PLI
kShâtcrtw Df l'ochfj
,^bbaçf î)f ificnnlicTi
Abbaçc Oc SfVnlienbe Souts
ArchroccUf
6c Sowcs
^e iPeftUjjcrrtis. 6w piwMs lc>- (fcmrs
Abbaçc
ûc lit tflrtrtf-Dim.
Abbaye
tfhaptlve Hoçol ïf?.'3ll«5inc (tfhmoni
Abbrtçe HoçaU tf hapUrc i>f !?' Jttnttm
tChcrpittf it la (/bapifrc tic la S'.'
(falhéftralc (aonrsi (thapcltt iice'Uompi'çuxti
<îcmr5
Jtofhfi
OThi-non;.
Atnboi5e
'Dillc et ^eignraric)
v/Thâiron KfflatiU
faiiaçf DfKattw ;£(mimn.
••rcmacni.-^
iBennlin»
?t\irchaT\U
^ontréjor
}\vM\txx
fiiri^wtil. <'?5lf.0<mchart. rim^i
Ferd Sert. M.
Chromcïilh de ïnaelmarm et Graf.Pam.
et que ce camp, le seul de la période f^allo-romaine que Ton retrouve, selon M. de Caumoiit, en deçà de la Loire, dans l'ouest de la France, est l'ouvrage des légions du grand capitaine.
Grégoire de Tours rapporte que , de son temps, on voyait sur les hauteurs de Maillé les ruines du monastère de Saint- Venant bàli par les premiers chrétiens sur l'emplacement d'un temple païen. Au monastère ruiné succéda le manoir féodal. Toutefois le nom d'aucun de ses possesseurs n'est connu antérieurement au X*^ siècle. Le seul des premiers barons de Maillé que l'histoire nous ait fait connaître, est Gilduin, père d'un seigneur (|uc son surnom, le Démon de Saumur, peint en un trait de phime.Ce dernier céda sa seigneurie à Gobert, qui fut le chef de la maison de Maillé, et l'aïeul d'une longue suite de barons. Le manoir passa dans la famille de Laval par le mariage de Gilles de Laval avec la fille aînée de François de Maillé, et Charles IX l'érigea en comté en faveur de Jean de Laval , au mois de juin 1572. Au commencement du XVIF siècle, Charles d'Albert, seigneur de Luynes, en devint acquéreur, et Louis XIII, dont il possédait les bonnes grâces, l'érigea en duché-pairie par lettres patentes données à Amboise, au mois d'août ICI 9.' Depuis, la terre et la ville de Maillé , prenant le nom de leur nouveau possesseur, l'ont toujours gardé.
Charles d'Albert de Luynes n'avait, dit-on, en débutant à la cour, pour ses deux frères et lui , qu'un seul manteau , qu'ils portaient tour à tour. Nommé d'abord pa^ge de la chambre d'Henri IV, il fut ensuite attaché à la personne du dauphin, dont il sut si bien flatter les goûts, qu'il s'acquit sur son esprit un véritable empire. Une aptitude toute particulière à dresser les pies-grièches causa sa fortune. A l'avcnemenl de Louis XIII, nommé grand fauconnier de Fiance, il devint rapidement premier gentilhomme de la chambre. A la chute de Concini, qu'il avait depuis longtemps préparée, il lui succéda dans toutes ses dignités. Premier ministre, garde des sceaux, connétable de' France, il se lit attribuer les biens immenses amassés par sou prédécesseur. Enfin, grâce à sa haute position, il épousa, en I6I9, la fille du duc de Montbazon , s'alliant, par ce mariage, aux plus illustres familles de France. L'exil de Marie de Médicis , dont il était cause, ses manières souvent trop hautaines, son trop d'empressement à augmenter ses richesses et celles de sa fiimille, enfin le désastre éprouvé par les armées royales à Montauban , le rendirent suspect au peuple, à la cour, au roi même, qui laissait souvent échapper son mécontentement et sa jalousie au point de l'appeler le roi Luynes. Quoique plein de talent, d'Albert n'était pas un Richelieu : aussi, allait-il être obligé de se retirer ou de tomber avec éclat, lorsque la mort vint le surprendre. 11 succomba le 14 décembre 1621 , aux sui'es d'une fièvre pourprée et au chagrin que lui causa la dérouie des troupes confiées à sa direction, et non au poison, comme plusieurs historiens l'ont pensé à tort.
La mémoire de ce ministre, de cet homme si puissant, si redoutable , a été chargée des plus graves accusations Sans prétendre justifier tous ses actes, nous croyons du moins qu'on a singulièrement exagéré ses fautes. Il n'est donné à personne d'arriver au poste éminent qu'il occupa si longtemps, et surtout de s'y maintenir au milieu des factions, des inimitiés, des rivalités envieuses, sous le prince le plus faible, le plus inconstant qui ait peut-être jamais gouverné la France, sans être doué d'un mérite au-dessus de l'ordinaire.
Sa famille, devenue par son fait illustre, s'est depuis ce temps naluralLsée en Touraine et y a toujours conservé la terre de Luynes qui, fort heureusement, n'échut pas à la vieille duchesse de Laval-Montmorency, femme de Louis d'Albert, duc de Luynes, mort en 1809, laquelle, suivant 31. de Croy, l'eût sans doute perdue au tolo.
llardouin IX, baron de .Maillé, créa en 1486, dans l'église du lieu, un cha|)ilre composé d'un doyen, de six chanoines et de se}it prébendiers. En 1662 Louis-Charles, duc de Luynes, appela dans le pays des religieuses chanoinesses du Saint-Sépulcro. Deux ans après, il dota la communauté d'un hos|)ice, et vint reposer plus tard au milieu des pauvres qu'il avait secourus. Maillé fut souvent troublé dans le XVP siècle par les guerres de religion. Une ordonnance royale y transporta le prêche des protestants de Langeais. Les catholiques, trouvant ce foyer d'hérésie trop voisin de leur ville, avaient eu recours à tous les moyens pour obtenir ce résultat.
