FUITE DU DUC DE GUISE
jamais la couronne, malgré lui, n'agit plus que mollement dans les intérêts de la ligue. 11 se contenta de traîner la guerre en longueur, pour obtenir du roi des conditions plus avantageuses, et conclut même avec Henri IV une trêve qui donna au vaincpieur d'Ivry le loisir de ménager son abjuration, laquelle eut lieu dans l'église de Saint-Denis, le 25 juillet 1593.
Deux ans auparavaut, la ville de Tours étant décidément devenue le centre du gouvernement, et pour ainsi dire la capitale du royaume, le maréchal de Souvré avait proposé, plus sérieusement encore que par le passé, de l'agrandir et de la fortifier d'une façon digne de l'importance qu'elle avait alors. Henri IV approuva la proposition par lettres patentes enregistrées au Parlement de Tours le 12 juin ; et, pour montrer combien il tenait à ce que l'on y donnât suite, il abandonna gra-
UiilemeiU aux cclicvins le Icrrain occupé par les ancieunes murailles, les tours, les fossés, les coutre-escarpes et géuéralenient tous les espaces vides. Mais la concession seule de ce terrain ne suflisait pas ; il fallait de l'argent pour mener les travaux à bonne fin. Or les finances du roi étaient tellement épuisées, que. loin de pouvoir faire les moindres avances, il se trouvait dans la nécessité d'engager à la ville de Tours même une partie des aides et autres impôts à prélever sur les faubourgs et villages circonvoisins, pour v'mgt mille écus d'or au denier douze qui lui furent payés comptant. Force fut donc d'ajourner encore le projet du marécbal.
Nous avons dit que l'abjuration du roi, blâmée si sévèrement par certains casuistes huguenots et même catholiques, gens assez passionnés pour ne vouloir pas comprendre que c'était le seul moyen de rendre la paix au royaume, avait eu Heu au mois de juillet 1595, à la suite des conférences de Suresnes, conférences présidées par un tourangeau, Renaud de Beaune, archevêque de Bourges. Renaud fut chargé d'aller annoncer cet événement aux états de la ligue. Mais, malgré cette éclatante manifestation du prince; malgré un arrêt du Parlement de Tours, qui enjoignait a tous les gentilshommes de se rendre auprès du roi, sous peine d'être déclarés déchus de leurs droits et privilèges, les intrigues et les menées d(! Rome et de l'Espagne parvinrent encore à empêcher les Parisiens de mettre un terme aux souffrances du pays, en ouvrant leurs portes à leur souverain légitime. Seule, nous l'avons dit, l'ingénieuse satire Ménippée, qui parut a Paris une année plus tard, porta le coup mortel à la ligue en la couvrant de ridicule.
Henri IV, catholique et réconcilié avec une grande partie de ses sujets, songea à se faire sacrer sans retard ; mais Reims et la Sainte Ampoule se trouvaient au pouvoir des ligueurs. Grand était l'embarras de la cour. On ne savait comment en sortir. Enfin on découvrit qu'une autre Sainte Ampoule existait à Marmoutier, ([u'elle était renfermée dans une petite fiole qu'un ange avait donnée à saint Martin pour le guérir d'une blessure qu'il s'était faite en tombant du haut de l'escalier de sa cellule. D'autre part, les philosophes du temps estimaient qu'un roi pouvait fort bien se dispenser de la cérémonie du sacre, et que les Saintes Ampoules de Reims et de Marmoutier devaient rester en paix dans leurs tabernacles. Le j)résident Fauchet s'était fait l'interprète de cette opinion dans une brocbure |)ubliée h Tours, le (3 janvier 1504.
Mais Henri IV, convaincu que, dans la position délicate et particulière où il se trouvait, l'onction de la Sainte Ampoule lui pouvait être d'un grand secours, n'eut aucun égard au pamphlet.
Le sacre fut donc fixé au 27 février 1594, et la cathédrale de Chartres désignée pour la cérémonie. Le marquis de Souvré, gouverneur de Touraine, se rendit à cet effet à Marmoutier, accompagné de César Forget, sieur de Baudry, maire de Tours, <le trois échevins, de Georges Loiiet, conseiller à la cour, grand archidiacre de Saint-Gâtien, du chantre de la même église, de deux prévôts, du chapitre de Saint-Martin et de dix gentilshommes. Les religieux firent d'abord de grandes diflicultés j)our livrer leur précieux trésor : ils allèrent même, dit Chalnx^l, jusqu'à subslitiier une Sainte Ain|)oule de contrebande h la véritable, pieuse fraude
déjouée par la sagacité du maire et des échevins. Enfin, cependant, ils cédèrent, non sans protester toutefois et sans prendre toutes les sûretés possibles, pour qu'on n'abusât pas de leur bonne foi. Douze personnes, le gouverneur et le maire, Jean de Faultrey, Claude Gottereau, Charles Binet, Antoine de la Bretonnière, François Mailly, Michel Charles, le sieur de Brunoy, Foulques de la Salle, Jean Forget et Victor Brodeau, ceux-ci échevins, se rendirent caution, en cette circonstance, par acte devant notaire.
La relique, portée « es mains de moines » , en procession, dans l'église cathédrale de Tours, fut, le lendemain, solennellement transférée à Saint-Martin, les chanoines de Saint-Gâtien tenant la droite, les religieux de Marmoutier la gauche, tous les curés du diocèse marchant en avant, et, en arrière, le Parlement en robes rouges, la cour des comptes, le présidial et le corps de ville. De Saint-Martin elle passa à Saint-Symphorien, et de la se rendit à Chartres, toujours accompagnée de quatre religieux, escortés eux-mêmes d'un régiment de cavalerie.
Au jour lîxé pour le sacre, le roi envoya à l'abbaye de Saint-Père-en- Vallée quatre jeunes gentilshommes, le comte de Lauzun, le comte de Dinan, le comte de Ghiverny et le baron de Termes, pour prier les religieux de Marmoutier, qui y avaient déposé la Sainte Ampoul#, de la vouloir bien apporter dans l'église de Notre- Dame. Le père Mathieu Giron, secrétaire de l'abbaye, se chargea d'obtempérer à ce désir; mais non, toutefois, sans avoir fait aussi engager personnellement les quatre envoyés a le proléger au besoin,
La cérémonie se ht avec la pompe usitée dans l'église de Beims ; seulement on trouva convenable de supprimer cette partie du serment : « De terra meâ, ac juaridictione mihi snbditâ, miiversos hœreticos ah ecdesiâ diiiotatos, proviribus bond « fide exterminare studebo. Je m'appliquerai par tous les moyens à exterminer «les hérétiques de mon royaume exclus du sein de l'Église catholique. » Serment qui, en effet, n'eût pas été seulement inconvenant, mais impolitique.
La cérémonie terminée, la sainte fiole fut scrupuleusement remise à ses légitimes possesseurs, et le roi y ajouta le présent d'une très-belle émeraude enchâssée d'un anneau d'or, qui demeura à Marmoutier jusqu'en 1791. A cette époque, les députés d'Indre-et-Loire à l'assemblée législative en firent hommage h Louis XVI ; quant à la fiole, objet de tant de sollicitude, elle fut, en 1793, dégarnie des pierreries précieuses qui l'ornaient et brisée.
L'année même de son sacre, Henri IV, voulant reconnaître l'attachement des Tourangeaux à sa personne, avait rendu un édit pour l'établissement d'une université dans Tours; mais, le 22 mars, il rentra dans sa capitale, toutes les cours souveraines y furent rappelées; seule, l'université de Tours fut mise en oubli par suite de la négligence que mirent les habitants à jjoursuivre l'exécution de la promesse qui leur avait été faite. Leur zèle pour le service du roi ne se démentit cependant point; car, le 22 mars 1595,1a milice de la ville s'assembla en armes et alla chasser des environs de Sainte-Maure un parti de ligueurs qui s'y était établi.
Trois ans de calme, ou plutôt de ré|)i, s'étaient écoulés, et tout donnait à penser que, mieux instruits sur leurs communs intérêts, les Français avaient renoncé a
persévérer plus longtemps dans leurs querelles. Il n'en était mallieureusenient rien. Le volcan couvait sous ses cendres; le couteau des sicaires s'aiguisait dans l'ombre.
La conversion d'Henri IV avait trouvé beaucoup d'incrédules ; aussi ne négligeait-il rien de ce qui pouvait détruire celte idée soigneusement entretenue par les malveillants. Après avoir obtenu l'absolution du pape Clément YIII, juste appréciateur de ses qualités jiersonnelles et publiques, il partit pour Nantes, où il promulgua son fameux édil en faveur des protestants du royaume. Il revint ensuite à Tours, et se fit solennellement recevoir, suivant l'immémorial usage de ses prédécesseurs, abbé et chanoine honoraire de Saint-Martin (mai 1598).
La rédaction de l'édit de Nantes avait été confiée au ministre protestant Daniel Charnier et a Pierre ForgetDufresne, baron de Veretz, zélé catholique tourangeau. Or, comme Tours comptait encore un assez grand nombre de protestants, et que tous ils s'adonnaient au commerce avec intelligence et activité, la décision royale, en leur laissant toute liberté d'action et de conscience, en leur assurant un tranquille avenir, donnait une nouvelle force à leur industrie, laquelle tendait principalement à la fabrication des soieries. Toutefois, la nécessité de faire venir la soie brute des provinces méridionales de la France et de l'étranger "ne permettait pas à ce genre de commerce d'outre-passer certaines bornes ; il était donc urgent de chercher à vaincre cet obstacle. Le roi le premier y songea.
Le 21 juillet 1602, il ordonna qu'on planterait des mûriers aux environs de Paris, d'Orléans et de Tours, qu'on naturaliserait en France cet arbre précieux. Les deux premières villes désignées, ne s'occupant guère du commerce de la soie, négligèrent cette culture ; il n'en fut pas de même en Touraine : l'ordonnance y fut accueillie avec la plus grande faveur, et dès lors, trente livres de graine de mûrier, au prix de quarante sous la livre, et vingt milliers de jeunes plants, au prix de trente-trois livres sept sous six deniers le millier, furent achetés par la ville et plantés dans les bastions du rempart, sous la direction d'un jardinier qu'on avait fait venir exprès. Le roi lui-même voulut encourager cette culture par son exemple; il fit planter des mûriers blancs dans une pièce de terre attenant au parc du Plessis. Enfin, un marchand de Tours, Jean-Baptiste Letellier, écrivit le premier ouvrage qui ait été publié sur l'art de fabriquer la soie.
D'autres soins, dans le même tem[)s, éveillèrent la sollicitude des édiles. Jusqu'alors on ne s'était guère occu|;é que de ce qui pouvait être spécialement utile a la ville de Tours : en 1G04, on songea h son embellissement. Elle était bornée au midi par un terrain vague, beaucoup ])lus long (pie large, lequel servait au jeu du mail. Autant pour la convenance des joueurs, fort nombreux alors, que pour celui des promeneurs, qui ne l'étaient pas moins, on orna ce terrain de quatre rangs d'ormeaux , depuis la porte Saint-Eloi jusqu'à la porte Bourbon, située à l'extrémité du faubourg Saint-Étienne. C'est a cet endroit que passait alors la route de Bordeaux. Depuis, cette promenad<;, qui fait encore aujourd'hui le charme des habitants de Tours, s'est accrue de quehpies centaines d'ormeaux. Elle se prolonge juscpi'au canal de jonction du (Iher et de la Loire.
ANGlENiNE ET MODERNE. 401
Aucun nouvel établissement monastique ne s'était formé en Touraine pendant les guerres de religion ; mais, dès que Ton vit Henri IV, tranquille possesseur du trône, exécuter fidèlement les promesses qu'il avait faites de protéger et de maintenir le catholicisme, des moines de tout ordre, Capucins, Feuillants, Minimes, vinrent successivement, de 1606 à 1620, s'établir à Tours et dans la Touraine. On y vit aussi paraître des Carmélites et une congrégation de sœurs hospitalières, pieuses et vénérables femmes, dont la vie entière est une longue abnégation, doiit tous les instants sont consacrés à Dieu, au soulagement des misères humaines. Elles vinrent d'Orléans a Tours, appelées par le chapitre de la cathédrale, pour diriger l'Hôtel-Dieu.
