CANTON DE MONTBAZON
ArTASNES, BaI.AN, CnAMBBAV, DnUVE, POST-DE-RUAN. SaIWT-BrAKCIIS, S0P,1G^V, VlUE-PEr.BCE.
CoRMEP.v. — Petite ville que sa position sur l'Indre, et sa proximité de Tours rendent assez commerçante. Elle est redevable de sa fondation à l'abbaye de Cormery, et voici ce que les légendes racontent à ce sujet.
« Vers la fin du Vlir siècle, les moines de Saint-Martin, devenus riches, se laissèrent tellement
ABBAYE DE Cdli.MEliV.
aller à l'orgueil, que l'esprit de Dieu semblait les avoir abandonnés. Ils vivaient tous dans le désordre et dans la licence. En vain leurs abbés avaient fait toutes les tentatives pour les ramener à de meilleurs principes. On ne tenait compte de leurs paternelles remontrances. Dieu, lassé de tant de déporlemenls, leur envoya un de ses anges, pour les exterminer tous. Un seul, occupé par hasard ;'i lire les épilres de saint Paul au moment où le courroux du ciel lombail sur la coupable abbaye, ob-
liiit ifi'àce. ElTiayé de celte lerrible piuiilion, il s'enfuil sans retourner l;i tête en arriére, comme Lotli (le Sodome, et ne s'arrêta que dans un désert, sur les bords de llndre. 11 s'y bâtit une cellule, et y passa le reste de ses jours, priant Dieu pour la rémission de ses fautes et de celles de ses frères. Ce lieu de pénitence en prit le nom de Cœur-Marry, d'où la corruption a fait Cormery. »
Tel est, nous le répétons, le récit des léi^endes. Malheureusement, de cette tradition, simple et naïve poésie populaire, il nous reste des faits et des dates qui ne permettent pas de l'accepter. Un seul point est incontestable, c'est le dérèglement des moines de Saint-Martin. Ils ne faisaient du reste pas une exception parmi les religieux de cette époque, car tous, et sur tous les points du royaume, ils foulaient indignement aux pieds leurs pieux devoirs.
En 791, Ithier, abbé deSaint-Marlin, touché d'une foi vive et d'un zélé ardent, mit tout en œuvre pour ramener ses frères à l'observance de la règle. Ne pouvant y parvenir, et ne voulant pas vivre plu.s longtemps au milieu d'eux, il prit résolument son parti, et abandonna le couvent. Suivi d'un petit nombre de moines animés des mêmes senlimenls que lui, il alla bâtir l'église de Cormery, et la dota de plusieurs domaines qu'il possédait en Touraine et en Poitou, ainsi que de quelques propriétés appartenant au chapitre de Saint-Martin, toutes choses faites du consentement de ce chapitre. Alcuin, son successeur, aussi peu favorisé que lui dans ses tentatives de reforme, obtint de Charlemagnela permission d'établir des moines à Cormery. L'empereur y consentit par lettres datées de Tours (juin 800), sous la condition, toutefois, que la nouvelle abbaye relèverait de celle de Saint- Martin. Louis-le-Débonnaire, par lettres données à Aix-la-Chapelle (820), confirma, ces dispositions, et y ajouta le droit, pour le monastère, d'élire lui-même son abbé, lequel, cependant, devrait recevoir son investiture de la m;iison-mére.
Il en résulte donc que la nouvelle abbaye fut fondée du consentement de celle de Saint-Martin, que les moines se prêtèrent de bonne grâce" an démembrement, en sa faveur, d'une partie de leurs riches domaines, et que le lieu portait, avant la fondation, le nom de Cormery : a quœ ruslico iiomine Cormat icus dxcilur » dit la chartre de confirmation.
Les comtes d'Anjou étaient avoués, c'est-à-dire, défenseurs et protecteurs de l'abbaye de Cormery, ce qui n'empêcha pas les Normands de la détruire dans le courant du X'' siècle. Le roi Robert la fit rebâtir, et Barthélémy \", archevêque de Tours, en consacra léglise en AQM. Longtemps après, en 1354, les Anglais vinrent de nouveau la mettre au pillage. Son premier abbé séculier, Guillaume de llolot, se chargea de la réédifier à ses frais, et fut enterré dans l'église.
L'abbé de Cormery, mitre et crosse, était en outre chanoine et dignitaire de l'église de Saint- Martin et prenait rang au chœur après le trésorier. 11 jouissait, de plus, d'une maison canonicale dans l'intérieur du cloître. En 1795, l'abbaye éprouva le sort commun aux établissements religieux. Son église, abandonnée, fut en grande partie abattue. Le clocher seul, monument octogone aussi remarquable par son originalité que par son parfait état de conservation, résista.