Ld ville de Luynes, petite, mais jolie, bien peuplée, est située à cent pas de la Loire, entre deux coteaux chargés de vignes. Indépendamment du château dont les tours la couronnent et .sont, ainsi que le manoir, dans un assez parfait état de conservation, ce qui nous donne le regret de n'avoir pas à en dire davantage, on remarque encore çà cl là queb|ues vieilles et golbi([ues maisons décorées de statuettes en bais, de feuilles d'acanthe, d'objets faiitasli(pies fort curieux.
S.\I^TE-I^\l)li(;o^DE. — Joli village situé sur les bords de la Loire, près de Tours. Il possède les
:iu
ARRONDISSKMKNT DE TOURS.
ruines de ranciciiiie abliaye de Marnioulier. Vers le milieu du IV^ siècle, disent les lêgeiuliiiires, i|iu'l [lies nmiées avant rélah'.issement de lo dynastie niérovingienne en Ganle, le lieu où devait
BERTR^Nt
AOBAYK DE MARJIOl'TIEH.
bientôt s'élever celte ahbaye n'était qu'une espèce de désert aride, borné d'un côté par une roche escarpée, de l'autre côté par la Loire. Saint Martin, évê(iue de Tours, n'hésita cependant point à s'y clioisir une retraite. A l'abri d'une pauvre cabane de bois, il venait y passer dans la méditation, la prière, loin du bruit, des agitations de la cité, tout le temps qu'il ne consacrait pas au soin du troupeau dont il avait accepté la garde. Quatre-vingts de ses plus fervents disciples le suivirent dans celte Thébaïde, et comme lui n'eurent d'autre abri que la roche nue ou une cellule de bois. Ces pieux anachorètes, après avoir formé une communauté dont saint Martin fut le chef, se soumirent à la règle austère de saint Benoit. Ils firent V(ru de pauvreté, s'engageant à ne rien posséder en propre, à ne se livrer à aucun trafic, occupation familière à beaucoup de moines du temps. Pour seule distraction, ils copiaient de vieux manuscrits qu'ils sauvaient ainsi des ravages de la barbarie, et encore celle occupation n'était-ellc iiermise qu'aux jeunes frères. Les pins anciens passaient leur lemps en oraison. Us ne sortaient de leurs cellules (|uc jiour se réunir à l'oratoire. Les mets les plus grossiers, arrosés d'eau pure, telle était leur nourriture habituelle. Ils ne faisaient (pi'un repas le soir; seuls les vieillards infirmes et les malades se permellaient de dérogera ces principes sévères; parfois ils prenaient un peu de vin dont l'usage était rigoureusement interdit à toute la communauté. Point de luxe, point de recherche dans les vêlements; les étoffes les jdus communes el les plus grossières. Et pourtant plus d'un parmi ces religieux avait quitté, pour cette dure et jiénible existence, une famille riche et puissante, l'abondance, les plaisirs, les splendeurs. Temps biblique où la fui, suivant le mol dej'abhé Géry, soulevait les montagnes!... Ainsi se forma l'abbaye, ainsi s'étendit sa répulalion. De lous les points de la Gaule, les chrétiens nouvelhme'nt convertis venant y chercher des évoques comme à une sainte el généreuse pépinière, on lui donna généralement le nom de majus inonaxlerittm. d'où, par corruption, Marmoutier.
Saint Martin morl. l'Iiisloire de l.i communauté de .Marmoutier tombe dans une sorte d'obscurité d'oii elle ne sort (|u'aii IX*" siècle, Vraisemblablemenl elle fut écrite par les Bénédiclins et déiruilc
AURONDISSEMEiNT DE TOUBS U\
par les ravages que les hommes du Nord y exercèrent si souvent, Tout ce qu'on en sait, c'est que Charlemagne, Louis-le-Débonnaire et Charles-le-Chauve; la prenant sous leur protection spéciale, lui accordèrent d'importantes immunités et de riches dotations. Hautes et royales faveurs, plus pernicieuses qu'utiles, car modeste refuge habité par de pauvres et pieux solitaires, l'ahbaye n'eût pas, du vivant de saint Martin, excité un seul instant la cupidité des envahisseurs, tandis que, luxueuse abbaye, peuplée de moines fastueux et mondains, elle fut pillée, ravagée et vit ses habitants massacrés!...
En 855, les Normands, depuis longtemps habitués à faire en Touraine de fréquentes irruptions, reparurent dans cette province et vinrent menacer Tours. Une crue subite delà Loire et du Chéries empêchant d'y entrer, ils se retournèrent sur Marmoutier et y mirent tout à feu et à sang. De cent quarante moines, qui s'y trouvaient alors, vingt-quatre seulement purent échapper au fer de ces barbares. Ils se réfugièrent dans les cryptes habitées naguère par leurs saints devanciers. Ueberne, le prieur, était au nombre de ceux qui échappèrent au massacre, mais, comme chef, n'ayant voulu prendre la fuite qu'après avoir assuré celle de tous ses frères, il fut saisi et soumis aux plus affreuses tortures. On voulut le contraindre à révéler l'asile des autres moines, le lieu du monastère où ils avaient caché leurs richesses. Mais, au bout d'une heure d'un supplice inutile, las de le torturer et frappés sans doute de respect et d'admiration pour sa vertu , son courage, les barbares lui laissèrent la vie. Le flot écoulé, les moines sortirent de leur retraite Cruel spectacle! des murs noircis par la flamme, un temple odieusement profané, une habitation ruinée de fond en comble, voilà ce qui s'offrit alors à leurs yeux! Sans abri, sans pain, sans ressource, ils acceptèrent un refuge que leur avaient généreusement offert les chanoines de Saint- 3Iartin.