Les Capucins, de l'ordre de Saint-François (on les nommait ainsi à cause des capuces qui leur recouvraient la tête), obtinrent la permission de s'établir en 1601. Toutefois leur couvent ne fut élevé que cinq ans après. Afin d'arriver à ce but, et comme ils avaient choisi pour emplacement un coteau escarpé, il fallut, dit-on, avoir recours à des moyens d'exécution extraordinaires. L'aplanissement du terrain seul nécessita un travail aussi long que difficile et fatigant. Mais les Pères avaient communiqué à tous ceux qui les entouraient la ferveur et le zèle dont ils étaient eux-mêmes animés. Chacun voulut mettre la main h l'œuvre, s'armer de pelles ou de pioches : l'archevêque et son clergé, le maire et ses échevins , le présidial même, les compagnies bourgeoises, donnèrent des premiers l'exemple. Après eux les habitants des paroisses et campagnes voisines s'y rendirent, tambour à leur tête. On travaillait sans relâche. Pendant que les hommes prenaient leurs repas, les femmes, les enfants, les vieillards, se livraient courageusement à la besogne.
Chose inouïe et presque incroyable ! toutes les difficultés du terrain furent vaincues en quinze jours, l'église se trouva élevée en une seule journée et couverte en une autre journée. De telle sorte, qu'après dix-sept jours d'association fraternelle et de fatigue, les religieux purent s'installer librement dans leur monastère. Dans l'intervalle, dit Chalmel, Henri IV, passant a Tours et voyant avec quelle activité les travaux s'exécutaient, s'écria avec sa verve gasconne :
— Ventre-saint-gris! je n'oserais pas avec ma toute-puissance entreprendre de tels ouvrages, et ces pauvres gens l'entreprennent n'ayant rien du tout !
L'inauguration du couvent, qui venait en quelque sorte de naître sous le souftle <lc la parole évangélique d'un religieux nommé Chaponny, lequel, dans ses sermons du carême, avait toujours prêché l'harmonie j)armi ses concitoyens, fut faite avec une solennité toute particulière. Le clergé de la ville s'y rendit processionnellement de Saint-Ciâtien, et l'archevêque lui-même officia. Douze boulangers, revêtus d'aubes blanches, vinrent à l'offertoire, les six premiers ayant une torche de cire du poids de quatorze livres à la main, et les six autres portant un brancard sur lequel était un pain de dix-sept boisseaux de fleur de farine. Pendant que l'archevêque bénissait ce pain colossal, et qu'on le distribuait aux assistants, deux des boulangers restèrent auprès de l'autel avec leurs torches allumées; deux autres allèrent donner le signal au château, qui, au moment même de l'élévalion.
fit une bruyante décharge d'artillerie.
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A la suite de cette fête, ëlectrisé par ce (jue l'on avait fait pour les Capucins, un gentillâtre, nornmé Bastardeau de Ballaiges, dota la fabrique de son village de 40 sous de rente, moitié pour acheter des fouaces destinées à régaler les jeunes lilles, l'autre moitié pour payer un ménétrier et les faire danser !
Henri IV, malgré ses grandes qualités, malgré son retour sincère à la foi catholique, malgré ses promesses, sa bonne foi, sa clémence, ne put échapper aux fureurs que le fanatisme n'avait cessé, pendant tout son règne, d'exciter contre sa personne.
'Après son absolution en cour de Rome, ayant obtenu de faire annuler son mariage avec Marguerite de Valois, il avait, se riant des brigues ambitieuses de la marquise de Verneuil, épousé Marie de Médicis. Les jalousies réciproques de la reine et de là favorite et les continuelles infidélités du roi troublaient souvent l'union du royal ménage. La reine, d'un naturel fort borné, ne faisait rien sans le conseil d'aventuriers 'italiens que le roi était assez faible pour tolérer auprès d'elle, quoiqu'ils ne cessassent d'entretenir la colère et la méfiance de la reine contre lui, a ce point qu'elle affectait quelquefois de goûter des mets qu'il lui envoyait. De son côté, Henriette d'Entragues ne pouvait pardonner à Henri ses espérances trompées. Aussi, bien que leurs relations eussent continué longtemps encore après son second mariage, ne cessait-elle de conspirer contre lui. Mais le roi, toujours esclave de ses passions, pardonnait toujours.
Cependant le moment approchait où il allait payer cruellement sa trop grande confiance. Ses tentatives pour enlever Charlotte de Montmorency, que venait d'épouser le premier prince du sang, Henri de Condé, ayant augmenté le nombre déjà trop considérable de ses ennemis, ils ne négligèrent pas cette nouvelle occasion d'aigrir et de soulever contre lui des haines domestiques brûlantes, implacables. La faction autrichienne, toute-puissante sur l'esprit de la reine, et tous ceux qui l'entouraient, vendus à l'Espagne, s'en occupèrent activement. A cette époque, Henri, qu'assiégeaient de noirs pressentiments, voulut quitter Paris et aller porter la guerre en Allemagne. Il se sentait entouré de pièges, et avait hâte de s'y soustraire. Il ne le put. Sous prétexte de faire célébrer le couronnement de la reine, qui n'avait pas encore eu lieu, on le retint. Le sacre se fil le 45 mai, à Saint-Denis, et l'entrée solennelle de Marie fut fixée au dimanche suivant, 4 6 mai. Le roi devait partir le lendemain.
Le vendredi, 14, après son dîner, triste, inquiet, rêveur, il se jette sur un lit sans pouvoir dormir. Pour échapper à cette disposition fâcheuse, il se relève. sort, et va visiter Sully à l'Arsenal. A l'entrée de la rue de la Ferronnerie, un embarras de voitures arrête son carrosse... A ce moment, Ravaillac^monté sur un des rayons de la roue, le frappe de trois coups de poignard, sous (ju aucun des seigneurs présents fasse un mouvement pour arrêter le bras de l'assassin, sans même qu'aucun d'eux se soit aperçu de son action, « chose surprenante, » dit fort naïvement l'Étoile.
L'événement ne surprit cependant pas tout le monde. Trois heures après, le duc d'Épernon, l'épée au poing, forçait le Parlement à déférer la régence k Marie de Médicis, pendant que d'autres seigneurs, h cheval, parcouraient la ville, criant au peuple, afin de le contenir, que le roi n'était point mort, mais seulement blessé.
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'?^mi3iKWi2LU,lL D^'Sgl^Sièlâg
lATOtjEAfflE ANCIENME ET MODERNE PntTiée par L Mercier a Paris ■
Des mesures si bien prises, exécutées avec un tel sang-froid, après un crime semblable, ne donnent-elles pas le droit de supposer que ce crime était prévu, sinon partons, du moins par une partie de ceux que Ton en accusa? Car des soupçons terribles planèrent, dès le premier moment, sur bien des têtes, « et des plus hautes, » et les circonstances qui accompagnèrent le procès de Ravaillac ne furent pas de nature à les détruire.
Ce misérable, pendant l'instruction de son procès, n'avait point été mis au secret. Chacun pouvait le visiter sans difficulté. Le jésuite Cotton, confesseur du roi, profita de cette facilité pour aller voir le prisonnier, et lui recommander de se garder bien d'accuser des innocents. Ravaillac promit et tint parole : il déclara n'avoir point de complices. Toutefois, au moment de marcher a la Grève, il fil appeler le greffier du Parlement, Voisin, et lui dicta un testament de mort. Mais le greffier écrivit d'une façon tellement illisible, qu'on ne put distinguer, sur le parchemin, que des barres et des points.
Le secret du coupable ne lui survécut donc point ; il l'emporta avec lui. Il n'en est pas moins resté hors de doute pour tout le monde que son crime avait été le résultat d'un complot prémédité de longue main, et non j)oint un acte isolé de fanatisme. La reine, la marquise de Verneuil, le duc d'Epernon, les Jésuites, la cour d'Espagne, furent tour à tour accusés d'avoir conduit son bras homicide : or, ces soupçons, justes ou injustçs, sont arrivés jusqu'à nous sans qu'aucun fait ait pu les effacer complètement.
Les Jésuites, auxquels le roi, plein de confiance en leur dévouement, avait, par un codicille, donné son cœur à l'avance, ne craignirent pas de braver cette voix du peuple, qui descend si souvent du ciel, et d'emporter, dans leur collège de la Flèche, « le pauvre cœur, dit l'Etoile, qu'ils souhaitaient avoir depuis longtemps entre'les mains. — Je ne vis là, dit Sully dans ses Mémoires (au Louvre, le lendemain du crime), que des visages composés, qui m'affligèrent d'autant plus, qu'ils s'efforçMient iuutilement de me paraître affligés, ou des visages si gais, qu'ils me firent joindre l'indignation à la douleur. »
Complice ou non de la mort du bon roi Henri, la cour se hâta d'en profiter. Le temps des rois est passé, se disaient les seigneurs, celui des princes et des grands est revenu; il ne s'agit que de se faire valoir. Chacun, en effet, entreprit de travailler pour soi, et d'exploiter à son avantage la régence de la faible Marie de Médicis. Le nouveau roi, Louis XllI, n'ayant encore que huit ans, et ne possédant, par conséquent, aucune volonté, aucune influence, tous les desseins de son prédécesseur furent abandonnés. Sully, l'austère, le rigide censeur, dépouillé de ses charges et renvoyé dans ses terres, les exactions, les profusions recommencèrent, ramenant le chaos là où cet intègre ministre avait créé l'ordre.
Le 15 septembre 1612, une ordonnance défendit aux protestants de s'assembler, la guerre civile recommença, et le prince de Condé, ainsi que les principaux seigneurs, mécontents de la cour, s'éloignèrent. Le traité de Sainte-Mcnehould les y ramena, il est vrai; mais la toute- puissance de Concini, que la reine venait de nommer maréchal d'Ancre, leur parut à tous si odieuse, que la mésintelligence éclata de nouveau. Enfin, au commencement de 1(316, eurent lieu les conférences
de Loiidun, où la paix fut encore une fois conclue par un traité de trente articles. Pour garantie le roi donna le château de Cliinon au prince de Condé.
La cour, pendant les conférences, avait choisi i)our résidence Tours. Elle y resta la plus grande partie de l'hiver et du i)rintemps de 1610. La reine était logée à l'hôtel de la Bourdaisière, bâti, on se le rappelle, un siècle environ avant cette époque, par Philibert Babou, et qui était devenu l'hôtel du gouvernement.
Trois événements marquèrent cette fâcheuse année, dans la ville. Le premier concerne la reine-mère. Arrivé de la veille, le comte de Soissons se rendait auprès d'elle pour lui offrir ses hommages. Au moment où il entrait dans son appartement, le plancher, s'enfonçant, cntrahia le comte dans sa chute; le marquis de Rostaing, les comtes de Villeroi, de Nangis et de Bassompierre tombèrent avec lui. Heureusement ils ne reçurent les uns et les autres que de légères contusions. Quant à la reine, assise au fond de la pièce avec mademoiselle de Vendôme, le chancelier, le président Jeannin, et le secrétaire d'État de Puysieux, la partie du plancher où elle se tenait ayant résisté, elle en fut quitte pour la peur. On attribua faussement cet accident à la malveillance : il ne fallait s'en prendre qu'au mauvais étal des solives.
Le second événement, beaucoup plus grave que le premier, eut aussi de plus funestes conséquences : nous voulons parler du rigoureux hiver qui se déclara si spontanément cette année-là. Il fut si rude, que presque tous les pauvres de Tours en moururent ; que , ne s'arrêtant pas aux classes souffrantes , il alla plus haut chercher des victimes. Les princes, dit Ilichcr, dans son Mercure français, y perdirent tant de valets et de serviteurs, qu'ils se virent forcés de renouveler leur maison. Le roi et la reine eurent à déplorer l'un la mort de son précepteur, Fleurance, et l'autre celle de son médecin, Montalto.
