‹ La Touraine, ancienne et moderneChapitre 36 sur 75 · CANTON DE CHATEAU-LA-YALLIÈHE · texte numérisé non relu

CANTON DE CHATEAU-LA-YALLIÈHE

Ambillou, Brave-sur-Maulne, Bresches, Ciian>ay, Couesmes, Courcklles , Hommes , Lublé , Mar-

CILLV, Bu.LÉ , SAl]ST-IiAURE>T-DE-LlPl , SaIM-LaURENT-E?) - GaTINES, SaVIGNÉ, SOUVIGNÉ , VlLLIERS-

Âux-Bois.

Ciiateau-la-Vallière. — Cette localité, petite ville ou gros bourg, sur les rives de la Fare, et chef-lieu du canton du même nom, occupe le centre d'une commune réputée pour ses forges à système anglais, ses eaux minérales, les châteaux de Vaujours, de Châteaux et du Vivier.

Nous n'avons aucun renseignement positif sur l'origine du fief de Vaujours. On suppose qu'il aurait été bâti vers la fin du XII" siècle, ou le commencement du XIIP, par les comtes d'Anjou ou de Sancerre, qui en furent longtemps possesseurs. L'un d'eux, dit une tradition accréditée dans le pays, ayant à lutter contre un gros d'ennemis de beaucoup supérieur en forces, et ne se sentant pas en étal de les repousser, usa, pour échapper au danger, d'un stratagème employé depuis, à plusieurs reprises. II fit garnir les murailles d'armes et de chapeaux, et attendit de pied ferme. Le succès répondit â son espoir. Les assiégés, voulant s'emparer de la place pendant la nuit, par surprise, et ne s'attendant pas à y trouver de si nombreux et si déterminés défenseurs, prirent la fuite comme ces volées d'oiseaux pillards, ajoulentles cojileurs, que vient d'effrayer un manne(|uin ou un bouchon de paille mis en croix pour portéger les fruits murs.

Vaujours, autrefois Val-Joyeuse, ((ui compte parmi ses seigneurs Pierre Trousseau, seigneur de Veretz, et Ilardouin de Bueil, évê(|ue d'Angers, l'un en 1594, l'autre de 1407 â 1434; Vaujours dépendait de l'ancien Anjou, et en fut détaché pour être réuni à la Touraine. Au XVIP siècle, c'était une baronnie que Louis XIV ajouta au duché deChâlcau-la-Valliere, et qu'il offrit gracieusement à Louise de la Baume-le-Blanc. Après la mort de cette charmante femme, son frère en devint possesseur. Elle passa ensuite à la duches.se de Châtillon et à sa fille la duchesse dUzès. Celte dernière l'ayant vendue à un Anglais, lord lloUond, l'Elal voulut revendiquer des droits sur le fief et ses dépendances. Toutefois, au moment d'en venir aux voies de procédure, l'État se désista, et Vaujours

rcsla à son acquéreur. De lonl Hollond, celle iiropriélé passa à un autre Anglais, M. Baldwin, qui la vendit, en 1841, à M. du Tardes, auquel elle appartient encore en ce moment.

On a prétendu que la duchesse de la Valliére y avait séjourne quelque temps avant de se retirer pour jamais aux Carmélites. Rien jusqu'ici ne nous en donne la preuve. L'empressement avec lequel elle fuyait la célébrité que lui firent ses amours, ses malheurs et sa retraite austère, aura seul fait naître cette supposition.

CANTON DE CHATE.\Ut?ENAULT. .

AuTRÈciiE, AuzouEit, Crotelles, Dame-M.'VIue, le RouLiAY, LES Heomites, Monthodoîs, Moiia>d,

NeITVILLE, NorZILLES, SAI>T-LMIP.ENT-E?i-GATINES, SaINT-NiCOLAS-DES-MoTTES, SONISAV, VlLLEDOMER.

Chateaureisault {Caslrum liegivaldi), petite ville fort ancienne, cliel-lieu du canton de ce nom, située sur la Brenne, au pied d'une colline, et dominée par les restes d'un ancien château fort auquel elle emprunta son nom. C'était autrefois une place importante par sa position sur les confins du Blaisoiset de la Tourainc. Aussi les comtes de Blois et d'Anjou s'en disputérenl-ils souvent la possession.

