VIVE LE HOI LOYS
Celle cérémonie, dil Henri Martin, indicpiait implicitement la reconnaissance dn principe nonvean « le roi ne menrt jamais. » et le triomphe de la rovaiiti- snr
LA ÏOURAINE ANCIENNE ET MODERNE. 2!)l
l'Eglise, la consécralion n'étant plus considérée que comme une simple formalité sans valeur politique.
C'est en la mettant pour la première lois en usage que Louis XI monta sur le trône.
Ce prince, dont la mobile physionomie est si intéressante à étudier et si diflicile à saisir, appartient à l'histoire générale de France; mais comme la France, sous son règne, autant au moins que sous le règne précédent, était pour ainsi dire en Touraine, il nous importe d'entrer dans de plus amples détails sur sa vie publique et privée.
Dovenu roi , ce qu'il convoitait depuis si longtemps, dans la trente-huitième année de son âge, il se lit aussitôt sacrer à Reims, et, sans séjourner plus de quelques jours au milieu des Parisiens, dont il redoutait l'esprit inconstant, il se rendit h Tours, où il voulait se fixer, et où sa mère, Marie d'Anjou, avait trouvé un asile. Le dévouement si connu de la Touraine pour ses rois, sa situation au centre de la France, son beau ciel , ses richesses, offraient à l'esprit ombrageux du monarque toutes les garanties qu'il pouvait désirer. Les châteaux de Loches, de Chinon et d'Amboise lui appartenant, on crut d'abord que ce serait dans l'un d'eux qu'il irait s'établir. Il n'en fut rien. Louis XI, dépuis longtemps, avait rêvé le Plessis- I es-Tours.
Mais, avant d'aller |)lus loin, qu'il nous soit permis d'esquisser cette royale demeure, au souvenir de laquelle le fils de Charles VII a pour jamais lié son nom.
Assis sur un tertre, au milieu des fertiles campagnes du Bréhémont, a cent pas du Cher et h un kilomètre de Tours, se voyait alors, entouré d'une épaisse foret, un manoir dont l'origine se perd dans la nuit des temps. Depuis de longues années, déjà, abandonné ou a peu près par ses maîtres, car-on ne peut parler des courtes apparitions qu'y fit Charles VII, des prisonniers d'état, Jacques Cœur, entre autres, enfermés momentanément dans ses murs, il tombait en ruines. Mais, malgré son délabrement, il offrait encore a l'œil une masse assez imposante. Quatre grosses tours crénelées et entourées de douves flanquaient les quatre angles des corps de logis principaux, et un avant-corps de logis destiné sans doute aux vassaux, en temps de guerre, était également épaulé de quatre tours d'un plus petit diamètre, évasées par la base, entourées de mâchicoulis et percées d'étroites meurtrières.
Ce fut sur ce castel , dont les dernières restaurations remontaient à la fin du XIP siècle, et qui , dépendant du duché de Luynes, appartenait au chambellan Audouin Touchard de Maillé, que Louis XI fixa ses regards. Il l'acheta cinq mille cinq cents écus d'or, ce qui équivaut à 50,000 francs de notre monnaie (12 novembre 1403), en fit abattre ou relever les dépendances extérieures, suivant qu'il le jugeait convenable à ses secrètes intentions, lui donna le développement qu'il avait encore à la fin du XVIir siècle, changea son nom de Montih-les-Tours en celui de Plessis-les-Tours {de plexitium, dans le latin du moyen-âge, clôture, nom que |)ortaient un grand nombre de villages en France), et s'y renferma.
Ainsi reconstruit, ainsi relié par de nouvelles fortifications, et notamment par un mur d'enceinte «pii embrassait les deux corps de bâtiments dont les tours
principales avaient disparu, le l'iessis, (|ue Walter Scott nous a si bien apj)ris à connaître dans son beau roman de Qiwntin-Durward, et que MM. Lonyrelle et de Croy ont achevé de nous peinch-e dans leur histoire de Louis XI, le IMessis, sans représenter posilivementune place forte, était cependant en étal de soutenir un long siège.