xMarmoutier retomba dans l'isolement et le silence jusqu'en 978. A cette époque, cédant aux prières de l'évêque de Tours, le chajiitre de Saint-Marlin y envoie des chanoines réguliers qui, pendant neuf ans, y célèbrent l'office divin au milieu des ruines. Dans la même année, Mayol, abbé de Cluny, y arrive avec treize nligieux et y rétablit la règle de Saint-Benoît, réformée depuis cent quarante-deux ans. Robert, comte de Tours, etBerthe, son épouse, aidèrent puissamment le saint abbé dans son <Euvre de restauration. Thibaud 11, fils d'Eudes, obligé de céder la Touraine à Geoffroy-Martel, comte d'Anjou, se réserva l'abbaye. Comme, depuis le rétablissement de la règle, elle avait reconquis son ancienne réputation de sainteté, les communautés nouvelles venaient y puiser des exemples et y chercher des abbés. Foulques -Nerra obtint un moine de Marmoutier pour son abbaye de Saint-Nicolas d'Angers; Geoffroy-Martel en obtint un également pour celle de la Trinité de Vendôme; Haberl, pour celle de Noyers, et Guillaume-le-Conquérant pour celle de la Bataille, en Angleterre. Les religieux de Marmoutier restaurèrent les abbayes de Saint- Floren!, à Saumur, de Saint-Julien, à Tours, de Saint-Serge et de Saint-Aubin, à Angers.
Malheureusement ils ne surent pas se maintenir dans la stricte observation de leurs premiers principes. En 1004 des germes de discorde éclatèrent parmi eux; ils se révoltèrent contre Gausbcrt, leur abbé, lui refusant obéissance. Saint Abbon, abbé de Fleury, s'interposa dans le but de ramener la paix entre les parties ; mais, victime de son zèle, il fut assassiné par des gens de l'abbaye de La Réole, sans avoir réussi dans sa pieuse et bienveillante entreprise. En ce temps-là d'ailleurs presque tous les ecclésiastiques étaient possédés d'un esprit d'insubordination déplorable : les moines s'insurgeaient contre, leurs abbés, les abbés contre l'évêque, l'évêque contre le pape ou le roi , souvent contre l'un et l'autre à la fois.
En 1093, Urbain 11, venu à Tours pour y prêcher la première croisade, voulut loger simplement à Marmoutier et y vivre dans toute la rigueur de la règle de Saint-Benoît. « Il aimait, dit Maan, à se rappeler qu'avant d'être pape il avait été bénédictin. »
Dès ce moment l'abbaye vit chaque jour augmenter sa prospérité et la considération de ses religieux. Ils n'eurent pas seulement une grande autorité sur les affaires ecclésiastiques, leur influence s'étendit encore aux affairés de ce monde. En 1196 et en 1204, Philippe-Auguste choisit leur abbé et leurs principaux dignitaires pour arbitres de ses différends avec l'Angleterre. Objet constant de la sollicitude de nos rois, l'abbaye devint royale. Saint Louis, pour la soustraire aux persécutions des comtes de Blois, la mit sous la protection du trône en proclamant qu'elle relevait directement de la couronne. Charles VII fit la même déclaration, et, lorsqu'il donna à .son frère, le duc d'Anjou, la Touraine en apanage, il se réserva Marmoutier. Louis XI eut aussi pour elle une vénération
AAÎ
ARHONOJSSEMENÏ DE TOURS.
toiile parliculiére. Dans les derniers temps de sa vie, alors que, pour échappera la mort, il faisait de vains et puérils efforts, recourant à tous les moyens, (pi'ils vinssent de l'enfer ou du ciel, il voulut se faire apporter les saintes ampoules de Reims et de Marmoulier.il fallut un bref du pape pour satisfaire au caprice du royal moribond. On sait, d'après Hincmar, archevêque de Reims, que la sainte ampoule de cette ville avait été directement descendue du ciel par une blanche colombe pour le sacre du roi Clovis, le premier des chefs francs qui se soit fait baptiser. La sainte ampoule de Marmoulier n'avait pas une moins céleste origine. « Saint Martin, dit l'abbé « Fleury, ayant fait une chute qui mettait sa vie en danger, un ange vint la nuit essuyer ses plaies « et les oindre d'un baume souverain qui le guérit si parfaitement, que le saint évêque se trouva dés c< le lendemain aussi sain que s'il ne lui fût jamais rien arrivé. Le divin messager lui laissa en s'é- « loignant le baume miraculeux dans une fiole, et depuis lors la communauté le conserva précieusett ment , l'offrant à la vénération des fidéfes qui venaient , rois et sujets, la visiter, principalement « aux deux fêtes qui suivent celle de Pâques. » L'abbaye de Marmoulier était an-ivée à son apogée, sous tous les rapports, lorsque l'émancipation
POKTAII.IDE L'.'.BBAYIi CE MAKIIOI'TIER.