La cour retourna quelque temps après à Paris, où les intrigues et les comi)lots entre le favori et les seigneurs recommencèrent avec plus d'activité que jamais. Le prince de Condé ayant fait sa paix avec la cour et son inlHieçce au conseil étant devenue assez puissante pour contre-balancer celle de la reine-mère, l'Italien Concini et sa femme, Eléonore Galigaï, se sentaient assez disposés à le soutenir , même contre Marie de Rlédicis, a laquelle cependant ils devaient leur fortune ; mais les autres seigneurs voulaient avant tout la perte des deux favoris, et Condé, toujours indécis, n'osait s'opposer directement a leurs projets a cet égard. Les choses en vinrent à ce point que, ne se trouvant |)lus en sûreté à la cour, le maréchal prit le parti de s'éloigner, sous le prétexte d'aller prendre possession de son gouvernement de Normandie. En partant , il engagea la régente à employer la violence, s'il le fallait, pour le maintien de son autorité, et laissa auprès d'elle, pour l'entretenir dans ces dispositions, la maréchale et quelques conseillers d'État dévoués a sa cause, Armand Duplessis, entre autres, depuis cardinal de Richelieu.
L'éloignement du favori ne lit point abandonner ses plans au prince de Condé. Mais il en porta bientôt la peine. Sachant qu'il voulait séparer la reine de son (ils et la faire enfermer dans un couvent, la régente, poussée à bout, le fil arrèler au Louvre, au sortir du conseil. Tous ses |)artisans, secrètement avertis, avaient
déjà pris la fuite. Rochefort, qui commandait pour lui a Cliinon, s'y rendit promplement, dans le but d'armer en son nom. D'un autre côté, la cour envoya le maréchal de Souvré en Touraine, avec une armée. Pour subvenir auv frais nécessités par cet armement, les 40 millions économisés par Sully se trouvant déjà dévorés, on fit publier l'édit de rachat et de revente de tous les greffes civils et criminels. A cette nouvelle, Rochefort se renferme dans sa place, avec une nombreuse garnison et des provisions, résolu a s'y défendre vigoureusement, ou tout au moins à faire payer cher sa reddition à l'ennemi. Toutefois il ne persévéra pas dans cette belliqueuse disposition. Craignant les conséquences de ses bravades, il se rendit à merci (1616).
Enfin, — et ce fut le troisième événement arrivé a Tours, dont nous eussions à parler, — il fut convenu que les fortifications projetées sous François V\ et reprises sous Henri III et sous Henri IV, seraient cette fois terminées. L'arrestation du prince de Condé en fut le prétexte. On craignait que ses partisans, irrités, ne se portassent à de fâcheuses extrémités et n'eussent recours h quelque hardi coup de main.
Par un arrêt du conseil du 10 mars 1616, le maréchal de Souvré et son fils, le marquis de Courtevanes, son successeur dans le gouvernement de la Touraine, furent cbargés d'arrêter le plan des travaux. Comme ces travaux n'existent plus aujourd'hui, il nous a semblé qu'il ne serait pas hors d'intérêt d'en donner un relevé en dessinant l'état de la ville à cette époque.
« Nous avons ordonné, dit le procès-verbal puisé par nous dans Chalmel, que « le dessin de ladite fortification et accroissement sera continué en la forme « qu'il a été commencé depuis le bastion de la Magdeleinejusqu'à la porte Saint- « Éloy; fors que les bastions qui restent a revêtir seront rendus plus aigus, en « sorte qu'ils puissent être flanqués du tiers de la courtine, et par après tous leste dits bastions et leurs courtines estre revestus de pierres et murailles de pareille « construction qu'il a esté commencé.
« Et depuis ladite porte Saint-Éloy jusqu'au bastion commencé sur les Grèves, « appelé le bastion Saint-Cyr, qu'il sera fait nouvel retranchement tirant de ladite « porte Saint-Éloy audit bastion, h passer proche la grande mette du faux-bourg « de la Riche, et en l'eslendue dudit retranchement, fait deux bastions, et leurs « courtines, de telle face et forme, que lesdits bastions soient dcifendus comme «. ceux-ci dessus, et seront pareillement lesdits bastions et courtines revestus de « murailles de semblable construction que dessus.
« Et depuis ledit bastion de Saint-Cyr, tirant à la tour carrée et escorcherie « nouvelle, sera la muraille continuée en forme de tenaille, entre lesquelles te- « nailles sera faite une ou deux portes, ou autrement, ainsi qu'il sera avisé pour « aller sur la rivière.
« Et au devant dudit faux-bourg de la Riche, il sera fait un grand portail pour '( aller de la ville sur ce qui reste dudit faux-bourg.
« Que la porte Henry de Rourbon et Saint-Eloy seront parachevées, et pour « plus grande sûreté, seront faits des ravelains ou pièces détachées au devant u d'icelles, ou autrement ainsi (ju'il sera jugé nécessaire.
« Et que lea*eveslissement desdits bastions et courtines en toute l'estendue cy- « dessus, sera fait de quatre toises de hauteur, depuis le sol à rez-de-chaussée «( jusques et compris le cordon, et qu'au-dessus dudit cordon sera fait le parapel « de six pieds de hauteur.
«Aussi nous avons ordonné qu'il sera fait dans l'estendue dudit nouvel enclos « cinq places publiques, à savoir : l'une près la porte Henry, contenant trente-six « toises de longueur et vingt-cinq de largeur, qui s'estendra dans les terres d'un « nommé Mesme, de la veuve Gallée, maison et terre dépendant de l'église et « chapitre Saint-Gâtian de cette ville, appelée la place d'Henry.
« Une autre au droit du bastion de Souvré, près l'église Saint-Jean-des- « Coups, contenant quarante toises de largeur et soixante de longueur, qui s'es- « tendra dans les terres et prés dudit Saint-Jean-des-Goups, de celles de Thi- « bault-LhuilIier, de Douet, Bouchet, et de la petite Bourdaisière et dudit cha- « pitre de Saint-Gâtian, appelée la place de Souvré.
« Une autre vis-à-vis la rue Traversaine de la vieille ville, de pareille longueur c< et largeur, proche de laquelle se pourra construire un palais ou autre édilice « royal, laquelle passera et s'estendra dans la maison et le jardin de (iilles Gra- « vier, dans les jardins et terres de Galliot et Isaac Gravier, et les vicaires de « Saint-Martin, laquelle place se nommera la place Saint-Lonis, du nom du roi.
Une autre près la porte Saint-Éloy, s'il est par cy-après jugé nécessaire, et au « lieu le plus utile et le plus convenable.
« Et la cinquième devant la porte Neuve, suivant l'alignement des maisons jà « basties audit lieu, laquelle s'estendra encore dans les jardins de laveufve Bibot, « Saunier, et maisons de Caseau, Marain, et appartenances de Ghauveau, Char- « pentier, laquelle place s'appellera Sainte-Marie, du nom de la reine-mère.
« Ordonnons pareillement qu'il sera fait dans ledit nouvel enclos quatre rues, « à sçavoir : deux grandes et deux traversantes ; la première desdites grandes <( rues, appelée la rue Boyale, commençant a ladite place, proche la porte Henry, « tirant à ladite place, proche Saint-Jean, et de ladite place Saint-Jean, passant en « ladite place au bout de la rue Traversaine de la vieille ville, et se continuera « jusque dans la rue Saint-Éloy, sauf à continuer ladite rue jusqu'au bastion qui « sera construit vis-a-vis de Sanitas, et appelé le bastion de Santé, s'il est trouvé « nécessaire. Ladite estant à distance de la dernière allée du Pal-Mail de quarante « huit toises, non compris la largeur de ladite rue qui sera prise vers la ville, de « sept toises de largeur, et passera ladite rue à commencer de la porte Henry, « par les terres deSaint-Gâtian,'etc.
« Et l'autre commençant à ladite place delà porte Henry, finira en droite ligne « dedans ladite place, proche la porte Neuve, en la largeur de six toises, laquelle « rue s'appellera la rue Sainte-Anne, du nom de la reine.
«La première desdites rues traversantes à prendre depuis le Port-Marquel, h « tomber en ladite j)lace Saint-Jean et finir au basiion de Souvré, de la largeur « de cinq toises, et la seconde de pareille largeur de cinq toises, commencera à « la lin de ladite rue Traversaine de la vieille ville, passant par devant le portail « et maison de l'Oyson-Bridé, etc. »
Cependant, après l'arrestation du prince de Condé, le maréchal d'Ancre était revenu à la cour, plus insolent et plus puissant que jamais. Le traité de Loudun, etl'édit de Blois de 1616, pour la pacification des troubles, n'avaient produit nul effet. Ce que voulaient les mécontents, c'était l'éloignemenl du favori et de ses créatures.
Un jeune gentilhomme, de cœur et de tête, Charles d'Alberl, depuis duc de JiUynes, s'insinua en peu de temps dans l'esprit de Louis XIII, et parvint à lui persuader de secouer le joug de la régente. Vitry, capitaine des gardes, reçut l'ordre d'arrêter le maréchal rnort ou vif. Le 24 avril 1619, au matin , celui-ci traversait le pont-levis du Louvre : tout à coup Vitry s'avance et lui demande au nom du roi, son épée. Le maréchal, étonné, recule. Au même instant, deuxcoups de pistolet, tirés à bout portant, retendent sans vie sur le pont. La reine,
MOliï DU MARÉCHAL U'aNCP.E.
au bruit de la détonation, accourut et fut sur-le-champ informée du meurtre. Elle se mit à marcher à (jrands pas, échevelée et battant des mains. Un de ses gens étant venu lui dire qu'on ne savait comment apprendre cette nouvelle à la maréchale :
— J'ai bien antre chose à penser, s'écria-l-elle ; si l'on ne peut dire à lu maréchale que son mari est tué, il faut le lui chanter aux oreilles ! Qu^on ne me parle plus de ces g eus- là !
Ce fut toute l'oraison funèbre du favori.
Peu d'instants après, la maréchale, sur laquelle on lit ce distique italien, que nous ne pouvons bien traduire en français :
Menlre ella visse, lia dnlo a i galli giiai; E al fin, moricndo, ha fntto i galli gai,
fut arrêtée dans ses appartements. Quant à son frère, Sébastien Dori Galigaï, abbé de Marmoutier et archevêque de Tours, craignant la fureur populaire, il se sauva par la porte de derrière du collège de Marmoutier, où il logeait, et alla chercher un asile en Italie, laissant vacants son siège et son abbaye.
Ce dénoûment tragique répandit la joie dans Paris. Nous avons un roi! tel fut le cri général. Le soir, il y eut illumination, feux de joie, danses publiques, comme s'il se fût agi de célébrer une grande victoire. Tqus les mécontents, indistinctement, rentrèrent a la cour. Quant a la reine-mère, reléguée au château de Blois, elle y resta prisonnière jusqu'au 22 février 1619, époque où elle parvint à s'échapper et à rejoindre l'archevêque de Toulouse, fils du duc d'Épernon, qui l'attendait à Monlrichard avec vingt chevaux. Le duc lui-même, à la tête d'une nombreuse escorte, la rejoignit à quelque dislance, et la conduisit à Loches, puis à Angoulôme.
Son exil, cependant, ne dura pas longtemps. Bientôt elle lit sa paix avec le roi, par l'entremise des cardinaux de Béthune et de la Bochefoucauld. On lui imposa la c(mdition de se démettre de son gouvernement de Normandie, en échange duquel lui furent données les villes de Chinon et d'Angers. Cet accord conclu, Marie partit d'Angoulôme pour venir rejoindre son fils. Plusieurs prélats allèrent audevant d'elle jusqu'à Sainte-Maure. Le roi, de son côté, la jeune reine, Anne d'Autriche, et presque toute la cour, la rencontrèrent a Couziers, château situé sur les bords de l'ïndre, et appartenant alors à l'illustre maison de Uohan. L'entrevue eut lieu dans le jardin du manoir. Le roi montra beaucoup de tendresse pour sa mère, qui en parut sincèrement touchée. Néanmoins elle ne put s'empêcher de lui dire avec une malicieuse intention :
— Monsieur mon fils, vous vous êtes fait bien grand, depuis que je ne vous ai vu.