Kn effet, deux forles tours, adossées a d'épaisses murailles crénelées, défendaient à droite et à gauche la première poite d'eiilrée, à laquelle on arrivait après avoir traversé le mur d'enceinte, et , en avant de ce mur, un premier fossé de trente pieds de large. La garde des tours était confiée a des archers écossais, et la porte, au-dessus de laquelle se voyaient, en deliors, les armes de France, en relief, servant de couronnement à la statue de Notre-Dame , et en dedans , les pointes acérées d'une herse, cette porte donnait accès dans une cour dont le vaste périmètre offrait le plus étrange spectacle. Ici, vingt hallebardiers constamment à cheval, armés de pied en cap, immobiles, prêts à partir au moindre signal du roi ;
L^co^ r£r yn/\fe
INIKIIIKIMI DL' l'I.L>SIS .SUUS I.Dl IS XI.
là, couchés pêle-mêle sur des menottes, des échelles, des lacets, des carcans, comme des I«2zaroMt au soleil, une demi-douzaine de misérables n'attendant (pi'un ordre de Tristan l'Hermite pour se mettre à l'œuvre; à toutes les portes, de doubles sentinelles se croisant silencieusement, l'arquebuse à l'épaule ; enfin , allant et venant en tous sens, pour le service du manoir et le bon plaisir du monanpic, des pages, des varlets, des chiens de chasse, ou bien encore, reconnaissables à leur
costinne caractéristique , des otïiciers suisses , écossais , g" isons , des religieux à la robe de bure, des écheviiis a la longue cape noire, etc.
Du côté du couchant, faisant assez bizarrement suite aux écuries du roi, une petite chapelle placée sous l'invocation de Nolre-Dame-de-Clérij , h laquelle Louis XI avait une dévotion toute particulière ; à droite et en avant de celte chapelle, la fauconnerie, la vénerie, le logis des piqueux et des veneurs ; du côté du levant, l'église paroissiale de Saint - Mnlhias et l'habitation réservée au desservant; derrière l'église, le bùlinient alfecté plus lard h saint François de l'aule, et, attenant à ce bâtiment, la grande caserne des archers, laquelle, par un retour d'équerre, allait rejoindre les deux lours de l'entrée principale. Au milieu même de la cour se dressait, isolé de toutes parts, un sombre donjon que l'auteur de Kenitworth compare à un géant éthiopien, et que l'on appelait la Justice du Roi.
C'était 11,' disent les traditions, exagérées à beaucoup d'égards, que le métlant Louis XI rendait ses sanglants arrêts; là, qu'il faisait gehenner par ses fillettes ceux dont il croyait avoir à se plaindre; là, qu'il enfermait les victimes dont il voulait prolonger l'agonie, dans un cachot en forme de hotte, comme ceux de la Bastille, de telle sorte que la gêne qu'elles éprouvaient à s'y tenir, assis ou debout, était un continuel sup[)lice.
Cette première |)artie du château comprenait sans doute ce que nous avons appelé l'avant-corps de logis destiné dans l'origine aux vassaux, et était entièrement distincte de l'autre partie. Celle-ci, qu'entouraient de toutes parts de larges douves à fond de cuve, occupait un moins grand espace. On y arrivait par un pontlevis qui se relevait entre deux tourelles réunies par un portail d'une architecture gothique. La cour d'honneur, dans laquelle on pénétrait aussitôt, oH'rait un plus agréable aspect que la cour d'attente. Spacieuse et tenue avec un soin minutieux, elle était entourée de bâtiments élégants, dont le rez-de-chaussée formait des galeries aux arcades de pierre sculptées avec art , et dont les autres fenêtres étaient décorées de statuettes allégoriques, de guirlandes, de festons, d'astragales. h]n partant de l'une des deux tourelles (celle de gauche) qu'habitaient les seigneurs attachés à la personne du roi, on entrait sur une terrasse ornée encore de statuettes et de fleurs qui masquaient la petite chapelle de Saint-Jean. De cette chajielle, Louis XI, aux appartements particuliers duquel elle était contiguë, venait souvent, sa prière faite, passer en revue ses gardes écossaises, leur donner le mot d'ordre, et s'entretenir familièrement avec ceux de sa famille assez beureiix pour |)osséder sa confiance, ou avec les seigneurs qu'il aimait à admettre dans son intimité.
