CANTON DE BLÉ RÉ
AzAv-scii-CiiER, Athée, Chisseaùx , Cicooé, Civkay-sur-Cher, Cour(:av , la Cuoix-de-Bléiié, Uierhe, Ei>EiG>'É-LES-Bois , Francueil, Luzillé.
Bléré. — Celte petite ville, dont les chroniqueurs se sont plu à entourer le berceau de fables, est située à deux lieues d'Amboise et à huit lieues de Loches. Sans nous arrêter aux suppositions plus ou moins étranges forgées à grand'peine sur son origine, nous dirons que cette origine n'est l)ien constatée" que depuis le V^ siècle; que son église fut bâtie en 474, par les soins de saint Perpet; que prise et saccagée par les Normands, en 838, elle tomba au pouvoir des comtes d'Anjou, et par suite à celui des rois d'Angleterre.
Henri II, l'un de ces princes, y fit construire, vers le milieu du XII" siècle, le pont en pierre qui existe encore aujourd'hui sur le Cher, et qui unit à la ville un village, ou plutôt un faubourg, situé sur l'autre rive et nommé la Croix-de-Blèré. Quoique Bléré ait été autrefois des mieux fortifiées, on ignore si les murailles (|ui formaient son enceinte existaient avant la domination des comtes d'Anjou , ou si elles furent l'œuvre de ces seigneurs, grands constructeurs et grands destructeurs à la fois. Philippe-le-Bel et la reine, Marguerite de Navarre, y passèrent une nuit, le 20 mai 1301, ce qui fait penser qu'à cette époque la ville était sur un pied de défense respectable. En 1359, pendant la captivité du roi Jean, à Londres, les États-Généraux ayant refusé, on se le rappelle, de ratifier le honteux traité consenti entre les rois de France et d'Angleterre, Edouard alors repassa la mer, ravagea la Beauce et s'avança jusqu'à la Loire, que des aventuriers de sou armée ne lardèrent pas à passer. Ces soudards s'emparèrent de plusieurs châteaux el ]»laces forles de la Touraine, el notamment de Bléré, où ils laissèrent un parti de Bretons à la solde des Anglais, qui n'en sortirent, suivant les registres de compte de 13(i0, qu'après que les élus de Tours leur eurent envoyé des émissaires pour leur proposer de mettre un jirix à l'évacuation delà place, el que ce marché eut été conclu et exécuté.
La seigneurie de Bléré fui possédée par la maison d'Amboise, jusqu'à l'époque où Jean de Sainte-Maure, descendant de celte famille par sa mère,' Marguerite d'Amboise, la vendit à Pierre Bérard, maître d'hôtel de Ix)uis XL Elle releva dès lors directement du château royal de Tours,
et passa successivement dans plusieurs familles jusqu'au jour où la révolution vint abolir tous les droits seigneuriaux. Charles-François de Bercy en fut le dernier possesseur. Ses fortifications, dont il n'existe pas vestige aujourd'hui, se voyaient encore au XVP siècle, au moment des guerres de religion.
Contrairement aux autres petites villes, celle de Bléré, chef-lieu de canton, loin de décroître s'est relevée et a pris un développement plus considérable que par le passé. Son enceinte s'est étendue, ses maisons se sont renouvelées; gaie, aujourd'hui, animée, commerçante et industrieuse, sa population s'élève à environ 3,419 habitants.
Chenonceaux. — Commune sur laquelle se relléle une partie de l'immense renommée du beau château du même nom , le plus remarquable incontestablement de * tous ceux qu'on admire encore aujourd'hui, non-seulement en Touraine, mais en France, mais même en Europe. Ce château, dont nous avons seulement à nous occuper ici, n'était dans l'origine qu'un simple moulin, bâti sur le Cher. Le moulin fil place à une châlellenie, qui, au XIII" siècle, appartenait à l'ancienne famille de Marques, laquelle possédait déjà Bléré, Francueil et Chisseaux. Lors des guerres civiles du XV* siècle, Jean de Marques, premier seigneur deChenonceauxdont l'histoire fasse mention, ayant pris parti pour le duc de Bourgogne contre le dauphin Charles, reçut garnison anglaise dans son fief, mesure dont il paya cher rini])rndencc ! Pou de temps après, les Anglais furent battus par le maréchal Laval de Bois-Dauphin, dans les environs même du domaine ; l'habitation du traître, prise d'assaut, ses fortifications furent aussitôt démolies, ses fossés comblés et les bois qui l'entouraient coupés à hauteur d'infamie!...