A quoi le roi lui répondit fort h propos :
— Je suis crû, madame, pour votre service.
La cour resta peu de temps à Couziers. Elle se rendit à Tours, où Louis XIII et les deux reines furent reçus avec une grande distinction, et d'où ils allèrent s'établir passagèrement au Plessis. Au milieu des fêtes et des réjouissances ordonnées en cette circonstance, la reine-mère posa la première pierre du couvent des R. P. Récollets, qui venaient d'être introduits à Tours en même teuips (pie les Feuillants. Le roi voulut être le fondateur de ce dernier ordre, et, par lettres patentes données au Plessis, le 14 juillet KMO, il leur accorda, avec le prieuré de Saint-.lean-des-
Coups, oOO livres de rente sur la recette générale de Touraine, en attendant mieux. En effet, l'année suivante, il doubla la somme. Le futur cardinal de Hiclielieu, alors simple évêque de Luçon, bénit la première pierre de leur couvent, qui fut posée par le roi.
CIIATK \r IIK COIZII'.HE, ArPAIlTEN'NT A H. 111-; KRKSNKS
Louis Xlll avait deux passions dominantes : celle de la chasse au leurre, et celle du tir à l'arquebuse. Sachant que Tours possédait mw com|)agnie de citadins dont la réputation comme tireurs était grande, il les lit venir au l'iessis, et voulut engager iine partie avec eux. Il plaça lui-même le but à cent pas, et offrit un prix de 100 pistoles. Le preniier qui tira fut le comte de Gourtenvaux; le second, le duc de Monlbazon ; le troisième, un bourgeois; le quatrième, le marquis de Toiras; le cinquième, le roi; le sixième, un bourgeois, et ainsi de suite. Toiras fut proclamé vainqueur, et le roi, après lui, se rapprocha le plus du but. Un souper splendide suivit la partie, et les citadhïs s'en retournèrent au bruit des tambours et des cymbales, tout fiers d'avoir disputé d'adresse avec leur gracieux souverain. Que ne fait-on pas du peuple avec des caresses I
Par son attention à llalter les goûts du monarque, Charles d'Albert avait achevé de gagner ses bonnes grâces, et s'était rapidement élevé au plus haut degré de la faveur. La reine-mère, dont* le but principal, l'éloignementet la perte de ce nouveau favori, avait été manqué, ne voulut pas suivre la cour a Paris. Elle se rendit dans son gouvernement d'Angers, où les seigneurs mécontents de la cour ne tardèrent pas à venir se grouper autour d'elle. De leur côté, les protestants, continuellement inquiétés par les mauvaises dispositions du gouvernement h leur égard,
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se révoltèrcnl ; ol la giiorre civilc' recommença avec loules ses phases accoutulUée^, le inanque de Iravail, la misère et la faim pour les pauvres gens.
Le menu peuple, incapable de remonter des effets aux causes, attribua tousses maux à la révolte des religioiniaires, et sa fureur contre eux s'en accrut, notamment à Tours. Les esprits ainsi surexcités, le plus léger prétexte suffit pour porter à la sédition; c'est ce qui eut lieu au mois d'avril lO'ii.
Un pauvre logeur, Martin Lenoir, s'était converti depuis peu au protestantisme. Cette circonstance, jointe aux scandaleuses intrigues de sa fennne, et aux éclats bruyants et cyniques dont retentissait chaque jour ou plutôt chaque nuit sa maison, l'avait rendu l'objet des railleries du peuple. A ces railleries succéda une sorte de haine. Ou l'appelait, i)ar dérision, Martin Luther. On alla même jusipi'h faire son effigie en paille et à la brûler, après l'avoir traînée par les rues.
Martin Lenoir étant mort le vendredi 16 avril, ses coreligionnaires gardèrent son corps justpi'au dimanche suivant pour l'enterrer avec plus de convenance. Peutêtre voulait-on le dédommager, par cet honneur posthume, des outrages qu'on lui avait prodigués de son vivant. C'était une grave imprudence. Des enfants catholiques, plus étourdis que malveillants, se mêlèrent au convoi, et commencèrent h le troubler en chantant contre le défunt des couplets du genre de celui-ci :
Lv plus gnind corn a ni (Jiii soil dans la France, (;Vsl Marlin Lenoir, Telle est ma croyance, Guéridon.
D'autres enfants avaient fait des croix de bois qu'ils portaient, avec mille singeries, devant le cortège funèbre. Impatientés, perdant toute prudence, les calvinistes frappèrent assez rudement deux des [dus turbulents. Les parents, h cette vue, prennent aussitôt pour eu.x fait et cause, leurs camarades s'arment de pierres, le peuple sommet de la partie, là mêlée devient générale. Les réformés, inférieurs en nombre, se réfugient dans une maison attenant au cimetière, où le maire' est obligé de se transporter pour protéger leur sortie. Mais il s'était à i)eine retiré, que les enfants, réunis en plus grand nombre, envahissaient le cimetière et déterraient Vîarlin Lenoir.
Quelques heures après, deux mille individus sortent de la ville, se portent vers le temple des huguenots, dans les environs du Plessis,le pillent, y mettent le feu, dévastent la maison du concierge , et boivent ou répandent son vin : l'émeute dégénérait en orgie. Le maire, averti, envoie trois com|)agnies bourgeoises pour disperser les mutins. Elles venaient a i)eine d'arriver, lorstpn; le bruit coiu-ut (pie lès religionnaires restés en ville mettaient à sac le logis des catholi(jues. Ce fut alors ime sorte de sa'uve-qui-peut général ; chacun se retira en désordre pour all(M' défendre son foyer.
Heureusement ce n'était qu'une fausse alerte, propagée sans doute h dessein. Le bruit n'avait en pour cause (pie l'arrestation de deux prolestants , la Houssaye-Marchant et (îuillochon (celui-ci lieutenant de maréchaussée ), qui voulaient
se l'en (Ire au lieu du rassemblement, à cheval et le |)islo!et- à l'arçon. Conduits tous deux en prison, le tumulte s'apaisa, et l'on put se saisir sans opposition des coupables.
Le roi, averti a Fontainebleau de ce qui venait de se passer, par un courrier que lui dépêcha le maire, chargea le seigneur de Melleville-le-Doux, maître des requêtes, de se rendre sur-le-champ à Tours, pour y dresser une enquête. Melleville, informations prises, ordonne la mise en liberté de Guillochon et de la Houssa} e , ce qui cause un nouveau soulèvement pli:s violent encore que le premier. La foule, ameutée, se rassemble aux portes du palais, criant qu'on va pendre les catholiques ; les fenêtres et les portes de la chambre criminelle sont brisées, les prisonniers délivrés, les magistrats obligés de fuir à la hâte, et de se cacher qui dans les caves, qui dans les greniers, qui même sur les toits. L'insurrection se porte ensuite chez les religionnaires. Les bourgeois alors ferment leurs portes, prennent les armes et barricadent toutes les rues.
Mais les mutins ne sont pas hommes a s'intimider. Loin de céder, ils envoient trois d'entre eux pour entrer en pourparler avec le maire. De ces trois parlementaires, l'un se fait bizarrement appeler le capitaine la Fourche, l'autre la Ruine , l'autre Brupion. Ils demandent audacieusement l'élargissement de leurs amis, détenus prisonniers; arrachent l'ordre au maire et au lieutenant-général; exigent qu'il leur soit promis, sous serment , qu'on oubliera les scènes violentes qui viennent d'avoir lieu, et se rendent eux-mêmes, pour plus de sûreté, h la prison avec une escorte, afin de procéder, séance tenante, à l'exécution de leurs réclamations.
Ces excès n'empêchèrent pas l'envoyé du roi de poursuivre l'objet de son mandat et d'instruire. Louis XIII vint alors de sa personne pour réprimer l'anarchie, h la tête de huit conqjagnies de ses gardés, et cinq séditieux des plus compromis furent condanuiés et pendus. Un moment même il fut question de raser complètement le faubourg de la Iliche, où d'ordinaire se concentrait l'émeute ; mais l'archevêque de Tours, Bertrand d'Eschaux, étant intervenu, et ayant supplié le roi de n'en rien faire, on renonça au projet.
Tons ces faits, et tant d'antres qui ne sont point du ressort de notre sujet, n'étaient pas de nature à rassurer les religionnaires, ceux de Tours [larticulièrement. Dépossédés de leur temple ruiné par la flamme, et de leur cimetière converti en un chemin public, ils ne savaient où se réunir. L'Église consisloriale, en leur nom, adressa au roi une humble requête, tendant à obtenir un lieu pour faire ses prières, un coin de terre pour ensevelir ses morts. Louis W\\, alors à Niort, répondit aussitôt i)ar un arrêt favorable : il accordait aux réclamants 19,000 livres, destinées à pourvoir aux frais d'un nouveau temple, nommait un commissaire pour estimer le dommage causé aux particuliers iiencfant les derniers troubles, et déclarait les |)rendre sous sa protection et sauvegarde.
Promesses illusoires! engagements fictifs qui n'avaient rien de sérieux! Les religionnaires ne reçurent aucune satisfaction; au mois de mars 1623, ils n'avaient pu encore se faire délivrer la somme promise. Enlin , de nouvelles reipiêtes ayant été par eux présentées au roi a ce sujet, non-seulement il n'y eut
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nul é'^àï\\, mais cnrote il lit lépondrc (jue, cjuaiit au rétublissemeiit et réfection du temple. Sa Majesté en remettait le soin et dilifjence aux supiiliants eux-mêmes. Plaisante manière de s'approprier les bénérices de la prescri|)tion ou de l'aire honneur a sa signature !
En pareil Cas, les subordonnés croient *de leur devoir d'imiter servilement leur maître. C'est ce que (irenl les édiles de Tours. Témoins de l'espèce de dédain ou du moins d'indifl'érence avec laquelle le roi accueillait les doléances des réclamants, ils procédèrent, quoi qu'on fit pour s'y opposer, a la vente de l'emplacement de l'ancien ten)ple, et du prix qu'on en retira achetèrent, au nom de qui de droit, il est vrai, un autre terrain situé dans le fief de Charantais, mais beaucoup trop éloigné de la ville pour qu'on pûl^en tirer parti.
On comprend facilement combien ces |)ersécutions, ces tyrannies, ces dénis de justice, que le mauvais vouloir évident de la cour augmentait encore; combien les vexations continuelles auxquelles ils étaient en butte de la part des autorités, de la force publique, devaient faire naître d'inquiétudes et a la fois d'irritation chez les réformés, entretenir en eux cet esprit de révolte qu'on leur a si souvent, si injustement reproché, m
Sur ces entrefaites, le bruit se r^^andit que les Jésuites Tenaient de reparaître. Déjà, en 1625, ils avaient tenté de s'introduire a Tours; une vive opposition s'était manifestée (Jans le corps municipal, qui refusait de les admettre. L'opinion publique repoussait avec non moins d'énergie cet ordre fameux , fort compromis dans les troubles de la ligue, et aux doctrines duquel, a tort ou à raison, on imputait la conqilicilé des crimes de Jacques Clément et de Ravaillac.