Longtemps avant qu'il fût question du château et de la ville, on voyait sur leur emplacement une forteresse plus massive que formidable, défendue par des fossés, des murailles, et surmontée d'un donjon qui dominait tout le pays. Ce pays se nommait Carament ou Villemoran, et le donjon tour de Carameut, lurris Çaramenti seu Villemorani.

ME I)K r.HATKArRENAI!I.T.

Les archéologues dilTérent d'avis sur la construction de ccUe leur; les uns l'altribuenl aux Gau-

ARRONDISSEMENT DE TOURS îol)

lois, les aulres aux Romains. L'opinion la jiliis généraleniont répandue la fait remonter seulement au moyen-âge, où chaque seigneur, maître et souverain dans ses domaines, s'y fortifiait contre les armes royales, et l'inquiète ambition de ses voisins.

Thibaut-le-Tricheur, ce point admis, premier comte de Blois et de Touraine qui se soit rendu indépendant de l'autorité royale, en serait le fondateur. Il l'aurait construite pour défendre ses |)Ossessions contre les continuelles attaques de Foulques-lc-Houx, comte d'Anjou, pour sauver tout au moins son riche comté de Blois. Quant à la ville en elle-même, nous croyons que, comme toutes celles du même temps, elle n'eut point à proprement parler de fondateur, qu'elle fut probablement l'œuvre successive de plusieurs générations, et non celle dun seul et môme individu. Un château se bâtit, les vilains et manants des environs viennent y chercher protection contre les exactions des gens de guerre, les maisons se groupent autour, mois jiar mois, année par année, siècle par siècle, et, suivant sa position plus ou moins avantageuse, suivant le génie plus ou moins entreprenant de ses habitants, suivant aussi ce falum qui préside toujours aux destinées de l'homme ou de ses (Ouvres, la ville devient Châlcaurenault, Tours ou Paris.

Les descendants de Thibaut-le-Tricheur restèrent paisibles possesseurs du comté de Blois et de ses dépendances jusqu'en 1044. La lour de Carament et son territoire leur furent alors enlevés par Geoffroy-Martel, (|ui profita des i|uerelles de Thil)aut II et de son frère, Etienne de Champagne, avec le roi de France, Henri l", pour le dépouiller de la Touraine. Guicher III, seigneur de Carament et vassal de Thibaut, ayant refusé de i-econnaître Geoffroy-Martel pour son suzerain, et de lui faire hommage de cette seigneurie, on l'en expulsa pour en investir Geoffroy, fils puîné de Renault de Belesme, seigneur de Château-Gonlier.

Quelques auteurs ont prétendu que la ville et le château devaient leur nouvelle qualilication à ce seigneur, qui aurait substitué au nom de Carament celui de Chàteaurenault, en l'honneur de son père. Ce fait est démenti par la cln-onique de Tours. Elle fait remonter ce changement vers l'an 1020, à Renault, premier du nom, et le troisième seigneur de Chàteaurenault dont les litres soient parvenus jusqu'à nous.

Le nouveau seigneur, nommé par les uns, Geoffroy, du nom de son parrain, Geoffroy-Martel, et par les autres Renault, comme son père, ne demeura pas paisible possesseur do ses domaines. Souvent attaqué par Guicher, le châtelain dépossédé, par les seigneurs, ses voisins, et par un de ses frères à lui-même, qui le voulait forcer à partager son héritage, il se vit obligé de se mettre sous la protection du comte de Vendôme, son parent, auijuel il fil hommage de sa terre.

Il laissa cette seigneurie à sa fille unique. Sibylle, la([uelle, fiancée dabord à Hugues, fils aîné de Sulpice II d'Amboise, fut élevée par ce seigneur auprès de son futur mari jusqu'à l'âge de puberté. Mais les deux fiancés étant parents au degré prohibé, et l'archevêque de Tours ayant menacé de fulminer contre eux les censures ecclésiastit[ues , Sulpice dut forcément renvoyer Sibylle à Chàteaurenault, où elle épousa Josselin, seigneur des Quenelles. Sulpice ne vit pas d'un œil indifférent cette riche proie passer dans une autre maison (pie la sienne. Ne pouvant s'en venger sur l'archevêque, il fit la guerre à Josselin, assiégea Chàteaurenault, l'emporta d'assaut, y mit le feu et ne laissa debout que l'église. Josselin ne survécut pas longtem|)s à la dévastation de ses domainf s, et Sibylle, en épousant en secondes noces Thibaud de Champagne, comte de Blois et de Chartres, rendit à cette maison la seigneurie qui Irur avait été enlevée par son père.