religieuse d'Henri VIII d'Angleterre ])orta une première atteinte à son importance, en lui enlevant les immenses propriétés qu'elle possédait dans la Grande-Bretagne. La réforme religieuse, en France, ne lui fut pas moins préjudiciable. Le pillage des protestants (1502) la priva d'une grande partie de ses richesses mobilières. Cependant elle était encore au XVllI* siècle la plus fastueuse et l'une des plus opulentes maisons de l'ordre. Sa bib!i<jthèque, nombreuse et choisie, contenait, indépendamment d'un grand nombre d éditions du XV* siècle, trois cent soixante volumes manuscrits, qui font aujourd'hui le principal ornement de la bibliotlièi|ue de Tours. En 17(0, la rnense abbatiale fut réunie pour toujoui's à l'archevêché de Tours, en faveur de monseigneurde Raslignac. L'église, bàlie d'abord par saint Martin, sous la double invocation de saint Pierre cl de saint Paul. était probab'ement aussi liumble dans ses proportions que toutes les églises primitives. Détruite par les Normands, cl rebâtie, au X* siècle, par les soins du R. P. Mayol, de Hugues et de Berihe, elle ne fut pas beaucoup plus somptueuse (pi'â son origine. Au XlIP' siècle, Hugues de Rorhecorbon, qui en élail alors le quatre-vingt-neuvième abbé, entreprit l'édilication d'un nouveau temple, sur l'emplaceraenl du premier. Les travaux, interrompus par sa mort, furent conlinués par lloberl IV
el Eudes de Braccolis. Terminés en 1510, par Jean de Monlholon, ils offrirent un des plus beaux monuments religieux de France. Enfin, au XVIIF siècle, les bâliments réservés spécialement aux moines se relevèrent avec une magnificence qui leur donna l'aspect d'un palais plutôt assurément que d'un humble monastère
En 1791, le décret de l'Assemblée Constituante ayant sécularisé tous les moines, et, du même coup, su [(primé toutes les abbayes, celle de Marmoulier tomba des premières. La srinte ampoule, dont Henri IV, après son sacre, avait orné la fiole d'une émeraude dun grand prix, enchâssée dans un anneau d'or, fut dépouillée de ce précieux ornement, et indignement brisée par une populace en ivresse. L'église, si renommée, et si justement glorieuse, devint la proie de la bande noire, qui s'abattit sur ses murs et les renversa de fond en comble. L'escalier du corps de logis principal, merveille on son genre par sa hauteur, sa largeur et la hardiesse de son exécution, fut ac([uis au nom d'un anglais, enlevé pierre à pierre, el transporté au delà du détroit, où il est allé orner un château du Northumberland. Enfin de cette belle, et imposante retraite, [si modeste à son point de départ, si grandiose à l'heure de sa chute, que reste-t-il aujpurd'hui? Un donjon semblable a un corps séparé de sa tête el de ses bras; un portail percé d'étroites fenêtres; deux ou trois tourelles isolées, servant de serres ou comblées; quelques pignons oubliés par le marteau du démolisseur; de larges et massifs lambeaux de murs; un jardin immense et des caves!... Sic transit gloria mundil...
Saist-Symphorien. — Cette commune, située sur la rive septentrionale de la Loire, immédiatement en face de Tours, donl elle forme même en quelque sorte un faubourg, fui considérée par quelques historiens comme ayant été le premier site de Cœmrodunurn, opinion que nous avons ailleurs combattue. On y remarque une église d'une très-haute antiquité. Fondée, on le croit du moins, par saint Perpel, dans le courant du N" siècle, cette église fut rebâtie en 559 sur de plus grandes proportions, par Eufrône, qui, de simple prêtre, était devenu évoque de Tours. Une troisième église remplaça les deux premières, celle d'Eulrône ayanl été détruite par les Normands. On ignore la date précise de cette dernière construction ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle devint l'un des beaux monuments du pays.
Telle qu'elle s'offre en ce moment à nos regards, elle se compose d'une croix latine avec Iranssepl, nef el deux latéraux qui se terminent au Iranssept, un portique el un abside à pans coupés éclairés par trois fenêtres. Son extérieur, avec son pignon aigu et sa charpente élancée, annonce visiblement le caractère architectonique du XV siècle. Son intérieur présente un harmonieux ensemble dans ses différentes parties, qui cependant appartiennent à plusieurs époques. Trois périodes bien distinctes y ont établi leur régne. Le chœur el le sanctuaire, par la forme cintrée des fenêtres, les chapilaux historiés, la corniche à modillon accusent la sévérité du XF siècle. La forme légère des piliers des nefs, les nervuresjprismatiques qui, tout en soutenant la voûte, en font la plus belle ornementation, enfin les dessins ilamboyanls des fenêtres nous reportent au XV siècle. Mais, dans cet édifice, rien n'égale en richesse le portail qui en décore lenlrée. La porte est séparée par le pilier symbolique, dont la niche encadre la Mère de Dieu. La renaissance a déposé dans la construction de cette belle œuvre tous les ornements dont elle fut si prodigue : les parois, le tympan et le couronnement sont éclatants de caissons ciselés, de guirlandes à feuillages, de fines coquilles, de sujets religieux délicatement sculptés, de niches à pinacles découpées ô jour. Aussi, n'est-ce point exagérer de dire que le portail de Saiiit-Symphorien est une des belles pages de l'époque architecturale qui jtrécéda l'intronisation de l'école grecque.
Mettray. — Petite, il est vrai, mais riche, fertile et industrieuse, celle commune mérite toute notre allenlion. C'est là que se trouve l'un des établissements philanthropiques de France les mieux organisés ; là que la main des hommes a élevé un monument donl les ruines, s'il doit jamais tomber sous la faux des révolutions ou du temps, n'iront pas sans doute exciter, dans les siècles futurs, l'admiration, la curiosité de l'archéologue et de l'artiste, mais dont le souvenir, sans être gravé sur le bronze, le marbre ou la pierre, demeurera éternellement dans la mémoire reconnaissante des faibleSj el enseignera à nos pelits-neveux tout ce qu'il peut y avoir de bien à faire et de mal à réparer. Qui, en effet, pourrait jamais oublier le nom des fondateurs de la colonie de Mettray?