Aux appartements du monarque, faisant face au midi, aliénaient de vastes bâtiments réservés à la famille royale; à ces bâtiments, une sorte d'œil-de-bœuf aboutissant à diverses tours de réserve au delà desquelles les oubliettes, ce m'inotaure si cruel et si insatiable, cet autre taureau d'un autre Phalaris! Enlin, inunédiatement au pied des oubliettes, la prison où fut enfermé le cardinal Balue, qu'une enlilade de pièces nues, regardant l'ouest, séparait de ce qu'on Ton appelait le l'etit-Iiourbon, résidence habituelle du duc d'Orléans, depuis Louis XII .
Vu de l'extérieur, entouré de son bois aux vieux et grands chênes, le l'Iessis n'avait rien qui charmât la vue: ce n'étaient que lours, au sommet desquelles
se lenaieiil , à côté de leur guérite de briques, de nombreuses et vigilantes sentinelles; des murailles sans jour ou trouées seulement d'étroites barbaeanes ; ça et là, dans les bâtiments pointant au-dessus des remparts, de rares lenêlres à croisillons de pierre, décorées, il est vrai, par les Paul Ponce et les Jean Goujon de l'époque, mais solidement garnies de barreaux de fer. Une couleur d'un gris rougeâtre, dont le temps, indépendamment de la main des hommes, semblait s'être dépéché d'envelopper ce célèbre manoir, lui donnait la physionomie caractéristique qu'un anonyme a peinte en ces termes :
Un imposant chdtenu se piosenlc à la vue, Par dos iiortes de fer l'cnlrce est défendnc; Les murs en sont épais el les fossés profonds; On y voit des créneaux, des tours, des bastions, Et des soldats armés veillent sur ses murailles.
Tableau d'un contraste extraordinaire avec les riants détails du paysage (jui lui sert de cadre : le Cher, d'un côté, de l'autre, la Loire, les fertiles collhies de Saint-Cyr, de Ballan, de .loué, et, h l'orient, se détachant dans un clair-obscur ïligne du pinceau d'un Rembrandt ou d'un Ruysdaèl, la vieille el gothique cité de Tours.
De cette ville, on arrivait au manoir par une large voie plantée d'arbres, que l'on nomme encore aujourd'hui le Pavé-du-Plessis. Mais, depuis, cette redoutable demeure du plus redouté de nos rois a subi d'étranges transformations.
Louis XI mort, le duc d'Orléans , Louis XII, fit du Plessis un rendez-vous de chasse. François 1" en confia la garde à un gouverneur et ne voulut jamais y habiter. Louis XIV s'en réservant la propriété, en donna le gouvernement héréditaire à la veuve du seigneur de Sansac. la marquise de Souvray, qui avait élevé les enfants de France. En 1778, on y organisa un dépôt de mendicité. La famille de Vassé jouissait de toutes ses dépendances territoriales et de tous les droits seigneuriaux y affectés au moment où le tocsin révolutionnaire lança dans l'air ses premières volées. Quelques vieux militaires, pauvres, mais nobles; plusieurs moines, vénérables débris du monastère fondé par saint François de Panle; une célébrité du règne de Louis XY, mademoiselle Deneux, un moment la rivale des Pompadour et des Pubarry, y avaient trouvé la plus modeste retraite. Forcés de (piitter ce nouvel hôtel des Invalides ouvert à leurs services et à leur grand âge, ils sortirent, versant des larmes de douleur. Les uns vécurent de misère, de souffrances; un des moines, ])lus qu'octogénaire, alla terminer ses jours, sur un grabat, dans une maison voisine de ce lieu où s'était écoulée la plus grande partie de son existence Quant à mademoiselle Deneux, plus malheureuse encore que les autres, habituée qu'elle avait été au luxe et aux frivolités qui en sont l'apanage, sans amis, sans parents, sans asile, elle expira, peu de temps après, de faim et de froid, dans un bouge du faubourg Saint-Ftienne, où l'avaient recueillie de |)auvres gens, trop malheureux eux-mêmes pour lui offrir autre chose que leur toit!...
Le Plessis vide, on voulut d'abord le convertir en une maison de correction (pie l'on aurait appelée likêtre. On y renonça pour en faire un dépôt militaire dont les
ANCIENNE ET MODEHNE.
guerres de la Vendée réclamaient la prompte exécution. En 1793, la convention décréta que cette propriété serait aliénée, comme bien national, et le 19 nivôse an IV, le citoyen Cormeri, juge de paix h Tours, en devint adjudicataire au prix de cent trente et un mille francs, partie en espèces, partie en assignats. La bande noire s'en fit ensuite le partage, et bientôt presque tous les bâtiments royaux disparurent. Il y a peu d'années, un négociant de Tours, M. Coudrenx, y avait établi une fabrique de plomb de cliasse. Aujourd'bui, ce n'est plus qu'une ferme.
