient toujours au service du roi, qui l'avait nommé son argentier. Parvenu de la sorte à une haute et brillante position, il excitait moins l'envie des grands pur cela même que par ses immenses richesses. L'envie s'attacha à ses pas et le perdit. Agnès Sorel, en mourant, l'avait institué son exécuteur testamentaire : c'en fut assez pour qu'on l'accusât de l'avoir empoisonnée. Ses biens, ses seigneuries, confisqués tout d'abord, furent donnés à Dammarlin, ancien chef des écorcheurs,, et à d'autres bandits armoriés, dont Charles VII ne rougissait pas de s'entourer. On procéda ensuite au jugement. Le chef d'accusation relatif à la mort d'Agnès, par trop absurde pour être soutenu , fut abandonné ; mais on l'accusa de malversations, de relations criminelles avec les Kerks et les Sarrasins, ennemis de la chrétienté, et ou l'enferma dans le couvent des Cordeliers de Beaucaire, d'où il parvint toutefois à se sauver, secondé par un de ses commis, Jean de Village.
Charles VII aimait à tel point le séjour de la Touraine et de Tours, que, dit Martial d'Auvergne, il s'en éloignait le plus rarement possible, et encore n'étaitce jamais pour longtemps. Fier d'avoir conquis la paix avec son épée, caria campagne de Guyenne avait terminé glorieusement la série de victoires qui illustrèrent la fin de son règne, en un mot de voir rentrer le bonheur, après tant de traverses et d'angoisses , au sein du royaume, il nourrissait enfin l'espoir de passer heureusement le reste de ses jours. Le dauphin seul, par son incessante^ insubordination , jetait encore quelques nuages sur sa vie. Retiré en Dauphiné,] d'où il s'obstinait à ne pas sortir, il venait d'épouser de son chef Charlotte de Savoie, fille du duc régnant, dont le roi avait fort à se plaindre. Charles, en
effet, mécontent, déclara la guerre au duc ; mais les choses n'eurent pas de suite, celui-ci ayant fait toutes satisfactions. Quelque temps après, le duc et la duchesse, pour ôter au roi toute rancune, le vinrent visiter, à Tours.
Profitant de la circonstance , le dauphin eût pu , s'il l'eût voulu , rentrer en grâce auprès de son père. Loin de faire aucune démarche à ce sujet, ce prince, d'une humeur sombre et inquiète, s'imagina qu'on cherchait à le faire enlever de sa province, et se retira secrètement en Flandre. Le duc de Bourgogne, bien qu'il eût affecté de lui refuser asile dans ses États, l'ontretenaii dans ces hostiles dispositions. Le roi le savait, et ne cherchait que l'occasion de lui en témoigner son mécontentement. Il crut l'avoir trouvée d'une façon indirecte en accordant sa fille, Madeleine de France, à Ladislas, roi de Bohême, avec lequel la Bourgogne était alors en hostilités déclarée pour le duché de Luxembourg. Une ambassade extraordinaire, composée d'un archevêque, de deux évêques, de trente-quatre seigneurs de tout rang, suivis de vingt-six chariots destinés à transporter les bagages, et d'une escorte de sept cents cavaliers, vint à Tours demander solennellement la main de la princesse. Le roi envoya pour les recevoir l'archevêque de Tours, Jean Bernard, les évêques du Mans et de Coutances, le chancelier Guillaume de Rochefort, les comtes de Vendôme et de la Marche, le sénéchal de Poitou , le gouverneur de la Rochelle, le bailli de Touraine et une foule d'autres gentilshommes (8 décembre 1A57].