ENTRKK PiU.NCICALK DE CHENDNCEAIX.
Le fils de Jean de Marques fit iiommage à Charles VII de son vieux castel, et obtint la permission de le relever. Son petit-fils, Pierre de Marques, lui succéda, en 1460, et vendit sa terre à Thomas Bohier, baron de Saint-Cyergue, lequel, appelé à devenir lieutenant-général des armées du roi, général des finances de Normandie, représentant du vice-roi de Naples pendant l'occupation de ce royaume par Charles VIII, etc., vécut à la cour des rois Louis XI, Charles VIU, Louis XII et François P^
-',(>2 ARUÔNDlSSEiMENT DE TOURS.
La Irnnsfonnalioii de Clicnonceaux dalc du régne de ce dernier nionar((ue. On sait de combien de cliàleaux François l" couvrit les i^ords de la Loire. Thomas Boliier, à son exemple, prit à cœur de faire de son fief un caslcl fleuronné,blasonné, flanqué de jolies tourelles, ajusté d'arabesques, orné de cariathiades, et tout contouronné de balconnades avec cnjolivalions doréex jusqu'au haut du faiste, ez-pavillons cl tourillons d'iceiuy ckasteau, IcquiU est devenu royal et bien juslenienl.
A la mort du baron, survenue à Milan en lo24, quelque temps avant la bataille de Pavie, son cliàieau, inachevé, passa à sa femme, Catherine Briçonnet, et ensuite à leur fils, Antoine Bohier, qui continua les travaux sans pouvoir en jouir. Le roi, trouvant le manoir à sa guise, se l'adjugea sans vergogne en compensation d'une somme de cent quatre-vingt-dix mille livres qu'il prétendit lui être due par Thomas. (Jaoi(iue cet acte fût d'un despotisme qui ne le cédait qu'à son ini(|uité, Antoine, instruit par expérience des habitudes peu délicates du prince, s'estima heureux d'en être «juitte à si bon compte, .se laissa exproprier sans se plaindre, se réservant seulement le droit de prolester plus tard.
Chenonceaux admis de la sorte au nombre des châteaux royaux, le connétable Anne de Montmorency vint, en 1556, l'occuper au nom du roi, qui fit reprendre avec vigueur les travaux; mais bientôt il changea pour la seconde fois de maîtres: Henri 11, depuis peu couronné roi de France, le donna à la duchesse de Valentinois. Les hériliers de Thomas Bohier crurent le moment favorable pour répéter leurs droits et protester avec énergie, ce qui, dans un sens, leur porta profit contre la transaction par suite de laquelle ils avaient été forcés d'abandonner au feu roi l'héritage paternel. Diane, ne voulant pas s'en dessaisir, les désintéressa sur-le-champ, sans trop examiner s'ils étaient fondés ou non a requérir. Puis, elle fit jeter devant le château même un pont dont François P avait autorisé la construction dés 1517, et continuer les embellissements.
En loal), Catherine de Médicis, devenue maîtresse absolue par la mort d'Henri II, enleva Chenonceaux à la duchesse, à peu prés aussi régulièrement que François !'■' l'avait enlevé à la famille Bohier, c'est-à-dire qu'elle la contraignit de l'échanger contre le château, beaucoup moins beau, en ce temps-là surtout, de Chaumont-sur-Loire. Catherine, voulant surpasser Diane en magnificence,! fil poursuivre avec plus d'activité que jamais les constructions, au point de vue de l'art surtout,] commencées par elle. La galerie qui traverse le Cher fut élevée sur le pont bâti par la belle duchesse. Les jardins prirent de plus vastes proportions; le parc, dessiné avec goût, enveloppa les alentours de ses frais ombrages; enfin la reine se disposait à faire élever, sur la rive gauche di Cher, un pavillon semblable à celui de la rive droite, lorsque les guerres civiles et les révoltes qi troublèrent le règne de ses trois fils vinrent y mettre obstacle et l'en détourner.
Catherine de Médicis donna des fêtes somptueuses à Chenonceaux. Nous avons même dit ailleurs^ les scandaleuses orgies qui s'y passèrent sous la déplorable souveraineté de la dernière branche des Valois. François II et Marie Stuart assistèrent à plusieurs solennités qui durent révolter leur esprit et leur cœur. Il en fut de même sous le régne d'Henri 111. Ce prince, trépassé, Louise de Vaudemonl, sa veuve, prit possession de Chenonceaux, et l'habita constamment. Comme elle portait le deuil en blanc, loHgtenq)s après sa mort les paysans des environs, effrayés, racontaient à la veillée les apparitions de la bonne reine, et ses silencieuses promenades sous les ombrages touf-^ fus du parc royal.