Sans se décourager, les Révérends Pères reviennent ii la charge, jtrennent cette fois leurs mesures pour ne pas subir un nouvel échec, et ont, dans ce but, recours au prince de Condé, gouverneur de laTouraine, l'un de leurs phis fervents adeptes. Ils ne pouvaient, .en effet, .s'adresser à meilleure parAie. I.e prince se rend exprès à Tours, on, h peine arrivé, il convoque le conseil mnniciiial afin qu'il ait h délibérer sur la demande h lui adressée. Pour que le résultat de la délibération soit conforme à ses vues, il a le soin, dès le commencement de la séance, d'exhiber des lettres de cachet en blanc dont il est porteur. Ce moyen quelque peu grand seigneur, et inusité jusqu'alors, d'influencer les suffrages, obtint — en pouvait-il être auti'emenl?— tout le succès qu'on en attendait. Malgré l'universelle répulsion qu'elle insjnrait à tout le monde, la compagnie l'emporta et s'établit dans la ville. Puis, fidèle h ses principes envahissants, elle s'empara, par un procédé analogue h celui dont nous venons de parler, du collège de Marmoutier , situé a Paris, rue Saint-Jacques, pour agrandir son collège de Clermont.
Moins de dix ans s'écoulèrent, pendant lesquels la marijuise de Verneuil mourut de dépit et tout a la fois de remords a l'abbaye de Deaumont-lez-Tours, où ses intrigues par trop audacieuses l'avaient fait reléguer; jjendant lesquels aussi, un jeune gentilhomme tourangeau, Cinq-Mars, que les mêmes raisons ne protégeaient pas, alla porter à l'échafaud sa tête et .son cœur, événement que nous retrouverons ailleurs; pendant lesquels enfin, Richelieu lui-même, tout-puissant (ju'il fût, vil approcher son heure dernière.
ANClEiNNE ET MODERNE.
La morl de ce grand homme d'Etat, dont nous n'avons rien dit jusqu'ici, mais sur le compte de qui nous aurons également occasion de revenir, en parlant de la ville qu'il fonda en Touraine, sa mort, discns-noi.s, accueillie d'î.ljord avec une sorte d'allégresse, sembla devoir ne rien changer aux aifaires. Mazarin, désigné au roi par Richelieu lui-même à l'heure dernière, lïit mis à la tête du conseil, et le roi écri>it aux Parlements, aux gouverneurs des provinces, aux ambassadeurs près les cours étrangères, qu'il étr.it résolu de conserver tous les étoblissements ordonnés durant le ministère du fm cardinal, et de suivre tous les projets arrêtés avec lui, au dehors et au dedans du royaume.
Mais la mort, en venant frapper Louis XIU à son tour, ne lui laissa pas le temps de réaliser ses projets, llichelicu avait a peine rendu l'âme, que l'on vit le
JKIHi DK iutHi:i,ii;i'.
roi décliner rapiiiement. Ce fut à ce point, que les minisires, effrayés, songèrent à se prémunir contre les chances que pouvait leur faire courir sa lin prochaine. Tous, simultanément, ils se rapjirochèrent de la reine et de Gaston, ouvrirent les l)risons, laissèrent revenir tous les grands seigneurs jjrcscrits, lesquels, au reste, n'avaient jias attendu l'autorisation pour reparaître h la cour.
— Ces (jens-ci, bulbulia le roi en les voyant le regarder curieusement sur son lit de douleur, viennent voir si je mourrai bientôt ; mais, que j'en puisse revenir, et je leur ferai fayer cher le désir qu'ils ont que je finisse!
Il expira le 14 mai 1G45, après avoir fait un testament par lequel il nommait Anne d'Autriche régente, (laston d'Orléans lieutenant-général, leur adjoignait un conseil de régence, et voulait qu'ils n'eussent l'un et l'autre (|ue leur voix au
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conseil, sans aucune |jiéj)ondéi'ance. Le nioribon»! obligea tous les assistants a signer devant lui celte suprême expression de sa royale volonté, et a en jurer le maintien, ce qu'ils lirenl, la reine et ses partisans ne dissimulant pas leur njécontentement et n'ayant pas même la décence d'en sauver du moins les apparences.
Louis XIII était âgé de quarante-deux ans, et en avait régné trente-trois.
Le mot qu'il prononça au moment où son ami, son favori, où Cincj-Mars enfin marchait au supplice ; la froide insensibilité avec la(|uelle il laissa mourir sa mère dans l'exil, dans l'abandon, presque la misère ; la facilité avec laquelle il livra les siens aux persécutions, aux bourreaux d'un ministre qu'il haïssait, donnent la mesure du caractère de ce prince, caractère plus inexorable encore que faible, et fermé à tout entraînement généreux.
Le lendemain de son décès, Anne d'Aulriclie ramena a Paris le jeune roi, Louis XIV, au milieu d'une brillante escorte de noblesse; trois jours après, le testament de Louis XIII fut cassé, et la régence conférée sans partage à la reinemère. Les seigneurs, ennemis de Ilichelieu, s'attendaient à voir tomber entre leurs mains les faveurs et le gouvernement. Il n'en fut rien. La reine, effrayée de leurs prétentions, conlia le pouvoir à Ma/arin seul. Mais une pareille mesure devait causer trop de déceptions à la cour, pour ne pas y occasionner un bouleversement. Uésnj)pointés, en effet, pleins de colère, le duc de lîeaufort et f^cs importants n'épargnèrent rien, ni brigues, ni menaces, pour abattre le premier ministre, et, comme la reine demeurait inébranlable, la guerre de la Fron<le éclata.
Loin d'avoir le caractère acerbe et violent des guerres de religion, celle-ci, futile dans ses causes, bouffonne dans ses détails, mdle dans ses résultats, fui |)Our ainsi dire une sorte de champ clos où chacun vint faire tissant de bons mots, de pamphlets, de harangues, de chansons et de diatribes. On y vil des femmes commander inlrépidement des armées, emporter des villes par surprise ; des cardinaux, tribuns de carrefour, faire de la jjropagande en plein vent; de graves magistrats, l'hermine à l'épaule, argumenter à coups... de poings. On s'enrôlait dans la fronde ]:onr faire quelque chose. On retournait ensiiite a la cour, |)our varier ses passe-temps, ses distractions, ses plaisirs. Le qu'il y 'avait de plus étrange, de plus caractéristique, c'est qu'en agissant de la sorle, on ne savait bien exactement ni pourquoi, ni comment, ni cecju'on voulait, ni où l'on allait. On obéissait malgré soi à ce besoin fébrile, instinclif |)eut-être, d'agitation et de mouvement que comuninique au corps et à l'esprit un long repos forcé.
Mazarin, pâle copie, au fond, de liichelieu, mais habile, mais |)rudent, surtout ])lein de ruses, n'essaya |>as de braver la bourrasque ; il se retira, laissant chanter le peuple, ferrailler les seigneurs, elle Parlemenlselivrer au débordement de ses harangues. Puis, quand chacun fut las de s'agiter dans le vide, il revint, exerça le pouvoir le plus absolu, écrasa ses ennemis de ses faveurs, les indifférents d<' ses dédains, les mettant ainsi plus bas tous (jue la hache de Ilichelieu n'eût pu le faire.
La guerre, ou mieux, pour être plus exact, réchauffoun'e de la fronde, n'eut de retentissement que dans quehjues provinces. Beaucoup, la Touraiiie entre
autres, ne s'en occupèrent pas. Le tumulte qui eut lieu à Tours, en 1G40, n'en fui nullement une des conséquences : la politique n'y eut aucune part. Les commerçants, les industriels, avaient obtenu la suppression des droits sur leurs marchandises ; mais comme l'impôt se déplace quelquefois sans jamais se restreindre, le dégrèvement des marchandises avait été opéré aux dépens du vin et des dem'ées de première nécessité. Or, bien qu'à celte époque ce mode de dégrèvement du plus riche au détriment du plus pauvre ne fût pas nouveau, le peuple de Tours se souleva, et l'exaspération prit de telles proportions, qu'il fallut envoyer des troupes pour rappeler a l'ordre les récalcitranls.
Au plus fort de la fronde, la reine-régente, privée des conseils de son minislrc, pour le moment retiré à Cologne, et vivement pressée par les seigneurs, avait consenti a convoquer les Etals-Cénéraux à Tours. Les députés furent exacts à se rendre a leur poste (8 septembre 1651 ). Mais le rusé cardinal, qui redoutait plus la décision des Etats (jue tous les arrêts du Parlement, parvint, du fond de son exil, a renverser tous les projets de la noblesse, et les dé|)utés retournèrent au fond de leurs provinces sans avoir pu prendre aucune détermination.
Deux ans après, Louis XIV vint lui-même a Tours, et fut reçu chanoine honoraire et abbé de Saint-Martin. A cette époque, la ville comptait une population d'environ quatre-vingt mille âmes; mais cette |)opulation si considérable était rongée par la plaie habiluelle aux grands centres, la mendicité, plaie que les maladies, et, f)lus encore, la fainéantise, tendaient sans cesse à accroître. L'intendant de Héere et l'archevêque Victor le Bouthillier eurent des premiers la pensée de circonscrire les progrès du mal. Ils obtinrent un arrêt du conseil (février 1656), portant autorisation de fonder un hô[)ital général destiné à tenir renfermés les pauvres de la ville, de Marmoutier, du Plessis et de Heaumont, et à les y occuper aux travaux de la soie. Un appariteur, escorté de deux habitants pris dans la milice bourgeoise, h tour de rôle, et sous peine de trente sous d'aniende pour ceux qui refuseraient leur concours en cette circonstance, devait se tenir à chaque porte de la ville, y arrêter les mendiants et les conduire à la maison de travail. En même temps, une ordonnance royale défendait aux habitants de Tours de faire l'aumône a leurs portes, sous peine de oOO livres d'amende.
Les bâtiments de cet hospice furent établis sur renq)lacement de l'espèce de lazaret, appelé Sanitas, où l'on déposait primitivement les pestiférés. Mais bientôt, reconnaissant qu'il se trouvait trop voisin de la ville, les fondateurs le tirent transporter au lieu dit la Métairie, près du Cher.
Plusieurs années s'écoulèrent ainsi dans une sorte de calme à peu près complet. Les Jésuites alors, qui, depuis 1652, où ils avaient obtenu, nous savons de quelle façon, l'autorisation de s'établir h Tours, mais qui, jusqu'ici, ne s'y étaient <|u'imparfaitement fixés, faute d'un local convenable, songèrent enfin à sortir de cette ju'écaire et fausse position. Ils firent acquisition de l'hôtel IJoucicaut, construisirent une église à côté, et prièrent l'archevêque de Tours, Amelot, d'en poser la première pierre.
LesHévérends Pères, une fois installés dans leur nouveau local, ne tardèrent pas h s'immiscer en toutes choses, h consolider leur crédit, h s'emparer surtout de
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l'enseignement. L'hahilelé, la prudence, le machiavélisme même, — ponnpKti ne le dirions-nous pas? —qu'ils surent mettre enjeu, dépassent toutes limites. Ainsi, le collège fondé en 1515 par le président de Fortia, n'ayant été donné à la ville que squs la condition expresse que la compagnie de Jésus n'y pourrait jamais professer, celle ci, par des manœuvres dont nous nous abstiendrons de qualilier la souplesse, l'insidieuse persévérance, obtint, — victoire étrange! — que l'on trancherait la dilïiculté, non point en mettant ks Jésuites dans le collqic mais le colleije chez les Jésuites.
C'est a l'instigation de ces fervents disciples d'un homme plus céièbre peut-être qu'il ne le méritait, que l'on attribua toujours la révocation de l'édit de iNantes. cet édit fatal, imprudent, despotique, à l'exécution duquel sont à jamais allachés. comme au pilori de l'histoire et de la réprobation générale, les noms du chancelier Michel Lctel lier et de son lils.
L'édit de Nantes, dont les fâcheuses conséquences se lirent sentir dans toute la France, atteignit profondément Tours. La population de celte ville diminua de près des trois quarts. Plus de trois mille familles prolestantes, représentant à peu près soixante mille personnes, s'éloignèrent, portant à l'élranger leur industrie, leur fortune. Quatre cenls communiants seulement demeurèrent, <jui n'avaient pas les ressources nécessaires pour aller demander îi l'exil le pain et la liberté de conscience que leur refusait maintenant la patrie.