Nos sociétés modernes vivent si vite, qu'elles n'ont pas de temps à donner à la solution des grands problèmes sociaux. Il en est cependant un qui intéresse toutes les classes, qui grandit chaque jour sous
AKHOiNDlSSEMENT DE TOURS.
nos yeux, que nous heurtons lous à chaque pas, et auprès duquel nous passons avec une inipardoii- ' nahle indifférence : ce proljléme, c'est celui de l'organisation, sur de nouvelle bases, du système répressif ou pénitentiaire. Toujours préoccupés de punir et jamais de prévenir, qu'avons-nous fait pour tous ces malheureux enfants abandonnés qui fourmillent dans les rues de nos grandes villes, qui, le plus souvent, orphelins ou livrés à eux-mêmes, n'ont d'autre ressource pour subsister que la mendicité, la rapine?... Rien ! Quel asile notre prévoyante et maternelle sollicitude a-l-oUe ouvert à cette misérable enfance, invinciblement livrée au vice par l'isolement, le besoin, la contagion des plus funestes exemples?... La prison! Si l'enfant a commis un délit qu'on l'a le plus souvent, et, pour ainsi dire, dès le berceau, habitué ou forcé à commettre, où l'envoyons-nous?... En prison, s'il a agi avec discernement; dans le cas contraire, en prison encore : car lui rendre sa liberté serait le replonger dans le milieu détestable où il a commencé à se corrompre I On les entasse donc sans choix, sans égards., les uns sur les autres, dans des maisons de correction, où, courbés la journée entière sur un métier ingrat et malsain, ils contractent toutes les souillures physiques et morales, et d'où, lorsqu'ils sortent à l'âge fixé parle juge (beaucoup y succombent!), ils vont augmenter cette épouvantable population des grands centres pour qui le vol est une industrie, le crime un patrimoine, la haine et la vengeance un culte et un devoir! tourbe de iruands, de coupe-jarrets, de bravi, qui fournit annuellement son contingent au bagne et à l'échafaud !...
Quiconque connaît nos prisons, nos maisons de dépôt, de correction ; quiconque surtout a pu voir l'affreuse dépravation qui y règne, s'a.ssurer de l'atmosphère impure que l'on y respire, sait si nous assombrissons le tableau, si nous exagérons les conséquences fâcheuses que peut avoir un pareil .séjour pour de jeunes esprits déjà trop disposés, par l'éduc.ition }iremiére, à recevoir les plus mauvaises impressions. A la vérité, les ropou.sser du pied dans l'abîme ne pouvait manquer d'amener des résultats aussi déplorables. Il fallait donc trouver le moyen de trancher cet effrayant dilemme; aller au-devant du mal au lieu de l'attendre, circonscrire le lléau au lieu de lui donner les moyens de croître. Cette tâche que le monde en masse n'osait aborder, n'osait concevoir, deux hommes ont eu la hardiesse de l'entreprendre et le bonheur de réussir.
L'un d'eux, M. Demelz, avait passé une partie de sa vie dans l'exercice de hautes fonctions judi-
Ki;ol.K ilK (.VM.N \Sllijl h, llK LA (.OI.DMK.
claires. Frappé de la choquante anomalie por suite de laquelle le juge se trouvait .souvent forcé de condamner le voleur ayant «gi sans disccrnemenl à de longues années d'une douloureuse délen-
lion, ce qui ne profilait en aucune façon à la société, encore moins à l'individu lui-même, tandis que le voleur de profession, agissant avec intention et dans toute sa liberté d'action, n'était souvent condamné qu'à quelques mois de la même peine, il s'imposa le noble et courageux devoir de réparer cette grande iniquité sociale; et dés lors toutes ses méditations, toutes ses études, tous ses soins furent dirigés vers ce but.
Pour certains hommes, concevoir, c'est exécuter. M. Demetz, son plan suffisamment mûr, abandonna, comme l'apôtre ancien, résolument le monde, puis, secondé par un ami, un aller ego ( M. le vicomte de Breligniéres) , capable d'apprécier et de céder à un si généreux élan, il vint fonder en Touraine la colonie agricole et pénitentiaire de Metlray. Toutefois ne fut-ce pas sans grande peine qu'il atteignit au succès. Toute idée nouvelle, en naissant, est tournée en ridicule, souvent même calomniée. Fâcheux résultat de l'esprit léger, inconséquent et frondeur de notre époque. Le projet de MM. Dcmelz et de Breligniéres ne pouvait échapper à la destinée commune. A peine le bruit du prochain établissemenl se fut-il répandu , que tout le pays environnant poussa un long cri de détresse et de courroux. 11 semblait (jue le projet fût dangereux et impraticable.
Heureusement les innovalions larges et véritablement fécondes ne connaissent point d'obstacles. Pleins de foi dans la leur, et de confiancedans la société, qui, tout égoïste qu'on l'ait faite, a conservé sous sa surface railleuse et sceptique quelques restes de ses sympathiques instincts, les fondateurs se mirent sur-le-champ à l'œuvre, s'y dévouèrent tous deux corps et âme, et, malgré la répulsion première avec laquelle on les avait accueillis, ne lardèrent pas à être compris. Le roi, la reine, les ministres, des députés, des pairs de France, des hommes de lettres, des avocats, des artistes, des négociants, des rentiers, chacun, dans la limite de ses facultés, voulut apporter sa pierre à l'édifice, contribuer avec empressement à le consolider sur sa base, à lui assurer un avenir. Un grand seigneur, que la mort a trop lot enlevé, M. le comte Léon d'Ourches, y consacra une partie de sa fortunC; plus de deux cent mille francs! Un simple particulier, M. Bezançon, constitua trois renies en faveur des trois premiers colons qui auraient mérité par leur conduite que des familles honnêtes leur donnassent leurs filles en mariage.