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l.E PLKSSIS. EN 484.Ï.
Les étrangers, les touristes désireux de visiter les ruines de celle grande page de nos annales, sont tout bonnement dirigés par un cicérone en cornettes, qui, moyennant une menue monnaie, met à leur disposition toute sa science bistorique et arcbéologique, pour laquelle il ne faut pas se montrer des plus exigeants. C'est ainsi qu'elle les promène tour a tour de la prison souterraine du cardinal Balue, a l'endroit présumé des oubliettes, h la tour octogone où se trouve la petite pièce qui servait, dit-elle, de pénitentiaire h Charles VIII ; et que, cbemin faisant, dans le jardin, dans la cour, sur les murs, elle leur fait remarquer quelques statuettes de pierre mutilées.
En sortant, — dernière surprise, — on lit sur un écriteau cloué à l'un des piliers d'une porte cocbère fort bourgeoise : La febme du Plessis a louer ou a vendre. Et, de distance en distance, au lieu de ces logis seigneuriaux dont Louis XI s'était fait une sorte de ceinture, et qu'il transformait au besoin en autant de corps de garde, on a[)erçoit une ou deux maisons aux grands toits allongés, des chaumières
•H», LA TOLRAINK
couvertes de paille, des guinguettes enlbuies dans la treille, de symétriques carrés de chanvre, de blé de Turquie, de sainfoin.
Louis XL (pie Botero nomme toujours : principe d'infierino e dijndicio eccellente nelle cose di stato, d'où le poëte Fauslus Andrelinus a pris occasion d'achever ainsi son portrait :
Uex pntaitonito solis qui nvbibus orbi Loalitiam incussil subiUun Irepvlumqiic thnoroii
Et d'un geste, ce roi, tout-puissant dictateur Sut frapper l'univers de joie ou de (erreur.
Louis XI habita le Plessis pendant vingt années. Il n'est donc pas hors de propos, avant de parler de ce que l'on appelait autrefois ses « faits et gestes, » d'examiner avec Pastourel, son prime-queux, Valbonnais et Comines, ses historiographes, quel y était l'état de sa maison et de sa vie habituelle. Sa maison se composait d'un chcmcelier, d'un iiuje de l'hôtel, d'un secrétaire intime, d'un trésorier, tous ayant sous leurs ordres divers employés. Un panetier, un échanson, un chef de bouche et de cuisine, un fruitier, un chef d'écurie et de fourrière avaient leurs officiers particuliers, lesquels prenaient l'ordre d'un sénéchal ou (jrand maître . Le service se faisait avec un esprit d'ordre qui tenait tout a la fois des habitudes parcimonieuses du monarque et du désir que ce monarcjuc avait de traiter honorablement ses hôtes. Avare par caractère, Louis, dont toute la vie reposa sur ce faux axiome : « Qui peu donne, beaucoup recueille, » Louis ne regardait ii aucune dépense lorsqu'il s'agissait de faire réussir une combinaison. Seulement il descendait lui-même dans les menus détails de l'hôtel et de la table.
Un jour, au Plessis, peu d'instants avant l'heure du dîner, il entre dans les cuisines, s'approche d'un enfant qui tournait la broche, et, frappé de sa mine éveillée :
— ('omment l'appelles-lu ? dit-il en lui frappant sur l'épaule. — Je m'appelle Etienne, répond le marmiton, qui, ne reconnaissant point le roi h ses habits négligés, ne croit pas devoir faire de grands frais d'élocjuence. — Ton |)ays? — Le Rerry. — Ton âge? — Quinze ans, vienne la Saint-Marlin. — Tu gagnes? — Autant que le roi. — Et que gagne le roi? poursuit Louis XI en souriant. — Ses dépens et moi les miens, répond l'enfant sans daigner seulement se retourner. Cette réponse lui porta bonheur. Emerveillé de sa hardiesse et de son ingénuité, Louis en lit son valet de chambre ordinaire, et eut toujours en lui la plus grande confiance.