Tours ne se put jamais relever de cet échec; la po|)ulation ne fit que décroître. De quatre-vingt mille habitants, elle était tombée, en 1G98, d'après le dénombrement de l'intendant IIuc de Miromesnil, h trente-lrois mille seulement, liienlôt •elle fut réduite au chiffre de vingt ou vingt-deux mille âmes. Sept cents moulins à ouvrer la soie, huit mille métiersà tisser les étoffes, et, disent les Tableaux Chronolo()iques, trois mille métiers de rubannerie et de passementerie, qui faisaient In prospérité du pays, disparurent.
Sil est vrai, comme l'a dit de Guérie, qu'à Voubli d'une offense on connait un (jrandcœur, c'est surtout aux édiles de Tom's qu'il convient d'appliquer ce mot célèbre. Malgré les blessures, toutes vives, toutes béantes encore de la ville, en 1688, ils n'en crurent |>as moins de leur devoir d'élever un arc de triomphe à Vauteur de tant de maux. Situé à l'extrémité d'une rue nouvelle, qui venait du Mail aboutir au quai, sur la Loire, ce monument, connu à Tours sous le nom de Portuil-JSeuf, a été détruit, en 1794, lors de la construction de la rue Hoyale actuelle. On lisait sur le frontispice, en lettres d'or,' cette inscription si simple et tout à la fois si pompeuse :
LVDOVICO MAGNO.
N'était-ce pas, en quelque sorte, élever un autel à la tyrannii; et déifier le mal ?
Cependant la gloire du Grand Roi comme lui déclinait. La pénurie de son trésor était telle que, pour y obvier, il n'y avait sorte de moyens, si peu réguliers (pi'ils fussent, auxquels on n'eût recours. Jusque-là toutes les charges municijiales avaient été obtenues par la voie de l'éligibilité. Une ordonnance du mois d'aonl
l(39ii en décréta la véiialilé. Mais le produit de leur vente ne l'ut pas d'une grande ressource pour l'État; dans beaucoup de villes, à Tours notamment, le mairat, mis à l'encan, ne trouva point, et cela devait être, d'acquéreur. En ce temps-là les places n'étaient pas recherchées avec autant d'avidité que de nos jours; or, jeter aux bras du plus fort enchérisseur, comme une proie^ un poste aussi éminent que celui de maire, et de maire d'une grande ville, c'était le déprécier, loin de lui donner de la valeur.
En ce temps-là aussi, beaucoup de cités des plus importantes, dévorées par une misère effrayante, oflraient un triste et navrant aspect. Le mendiant, devenu vagabond, le vagabond voleur, le voleur assassin, parcouraient hardiment les rues. Personne, la nuit venue, n'osait franchir le seuil de sa porte, s'aventurer au dehors.
Un pareil état de choses n'était pas lolérable. Trente ans auparavant, le lieutenant de police, Nicolas de la Reynie, avait imaginé d'éclairer Paris avec des lanternes : il en fut de même pour Tours. On nomma ensuite un troisième lieutenant du grand bailli, lequel fut chargé de s'opposer aux enqjiétements, chaque jour plus sensibles et plus désastreux, des malfaiteurs et des coupejarrets.
Sur la fin de 1707, de nouveaux malheurs vinrent fondre sur Tours. Peu s'en fallut que cette ville ne pérît par les eaux, réalisant une vieille tradition qui veut (jue ce soit le sort réservé à cette antique cité. 11 tomba tant de pluie, en peu de temps, que la Loire s'éleva, le 8 octobre, à la hauteur de vingt-deux pieds. Le Cher, d'un autre côté, ne crût pas dans une moins grande proportion ; trois pieds de plus, et ses (lots, poussés par la force même de leur irruption, atteignaient la crête des remparts du Mail. La levée, au midi de la Loire, ayant été emportée sur une longueur de cinquante toises, la commune entière de la Ville-aux-Dames fut inondée, et le sol couvert de sable en si grande abondance, qu'il y en eut de huit à dix pieds dans les endroits les plus bas.
Le même fléau se reproduisit à la suite du fameux hiver de 1701) : la Loire et le Cher se joignirent, détruisant toutes les récoltes à plusieurs lieues à l'entour; seulement, cette fois, au lieu d'ensabler les campagnes, les deux fleuves couvrirent leur surface d'un limon si gras, si fertile, qu'il leur lit produire l'année suivante une double récolte.
Louis XIV, dont Bolingbroke a dit : « Il fut, sinon le plus grand roi, du moins « le plus grand acteur de royauté qui fut jamais, » Louis s'éteignit plein d'amertume et de regrets. Madame de Maintenon, le duc du Maine, Letellier, son confesseur, à l'insatiable, à l'égoïste ambition desquels il avait tout sacrilié, abandonnèrent son lit de mort. Des mains étrangères lui fermèrent les yeux. Affligeant mais frappant exemple des grandeurs et des vanités de ce monde ! Prince superbe, au temps de sa puissance, faisant vibrer son autocratique cravache, il semblait heureux d'atteler à son char, l'État, sa famille, ses plus dévoués serviteurs : aux jours des revers, alors que la France gémissait encore sous le poids des journées d'Hochstedtt et de Blenheim, alors que les brillants faits d'armes de Villars et les lauriers cueillis par lui à Denain couronnaient la
Jtls LA TOURAINE
France, mais ne dérobaient point sufiisamment a ses yeux soii hinnilialion,ses sacrilices, ses soulTrances, lui, le roi, le lier, l'arrogant monarque, il rendait le dernier soupir, sans qu'un parent assistât à son agonie, sans qu'un ami pressât sa main défaillante ; peut-être même entendait-il bruire à ses oreilles la malédiction de ses peuples !..
Un concert étrange de cris joyeux et de furieuses clameurs suivit en eiïet jusqu'à Saint-Denis le royal cadavre. Quelques-uns couvrirent de boue son cercueil. D'autres voulaient, avec les torches funéraires, aller incendier les maisons des Jésuites. Moins véhéments, pendant ces scènes lugubres, signes terribles, effrayants précurseurs de la tempête qui grondait sourdement au fond de ses abîmes, et faisait chaque jour double marche, les paisibles citadins de l'aris, assis sous des tentes dressées sur la roule de Saint-Denis, buvaient et chantaient, jetant de temps à autre un dédaigneux regard dans la direction du convoi, et paraissant se dire que c'était également celui de la vieille monarchie.
Pendant un règne de plus de soixante-douze années, Louis XIV, qui fut plus grand par son siècle, que ce siècle lui-même le fut par les vertus, les qualités privées ou publiques de ce monarque, Louis XIV avait vu successivement mourir le dauphin, son (ils, et presque tous ses petits-fils. Louis XV monta sur le trône. Mais, comme ce prince n'avait encore (jue cinq ans, la régence revint au duc d'Orléans, dont nous n'avons rien à dire ici, si ce n'est, qu'avec un noble caractère, au fond, il laissa de fâcheux souvenirs.
Une nouvelle crue extraordinaire de la Loire et du Cher désola le pays dans le courant de 1754. Monseigneur de Rastignac, archevêque de Tours, reçut et hébergea dans son palais un grand nombre d'habitants des campagnes, que les eaux avaient chassés de leurs demeures.
Quelques années après, le Parlement attribua définitivement le chapitre de Saint-Martin à la juridiction de l'archevêque, et la mense abbatiale de Marmoutier, dont le revenu s'élevait déjà à 19,000 livres, fut réunie à l'archevêché, après la démission du prince-abbé de Clermont.
Le commerce et l'industrie de Tours ne purent jamais reconquérir leur prospérité première. On avait, si nous pouvons nous servir de cette métaphore, passé la charrue sur leurs ruines et semé du sel à la place. En vain le roi ordonna que la généralité serait annuellement imposée de 3,000 livres, puis de 5,000, deslinées à entretenir des pépinières de mûriers blancs. Les métiers à tisser la soie n'en diminuèrent pas moins tous les jours.
Plus tard, on établit à Tours une manufacture royale de damas et de velours, façon de Gênes, composée de vingt-quatre métiers mis en activité par autant de maîtres ouyriers, appelés de Gênes même. Cette fabrique, placée d'abord sous la direction d'un M. Hardion, de Tours, dont le i>his grand mérite était d'être frère d'un académicien, ne donna |)as les résultais (ju'on en devait naturellement attendre. Confiée ensuite à MM. Soûlas, dont l'habileté semblait cependant plus incontestable, elle n'en continua pas moins de languir; Indépendamment des causes diverses (jui contribuaient à paralyser son essor, elle avait encore à lutter contre le sentiment de défiance qui ne manque jamais d'accueillir
les prodiiclions d'un pays dans ce pays même. Elle tomba complètement et sans ressource en 1790.
Quarante ans auparavant, le passage d'une nouvelle route dans la ville avait déterminé l'administration municipale à construire un pont sur le Cher, et à élever, pour y arriver, la digue qui conduit au coteau de Grandmont. Dès lors, on supprima l'ancienne entrée de ville, la porte Bourbon, à l'extrémité du faubourg Saint-Elienne, et on la reporta à la tête de cette digue, plantée, en 1757, de quatre rangs d'ormeaux. Il fut ensuite décidé ( ce qui eut lieu) que Ton ouvrirait une voie dans le coteau du nord ; que celle issue, large et profonde, connue sous le nom de la Tranchée, et servant de prolongement h la route de Chartres, aboutirait au i)ont nouveau dont nous parlerons plus tard. Tous ces travaux, exécutés par des régiments qu'on tii venir exprès, introduisir-ent l'usage des garnisons en Touraine.
En 1770, on construisit, par les mêmes moyens, auprès de Tours, la grande digue qui préserve le pays environnant de la réunion, lors de leurs crues, de la , Loire et du Cher. C'est sans doute à cette construction qu'il faut attribuer la suppression du canal, œuvre de Louis XI, vulgairement nommé le Itnau de Sainte- Anne, lequel unissait les deux fleuves, et, tout en rendant service à la ville, entretenait la salubrité publique.
Dans l'intervalle, anéantis enhn, malgré leurs intrigues, les Jésuites avaient Uni par être expulsés de Tours; un dénombrement de la population de cette ville élevait le chiffre des habitants a vingt-sept mille âmes ; la fabrique d'étoffes de soie y occupait encore dix-sept cents métiers, dont le |)roduit montait a 4 millions de francs, à peu près; une manufacture pour le filage de la soie, à la croisure, dirigée par M. Taschereau des Pictières, de douze bassines dont elle se compOvSait à son origine, s'était tellement accrue en si peu de temps, qu'en 1762 elle en comptait quarante-six, qui produisirent 1,087 kil. de soie grége, provenant de 10,213 kil. de cocons, fournis par trois cent quatre-vingt-deux éducations de vers à soie. Encouragés par cette heureuse tendance vers un meilleur avenir, les magistrats de Tours songeaient a orner leur ville de quelques embellissements nouveaux, lorscpie la mort, atteignant inopinément Louis XV, lit ajourner leurs projets.
Le déplorable règne de ce prince n'avait été, pour emprunter le mot énergique d'un contemporain, (ju'une lon()ue et honteuse or(jie. Le peuple, écrasé d'impôts, et la bourgeoisie méprisée, frémissaient sous le joug. Telle était l'imminence de l'orage, que le roi lui-même, malgré son peu de sens et de sagacité, le prévoyait, le sentait grossir et s'en consolait, en disant d'une façon assez triviale, surtout pour un prince :
— Après nous le déluge !