En 1601, Chenonceaux passa à César de Vendôme, fils naturel d'Henri IV et de Gabrielle d'Estrées,| du chef de Françoise de Lorraine, sa femme, nièce de la feue reine. César et Françoise étant morts sans enfants, Chenonceaux devint, eu 1720, la jiropriété du duc de Bourbon, qui le céda en 1753 an fermier-général Dupin.
Le château devint dès lors le rendez-vous de tous les esprits d'élite et des femnies les plus élégantes de cette époque: Fontenelle, Mairan, Buffon, Tre.ssan, Montescjuieu, Saint -Aulaire, de Saint-Pierre, Mably , Condillac, Sainte-Palaye, lord Bolingbrockc, Voltaire, Bousseau, loule l'Encyclopédie, en un mot ; mesdames de Luxembourg, de Bohan-Chabot, de Forcalquier, de Mirepoix, defencin, du Delfaut, vinrent se grou|>er autour de madame Dupin, femme aussi distinguée par son esprit, sa beauté, ([ue par ses (lualités rares. Jean-Jac(iues Uousseau, l'ours de Genève, connne elle l'avait surnommé, devint son secrétaire et le précepteur d'un des enfants de son mari.
Il serait difficile de rien trouver de plus splendide que cette somptueuse demeure. Le bàli-
ment principal, construil sur une seule arche, à la rive droite du Cher, offre ce luxe d'ornements, celte surabondance de richesses archilectoniques qui caractérisent les splendeurs de la renaissance. La galerie qui traverse le Cher, d'un style plus simple, se compose de deux étages. En différents endroits du château, on remarque la devise queThomas Bohier avait adoptée, pressentant sans doute qu'il laisserait son œuvre inachevée : « S'il vient àpoinl, m'en souviendra: de même qu'on remarque cette inscription au-dessus de l'entrée principale : Franciscus prinius, Francorum rex. L'intérieur n'est pas moins remarquable que l'extérieur. Tous les appartements sont meublés avec magnificence et dans le goût de l'époque où ils ont été successivement occupés. La chapelle, une charmante tribune , l'élégant confessionnal où François l'"^ et les dames de sa cour ne racontaient sans doule pas toutes leurs fautes ; la chambre dans laquelle Louise de Vaudemcmt pleura si longtemps son royal époux , chambre dont les murs, couverts dune tapisserie noire semée de lames d'argent, portaient celle devise, expression des regrets douloureux de la reine : Sœvi monumcnla doloris; la salle des gardes, dont le plafond, en bois, est tout un chef-d'œuvre; la belle cheminée de la chambre de Catherine de Médicis, aux sculptures échappées à l'habile ciseau de Germain Pilon ; des tableaux, en assez grand nombre p(mr faire un musée, la plupart signés des plus illustres maîtres ; enfin vingt autres merveilles que les limites de cet ouvrage ne nous permeltent pas d'énumérer, en font le plus admirable séjour du royaume.
Chenonceaux n'est pas sorti de la famille de madame Dupin. Il appartient aujourd'hui à M. le comte de Villeneuve , son pelit-fils , «lui en fait les honneurs aux étrangers avec une grâce parfaite, i)rouvant ainsi que le bon goût et l'esprit sont héréditaires dans sa famille.
CANTON d'aMBOISE.
Cancé, Chargé, Fleurav, Limeray, Lussault , Morkes, Nazelles , Négros, Pocé, SAmT-MARTi>lë-Beau, Saint-Oce^, Saist-Règle, Souvigny.