Pendant les négociations, les plus grands seigneurs s'empressèrent à l'envi de fêler la députation , mais aucun d'eux n'égala le comte de Foix en magnificence. Gaston IV aimait la princesse Madeleine comme si c'eût été sa fille; on prétend même qu'il avait songé à la demander pour son fils. Obligé de renoncer à cet espoir, il voulut lui donner du moins une dernière preuve d'affection en lui offrant une fête splendide. Elle eut lieu dans l'abbaye de Saint-Julien, le jeudi d'avant Noël, et coûta dix-huit cents ccus d'or. Le festin fut surtout remarquable par cinq entremets qu'on servit les uns après les autres, ce dont, jusque-là, il n'y avait point eu d'exemple. « Le premier, dit Chalmel, représentait un château au milieu duquel s'élevait la bannière de Ladislas. Ce château était flanqué de quatre tours d'où sortaient les fanions des principaux seigneurs de l'ambassade. Aux fenêtres , de jeunes filles et de jeunes garçons jouaient de divers instruments. .) Au second service parut un tigre jetant du feu par la gueule, et quatre Basques dansant à la mode de leur pays. Au troisième, on vit un rocher, au pied duquel jaillissait une fontaine dont les eaux s'écoulaient dans un bois, et d'où sortirent cinq petits sauvages qui dansèrent à la mauresque. Au quatrième, un ménétrier, monté sur une haquenee destinée à caracoler sans dommage autour des convives, s'élança tout-à-coup, magnifiquement vêtu, au milieu de la salle; il tenait de la main droite un vase plein de roses et d'autres fleurs, parmi lesquelles un grand et beau lys, orné de plusieurs fleurons, qu'il posa sur la table. Enfin, vint un gentilhomme, au bruit des flûtes et des cymbales, suivi de pages, de ménétriers el de jeunes pucelles couronnées de chapels de roses ^ portant, sur un plat de vermeil, un paon orné de toutes ses plumes et de son aigrette bleue, pour recevoir les vœux de ceux qui voudraient entrer en lice
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dans le tournoi qu'on se proposait de faire le jour de la cérémonie du mariage.
Le Vœu du paon, de même que celui du héron, oflVait de curieuses particularités. Chacun des chevaliers, dit Lacurne de Sainte-Palaye, auquel on offrait l'oiseau an brillant plumage, devait demander aux dames ce qu'elles désiraient. Alors les dames requéraient un don selon leurs goûts et leurs caprices. Les unes voulaient que le paladin, si c'était en temps de guerre, leur amenât plusieurs prisonniers. Les autres désiraient qu'il allât combattre le géant qui gardait le Ponl-du-Chêne et les Eaux-Brunes, ou qu'il tuât la maie bêle qui désolait la ville de Toulouse, ou le dragon qui fermait le passage du Rhône sous les arches du pont de Lyon, etc, etc. Le preux chevalier, la main droite étendue sur le paon, jurait à'oclroyer le don requis, et s'y engageait par un vœu qu'il observait toujours avec beaucoup d'exactitude, quelle qu'en fût d'ailleurs la rigueur ou la bizarrerie.
Chacun des chevaliers, si Ton en croit La Colombièrc, voulait l'emporter sur l'autre; les derniers qui s'engageaient formaient des vœux auxquels on aura peine à croire aujourd'hui. C'est ainsi que l'on vit l'un d'eux jurer de ne point dormir à couvert et de ne prendre pour nourriture que l'eau et l'herbe des fontaines, jusqu'à ce qu'il eût exécuté les ordres de sa dame; un autre promettre de quérir aventure tout un hiver, vêtu d'une simple casaque de serge légère, sans plus, et portant pour devise ces deux vers du vieux poète Gontier :
Ki sert bo'me anior, Ne cniiiil la (Voidiire.
Lu troisième chevalier s'engagea à se faire faire une chiamyde de la robe de. celle qu'il aimait et une ceinture de son voile, et de combattre en ce costume sans bouclier. Ce fut en effet de la sorte qu'il parcourut une grande partie du royaume, portant ces mots pour devise : a Seule force d'amour ! »
Rien ne saurait égaler la naïveté de la formule et des expressions de ces engagements.
Celui-ci disait : .« Je fais vœu à la belle et gentille damoiselle qui près de moi » sied d'aller, quand serai appareillé de mes armes^ délivrer la belle province de » tous les chevaliers félons et discourtois, et il en sera ainsi, pourvu que mort ne » me devance, n
Ln autre : '
« Je prumels d'apporter à celle que plus faime le collier et les armes du prince » qui donnera le prochain tournoi, non pas que cet excellent prince ne soit plus » preux à cent doubles que ne le suis; mais que ne peut-on mettre à fin à l'aide » d'amour et d'amie?»