Ce prince, que son activité naturelle tenait constamment en éveil, se levait de fort bonne heure. A peine habillé, il se glissait furtivement, et comme s'il eût craint qu'on ne l'épiât, dans la chapelle, cpii communiquait |)ar une galerie voûtée avec sa chambre à coucher. Ses dévolions faites, il rentrait par le même chemin, ou, s'il croyait n'être vu de personne, sortait par la terrasse. La, venaient le rejoindre, toujours en petit nombre, ses courtisans, ses officiers, son prévôt.
Après un (jiiart d'heure de promenade, qu'il employait. t(»ut en marchant de
long en large, a donner des ordres, à recevoir les communications de peu d'importance qui pouvaient lui être faites, il congédiait d'un geste sa cour, passait dans une sorte de rédnit meublé en velours et en tapisserie de haute lisse, aux panneaux et plal'ond en bois de chêne, éclairé par trois fenêtres étroites, dont les vitraux à huit pans, enchâssés dans leurs lames de plomb, ne laissaient passer qu'un jour obscur et douteux. ICn cet endroit s'élaboraient toutes les idées, tous les projets, toutes les réformes qui devaient faire de ce i)rofond politique l'un des plus grands souverains que nous ayons eus eu France.
Quand le sainde l'Ktat n'exigeait pas de lui un travail pressant, et que le temps semblait lui sourire, il ordoimait aussitôt une chasse. C'était son i)!aisir de prédilection. Pour la chasse, pas de dépenses, pas de sacrifices qu'il ne fit. Ses équipages étaient montés avec une magnificence sans égale ; ses meutes les plus belles, ses piqueux les meilleurs qu'il y eût en Europe. « 11 ne refusait rien, dit Mons- « trelet, à ses braconniers et à ses tauconniers, qui faisaient son déduit; à autres « gens ne donnait que très-peu ou néant. » En effet, il envoyait chercher h grands frais des chiens courants en Espagne, des lévriers en Bretagne, des bassets à Valence, des mules en Sicile, des chevaux à Naples, des lions et des panthères en Barbarie, des cerfs et des buflles dans le Danemarck. Enfin, suivant Lacurne de Sainte-Palaye, on ne pouvait lui pardonner qu'il i)rît les frais immenses de sa chasse sur les récoin[)cnses (pi'il retranchait durement a ses meilleurs serviteurs.
Cette passion , loin de se ralentir avec l'âge, ne fit chez lui que croître. Elle provenait non-seulement de ses dispositions naturelles, mais encore de la croyance où il était, avec ceux de son temps, (pie la chasse faisait plaisir à l'Être suprême.
Que Dieu lui pardoint ses deffaux, Car mollit ania cliiens et oiseaux,
disait un vieux rondeau de l'époque. Jaloux de ses connaissances spéciales en vénerie, il ne souffrait pas que quelqu'un eût un chenil mieux monté que le sien. Wolfgang de Ponthieu, intendant de la duchesse d'Autriche, ayant été mis au cachot pour une bagatelle, il ne consentit à lui rendre la liberté qu'après que le sire de Bossu, ami ou parent du prisonnier, qui possédait des chiens de race excellente, s'en fut défait, gratuitement, en faveur de la meute royale. Dans les dernières années de sa vie, ne pouvant plus ni marcher ni monter à cheval, il s'enfermait dans la plus vaste pièce de ses appartements, et faisait chasser sous ses • yeux de gros rats par des chats énormes dressés à cet effet.
La chasse terminée, il donnait audience aux ambassadeurs des cours étraU' gères, aux grands dignitaires du royaume, aux simples bourgeois de ses bonnes villes. Doué, nous le répétons, d'une prodigieuse activité morale et physique, il voulait, pour ainsi dire, tout voir, tout savoir, tout faire par lui-même. S'il n'avait pas toujours le coup d'œil de l'aigle; s'il n'embrassait pas en même temps, dans tout leur ensemble, les grandes choses, il avait le coup d'œil perçant du lynx, il scrutait les hommes et les chos(iS, il s'informait avec soin « des gens
d'anlorilé ol de valeur, » et ne négligeait rien pour se les attacher. C'est donc ii tort qu'on lui a reproché de n'avoir eu pour confidents que des hommes « nés