Le déluge fût arrivé plus tôt, sans doute, si Louis XV n'eût trouvé une fin à laquelle il devait s'attendre. Parmi les sultanes trônant a Versailles, Jeanne Vaubernier, comtesse Dubarri, exerçait un souverain empire. Craignant néanmoins qu'avec ses charmes ne baissât son crédit, elle songeait h raviver les sens émoussés de son royal amant, h ranimer en son àme un amour éteint par les saturnales, à galvaniser son cœur, li se rendre enfin indispensable à ses yeux. Un
meunier des environs de Trianon avait une lille d'une beauté peu commune. Se la faire amener, l'intimider, la séduire, quoiqu'elle lïit à |)eine nubile, enlin la jeter dans le lit du monarque, c'est a quoi s'était appliquée l'impudique comtesse. Dieu ne laissa pas impuni tant de cynisme ! La jeune lille portait avec elle les germes de la petite vérole ; elle communiqua le virus à Louis XV, et tous deux succombèrent au mal au bout de quelques jours (10 mai 1774). Quant à l'auteur, involontaire il est vrai de leur mort, il paya plus tard de sa tête son favoritisme. Cotillon III, ainsi que le roi de Prusse avait surnommé madame Dubarri, [)assa sous le niveau du sanglant couteau de 95.
Les premières années du règne de Louis XVI furent aussi beureuses que possible. On appréciait d'autant la paternelle bonté de son cœur, la continence et la régularité de ses moeurs, que son prédécesseur s'était montré dissolu et avait soulevé dans le royaume un profond sentiment d'animadversion.
Louis XVI, que ses adections, ses intérêts peut-être, retenaient à Paris, ne vint point a Tours ; mais deux visiteurs, tous deux lui tenant de près, s'y rendirent, l'un pour satisfaire sa curiosité , l'autre pour répondre à des vues d'État bautement exprimées. Le premier de ces augustes personnages, fut l'empereur d'Allemagne, Josepb II, dont le roi de France venait d'épouser la sœur; le second, fut Monsieur, depuis Louis XVIII. La même année (1777) les vit en Tourainc. Josepb II, à l'occasion de qui les Hongrois, le voyant enfant dans les bras de Marie-ïbérèse, sa mère, avaient prononcé leur fameux serment : Moriamur pro reye nostro Maria- Thereseâ! et dont le roi de Prusse, Frédéric, a dit : « Ce jeune « prince afiéctait une francbise qui lui semblait naturelle; son caractère aimable « marquait delà gaieté, jointe à beaucoup de vivacité; mais, avec le désir d'ap- « prendre, il n'avait pas la patience de s'instruire. » Jugement qui explique, dans les deux dernières lignes surtout, tout le règne du souverain auquel il s'adresse ; Joseph II, enfin, qui s'écriait, en parcourant la France : « Quel empire! la terre et la mer! » et qui dicta lui-même son épitapbe, simple et touchante expression de son cœur : « Ci<jit, Joseph II, rpii fut malheureux daus toutes ses entreprises .^) Josepb voyageait sous le nom de comte de Faickenstein. Les Tourangeaux respectèrent son incoguito, et, se rappelant son exclamation à Caen, où les autorités l'accablaient malgré lui d'honneurs et de harangues : « Je retrouverai donc Paris partout! » Ils eurent le bon goût de le laisser circuler h son aise, comme un simple citadin.
Il n'en fut pas de même du frère du roi. Il venait officiellement à Tours, on l'y accueillit avec les honneurs dus à son rang et tous les égards qu'il savait s'attirer par sa courtoisie.
Une semblable réception attendait deux années après son frère, le comte d'Artois, depuis Charles X. On ne put le faire passer sous l'arc de triomphe élevé naguère à Louis XIV. Ce monument, détruit, avait fourni les matériaux nécessaires à la construction du portail de l'archevêché actuel. Mais on lui offrit, compensation bien mieux appréciée par le prince s'il n'eût eu qu'une dizaine d'années, soixante coffrets de confitures sèches.
On ne fut pas aussi généreux jiour les envoyés extraordinaires du sultan de
Mysore, de Tippoo-Saïh, qui venaient en France réclamer notre appui contre l'Angleterre. A leur arrivée à Tours, qji'ils avaient désiré voir, attirés peut-être par la réputation de cette ville, ils furent modestement logés, eux et leur suite ( une trentaine de personnes), chez l'un des échevins, et le maire, M. de la Grandière , se contenta de les haranguer, faisant des frais d'éloquence en pure perte , les Indiens l'écoutant heaucoup , mais le comprenant fort peu (1788).
Ici, un nouvel ordre de choses se déclare : 89 vient de naître. Une révolution immense est à la veille d'éclater. Q^]uvre de rénovation éblouissante, trop souvent aveugle, brutale, cruelle même, fanatique, ridicule, impitoyable dans l'application des moyens, mais unique et sublime par les résultats ! Fournaise ardente et terrible, des profonds abîmes de laquelle vont jaillir de grandes, de nobles, d'impérissables institutions ! Ere romaine, dans toute la force du terme, marchant d'un pas ferme et glorieux à la conquête des libertés promises au peuple par le Christ ! La révolution française, qu'enfanta la royauté elle-même et que développèrent peu à peu l'intelligence des masses, l'encyclopédie, la civilisation, la ferveur, ressembla, pour ainsi diie, à un vaste creuset où vint s'épurer l'avenir au détriment du passé. Ce fut le dernier anneau du rêve de Louis XI. (Chacun s'y attacha avec une sorte d'enivrement.
La Touraine, nous l'avons dit dans notre aperçu général, affectionnée à ses princes, qu'elle s'était babituée à voir souvent dans son sein, mais, avant tout, et par-dessus tout, dévouée de cœur au pays, se sentit tressaillir au bruit du bourdon révolutionnaire qui allait, à travers tant d'inextricables diflicullés, de malheurs, conséquences forcées des grandes commotions politiques, de sang, de deuil et de larmes, régénérer la patrie, lui donner un nouveau baptême, une force invincible, une incomparable splendeur.
Nous ne pouvons beaucoup nous étendre sur cette immortelle phase de nos fastes, sur les événements qui en furent la suite ; l'espace ne nous le permet pas. Toutefois, ne négligerons-nous rien, pour passier en revue, ne serait-ce que d'une façon chronologique, les faits principaux relatifs h Tours, de 1789 à 1830, Valpha et Vomeya de la plus émouvante période des annales du royaume.
Depuis longtemps, éveillées par les sourds grondements du volcan, la généralité de Tours, comprenant la Touraine, l'Anjou et le Maine, et l'assemblée provinciale de Touraine, s'étaient réunies, séparément, les 30 octobre et 13 décembre 1787, la première, sous la présidence du duc de Luynes ; la seconde, sous celle de l'archevêque, toutes deux pour aviser au parti qu'elles auraient a prendre dans le cas où la lave réussirait a se faire jour. Deux ans après, le 16 mars, voyant le ciel s'assombrir et croyant toucher à la crise, les trois ordres, le Clergé, la Noblesse et le Tiers-État, convoqués a Tours, se rassemblent pour élire les députés qui devront se rendre aux États-Généranx du royaume. L'un des membres de cette as-
semblée, le marquis de Liizignem, y fait une proposition aussi remarquable par l'élévation des principes que par son indépendance et sa générosité, La voici :
uiscoiRs BK M. i.i; M.vr.uns i,i:/.I(.m;.ii.
L'ordre de la ïnorlesse du DAiLLiAGii de touralne, coïnsidéraist que ses membres
SOINT HOMMES ET CITOYENS AVANT QUE d'ÊTRE NORLES, NE PEUT SE DÉDOMMAGER d'uNK manière plus CONFORME A l'eSPRIT DE JUSTICE ET DE PATRIOTISME QUI l'aMME, DU LONG SILENCE AUQUEL l'aBUS CU POUVOIR MINISTÉRIEL LAVAIT CONDAMNÉ , QU'eN DÉCLA- RANT A SES CONCITOYENS QU'iL n'eNTEND PLUS JOUIR A l'avENIR DES PRIVILÈGES PÉCU- NIAIRES QUE l'usage lui AVAIT CONSERVÉS. IL FAIT PAR ACCLAMATION LE VŒIU SOLEN- NEL DE SUPPORTER -DANS UNE PARFAITE ÉGALITÉ, ET CHACUN EN PROPORTION DE SA FORTUNE, LES IMPOTS ET CONTRIBUTIONS GÉNÉRALES QUI SERONT CONSENTIES PAR LA NA- TION, NE PRÉTENDANT SE RÉSERVER QUE LES DROITS SACRÉS DE LA PROPRIÉTÉ, ET LES DISTINCTIONS ESSENTIELLES DANS UNE MONARCHIE , POUR ÊTRE PLUS A MÊME DE SOUTENIR LES DROITS ET LA LIBERTÉ DU PEUPLE, LE RESPECT DU AU MONARQUE ET l/ AUTORITÉ DES LOIS.
Heureux le pays, si cet accord du nionienl eût été général, et surtout durable !
Dans le mois de juillet de la même année, après la prise de la lîastille, événement dont la nouvelle a été partout accueillie avec entbousiasnie, un citoyen lionorable, M. Ferret, est massacré à Tours, comme accapareur de blé (le blé valait alors 50 francs le selier). et la garde nationale s'organise dans le but de maintenir l'ordre.
ANCIENNE ET MODERNE. ^.2r,
En 1790, la France est divisée en départements, et la Touraine reçoit la dénomination du département d'Indre-et-Loire. Tom's, qui comptait alors dix-neuf mille six cent soixante et un habitants, voit s'organiser, pour la première fois, dans ses murs, une société patriotique, dite des Amis de la Constitution, dont la devise : Vivre libre on mourir! est gravée sur son timbre. Cette société, présidée par M. Cartier Donineau, ayant pour secrétaire M. Couéseau, prend une décision d'après laquelle, a considérant qu'on ne peut reconnaître comme évêque du dépar- « tement M, Conzié, qui n'a point prêté le serment prescrit par la loi ; que, par « conséquent, M. Conzié ne pouvant être considéré comme pasteur de la prin- « cipale église de Tours, son ci-devant vicaire général ne saurait lui être substitué « dans un ministère aussi important, etc. » Quelques mois après, un ordre général arrive, et le curé d'Ecueillé, M. Suzor, est élu évêque par le peuple, conformément à la constitution civile du clergé.
La manière dont se fit son installation mérite d'être rapportée.
MM. Marc et Louis Texier-Olivier, Etienne Vidal et René Compagnon (ces deux derniers prêtres), avaient été chargés par la société, dej)uis peu affiliée h celle de Paris, de se rendre à Ecueillé, à l'effet d'y complimenter le nouveau prélat.
A leur retour, ils firent un rapport dont nous donnons la substance : « Prévenu par M. Almain, député par le corps électoral, M. Suzor répondit à nos félicitations avec une candeur et une noble simplicité. Il ne cessa, dans l'intervalle du temps qui précéda son départ, d'être entouré d'une foule de ses paroissiens, de tout âge, de tout sexe, offrant le spectacle le plus attendrissant. Tous ses confrères des environs accoururent, toutes les cloches se firent entendre. La garde nationale se rendit à l'église , où , en présence des officiers municipaux , il célébra lui-même une messe suivie d'un Te Deum. Il se tourna ensuite vers ses paroissiens, et leur adressa une allocution entrecoupée par ses sanglots. Tout le village, en larmes, s'écriait : Mon Dieu! qu est-ce que nous vous avons fait pour nous ôter 7iot' bon curé? ^e\you\SLnt contenir son émotion, le pasteur s'y laissa aller. « Consolez-vous, mes enfants, disait-il à ses ouailles, je ne suis pas perdu pour « vous, et vous ne le serez pas pour moi; je reviendrai quelquefois ici, et vous « n'oublierez pas non plus, quand vous viendrez a Tours, la maison de celui qui ne « cessera de vous aimer. »
A Nouans, à Villeloin , à Beaulieu, à Loches, h Cormery, partout ce fut de même. La garde nationale, les corps municipaux, le district, bannières déployées, musique et tambours en tête, et suivis d'un cortège immense, se précipitaient à sa rencontre. Les uns le congratulaient, d'autres baisaient sa main pastorale, d'autres s'agenouillaient humblement pour recevoir sa bénédiction.