Va autre :
f Je fais vœu de vaincre et d'amener prisonniers à la maîtresse dont je veux} » celer le nom les dix plus forts jouteurs du prochain carrousel, et si j'ai rouéj ' trop outrageusement pour l'honneur des gentils chevaliers ci-présents, je prit ^vux, à cause d'amour et de beauté d'amie, qu'ils me veuillenl excuser. »
ANClEINNt: ET MODERNE. 28S
Non moins ingénues dans les ordres qu'elles intimaient aux chevaliers, les damoiselles s'exprimaient ainsi :
L'une :
« La bannière (V Angleterre a une imaije si bien pourlraite et si bien entourée )>d'or que c'est chose plaisante à regarder; je vous prie donc que fassiez que je » l'aye^ car je la désire avoir. »
L'autre :
« Un banneret de Bretagne a sur son cimier un paon dont les plumes sont » d'émeraudcs et d'opale, et pour ce que leur éclat est admirable aux rois du so- » leil, j'aurais plaisir à T avoir à moi. »
A chaque service, un ménétrier monté sur un bœuf couvert de pièces d'écarlale entrait dans la salle et sonnait trois fois du cornet. A la fête du comte de Foix, qui eut lieu comme nous venons de le dire, et pendant laquelle la princesse Madeleine se montra vêtue d'une robe de drap d'or semée de perles et de pierreries, présent que lui avait envoyé Ladislas, le ménétrier, au lieu d'un bœuf, montait, on l'a vu, un cheval. Le dessert venu, on servit, dans des bassins, des confitures sèches représentant des cerfs, des biches, des loups, des lions et d'autres espèces d'animaux. Chaque bassin était décoré aux armes des seigneurs en face desquels il était placé.
Gaston de Foix était loin de prévoir alors que , deux ans après , le plus ardent de ses vœux se réaliserait, que son fils deviendrait l'époux de cette même princesse dont il célébrait les fiançailles avec tant de luxe et de recherche. En effet, à ces fêtes splendides succédèrent bientôt le deuil et la consternation. Ladislas, qui n'avait cependant que dix-huit ans, mourut subitement à Prague, la veille de Noël, et sa fiancée, trop jeune encore ( elle avait à peine quatorze ans) pour entretenir longtemps la douleur que lui causa cette affligeante nouvelle, trop peu ambitieuse pour s'apercevoir qu'elle perdait du même coup un mari et un trône, épousa (lZi59) Gaston de Foix, le fils aîné de Gaston IV.
La cérémonie du mariage se fit également à Tours, et, comme la première, dans l'abbaye de Saint-Julien, où le comte donna le repas des noces avec sa magnificence ordinaire. Gaston de Foix en personne, les comtes de la Marche, de Dunois et le seigneur de Brézé , .sénéchal de Normandie, se firent eux-mêmes officiers tranchants. Sept services, composés de tout ce qu'on avait pu se procurer de plus délicat et de plus rare, parurent successivement sur table. Dressés sur des machines disposées avec art, les entremets apparaissaient inopinément dans la salle. C'étaient des villes, des châteaux, des campagnes, des tours, des jardins, des montagnes couvertes de bois, des fontaines de vin délicieux, des ruisseaux de lait et de miel, des chasseurs, des guerriers : toutes ces friandises en succulentes pâtisseries, pour la plupart. Tout-à-coup, et au moment où on s'y attendait le moins, ditFélibien, une figure de lion, remplie de ressorts bien ajustés, s'avance, et, ouvrant la gueule, laisse paraître les armes de France.
Au festin succèdent un ballet et des jeux. Le roi distribue aux seigneurs et aux dames à la cour de belles robes, des livrées d'honneur; aux chevaliers, des
luorions d'acier. Les danses se composent de quarolles el de rondes. Le roi, parcourant tous les groupes, sourit à la belle humeur des convives, et se prend à dire quelquefois : Or ça, sautez et dansez, vous qui aimez loyaulment. Le fond de la salle où se passent ces diverses scènes s'ouvre alors, et trois quadrilles exécutent avec des costumes variés des ballets allégoriques et champêtres.
Dans le premier ce sont quatre princesses déguisées en pastourelles , chacune ayant à son bras droit un panier doré plein d'œufs artistement remplis d'eau de senteur ; et quatre seigneurs, déguisés en moissonneurs, portant sur leur tête des gerbes de fleurs et des fascines de myrtes. Les moissonneurs ferment le chemin aux jeunes filles et en exigent pour droit de passage un baiser, octroi d'amour auquel celles-ci essaient en vain de se soustraire eu fuyant à droite et à gauche, en glissant sous le bras des moissonneurs, qui forment la chaîne, en suppliant, et, tour à tour, en menaçant.
Après le ballet, un combat. Outrées de la persistance des villageois, les villageoises se font des projectiles de leurs œufs, qui, en se brisant, répandent les plus suaves odeurs, attaque à laquelle on répond avec des fleurs. Enfin la paix se conclut à la grande satisfaction des parties belligérantes et des spectateurs.
