CANTON DE TOURS-SUD
BEItTIlENAV, JoUii, Mo.NTLOUIS, Sa1!NT-GeN0ULI>1I, Sa1NT-PiERRE-DES-C0RPS, SaVOSNIÉKES, VlLLASDRV.
Saint-Averti.^. — Située sur la rive gauche u Cher, et traversée par la roule de Nevers à Tours, cette commune est fertile et bien cultivée. On y trouve des carrières qui fournissent des pierres calcaires tré.s-dures. Le bourg du même nom, bâti au pied d'une colline d'où sortent les sources du Limançon, qui alimentent les fontaines publiques de Tours, s'appelait, en 1162, Saint-Pierre-de-Vançay. Un solitaire écossais, Averlin, étant venu s'établir prés de ce bourg, dans le bois de Cangé, les habitants, édifiés de sa piété, le supplièrent de se rendre parmi eux pour diriger l'éducation de leurs enfants. Averlin céda à leurs prières. A sa mort, arrivée en 1180, il fui honoré comme un saint. L'église de Sainl-Pierre, dans laquelle il eut sa sépulture, en fit son patron; et, depuis lors, église et village ne furent plus connus que sous le nom du saint anachorète écossais. On vint pendant longtemps en pèlerinage à son tombeau pour se guérir des maux de tête. Telle était même l'aflluence des malades, que le bourg entier ne formait qu'une vaste hôtellerie, souvent insuffisante, le mardi de Pâques surtout et le 5 mai, fête du saint.
Saint-Etienne-Extra, — Commune d'une grande fertilité, près de Tours, au milieu à^varennes et de marais, et réputée pour avoir possédé l'ancienne abbaye de Beaumonl, la seule communauté de femmes qui, pendant longtemps, ait existé dans le diocèse.
Fondée vers le milieu du XV^ siècle par Ingeltrude, cette communauté fui détruite par les Normands. Transportée dans un aulre lieu, sur le territoire de la paroisse de Beaumonl, sous la direction (l'Hervé de Buzançais, trésorier de Saint-Martin, elle compta trente-sept abbesses, depuis Ersendis, eu 1007, jusqu'à Marie-Agnès de Virieu, en 1790. A celte époque, soixante religieuses formaient la maison. Détruite sous la révolution, elle n'a pas été rétablie.
Larçay. — Cette commune, échelonnée sur la rive gauche du Cher, entre Véretz et Saint-Avertin, emprunte une triste célébrité à la fin tragique de Paul-Louis Courier. On sait que c'estdans la forêt qui en dépend que le Vigneron de Véretz tomba sous les coups d'un assassin qu'une main, restée inconnue, avait poussé à ce crime, Paul-Louis avait chez lui deux garçons de ferme, les frères Dubois, paysans robustes et déliés. Tous deux, autorisés, nous n'osons, avec la rumeur publi(jue, répéter par qui, prenaient dans la maison des licences intolérables. Paul-Louis voulut s'en débarrasser. Il ne se doutait pas qu'en agissant de la sorte il signait son arrêt de mort ! Les Dubois résolurent de le tuer. Ils s'entendirent avec le garde de la commune, Frémon, et deux autres villageois, Arau et Boulet. Au jour convenu pour le meurtre, Frémon attira Courier dans le bois de Larçay, et là, tandis (jue ses complices faisaient le guet, et que l'un des Dubois culbutait son maître, le misérable garde déchargea sur lui son fusil. La mort fut instantanée. On connaît le résultat de celle ténébreuse affaire. On savait, à n'en pas douter, quels étaient les assassins, mais les preuves manquaient, ils furent relâchés. Toutefois, tôt ou tard la justice triomphe. Rongé de soucis el de remords, Frémon finit par s'empoisonner, et, avant de mourir, avoua complètement son crime. Le doigt de Dieu frappa ses complices. Les deux Dubois expirèrent, l'un écrasé sous une meule, l'autre mordu par un aspic noir; Arau se noya dans le Cher, cl Boulet, qui seul vit encore, est tombé en paralysie.
