OU LA MORT
<c . . . . Réunissons donc nos armes, nos bras, et surtout nos volontés, pour étouffer ces êtres, qui souillent d'horreur et de crimes la terre qui les a produits ; que le sang bouillonne dans nos veines à la seule pensée de leurs forfaits, et indignons-nous d'avoir été affaiblis par la terreur ; que les citoyens des campagnes voisines des lieux qu'ils désolent soient debout ; qu'ils éclairent leur marche ; qu'ils se mettent dans le cas de connaître sûrement et à temps leur approche, et le nombre de ceux qui s'avanceraient ; que, sur les détachements de ces scélérats, le tocsin sonne aussitôt de commune en commune ; qu'on marche au moment même armé de faux, de piques, de fourches et de toutes sortes d'armes; si leur nombre est excessif, qu'on se replie de proche en proche, jusqu'à ce que l'on soit en force ; qu'on ne laisse pas passer un seul homme sans le reconnaître ; que tout passant dont on n'est pas sûr, quel que soit l'habit qu'il porte, soit fouillé jusqu'au nu, et que tout homme suspect soit arrêté et conduit au chef-lieu de canton, de district et de département ; que l'on évacue en temps les caisses, les papiers publics, les munitions d'armes et de bouche, et que rien ne soit abandotiné à la discrétion de ces monstres ; mais surtout qu'on ne les croie pas en nombre dix fois plus fort qu'ils ne sont, et qu'à vingt lieues d'eux on ne s'imagine pas d'être pris. »
Dans le même moment, la Société popnlaire et républicaine de Tours écrivait kla municipalité :
« Depuis deux jours on crie aux spectacles : A bas les bonnets rowjes ! Ainsi, « l'emblème de la liberté, le signe des vertus civiques et républicaines est con- « spué par des égoïstes et des factieux. Seraient-ils donc en force dans notre cité? « Non. Le peuple est républicain ; sa massue est remise entre les mains des sou- « tiens des lois pour en faire justice. Il n'assiste pas aux spectacles, il vient se dé- « lasser le soir à la Société populaire, où il fait sa tâche de républicain. Des mus- « cadins, cangrénés de vices et d' aristocraties, des femmes perdues, forment en « grande partie l'assemblée des spectacles. Leur âme corrompue vient s'y nourrir « des souvenirs de son ancienne servitude. D'autres y sont appelés par des « représentations qui flattent l'orgueil, l'ambition, la cupidité et tous les vices « que nous avons proscrits avec la tyrannie. Un décret avait ordonné qu'en con- « servant les spectacles, puisqu'il en faut à des hommes corrompus, on n'y joue- « raitque des pièces qui peuvent former le républicain. Cette loi n'est pas exécutée. « Le théâtre présente encore sous de beaux dehors les marquis, les comtes, les « rois et leurs vils courtisans, que l'on ne voit plus figurer que sous la forme « méprisante qui leur est propre. La Société demande, à cet égard, la stricte « exécution de la loi. On a crié aux spectacles:.! bas les bonnets rouges ! Nous « crierons, nous : A bas les spectacles ! jusqu'à ce que la vertu soit vengée de l'af- « front que lui a fait le vice. Nous crierons de même : A bas les muscadins conspi- « rateurs ! N'ayant pas le courage du crime pour aller grossir l'armée de la Ven- « dée, ils remuent sourdement l'esprit public dans nos murs. Enfin, nous crierons : « A la guillotine toupies scélérats qui souillent l'atmosphère de la liberté de leur « souffle impur !
« Magistrats du peuple, nous vous demandons d'ordonner provisoirement la « clôture des spectacles, jusqu'à ce que la justice révolutionnaire, à laquelle nous « avons dénoncé le délit, ait puni les coupables ! »
Or, pendant que les zélés de Tours |)roscri valent ainsi le théâtre, regardant le culte de Thalie et de Melpomène comme un acte attentatoire au bonheur de la république, ils se donnaient un divertissement d'un autre genre, si ridicule par sa forme, et, au fond, d'une impiété si dangereuse, (ju'il semble impossible aujourd'hui de croire que la Convention l'ait encouragé ou même toléré. Nous voulons parler de la fête célébrée à l'occasion de l'ouverture du temple de la Raison, qui avait lieu presque simultanément sur tous les points de la France. En voici le procès-verbal :
« D'après le vœu des citoyens de la commune de Tours, de ne connaître que la Raison pour guide, que la pratique des Vertus pour culte, la ci-devant église épiscopale de Saint -Catien ayant été transformée en un temple consacré à la Raison, l'ouverture de ce temple avait été fixée au décadi, 20 frimaire.
« A dix heures du matin, un cortège nombreux est parti de la place de la Nation, pour se rendre dans le Temple, au bruit des instruments militaires.
« Les représentants du peuple, Guimberleau et Dubignon, toutes les autorités constituées, le général comniandant et l'élat-major de la réserve, le commandant
et l'état-major delà place, les vétérans nationaux et ceux de la garde nationale, des détachemenls de tous les corps de la force armée, les enfants orphelins de la patrie, avec les autres enfants des citoyens, marchant sous les yeux des instituteurs et des institutrices, les artistes dramatistes de l'un et de l'autre sexe, les mères de famille et les autres citoyens patriotes, la Société populaire, formaient autant de groupes précédés de bannières tricolores, ornées d'inscriptions civiques, et entouraient les bustes des grands hommes, ainsi que la déclaration de nos droits, inscrite, par les soins de Palloy, sur une pierre de la Bastille.
« Le temple de la Raison était simple comme elle. Tout ce qui eût pu rappeler des souvenirs superstitieux en avait disparu. L'autel était remplacé par une montagne, du haut de laquelle s'élançait une figure ailée, tenant d'une main une couronne civique, de l'autre un drapeau tricolore, portant cette inscription :
LA RAISON NE CONNaIt POL'U CULTE QUE LA TJiATlQUE DES VERTUS.
« Au devant de la montagne était la statue delà Liberté. Au milieu du sanctuaire, qui demeurera consacré aux Vertus, a été élevé un obélisque a la mémoire des grands hommes dont les noms y seront inscrits. Sur la face antérieure, sont ceux des représentants du peuple français, martyrs de la République. Sur les autres faces, sont ceux des héros qui ont le mieux servi la cause de la liberté, ou qui sont morts victimes de la tyrannie ou du fanatisme ; et enfin, ceux des sages dont les travaux ont avancé les progrès de l'espèce humaine.
« Les premiers, sont :