Les ballets les plus en vogue étaient celui du Lys et de V Impériale, celui des gens de la Tour-Noire, celui de la Paix, enfin, où Jupiter déposait sa foudre. Mars son épée, Neptumeson trident sur l'autel de la divinité bienfaisante. Mais le plus ingénieux était sans contredit celui de la Cour du Soleil. La Nuit, vêtue d'une robe bleu foncé, parsemée d'étoiles, apparaissait tenant dans sa main un flambeau. Des feux follets, des songes joyeux sortis par la porte d'ivoire, l'escortaient. A sa suite s'avançait le Crépuscule du matin, mi-partie noir et blanc, la tête chargée de l'étoile du pèlerin. L'Aurore venait sur ses pas, répandant des fleurs, tandis que les zéphyrs distillaient de leurs urnes de cristal une petite pluie de parfums, et levaient le rideau de pourpre qui cachait le palais du Soleil. Ce Dieu du Jour se tenait sur un trône de saphirs, ayant autour de lui les Lois représentées par les signes du zodiaque, les Jours par les planètes dont ils portent le nom, le Temps et les Saisons avec leurs divins attributs.
Suivant une vieille tradition, à minuit, le comte de Foix étant sorti aux flamblraux de l'abbaye, où il venait de célébrer les fiançailles de la princesse avec Ladislas, aurait été accosté par un bohémien, qui, après lui avoir prédit, pour le remercier de ses aumônes, que, dans deux ans, à dater de ce jour, il verrait s'accomplir le plus cher de ses vœux, se serait éclipsé subitement sans vouloir s'expliquer davantage.
Nous ne nous portons pas garant de cette anecdote : 'nous ne la rapportons que par rapport à sa corrélation avec la mort de Ladislas et le mariage de la princesse avec le fils de Gaston.
Nous touchons à la fin du règne de Charles VII, de ce monarque qui eût été sans nul doute un de nos plus malheureux princes, si chez lui l'insensibilité ne se fût pas trop souvent unie h une frivolité excessive. Ses dernières années, disons-le cependant pour être juste, furent mises à de cruelles épreuves par les continuelles menées du dauphin. Une sorte de noire mélancolie, qui ressemblait
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beaucoup à la folie de Charles VI, ne tarda pas à s'emparer de lui. La Bourgogne augmentait encore ses angoisses. Il délibérait s'il porterai! la guerre en ce pays toujours rebelle, s'il déshériterait le dauphin au profit de son jeune frère le duc doBerry, lorsqu'un seigneur, plus zélé que prudent et bien inspiré, l'avertit que son fils avait formé le dessein de l'empoisonner. Le roi fut tellement frappé de celte révélation, de ce danger, peut-être imaginaire, qu'il refusa toute nourriture pendant huit jours. Alors les physiciens (médecins), lui ayant dit que, s'il ne mangeait , il était mort, adonc il se perina (s'efforça) de manger; mais il ne pouvait plus, car ses condiiils étaient j à tout retirés. Et depuis, voyant sa maladie rentjrèqcr (faire des progrès), il se confessa et ordonna comme bon catholique, et alla de vie à trépas à Meung-sur-Yèvre, en Berry, le 22 juillet l/jOl. Il était âgé de 60 ans et en avait régné 39.
Ce prince, que l'histoire a surnommé le Victorieux, fut regretté de ses peuples. Les pauvres gens, quand passa 1<; convoi funèbre qui emmenait ses restes ■ à Saint-Denis, firent piteux cris et lamentations par le chemin. S'ensuit-il que nous devions le classer au rang des grands souverains? A notre avis, le surnom de Ifien-Servi que lui donnèrent quelques-uns de ses contemporains, ou de Fortuné, comme le fait si justement remarquer un écrivain distingué de nos jours, lui eussent beaucoup mieux convenus. Ce qu'on peut dire de plusavanntageux à sa personne, c'est que de grandes choses se passèrent sous son règne, et encore se firent-elles souvent malgré lui ou sans son concours. S'il n'eftt pas eu pour serviteurs les Richemont, les Dunois, les Lahire, les Culant, les Saiutrailles, les Foix, les Armagnac, les Penthièvre, les Jeanne d'Arc, les Agnès Sorel et tant d'autres, non-seulement il n'eiit jamais porté le nom de Victorieux, mais encore il fût probablement mort oublié dans quelque coin de la France, ou prisonnier des Anglais. Une éducation vicieuse, il faut bien en convenir aussi , n'avait pas peu contribué à développer ses défauts naturels. Abandonné de bonne heure à lui-même, entouré de favoris sans pudeur, il avait passé sa première jeunesse loin de tout noble exemple, de tout sage conseil. Enfin , pour résumer d'un seul mot tous ses droits à l'indulgence de l'histoire, il avait pour mère
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La Touraine et la ville de Tours lui ont du reste de grandes obligations. II y introduisit le commerce et l'industrie; il favorisa la création des fabriques qui s'y formèrent de son temps, en accordant des immunités aux ouvriers de ces établissements. Le séjour de la cour contribua aussi, tout en répandant l'aisance dans les classes industrieuses, à polir les mœurs, à épurer le langage.