La Riche. — Ce faubourg de Tours forme ègiilement une commune sur laquelle on trouve les écuries du Plessis, plusieurs couvents de femmes , et même l'hospice général , bien ([u'il soit resté dépendant de l'administration municipale du chef-lieu. Nous ne reviendrons pas ici sur l'église du même nom : nous l'avons classée au nombre des monuments religieux de Tours. Pour le moment lions n'avons à nous occuper que du prieuré de Sainl-Côme, qui fait aussi partie du territoire de la Riche. Ce prieuré ne fut d'abord tpi'une chapelle fondée par Hervé, dans une pelite île de la Loire dépendante des terres données par Geoffroy-Martel au chapitre de Saint-Martin. Dédiée par son fondateur à saint Côme, elle donna son nom à l'ile, aujourd'hui réunie au littoral de la rive gauche. Une
AKKONDlSSEMKiNT DE TOUHS.
conleslalion s'tUanl élevée, iioiir sa possession, entre ral)hayc de Mannoiilier et le chapitre, et les nobles du pays, appelés comme arbitres, ayant décidé en faveur de Saint-Martin , quelques chanoines, désireux d'emhrasser la vie monastique, vinrent y créer, du consentement de leurs supérieurs, un prieuré piur eux-mêmes. Us le firent cmstruiro à leurs frais, et en prirent possession la veille de !N'oêl 1092.
l'l'.li;ii;K 1)K SMNT-COIIK..
Le prieuré de Saint-Cônie fut supprimé en 1742, et ses revenus retoHrnérent au chapitre de Saint- Martin. A cette éjioque, les chanoines enlevèrent le tombeau de Ronsard, cjni en faisait un des ornements, pour le placer dans leur salle capitulaire.
Véretz. — Ce village, que Grécourt appelait son paradis terrexlre, est l'un des plus séduisants de laTouraine. Situé sur la rive gauche du Cher, il était commandé par un château, aujourd'hui en ruines, qui joign.iil à l'élégance d'une architecture moderne les avantages d'une admirable position. Jean de la Barre, pr.emier gentilhomme de Charles VIII, avait fait bâtir ce manoir ainsi que l'église du village. C'est dans ses murs que mourut le poëtc Ducerceau, et que l'abbé de Rancé forma la résolution d'aller s'ensevelir à la Trappe. Abandonné depuis longtemps par ses propriétaires, il emprunta un éclat passager au séjour du duc d'Aiguillon, qui y fut exilé en 1775; mais, délaissé de nouveau, il retomba dans l'oubli, fut vendu à la révolution et démoli de fond en comble.
Le territoire de Véretz contient encore deux fiefs, tous les deux cclélires à différents titres : le premier est le château de la Bourdaisiére, où naquit la belle Gabrielle d'Estrées; et le second, la maison seigneuriale appelée la (Hiavonniére, que P.-L. Courier habitait au moment où il fut assassiné.
CAiNTON DE VOUVlUY.
I!kaii.moxt-le-Uon{.e, Ciiaxjav, Chax'.eaux, MoTiNAUî, Neuiu,é-lk-Lieiihe, NoisAv, Notiie-Dameu'Oé, I'auçay, Reuonv, V^iinou, VocvnAv.
Ilor.iiEGOhho.N, ^Charmant village <jue domineirt les ruines du vieux château des Roches, bâti au XI" siècle par Robert, sire des Roches, et auquel Corbon, un de ses successeurs, donna son
^.'il
nom. De ce château il ne nous reste plus qu'un iiilier qundrnngulnire entièrement isole et viili^.iiremenl connu sous le nom de Lanterne de Rocliccorbon. <Juel([ues pans de vieilles murailles viennent s'y rallachcr et menacent, par leur position avancée, de s'abîmer au prochain éboulemeni du rocher qui leur sert de base. La lanterne fut construite dans l'un des angles du manoir par Robert, petit-fils de Corbon, en 1095. On y trouve un escalier qui conduit à une plate-forme du haut de laquelle, à l'aide de signaux de nuit, on correspondait avec la tour d'Amboise. Celle plateforme servait encore de phare aux navigateurs lorsqup la Loire, avant la formation des levées, venait battre le pied des coteaux.
Les seigneurs de Uochecorbon eurent souvent a lutter contre les entreprises de Foulques-le- Réchin. En 1095, le château ayant été fortifié par Thibaut, premier du nom, Foulques-le-Réchin, sous prétexte que Thibaut ne lui avait p;is demandé son consentement à cet égard, mit le siège devant la place et en rasa les fortifications, qui furent relevées par Robert, fils du précédent, celui-là même qui construisit la lanterne. En H89, lorsque Richard-Cœur-de-Lion envahit la Touraine, de concert avec Philippe-Auguste, pour enlever cette province au roi Henri II, son père, il cerna également le manoir et l'emporta d'assaut en trois jours. Les Anglais s'en emparèrent une seconde fois en 1427; il leur fui racheté quelque temps après. Enfin, réuni à la seigneurie de Maillé, lors de la formation du duché de Luynes , et, bientôt après, abandonné, il tomba en ruines sans que jamais personne ail songé à le relever.