Les descendants directs de Sibylle possédèrent Chàteaurenault jusqu'à Hugues de Châtillon, comte de Saint-Paul, dans les mains duquel ce manoir passa par le mariage de son père avec Marie, dernière hériliére de Sibylle. Jeanne de Châtillon, comtesse de Blois et de Chartres, dame de Chàteaurenault, épousa le comte d'Alençon, fils du roi saint Louis. Mais les deux époux élant morts sans postérité, la seigneurie de Chàteaurenault était retournée à la maison de Châtillon, dans la personne de Hugues, cousin germain de la feue comtesse d'Alençon.

En mourant (1292), cette princesse avait laissé, entre autres legs |iienx. Irais cent cinquante livres à ses pauvres ménagers de Chàteaurenault; deux cciils livres aux pauvres filles du même lieu, afin de les marier ou de les mettre en religion ; pareille somme aux pauvres femmes nobles; vingt livres à l'IIôtel-Dieu, et qaaranle sous de rente sur le lestage du château. Hugues de Châtillon ne voulut pas moins faire. Il laissa aussi par testament des dons aux pauvres de la ville, aux hôpitaux et à la maladrerie. Les rois de France s'étaient, il paraît, conservé qiuihpies droits sur la

jsno ' ARRONDISSEMENT DE ÎOURS

seigneurie de Cliàlcaiireniiull, car on peut lire dans le registre de la chambje des comples, intitulé : Tabula majoi' dividens, etc., année 1325, que le dimanche après Pâques 1522, « et grant « conseil à Ponloise en habbaye, où ly rois reprcnt cl remet arriéres son domaine toute la terre a qui fust baillie à Pierre de Machaux au prix de 2o5 livres 1-î sous parisis de rente en la cliaslel- « lenie de Chastel-Rcgnault, par ly rois Pliilippe et le frère du roy Monsieur, laquelle terre il et « en récompensalion de la ville de Lisi et de Villantrais, etc. »

En io92, Cliâteaurenault appartenait à la famille de Longueville. Le mariage d'Antoinette de Longueville avec Charles de Gondy, marquis de Belle-Ile, fit passer celte seigneurie dans la maison de Gondy, et, plus tard, dans celle de la Pardieu, par le mariage de François de Uousselet de la Pardieu avec Émerance de Gondy, fille naturelle du maréchal de Hetz.

Albert de Uousselet, fils de François de Roussclcl et d'Émerance, fut gouverneur, pendant la Ligue, de l'île, des forts et de Belle-lsle, en Bretagne. Les seigneurs bretons, jaloux de son mérite et de l'affection que lui,porlait le roi Henri IV, cherchèrent à le lui rendre suspect : mais le roi répondit qu'il connaissait son cousin de la Pardieu pour gentilhomme d'honneur et de mérite, auquel il n'eût pas confié la principale force de son Etat, s'il ne l'eût tenu pour tel.

En reconnaissance de ses services le roi Louis XllI érigea en marquisat, en faveur d'Albert II, son fils, sa terre de Chàteaurenault. qui, jusque-là, n'avait été qu'une simple baronnie. Enfin, de son célèbre manoir, aujourd'hui propriété de M. Calmon , député et directeur général des contributions indirectes, il ne reste que les ruines de la vieille tour de Carament. Celui qui le remplace n'est pas d'une très-haute antiquité. La porte et les deux tourelles paraissent dater du XIV" siècle, et le plus vieux des deux hâliments qui le composent, d'une époque plus moderne, ne doit remonter qu'à la fin du XV^ ou au commencement du XVl^ siècle. La position seule en est admirable, et permet à l'œil de plonger sur l'un des plus ravissants panoramas de la province.

Page 1