On peut remarquer en effet la longue et persistante prospérité dont jouit cette province pendant la période que nous venons en dernier lieu de parcourir, c'està-dire depuis la réunion de la Touraine à la couronne. Les guerres étrangères, civiles, religieuses, passent auprès d'elle sans presque l'atteindre, et, sauf quelques incursions des Anglais, sous les deux règnes précédents, qui firent à plusieurs reprises craindre pour la ville de Tours, jamais à tout prendre sa sécurité ne fut sérieusement troublée. Deux faits principaux dominent cette période : la lutte do la seconde branche des Valois contre la maison d'Angleterre,
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et celle du régime féodal contre la monarchie. Presque toujours malheureuses sous Philippe de Valois, Jean-Ie-Bon, Charles VI, les annes de la Franco linissent enfin par triompher sous Charles VIL La monarchie française peut dès lors reprendre sa lutte, déjà commencée, contre les grands vassaux, et Louis XI, débarrassé de l'invasion étrangère, porter d'une main plus sûre les derniers coups au régime féodal , déjà vigoureusement ébranlé. C'est ce que nous verrons dans le chapitre suivant.
ASSASSINAT Df nue liE liOlIlUiOOMi AU l'OXT IIE MONT Eli
Louis xi. — Après avoir élé sacré à Rciins, il vient se fixer en Tournine. — Le Montilz-les-Tours. — Louis xi en devient acquéreur et le fait réparer. — La tour du Donjon.
— Vie publique et privée de Louis xi au Plessis. — Les oubliettes. — Passion de Louis xi pour la cliasse. — Les astrologues. — Institution du M.vin.\T et de l'eciievinagk. — Privilèges accordés aux maires, éclievins, bourgeois et manants de la bonne ville de Tours. — Les impôts doublés. — Ligue du bien public — Assemblée des Etats-Géuéiaux à Tours. — Jean Ralue. — Sa vie, ses intrigues, sa chute. — La Cage de fer. — Fabrication des draps de soie à Tours
— Nicolas Jenson et l'imprimerie. — Vers de Jean Moliuet.
— Louis XI songe à agrandir li ville de Tours. — Assemblée des nolibles à Tours. — Premiers canons coulés en cette ville. — Alphonse v. — Mobt de Cii.xRi.Es-i.E-TÉMÉRAinE.
— Le Sanitas de sainte Radégonde. — Epitaphe de Charles d'Amboise. — Louis xi éprouve une première attaque d'apoplexie. — Sa dévotion — Ses caprices. — Fondations religieuses. — Louis xi éprouve une seconde attaque — Le retraict du roi. — Distractions de Louis xi. — La Sainte- Ampoule lui est appariée de Reims. — Ses exhortations dernières à son fils. — Saint François de Paule. — Jacques Coyctier. — L'abbé Rolli. — Invocation de Louis xi. — Olivier-le-Dain. — Mout de Louis xi. — Jugements portés sur ce prince. — Ses institutions, ses réformes. — Dernier coup d'œil sur son caractère et ses mœurs. — Résumé.
'jîar'-'v.
rOURS ( Hfil — |/.8r>).
Or
« Le 7 août 1 401 , jour des funérailles ( (le Charles Vil , aiuès que le feu roi ( eut été desceiulii dans la fosse, nn lié- '( raut d'armes abaissa sa masse vers le '( corps, en disant à hante voix :
« Priez jwnr rame de très-excellent, ;( très-puissanl et très-victorieux prince « le roi Charles septième! »
Pnis, il releva sa masse, les flenrs de lis en liant, et cria :