A Grandmont, la garde nationale, en ligne, l'atlendit sous les armes depuis onze heures du matin jusqu'à une heure après minuit. Il fut conduit avec un piquet d'honneur, au bruit de l'artillerie, à la maison commune d'abord, ensuite chez un de ses parents
Le lendemain, une députation des Amis de la Constitution alla le chercher, pour l'amener au sein de l'assemblée, et M. Claude-Alexandre Ysabeau, prêtre
424 LA TOUIUINE
(le l'Oratoire, pour le moment président de la société, lui fit un discours où nous remarquons ces paroles :
« INos yeux sont enfin témoins de cette réforme après laquelle soupiraient dece puis si longtemps les vrais amis de la Religion et de la Patrie. Les Elections « établies ; les Ministres de l'Evangile, revêtus de celte aimable simplicité qui fait « ressortir tout l'éclat de leurs vertus ; le luxe et le scandale qui marche h sa « suite, chassés à jamais hors du sanctuaire, tout nous rappelle à ces heureux « temps de la primitive Église, dont ou no peut lire l'histoire sans atlendris- « sèment.
« C'est vous, Monsieur, qui vous trouvez à la tête d'une nouvelle succession de « Pasteurs, selon le cœur de Dieu, comme ceux qui fondèrent le Christianisme « dans ces climats. Vous étiez digne de commencer cette époque mémorable. « Le choix qu'on a fait de vous remplit l'attente générale, et la haute idée (ju'on « s'était formée d'un évéque librement élu. Lorsque Henri IV vint pour abjurer « ses erreurs, ses gardes repoussaient le Peuple qui s'emj)ressait autour de lui : « Laissez-les s'approcher, dit-il, ils sont avides de voir un roi. » Et nous aussi, « il y a longtemps que nous n'avions vu un pasteur.
« Vous jouissiez de la tendresse naïve des bons villageois dont vous étiez le « père. Transporté aujourd'hui au milieu des villes, vous aurez a combattre « les vices qui y régnent, à vous délier de tous les faux amis, à démasquer les « perfides qui, la bienveillance sur les lèvres, portent la haine dans le cœur.... « La Société, dont je suis l'organe, vous olîre. Monsieur, tout ce qui est en son « pouvoir pour le succès de votre ministère. Vos ennemis seront les siens, c< et vous n'aurez pas de plus zélés défenseurs que ses membres. Nos sages « législateurs ont lié intimement la Religion et la Constitution ; on ne peut pas « être l'ami de l'une sans chérir l'autre. Si vos grandes occupations vous laissent « quelques moments de loisir, venez les passer au milieu de vos frères. Peut-être, « quand votre âme abattue sera tentée de succomber sous le poids de ses peines. « peut-être retrouverez-vous ici les forces et le courage qui vous sont nécessaires. »
Douces et évangéliques paroles que le temps ne devait malheureusement |)as consacrer!...
La société de Caen ayant envoyé a Tours une feuille intitulée : Pacte fédératif des bas-officiers, brigadiers, cavaliers du ré(jimeut du commissaire général, [)acle dans lequel les signataires juraient de ne jamais prendre les armes que pour repousser les ennemis de l'Empire Français, et ceux de sa nouvelle Constitution : d'être toujours les ennemis des aristocrates, et, à la première attaque de leur part, de laver dans leur sang leurs complots et leurs crimes, etc.; et la société de Tours ayant répondu en ordonnant l'impression de cette protestation à douze cents exemplaires ; électrisées par l'exemple, des dames, des demoiselles, se rendent a Tours et vont prêter le sermcntcivique entre les mains du président {\esAmisdela Coustitatiou, en séance publique, aux Minimes. Là, l'une d'elles, fille de l'un des administrateurs du district, dans une sorte de transport qui convenait mieux aux femmes de Sparte qu'à celles de la Touraine, s'élance à la tribune, et s'écrie d'une voix vibrante d'émotion, après avoir applaudi au zèle des membres de la société:
— Guidées par vos exemples, autorisées par votre aveu, vos filles, Messieurs, n'accorderont jamais leur main qu'à celui qui aura constamment aimé et servi la Liberté, les Lois et la Patrie!
Bientôt les événemenls s'accumulent et grossissent. La tourmente révolutionnaire prend des proportions formidables. Les députés d'Indre-et-Loire, élus en vertu de la Constitution de 1791, partent pour se rendre a l'Assemblée Législative. Des émeutes éclatent. Les prêtres non assermentés sont rigoureusement pourchassés. L'église des Cordeliers, qui les recèle, est mise au pillage. Le 17 juin 1792, l'arbre de la Liberté se dresse sur la place de la Municipalité. Le 10, au bruit du mouvement insurrectionnel de la Vendée, la garde nationale départementale s'organise; des enrôlements volontaires sont provoqués par tous les sergents. Le 21, une nouvelle de la plus haute importance arrive : la Convention s'est assemblée, et, dans sa première séance, a décrété sans retour I'aboution de la rovauté !
Dès ce moment tout fut terminé pour l'infortuné Louis XVI. Le déluge, dont avait si cavalièrement et tout à la fois si j)roi)liétiquement parlé son prédécesseur au trône, l'emporta dans sa trombe dévorante. Une fatalité inouïe pesait sur la lôtedu malheureux prince. Comme l'a si bien dit Sieyès : // fut englouti dans le remous politique du pays.
Le 23 juillet 1789, l'Assemblée Nationale déclarait ;
« Le Roi vient d'acquérir plus de droits que jamais h la conliance de ses sujets ; « non-seulement il les a invités lui-même à réclamer leur liberté et leurs droits, " mais, sur le vœu de l'assemblée, il a encore écarté les sujets de méfiance qui « pouvaient porter l'alarme dans les esprits. Il a éloigné de sa capitale les troupes « dont l'aspect ou l'approche y avaient répandu l'effroi. Il a éloigné de sa per- « sonne les conseillers qui étaient un objet d'inquiétude pour la Nation. Il a ra|)- « pelé ceux dont elle désirait le retour. Il est venu dans l'Assemblée Nationale « avec l'abandon d'im jière au milieu de ses enfants, lui demander de l'aider à « sauver l'Etat, etc. » "il^^
Le 21 janvier 1793, la Convention l'enfRVait ala mort !.'?!
Louis XVI, « honnête homme, » ses ennemis les plus acharnés l'ont reconnu, n'avait que de bonnes, de généreuses, de patriotiques intentions. Mais incapable de contenir ou de diriger par lui-même le flot révolutionnaire ; mais tiraillé en tous sens par les anciennes institutions et par de nouvelles, d'impérieuses nécessités ; mais nourri dans les préjugés du droit divin et inamissible des rois, il ne put avec assez d'énergie tenir tête à un mouvement qui eût du reste ébranlé l'organisation la plus forte . Sans se dissimuler l'urgence des réformes, attiré vers les Economistes et gouverné par les Privilégiés, il marcha de faute en faute et de malheurs en malheurs, jusqu'à l'épouvantable catastrophe qui termina si douloureusement sa vie. Victime dévouée pour le crime d'un autre, sa conduite privée fut irréprochable, et sa mort aussi calme que sa conscience était pure.
Ce jour-là, une grande agitation se manifesta en Touraine et à Tours. Tous les esprits fermentaient ; tous les cœurs bondissaient, ceux-ci d'espoir, ceux-là de crainte. Depuis longtenqis des bruits sinistres, alarmants, circulaient. Aux bri-r
/,2(; LA TOUHAINE
gands, qui devaient envahir ïoins, et mettre la ville à rançon ; aux quinze mille citovens soulevés par des agents provocateurs, amenés aux itortes de Saint-Symphorien, de Sainl-Pierre-des-Corps, pour tarifer les denrées, et repoussés avec perle par la garde nationale, avaient succédé d'autres rumeurs. Tous les royalistes, tous les tièdes, ou suspectés tels, sont simultanément désarmés. Des visites domiciliaires amènent l'arrestation d'un nombre considérable de ci-devant et de prêtres. Les prisons regorgent de malheureux que va bientôt réclamer l'échafaud. Tallien, heureusement, arrive sur ces entrefaites, et fait élargir beaucoup de citoyens que de basses jalousies ou des haines particulières ont dénoncés a la vindicte publique. Souvent même, usant du pouvoir discrétionnaire que lui a confié la Convention, il rend à la liberté des conspirateurs qu'une erreur insensée a entraînés vers leur perte.
Le 20 mai, des courriers arrivent annonçant que la Vendée marche sur la Touraine, encouragée par le succès des Aubiers, de Thouars, de Fontenay ; -que six cents cavaliers, commandés par MM, de la Rochejacquelein et de Beauvollier, se sont jetés sur Ghinon, en ont enlevé madame de Beauvollier, retenue prisonnière en cette ville, et toutes les munitions destinées à l'armée républicaine. Peu de jours a|)rès, la prise de Saumur vient augmenter les appréhensions. Un comité de surveillance, établi a Tours par les représentants du peuple Ichon et Guimberleau, ayant pour président le citoyen Delatrernblais, et pour secrétaire le citoyen Blanchet- Georget, prend d'énergiques mesures. Le représentant Guimberteau, au comité, donne lecture de la proposition suivante qu'il a reçue dans la journée même :
« Gitoyen, je t'ai communiqué une lettre que j'avais communiquée pareille- « ment à ton collègue Levasseur. Je la crois salutaire pour la défense de notre « ville. B existe une tour quarrée qui dépend de la ci-devant église de Saint- « Martin, qui, par sa force et son élévation, est propre à en imposer à nos enne- « mis en cas d'attaque, B ne s'agirait que de démolir sa pointe en charpente, « établir ensuite une plate-forme sur le dernier beiïroi, avec quatre fortes pièces « de canon. Cette tour commande les hauteurs et la campagne aux environs. a L'exécution de mon projet ne serait pas d'une grande dépense et serait d'une « grande utilité.
« Je suis ton citoyen,
« Sujné PINGHET ( expert architecte ). »
Ce projet, adopté, n'est pas mis à exécution.
Le 9 juin, l'avenue de Grandmont et les rives du Cher sont garnies de fortifications en terre, destinées a entraver, momentanément du moins, la marche de l'enneuïi. Le surlendemain, tous les citoyens, indistinctement, apjielés à jirendre du service, obéissent avec empressement. Deux voyageurs, un tourangeau et un poitevin, sont arrêtés porteurs de passeports manuscrits conçus en ces termes :
« Nous, commandant des armées caiholicpies et royales, pennetons au nommé « Jean-Uaplisle Dubois, nalif de ('katelfieuu, jirovince de Boilou. de s'y retirer
ANGlENiNE Eï MODERNE. /,11
« après avoir fait le serment de ne jamais reprendre les armes contre Louis Dix- « Sept, son roy, en Iby de quoi nous lui avons donné le présent, « Fait à Thouars, le 8 avril 1793, l'an 1*"' du reicjnede Louis XVIL
« 5jyn(/ STOFFLET (commandant).
« Signé GATILINEAU ( commandant ). »
« Nous, conmiandant des armées catholiques et royales, avons accordé le pré- « sent passeport au nommé Pierre Bourré, de Saint-Sinphorien de Tour, prison- « nier de guerre, renvoie, après avoir eu les cheveux coupés, audit lieu de Saint- « Sinphorien de TouVy lequel a juré sur son honneur de ne jamais rejjrendre et « portéles armes contre Sa Majesté Très-Chrétienne, Louis Dix-Sept, qu'il recon- « nait pour unique et légitime souverain, ni contre la religion catholique, aposto- « lique et romaine, sous peine d'être fusillé.
« Donné à Chàteau-sur-Sèvres, ce 2r jour de nmi 1795.
^f^fi Signé DE BERNARD DE MARIGNY (commandant). »
Le 25 brumaire an II, une commission militaire et révolutionnaire est établie parle représentant Guimberteau. Elle entre en séance sous la présidence du citoyen Bassereau, et la vice-présidence du citoyen Guiot fils.'Le secrétaire, Vernon. vient lire une déclaration ainsi lormulée :
LIBCUTÉ, ÉGALITÉ, FUATEIiNlTÉ, UiMTÉ.