Réunir des capitaux, constituer une association, abandonner même dans ce but une partie de leur patrimoine, c'est ce que firent les deux fondateurs. Là n'étaient point les plus grandes entraves. Les difficultés physiques, si l'on peut ainsi parler, une fois vaincues, il en restait une autre bien autrement grave à surmonter. Comment, en effet, trouver dans une position inférieure des hommes de hou vonloir, assez intelligents pour comprendre la pensée qui présidait à l'organisation de la colonie et s'y identilicr, et assez honnêtes pour (pie l'on pût les associer en toute confiance a une œuvre aussi délicate? Kn moins d'un an le problème était résolu : MM. Demetz et de Breligniéres avaient fondé une école de contre-maîtres, auxiliaires en quelque sorte formés à leur image ; ils étaient dés lors en mesure de recevoir les jeunes enfants que leur philanthropie allait soustraire à l'énervante et corruptrice détention des maisons centrales.
La colonie de Mettray est située à deux lieues de Tours environ, en pleine i;ampagne. Une église petite, mais d'une simple et tout à la fois gracieuse construction, douze bâtiments pareils à des chalets suisses, un autre corps de bâtiment entièrement distinct des premiers, des jardins spacieux plantés d'arbres, de fleurs et d'herbes potagères de toute sorte, telle esta peu près sa physionomie extérieure. Et du reste, ni grilles, ni verrous, ni fossés, ni sentinelles, mais, pour les colons, le grand air, le soleil et tous ses rayons, le travail en toute liberté, pour unique geôlier le devoir!...
L'église, la Maison de Vicu, que couronne un svelte clocher, et que décore un excellent orgue, regarde le midi. Au nord, attenant à l'église et en formant partie intégrante, se trouve le quartier de punition. L'autel du saint lieu, élevé de plusieurs pieds au-dessus du sol, a été disposé de telle façon, qu'en laissant les portes des cellules entr'ouvertes d'une manière oblique, l'enfant, age^ nouille sur leseuil, peut vt.irle prêtre et l'enlcndre sans êJre aperçu de ses camarades et sans pouvoir sortir de sa reiraite. L'office terminé, la porte se referme, un épais rideau glisse entre l'autel cl le quartier.
Les douze chalets, la plupart décorés du nom de leurs fondateurs, celui-ci appelé la Ville d'Orléans, cet autre la Ville de Tours, cet autre la Ville de Paris, cet autre dédié au cumlc d^Ouichcs, cet autre à M. Giraud, cet autre à mademoiselle Marie Emma Hébert, sont symétri(juenient placés à droite et à gauche de l'église et se font face. Chacun d'iux a douze mètres de longueur sur
six de large, et se compose d'un rez-de-chaussée el de deux étages. Le rez-de-chaussée, destiné à servir d'ateh'er aux colons lorsqu'ils ne sont pas occupés au dehors, est divisé en quatre compartiments par une cloison disposée de telle manière, que, placé au centre, un contre-maître peut surveiller seul tout l'atelier sans que cependant les enfants placés dans ces quatre subdivisions puissent communiquer ensemble, ni se voir lorsqu'ils sont assis. Chacun des deux étages, servant à la fois de dortoir et de réfectoire, peut contenir vingt enfants. Les hamacs dans lesquels ils couchent, relevés pendant le jour le long du mur, laissent la pièce libre, et de longues tables, fixées également le long du mur, s'abattent à volonté quand vient l'heure des repas. Les hamacs sont rangés parallèlement, mais en sens inverse l'un de l'autre, disposition qui rend toute conversation entre les enfants, même à voix bas.se, impossible, et permet de les tenir rapprochés sans qu'il en résulte aucun inconvénient Nuit el jour, d'ailleurs, ils sont soumis à une surveillance incessante, cl ils sa vent qu'invisible pour eux l'œil du maître ne les quitte jamais. Une petite chambre en forme d'alcôve est ménagée dans le dortoir, ella devanture en est garnie de lames de persiennes qui permettent au chef de chambrée de tout voir et de tout entendre sans être vu.
Chaque maison, composée de quarante enfants, est gouvernée par un chef désigné sous le nom de Père de Famille, avec deux contre-maîtres sous ses ordres et deux Frères Aînés choisis dans chacune des deux sections, parmi les colons el par eux, et, chose remarquable ! jusqu'à ce jour, les directeurs n'ont jamais eu à réformer aucun choix, tant ils savent développer dans ces jeunes cœurs un esprit d'ordre el de justice.
Privés dès le berceau des douces joies de la famille, enfants du hasard, ramassés sur la borne, le seuil des églises ou des hôpitaux, orphelins ou fils de criminels, tous les jeunes hôtes de Metiray n'ont el ne peuvent avoir d'autre famille que la colonie qui les a recueillis ; aussi les directeurs se sontils attachés à développer en eux des senliments de respect filial pUilôt que de crainte pour leurs supérieurs, et ceux d'une fraternelle solidarité pour leurs compagnons de travail.
On réunit d'ordinaire, dans chaque famille, ceux des enfants que làge rapproche le plus ; ainsi, dans les premières années de la fondation, le doyen de l'une de ces familles n'avait pas douze ans. Cette régie, invariable pour les enfants trés-jeunes, n'est pas au^si absolue lorsqu'ils commencent à grandir. Sachant que l'harmonie naît souvent du contraste, les directeurs s'attachent, dans la formation des familles, à rassembler les natures les plus opposées , même les plus antipathiques : le Parisien léger, mobile et sceptique , avec le Breton lourd , entêté , religieux ; le Tourangeau ou le Berrichon indolents, timides, paresseux, avec le Marseillais hardi, éveillé et bavard. Et jamais ces mélanges n'ont produit que d'heureux résultats.