Amboise. — « a l'orient de Tours, dit André Duchesne, est la ville et le château d'Amboise, sur la « rivière de Loire, ville autant gracieuse en séjour et abondante en toutes sortes d'aménités, qu'on « puisse guère voir en France. Ce n'était, au commencement, qu'un bourg,'assez renommé toutett fois , dés le temps même de saint Martin , qui vivait il y a plus de douze cents ans , lequel y jeta « les premières semences de la religion chrétienne et y bâtit les premières églises. »
Son origine , comme celle de toutes les cités anciennes, est assez obscure. Les traditions la font remonter, les unes aux druides du pays Chartrain, qui, 300 ans avant J.-C, seraient venus s'y installer sous la conduite d'un vergobrel; les autres, le moine de Marmoutier entre autres , à César, se fondant en ceci sur un passage même des Commentaires de l'illustre conquérant des Gaules. Il y est dit, en effet, qu'après avoir pris et saccagé Bourges, César descendit enTouraine, et que, se préparant à l'invasion de l'Armorique, il fit camper ses légions sur les conlins du pays Chartrain, in finibus Carnulum. Mais faut-il en conclure que c'ait été positivement à l'endroit occupé depuis par Amboise ? Ce qui pourrait le donner à penser du moins , c'est que la position était forte, sur un rocher resserré entre deux rivières (la Loire et l'Amasse) ; qu'il eût difficilement trouvé dans le pays un emplacement plus convenable pour établir ses quartiers , et qu'enfin il y construisit une tour ou pile sur laquelle fut élevée une colossale statue de Mars. Sulpice Sévère, disciple de saint Martin, témoigne de l'existence de ce monument du paganisme, et rapporte que les prières du saint apôtre venu pour convertir les Amboisiens suscitèrent un violent orage qui renversa la slatue et la tour.
Dans l'hypothèse d'un élablissement romain, le nom d'Amboise dériverait du site même de celte ville au confinent des deux rivières : Ambœ aquœ, castrum ab ambabus aquis Ambaciacum, Ambacia, Ambasia, et enfin Amboise.
Après avoir fait de la station d'Amboise une place redoutable, les Romains, toujours suivant l'anonyme, jetèrent sur la Loire et l'Amasse des ponts de bois qui existaient encore au temps de Grégoire de Tours, et élablirent sur la rive opposée du fleuve, à Naviccllœ (Nazelles), leurs quartiers de cavalerie.
On trouve effectivement, aux environs du château, l'emplacement d'un camp^lit Camp de César.
Ce camp borné, du côlc de la cniiipagiie, par un vaste fossé dont les terres forment encore un retranchement très-visible, contient, dans son enceinte même, un lumulus d'une assez grande élévation. Mais nul vestige de constructions romaines, si ce n'est (|uel(|ucs débris de briques et de tuiles; aucune monnaie, aucune armure, aucun fragment d'ustensile n'y témoigne du séjour du peuple roi, tandis qu'on y recueille encore fréquemment des médailles celliciues et gauloises. Les immenses caves, ou si7os, à quatre étages, attribuées traditionnellement à César, ne simplifient pas la question. Destinées à servir de magasins .i blé, ces caves sont superposées les unes aux autres et taillées dans l'intérieur du roc. Un solide revêtement en briques les préservait de l'humidité, et, par surcroît de précaution , l'architecte avait ménagé , entre la paroi du rocher et le revêtement, un espace vide de vingt-deux centimètres, rempli d'un ciment très-fin. Enfin , l'intérieur, soigneusement recouvert d'un enduit dur et poli , devait maintenir toujours parfaitement secs les grains qu'on y renfermait. Cependant, comme nous n'avons pu retrouver un écrivain du moyen-àge, une charte, une chronique qui en fassent mention ; comme tous les antiquaires, depuis la découverte de ces réserves, sont en désaccord sur leur origine ; comme les historiens modernes les attribuent, ceux-ci toujours à César, ceux-là aux rois francs de la première race, quelques-uns à un monastère de la ville ou des alentours, il nous semble assez difficile, en l'absence de tout document positif, de se prononcer affirmativement.
- Sur la fin du IIP siècle, les liagaudes ayant envahi la Touraine, détruisirent le Caslrum ambaciacum, ne laissant debout que la pile et l'idole de Mars. En 376, l'empereur Gratien, envoyant dans la Gaule Anicien, en (|uaiité de comte de Tours, lui donna en toute propriété le ch.lteau d'Amboise. C'est sous son gouvernement ([ue saint Martin détruisit l'idole, et fonda sur le coteau occidental, à la place qu'occupe aujourd'hui l'église actuelle de Saint-Denis, la première chapelle où la foi du Christ ait été prêchée à Amboise, par un prêtre nommé Marcel. En 475, cette chapelle" devint une église. Saint Perpet lui légua une croix et des reliques qui y furent conservées jusqu'à la révolution.
Placide, fille d'Anicien, hérita du château d'Amboise, que son père avait fait reconstruire. Fausta, fille de Placide, et, après elle, Lupa, sa petite-fille, en devinrent successivement possesseurs. Lupa, épouse d'Eudoxe, vicomte de Tours, est a))pelée par les anciennes chroniques Leone, et son souvenir s'était conservé, dit-on, dans un vieil édifice, la Porte des lions, au delà des fossés, où elle habitait d'ordinaire. Ses deux fils, auxquels elle avait donné Amboise, étant morts longtemps avant elle, privée de postérité, elle laissa tous ses biens à Clovis P (500), et fut ensevelie à Villeloin {Villa Lupa), dont elle était fondatrice.