CANTON DE NEUILLÉ-PONT-PIEArE,
TeRELLES, CllARESTILLY , NeUILLÉ-PoST-PiEIIRE , PeR>AV , RoUZlERS , SAI>T-Ar<TOINE-»l'-Ror.llEr, ,
Saikt-Rocii, Sembla>'çay.
SoNZAY. — Commune d)nt le village possède une église digne d'être mentionnée, comme l'a dit M. l'abbé Bourrasse, et, attenant a cette église, une tour aux mâles proportions. Dans la vallée qui sépare le village d'un plateau supérieur que couronne une forêt de pins, on remarque le château de la Mothe, vasle construction qui attire la curiosité du voyageur, et appelle l'étude de
CHATEAU DK LA MOillESOKZAV APPARTENANT A M. LE COMTE DE BEAU.MONT.
l'arehéologue. Sept tours ou tourelles donnent à ce vieux manoir une physionomie totile parficu-
liére ; des fossés de cinquanle pieds de largeur en défendent rapproche, et, sur ces fossés, pcrpéluellemenl remplis d'eau, grâce à des sources nombreuses el à la rivière qui traverse le parc, des ponts de plusieurs arches ont remplacé les anciens ponts-levis. Des quatre façades composant le château, celles qui regardent le levant et le couchant sont les plus longues, mais aussi les moins ornées, et l'ensemble du bâtiment présente trois caractères d'archileclure qui indiquent trois époques de construction.
D'après l'opinion généralement répandue,. le roi Henri U aurait fait bâtir le château de la Molhe- Sonzay pour Diane de Poitiers, sa maîtresse, le tirant, en quelque sorte, des marais qui, en ce lieu, pouvaient rendre si faciles les précautions défensives que l'on prenait alors. 11 est certain ([u'une grande partie de l'édillce atteste, par l'élégance et l'ornementation de son architecture, que les sculpteurs de la renaissance ont passé par là. Cependant, une portion du château, de beaucoup antérieure à cette époque, remonterait, selon nous, au règne de Louis XI, qui aurait fait bâtir en cet endroit un pavillon de chasse autour duquel seraient venus successivement se grouper les autres bâtiments, formant aujourd'hui le château. Toutefois ceci n'est qu'une conjecture ; ce qu'il y a de bien positif, c'est qu'Henri H, s'il ne le fonda pas, agrandit et embellit le manoir de la Molhe, qui devint momentanément résidence royale, ainsi que le prouvent certaines dispositions intérieures et quelques débris d'une magnificence peu ordinaire alors dans les simples .seigneuries.
La partie du château dont l'architecture est due à quelque contemporain de Philibert Delorme se compose de deux façades dont les étages, soutenus par un double rang de colonnes superposées, se terminent par une corniche chargée de rosaces et de feuilles" d'acanthe. Les colonnes, d'une grande élégance, sont d'ordre dorique, et, dans leurs ornements très-variés, se retrouvent quelquefois les initiales II et D réunies. Cette partie du bâtiment est la seule qui ait été achevée, et présente un ensemble à peu près complet; peut-être des statues, maintenant absentes, occupaientelles les niches que l'on voit encore sur l'une des deux façades; au-dessus des arcades on distingue la place de médaillons qui n'existent plus.
Comme dans presque toutes les résidences princières et royales, une galerie conduit des appartements à une ciiapelle garnie de tribunes. Le château de la Motlie avait aussi sa salle des gardes. Les distributions modernes ne permettent plus de retrouver ses proportions, et la tradition seule en a perpétué le souvenir. Mais, ainsi que nous l'avons déjà dit, i\ subsiste d'autres preuves de la magnificence des personnages qui ont habité ce manoir royal. Sept bas-reliefs sur pierre dure, quelques-uns de la plus belle exécution, se voient dans les appartements de l'étage supérieur, mais, malheureusement, tous n'ont pas été également conservés ; trois sont des compositions historiques, telles que V Enlèvement des Sabines, le Massacre des Innocents, Coriolan arrêté par sa mère: les quatre autres représentent le combat des Centaures et des Lapithes, des nymphes et des dieux marins, un enfant monté sur un dauphin, et la toilette de Vénus.
On lit, à l'entrée de l'escalier principal, la devise suivante, que nous reproduisons exactement : on^ Dieu, un roi, une fo^, une lo^.
Nous avons dit que l'ensemble du château indique trois époques de construction, et nous avons parlé des deux premières. La troisième nous reporte aux règnes de Louis XIV et de Louis XV, où l'on fut obligé sans doute de restaurer une partie des bâtiments, et peut-être de leur ajouter un des corps de logis, évidemment moderne. Les tours placées aux angles du château devaient jadis être plus élevées; leur grosseur, peu en harmonie avec leur élévation actuelle, et les portes coupées que l'on a remarquées aux points d'appui de leur toiture le prouvent suffisamment. Une de ces tours s'était écroulée, et a été relevée en 1812.