L'abbaye était entourée d'une sorte de citadelle, qui sert aujourd'hui de bâtiment pour la gendarmerie, et défendue par des murs élevés et crénelés. On y remarque une tour massive, dont on a fait une prison, et qui devait, arsenal alors, contenir les munitions et les armes. Ce qui donnerait à penser que les religieux, au besoin, savaient combattre et se défendre.
La ville, au milieu de laquelle elle est enclavée, et qui reconnaissait son abbé comme seigneur, s'étend dans le fond d'un vallon pittoresque traversé par l'Indre et par la route du Berry. Sa proximité de Tours et ses marchés la rendent commerçante et y attirent beaucoup de monde, des Berrichons, des Tourangeaux, des Poitevins.
MoNTBAzox. — Cette petite ville, arrosée également par l'Indre, qu'on y passe sur un pont de pierre, est traversée par la grande route d'Espagne. Son château, dont les ruines se dressent encore sur une colline fort élevée et sont couronnées elles-mêmes par un télégra|)he est une construction de Foulques-Nerra. Ce vieux manoir devint célèbre à bien des titres. Ce fut dans ses murs que Charles VI reçut, en 1159, l'iiommage de François II, duc de Bretagne, successeur immédiat de son oncle, le comte de Richemont, connétable de France. On sait combien les ducs de Bretagne éprouvaient de répugnance à se soumettre à cette formalité envers le roi de France, leur suzerain, dans la manière accoutumée ; aussi ne fut-ce pas sans résistance et sans murmures que François et les seigneurs bretons se soumirent au cérémonial exigé. En 1460, Charles VII reçut également au même lieu les ambassadeurs de Philippe de Bourgogne,
lequel était accusé, à juste raison, d'entretenir le dauphin dans sa rébellion. Les seigneurs de Croy et de Lannoi avaient pour mission de détruire les soupçons qui planaient sur leur noble maître; mais ce fut en vain : ils échouèrent dans leur entreprise.
La terre de Montbazon payait une rente de cinq sous, chaque année, dans une bourse neuve, le jour de la Conversion de saint Paul, à Tabbaye de Cormery. Après avoir été le lliéàtre des guerres de Foulques-Nerra et du comte de Tours Eudes, elle fut donnée, comme gouvernement, à Guillaume de Mirebeau, de qui descendirent les premiers seigneurs de Monlbazon. En iM5, elle passa à Foulques-le-Jeune. Depuis elle échut successivement à Eléonore, veuve d'Henri II, roi d'Angleterre, à Bérengére, femme de Richard Cduir-de-Lion, à Philiiiert Savary, seigneur de Colombiers (1205), souche de la seconde maison de iMonlbazon. Erigée en comté par Charles IX pour récompenser les services de Louis de Uohan, sénéchal d'Anjou, elle le fut, quelques années après, en duché-pairie par Henri III en faveur de Louis Vil, premier duc de Montbazon. Ce duché se composait, outre Montbazon, des terres de Sainle-Maure, de La Haye el de ISouàlre.
Veigné. — Commune dont le bourg populeux confine à la délicieuse vallée du Creuzot, et tire une sorte de célébrité du caslelde Couzières, la plus charmante habitation de toutes celles (|ui couvrent son territoire. Cecastel, dont les seigneurs de Montbazon faisaient leur résidence la plus habituelle depuis le X\T siècle, occupe une place dans l'histoire. C'est dans ses jardins, comme nous l'avons dilaiHeurs, qu'eut lieu, le 5 septembre 1019, l'entrevue de Marie de Médicis et de son fils, LouisXIII. Ce fut aussi là que se dénoua la romanesque aventure par suite de laquelle l'abbé de Hancé aurait, dit-on, fait sa retraite. Armand de Rancé, abbé commendataire de la Trappe , prieur de Boulogne, chanoine de Tours, etc., était l'un des plus brillants, des plus spirituels courtisans de son siècle. Il prêchait le malin comme un ange et chassait le soir com.me un démon. Par malheur, au plaisir de la chasse ne se bornaient pas ses exploits. Madame de Montbazon, cette beauté si accomplie, que, malt^ré ses trente-cinq ans, elle défaisait encore au bal toutes les autres femmes, selon l'expression de Tallemant des Réaux, cette femme si abandonnée, que jamais personne n avait montré dans le vice si peu derespect pour la vertu, avait inspiré à l'abbé une de ces passions violentes et désordonnées que les caractères de sa trempe seuls peuvent éprouver. Les continuelles, et éclatantes infidélités de sa maitresse, loin de diminuer son amour, ne faisaient que l'irriter et l'accroître. Madame de Montbazon était, si l'on peut ainsi parler, la vie de sa vie, l'âme de son âme. En elle il avait concentré toutes ses affections, toutes ses joies, toutes ses espérances!... Obligé d'aller à Rome, il partit. A son retour, il se rend promptemenlà Couzières, arrive au château, entre avec son emjtressement habituel, ne se préoccupe ni de l'air consterné des valets, ni du bouleversement du loo-is, se précipite dans l'appartement de la duchesse par un escalier dérobé dont le secret n'avait pas été livré qu'à lui seul... Le premier objet qui s'offre à sa vue, c'est la tête de cette femme, hier encore si brillante et si belle, aujourd'hui affreusement défigurée par la mort, sanglante, séparée du corps et posée sur un plat d'argent!... Madame de 3Iontbazon, morte presque subitement, son cercueil s'élant trouvé trop court, les ensevelisseurs, au lieu de le refaire, avaient trouvé plus commode et moins long de mutiler le cadavre !... •
Suivant quelques biographes, ce serait l'abbé lui-même qui aurait fait détacher la tête afin de l'emporter comme un souvenir. Ils s'appuient, en ceci, sur un passage d'une lettre que lui écrivait Bossuet en lui envoyant les oraisons funèbres de madame Henriette et de la reine d'Angleterre.