C'est à Amboise, dans l'île Saint-Jean, appelée alors Vile d'or, que Clovis eut avec Alaric l'entrevue, on se le rappelle, dans laquelle ils déterminèrent à l'amiable les limites de leurs Etals respectifs. Les monnaies mérovingiennes frappées dans cette ville, et notamment la médaille, fort rare, portant d'un côté une effigie que l'on suppose être celle de Clovis, avec ces mots : Ambacia vico, et, au revers, une croix soutenue par une ancre avec la légende : Ricisilus (probablement le nom du monétaire), datent, tout porte à le croire, de cette époque. Saint Bnud, grand référendaire de Clotaire, en 546, est qualifié seigneur d'Amboise. En 752, épo(pie de la défaite des Sarrasins par Charles-Martel, l'année des barbares dut s'avancer jusqu'aux portes de cette cité, si l'on en croit les chroniques qui placci\t le camp des Arabes et la cave des Sarrasins à une lieue de là, prés Lussault. Eu 840, Amboise et les ponts de César, rétablis par Anicien, furent brûlés par les Normands Vers le milieu du IX* siècle, Charles-le-Chauve partagea ce domaine entre plusieurs seigneurs. Deux d'entre eux, Adelande et llaimon, en eurent la meilleure partie : au premier, le château et ce qui en approchait vers l'orient; au second, seigneur de Buzançais, le bourg et ses dépendances En S.'ïS et en 878 les Normands ravagèrent encore une fois lechâleau, et Ingelger, qui les avait vaillamment combattus, en fut gratifié par Louis-le-Bégue.
Ingelger devint, on le sait, la tige de cette puissante famille d'Anjou, qui posséda si longtemps la seigneurie d'Amboise. et finit par arriver au trône d'Angleterre. Ce prince augmenta son apanage de la seigneurie du Gastinois, qui lui fut laissée par Adèle de Gastinois, sa marraine, en récompense de ce que cette dame ayant été accusée d'adultère, il l'avait déloudue en champ clos. Peu de temps après, Ingelger épousa une nièce des archevê(iues d'Orléans et.de Tours, laquelle lui apporta en dot tout ce que ces prélats possédaient dans la seigneurie d'Amboi-sc par héritage d'A-
delnnde. Il y eut donc dés lors dans celte locnlilé deux familles seigneuriales : au château, les comtes d'Anjou, par succession d'Adelancle ; dans la ville, les Buzançais, qui descendaient de Haimond. Toutefois l'histoire d'Amhoise ne devient réellement intéressante qu'à dater du jour où elle se lie à celle de nos rois. Charles Vil y fait fortifier le château, cl construire dans l'église même une chaiielle sous le vocahlc de saint iMichel. Louis XI, en 1469, y institue un ordre de chevalerie sous le nom du môme saint. Ce prince hahite souvent Amhoise, dont, en 1465, pendant la ligue du bien public, il confie la garde au.\ habitants.
La cure, pour les nobles et les soldats, était établie dans l'intérieur môme duchâteau : mais Louis, que les allées cl venues de tant de gens inquiétaient, fil bâtir, pour la remplacer, sur une vieille maison nommée la Nonnerie, où le corps municipal tenait quelquefois ses séances, l'église actuelle de Saint-Florentin. Cependant cet édifice ne fut entièrement achevé que sdus Charles VIII.
La reine, Charlotte de Savoie, résidait souvent à Amboise également, toujours surveillée par l'ombrageuse tyrannie de son époux, qui ne lui permettait pas même d'apprendre à lire au Dauphin. Elle y mourut en 1485, peu de mois après Louis XI. Son fils, Charles VIII, y étant né, en 1470, et y ayant passé sa première jeunesse, ' affectionnait beaucoup ce séjour. Aussi voulut-il en faire une résidence magnifique. Il ramena à cet effet d'Italie une foule d'artistes distingués, donna des ordres pour commencer de nouvelles constructions, et établir, au bas du camp de César, qui devait former l'enceinte du parc, des jardins d'une élégance merveilleuse. Mais le ciel ne permit pas qu'il achevât son œuvre. Le 9 avril 1498, Charles, du haut d'une galerie, regardait jouer à la paume dans les fossés du château, lorsqu'il tomba frappé d'une attaque d'apoplexie foudroyante, déterminée, dit-on, par l'ardeur du soleil dont rien ne le garantissait, et par un coup violent qu'il s'était donné à la tête, en passant sous la porte, fort basse, de la galerie.