Le régime de la colonie, disait-on, serait trop dur, sa discipline trop sévère. A voir, en effet, tous ces pauvres enfants maigres, hâves, étiolés, déjà sérieux et pensifs, })ortant au front le signe d'une précoce douleur, dans un âge où l'on ne devrait avoir encore connu que le rire insouciant et joyeux de l'innocence , pauvres malades atteints de cette effrayante épidémie morale qui ravage les bas-fonds de nos sociétés; à les voir ainsi, le jour où ils arrivent à la colonie, ayant encore un germe de vie, mais gangrenés souvent jusqu'au cœur, on croirait que tous ils vont infailliblement succomber sous les fatigues et les austérités de cette vie nouvelle... Quelques chiffres prouveront le contraire. Lors des derniers recensements, sur 517 enfants admis à la colonie depuis sa fondation , 17 seulement étaient morts, et encore devrait-on, sur ce nombre, en retmncher six qui de la prison étaient directement entrés à l'inlirmerie. On ne saurait trop le répéter, tous les enfants nés dans les bouges repoussants de nos grandes villes, passant de la fange des ruisseaux dans celle des prisons, privés d'air, de soleil, de cet exercice surtout si nécessaire à leur âge, contractent bientôt des maladies souvent contagieuses et presque toujours mortelles. Abandonnés sous la voûte délétère des geôles, un bon liers d'entre eux y mourraient infailliblement, tandis que, au contraire , sous le ciel et l'inlluence de rudes mais fortifiants travaux, tous ou presque tous, comme de jeunes plantes en pleine terre, ils reprennent une force et une vigueur des plus prononcées.
Leur costume se compose d'une redingote de toile blanche écrue, lisérée de rouge, courte et serrant la taille par un rang de boutons; d'un pantalon pareil à plis bouffants; de guêtres de même étoffe et mfmtant jusqu'aux genoux ; de sabots garnis de foin en guise de bas, et d'un chapeau de paille, tous objets fabriqués à la colonie et par les colons eux-mêmes, chacun dans .sa spécialiU'.
A cinq heures du malin la journée commence : les enfants, réveillés par la diane, doivent s"hal>iller lestement et en silence, sous peine d'un mauvais point. Après la prière en commun, les chefs d'atelier emmènent leur détachement, chacun au siéi^e de ses travaux, les agriculteurs et les horticulteurs aux champs; les apprentis conducteurs, les piqueurs, les casseurs de pierre sur les roules et les chemins qui aboutissent à la colonie; les autres , sabotiers, menuisiers , tailleurs, forgerons, vanniers , etc , à leur atelier respectif.
La nourriture n'est pas moins frugale que le vêtement modeste Le premier repas se fait à huit heures : une pomme de terre, quelques noix et un morceau de pain en forment le menu. Le second rrpas, n une heure, se compose d'une soupe et d'un plat de légumes. Trois fois seulement, par semaine, au souper (pii termine la journée, de la viande, une salade ou quelques mets analogues. Pas de vin , si ce n'est dans de solennelles et rares circonstances , et encore en Irés-pelite quantité, mais de l'eau claire. Chaque repas, tour à tour apprêté et servi par les colons, est suivi d'une récréation d'une demi-heure. Le clairon marque chaque phase de la journée. Au premier son, les jeux, le bruit cessent comme par enchantement, et chacun vient prendre son rang, attendant en silence le signal du chef. Le signal donné, chaque escouade s'ébranle, toujours au son du clairon et en mesurej-ct se rend au lieu de ses travaux.
Le soir, après la rentrée des champs, une heure est réservée à l'instruction élémentaire des colons, la lecture, l'écriture, les premiers éléments du calcul. Après l'heure d étude, le souper, la récréation, la prière, et enfin, à neuf heures, le coucher, tous heureux d'aller chercher un repos légitimement acquis par les occupations de la journée.
L'oisiveté offre de grands écueils aux enfants, à ceux surtout que le sort a placés dans la position tout exceptionnelle des colons de Metlray. Le dimanche, une partie du temps est consacrée aux offices religieux, et l'autre partie à des jeux et à des exercices fatigants : la gymnastique, la natation, le maniement de la pompe à feu, etc. Après l'enseignement religieux, donné l)ar l'aumônier de la maison, le directeur emploie une heure à des entretiens familiers à la portée de ses jeunes auditeurs. Ces entretiens., simples, paternels, affectueux, ont pour but de leur enseigner la pratique de ce dont l'aumônier leur a le malin enseigné la théorie.
On ne saurait passer pour. ainsi dire de plain-pied et sans lutte de la prison au séjour de la colonie; le mal se fait vile elle bien lentement; aussi les maîtres sont-ils obligés parfois, quoique a regret, de renoncer aux moyens de douceur et de persuasion pour avoir recours à des chàtimenis toujours imposés avec calme, sans colère, mais avec la froide et irrémissible sévérité de la loi. Du haut d'une chaire surmontée d'un crucifix, le directeur, après l'instruction du dimanche, distribue à chacun, selon ses mérites, l'éloge ou le blâme, les récompenses ou les peines. Les peines sont ainsi graduées :
i" Rdenue an piquet pendant les récrcaiions ; i° Pain sec au piquet ; dans les ras graves, pain noir ; 3" Retenue au parloir;
4" Cellule claire, e/, suivant la gravité du cas, obscure pendant tin temps plus ou moins long : Avec dégradation pour un frère aine;
Atcc radiation pour celui qui fait partie du tableau d'honneur; 5° Réintégration à la maison centrale.
La retenue au piquet, encourue pour des fautes vénielles, consiste (que chacun consulte ses souvenirs du collège) à être confiné debout, dans un des coins de la cour, pendant que les autres jouent ou se promènent. Pour le piquet au pain sec, un peu jtlus sévère parce que la faute est néces- «nirement plus grave, il s'agit de se tenir également debout el de manger ainsi son pain sec au réfectoire, tandis que les autres savourent avec délices le haricot ou la pomme de terre. Celte punition, par son analogie avec celle de Tantale, trahit suffisamment sa clas.sique origine. La retenue au parloir n'est pas une peine â proprement parler, ce n'est qu'une mesure provisoire, une espèce de mise en prévention qui ne préjuge absolument rien. Accusé d'une faute de quelque gravité, le colon doit se rendre et se rend sans murmure au parloir, où il reste livré à ses réflexions jusqu'à ce qu'après un plus ample informé, les directeurs aient prononcé sur son compte. 11 résulte souvent de ce commencement de solitude une inspiration de repentir qui amène l'aveu du coupable et atténue s'il n'eriace complètement sa faute. Enfin, si l'accusation qui pesait snr lui
est reconnue fausse, ce qui peut arriver, il est rendu à la liberté snns ((uc la releinic nu parloir préjudicie à sa position présente et future dans la colonie.