Tel qu'il est, malgré les dégradations que le temps et les hommes lui ont fait subir, ce vieux manoir, qui appartient à M. le comte Alfred de Beaumont, nous semble très-digne de l'élude de Parchéologue : nous avons dit qu'il l'appelle, nous aurions dû dire qu'il l'attend.
CANTOiN DE NEUVY-LE-HOI.
CiiBMiLLÉ, Épeioé, la Ferrière, Marrav, Neuvy-le-Roi, lîuEir,, SAI.^T-AuBl^, Saint-Christophe,
Saint-Paterne, Villebourg.
Louestault. — Commune assez étendue et surtout fort boisée, Klle possède le'château de Fonlc-
An:
naillcs, féodale demeure habitée souvent par Agnès Sorel et Charles Vil, aujourd'hui la propriété de M. le comte de Fontenailles, qui y a fixé son séjour et en fait les honneurs avec une urbanité charmante. Ce manoir, au sombre aspect, et dont il est impossible de reproduire exactement par le dessin la physionomie, tant il y a d'irrégularité dans la disposition des bâtiments qui le composent, est entouré d'un côté par des douves pleines d'eau, et, de l'autre côté, par de vastes et magnifiques jardins, au milieu desquels on a récemment mis à jour de larges vestiges d'une ancienne chapelle. D'une grande importance autrefois par ses fortifications, il dominait tous les fiefs des environs, que rasèrent successivement les redoutables seigneurs de Fontenailles. Indépendamment d'une nouvelle chapelle élevée sur ses remparts, et qui date du dernier siècle, on y remarque, au-dessus d'une porte précédée naguère d'un pont-levis,une tète d'Agnès, en pierre, sorte de relique à laquelle les paysans des environs ont une dévotion toute particulière. On en vil au reste un exemple en 1815. Le général baron de Pommereul, préfet du département, ayant demandé celte tète, nous ne savons positivement dans quel but, car ce ne pouvait être comme objet d'art, au propriétaire de Fontenailles,
CHATKAU DE F'.lNTETJAILLtS API'ARTE.N'ANT A M. M
COMIK LIK FO.MKNAILI.ES.
celui-ci s'était empressé d'accéder à ses désirs. A cette nouvelle, grande rumeur. Tous les habitants, à plusieurs lieues à l'entour, sont pris d'un violent chagrin. Maintenant, diSent-ils, qu'ils n'ont plus pour protectrice la belle Agnès, tous les m.TlIieurs vont fondre à la fois sur eux. Dans le même temps, coïncidence bizarre, survient une épizootie qui enlève la plus grande partie des bestiaux. On imagine les plaintes, les murmures, les imprécations même. Ils furent tels, que M. de Fontenailles, pour les faire cesser, dut réclamer la relique, qu'on eut beaucoup de peine à retrouver, ignominieusement reléguée dans lune des salles basses de la préfecture. Il la fit triomphalement replacer dans sa niche, à la grande joie du pays. Peu de jours après, ce qui changea la joie en ivresse, en une sorte de fanatisme, l'épizootie cessa.
Suivant une tradition populaire fort accréditée, un trésor aurait été enfoui dans le manoir. Les anciens du pays l'affirmaient. Il ne fallait pas en douter. Le fait élait avéré. A plusieurs reprises, les propriétaires se livrèrent à de vaines recherches pour le découvrir. Un jour, cependant, ils crurent avoir réussi : le sol d'une chambre avait cédé sous leurs pas! Aussitôt, ils font pratiquer des fouilles; on rencontre une voûte, on y ménage une ouverture; iine pierre est lancée dans le gouffre, elle rend un son métallique ! Nul doute, c'est là ! là se trouve la pierre philosophale tant cherchée...
L'espérance el la joie furent niallioiireusomenl de courte durée. La voûte ne recouvrait qu'un atelier de faux monnayeurs. Des coins, des moules, des marteaux, un balancier, des scories d'un grossier métal, du charbon de terre et de bois, ce fut à quoi se borna la trouvaille. Pas même une \nGco, un jeton qui pussent indiquer à quelle date remontait cet étrange capharnaum. Avait-il été orga^ nisé par des faux monnayeurs de profession ? Ne seraienl-ce pas plutôt les anciens seigneurs du lien qui auraient battu monnaie pour leur compte ? Cette dernière hypothèse nous paraît la plus rationnelle.