Saint-Simon prétend le contraire. A l'en croire, « il n'y a rien de vrai en cela, mais seulement « des choses qui ont donné cours à cette fiction. »
En présence de celte contradiction dans les faits, nous n'entendons nullement nous porter garant pour Tune plutôt que pour l'autre version. ISous nous bornons à les rapporter. (Jue la première ou la seconde soient ou non exactes, toujours est-il tpie la mort subite de madame de Montbazon plongea de Rancé dans un désespoir (pii faillit bouleverser sa raison. Retiré dans son domaine de Vérelz, il s'y livrait avec fréné.sie, jour et nuit, à des conjuralions magiques dans l'espoir insensé de rappeler sur cette terre une âme envolée à jamais... Une affreuse ap|)arition, fantôme d'un esprit malade et frappé, termina, dit-on, cette crise terrible. ^VfU'és une longue et douloureuse maladie, il se releva, non pas moins désespéré, mais calme et ferme ; il avait compris lii vanité de ses espérances. limpiélé de ses extravagances, le néant des choses de ce monde, et désormais, les yeux fixés sur un seul point, le ciel, ses pensées tournées vers un seul être. Dieu,
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LA TOUBAINE ANCIENNE ET MQDERNE, Pailicc î»r L. Mercier, Rditear.
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ARRONDISSEMENT DE TOURS. 'i57
essence suprême en qui tout se réunit et se confond, il courut ensevelir au couvent de la Trappe sa douleur et ses remords. Néanmoins, l'activité dévorante dont il avait constamment fait preuve ne l'abandonna pas un instant. A son arrivée au couvent, l'herbe et la ronce croissaient dans le saint temple ; la régie était méconnue ; le désordre régnait par tout. Il se donna pour lâche de réformer les abus, il triompha de tous les obstacles, brisa toutes les résistances, brava même les menaces, et vécut trente-quatre ans dans la plus austère retraite, sans s'être un seul instant départi de ses rigueurs.
Le château de Couziércs, parfaitement intact, appartient aujourd'hui à M. de Fresnes, qui s'est plu a en faire un des plus agréables séjours du pays. Son style rappelle rarchilecture du commencement du XVIU" siècle. Le principal corps de logis est llanqué, à sa façade nord, de deux pavillons carrés, et, à sa façade sud, du côté des jardins, de deux tourelles rondes reliées entre elles par une terrasse bordée d'une galerie de pierre travaillée à jour. Des douves profondes l'entouraient, et ont été comblées, excepté devant l'entrée principale. Un pont en pierre, jeté sur ces douves, qu'alimentent des eaux vives, remplace l'ancien pont-levis qui devait s'y trouver. Les jardins, merveille en leur genre, agrandis et embellis par le propriétaire actuel, renferment, au milieu de frais bosquets, de labyrinthes, de quinconces, d'accidents de terrain du plus ravissant effet, des jets d'eau, des cascades, des fontaines, plusieurs grottes, une source pétrifiante, une pièce d'eau enfouie sous les aunes, les saules pleureurs, le chèvrefeuille, les sureaux.
Cette charmante demeure appartenait, avant la révolution, à un prince de Rohan dont la fortune était si considérable, qu'il ne concevait pas qu'on put vivre à moins d'un million et demi de revenus, et le luxe si écrasant, que le chenil de son manoir était tout en marbre. Aussi le plaisanlait-on souvent, sur ce sujet, à la cour. « En vérité, monseigneur, lui dit un jour la spirituelle « marquise de Contades, à qui il faisait admirer ses communs, vos chiens sont logés comme des « princes, mais vous éles^ vovs, logé comme un chien. »