Lorsque le fait incriminé est d'une gravité exceptionnelle, les directeurs délèguent le soin de prononcer à un tribunal composé de colons et présidé par l'un d'eux. Le coupable, d'ordinaire, trouve peu d'indulgence devant ses pairs, et si parfois il arrive au directeur de réviser la sentence, ce n'est jamais que pour en atténuer la rigueur.
La peine iniligée consiste toujours en un temps plus ou moins long passé en cellule, quand ce n'est pas la réintégration à la prison centrale.
On a beaucoup écrit pour ou contre le système cellulaire, et, comme il arrive souvent, les partisans et les détracteurs n'ont pas manqué d'arguments solides, irréfutables même, en faveur de leur cause. Nous ne pouvons ici explorer à fond cette haute question. A la colonie de Metlray on s'est toujours fort bien trouvé de l'encellulement. Les natures les plus rétives ont fini par se laisser vaincre sous l'inlluence de ce traitement; mais aussi ne s'en sert-on que dans de certaines limites. Ainsi la solitude n'est jamais absolue. Tous les jours les enfants sortent pendant un certain temps et sont employés dans des cours à casser des pierres. L'aumônier, les directeurs, les pères de famille, les visitent souvent, s'entretiennent avec eux, provoquent leurs confidences, leurs aveux, leur font de paternelles remontrances. Les cellules, claires et aérées, sont meublées d'un hamac et d'une chaise, et les enfants, constamment sous l'œil attentif d'un surveillant, y sont occupés à tresser des ouvrages en paille.
La réintégration à la maison centrale est Vullima ratio à laquelle on ait recours dans le cas d'une dépravation reconnue incurable. Ce n'est plus, à proprement parler, une punition, c'est une rigoureuse mesure commandée par le salut général. Les conséquences en doivent être si terribles pour celui auquel elle s'applique, qu'on ne s'y décide qu'avec une extrême circonspection.
Plus les récompenses sont rares, plus elles ont généralement de mérite aux yeux de ceux qui les reçoivent. Celles de Mettray sont très-limitées. Bien faire, en avoir la conscience intime et se l'entendre déclarer publiquement, telles sont les plus douces jouissances du colon. Tous les mois un concours a lieu dans chaque atelier, les places sont données par les enfants eux-mêmes, et leur justice n'est jamais plus en défaut quand il convient de récompenscB que lorsqu'il s'agit de punir. Tous les trois mois on proclame ces places devant la colonie assemblée, et une récompense est décernée aux trois premiers ouvriers de chaque famille. Lorsque, pendant trois mois, un colon n'a pas encouru de punition, son nom est inscrit au Tableau d'Honneur. La plus douloureuse punition que l'on puisse lui infliger, c'est d'être dégradé de cet ordre de noblesse.
On ne saurait dire les soins affectueux, pleins de sollicitude, de tendresse, que reçoivent les enfants. Malades, ime infirmerie, dirigée par ces courageuses femmes que l'on retrouve au chevet de toutes les souffrances, les reçoit avec empressement, et un médecin, attaché à l'établissement, les visite aussi souvent que leur état l'exige. Les bonnes sœurs son» secondées par les enfants valides eux-mêmes, et l'ardeur de ces derniers à se charger des plus pénibles fonctions est telle, que les directeurs se sont vus forcés, pour comprimer leur généreux dévouement, de mettre au rang des récompenses le droit de veiller à l'infirmerie.
Le jour venu où les jeunes détenus doivent quitter la colonie et se faire un sort, se créer un avenir, ils reçoivent un anneau symbolique de fraternité sur lequel ils jurent — serment solennel auquel il leur arrive bien rarement de forfaire — de servir toulc leur vie et de toutes leurs forces Dieu, la colonie et leurs frères. La colonie exerce toujours sur eux un bienveillant patronage. Ceux qui, après leur sortie, veulent visiter leurs jeunes camarades, trouvent, chaque dimanche, leur place marquée à la table commune. Heureuse application du plusangélique précepte que nous aient légué les apôtres !
La Ville-aux-Dames. — Commune réputée pour la fertilité de son territoireet l'aisance de ses habitants. On y trouvait autrefois l'abbaye de Saint-Loup, dont l'existence n'est bien constatée qu'à partir du X" siècle. Des chartes authentiques et soigneusement étudiées par M. Salmon, nous apprennent qu'en 941, sous l'épiscopat de Théotolon, cette communauté, gouvernée par uneabbesse nommée Hildegarde, était entièrement soumise à l'aulorité de l'archevêque. Elle fut abandonnée dans l'intervalle du X' au XI" siècle, sans qu'il soit possible de préciser la dalc ni la cause de cet événement. Toujours est-il qu'en 10<)9 elle ne renfermait plus de religieuses. Après un inter-
lFA[!J!L.iLrO)!liaS.£®yi^flE!K.
PobWtparl. Mercier Râilr
valle de sepl siècles , Joseph Fain y établit une communauté des filles de l'Union chrétienne, qui l'habita depuis 1699 jusqu'en 1789. A celle époque, l'abbaye, qui avait été seulement Jouée aux religieuses par les moines de Saint-Julien, auxquels elle appartenait, fut vendue comme bien national. Il n'en reste plus aujourd'hui que la chapelle, et encore est-elle complètement défigurée.