Anne de Bretagne, de chagrin, resta trois jours sans vouloir prendre aucune nourrilure.il ne fallut rien moins que les pieuses exhortations de l'évoque de Condom pour qu'elle se décidât à renoncer à sa funeste résolution. Cependant, celte douleur, comme toutes celles du môme genre, d'autant moins incurables qu'elles sont plus vives et plus éclatantes, ne fut pas de bien longue durée. Le duc d'Orléans, devenu roi sous le nom de Louis Xll, se rendit immédiatement à Amboise, ordonna luimême les funérailles de son prédécesseur, demanda et obtint, dans les neufs mois qui suivirent, la dissolution de son mariage avec la (ille de Louis XI, dissolution prononcée à Tours, et non, comme le pense M. Vatout, à Amboise; ensuite de quoi il épousa la veuve de Charles Vlll.
Quelque temps après leur second hymen, les deux époux revinrent ensemble à Amboise, où ils firent une entrée dont les préparatifs occasionnèrent un dépense de cent trente trois livres quatre sous huit deniers. Le roi s'abstinl, cependant, de paraître au milieu des fêtes. On devait représenter devant lui le mystère de Jules César : il y fut donné contre-ordre.
Les Amboisiens , de même que les habitants de Tours, avaient depuis longtemps une passion toute particulière pour les représentations théâtrales. Auteurs et acteurs se recrutaient dans la ville. (Chacun, les échevins môme, malgré la gravité de leurs fonctions, dirigeaient ces sortes de plaisirs. Aussi devons-nous vivemon^ regretter que les archives de la ville ne nous aient conservé que les titres de la plupart des œuvres littéraires conçues à cette époque. Au commencement de 1507, vers la fête de Pâques, on donna, pour célébrer les fiançailles de la fille de Louis XII avec le comte d'Angoulême, qui habitait le château, en même temps que sa mère, le mystère de la Passion de Noire-Seigneur. Cette représentation, grosse affaire pour les habitants, mit toute la ville en émoi. Il en fut délibéré en conseil, et le receveur des deniers communs se décida à en avancer les frais. La mise en scène coûta prés de 950 livres, somme énorme, pour celle époque, cl bien supérieure au revenu annuel de la ville. Une des églises fut disposée pour faire les répétitions. Les ecclésiastiques y prirent les principaux rôles, laissant, moyennant dispenses, croître leur barbe. Un prêtre, Jean Bandeau, tint le rôle de Jésus-Christ, s'en acquittfl à merveille, et reçut pour salaire dix sous par semaine.
Quoique Louis Xil ne soil pas demeuré longtemps â Amboise, il fil cependant dessiner au château le jardin royal â l'endroit où est aujourd'hui le quinconce des tilleuls , et construire la belle galerie qui le borde du côté de la rivière. Sous son règne fut aussi achevée la tour de l'horloge , et fondue la cloche, dont le poids n'est pas moindre de 1.624 livres.
François F% â son avènement au trône, donna le gouvernement de cette somptueuse résidence,
466 AHRONDISSKMENT J)K TOURS.
où il avait passé la première partie de sa jeunesse, à Louise de Savoie, sa mère. Il lui abandonna également tout le domaine qui en dépendait, et dont elle eut la jouissance jusqu'à sa mort, arrivée en celle ville, en 1531 . Quatre mois après son sacre, il vint lui-même s'y fixer el y resta plus longtemps qu'il ne l'avait décidé d'abord, retenu par une blessure qu'il s'élail fnile à lacbnsse. A peine guéri, il y fit célébrer le mariage de Henée de Bourbon, fille de Gilbert, comte de Monlpcnsier, avec Antoine, duc de Lorraine el de Bar, et déploya en cette circonstance tout le luxe qu'on pouvait attendre de son extravagante prodigalité. Il donna des joutes, des tournois, des représentations théâtrales, et, voulant offrir aux dames un divertissement de sa façon, envoya prendre dans la forêt un sanglier vivant qui fut lâché dans les cours. L'animal, pourcliassé en tous sens, se rue sur la porte de l'escalier |)rincipal , l'enfonce d'un violent coup de boutoir, gravit les degrés, et paraît tout à coup dans l'appartement même de la reine. François alors, avec le sangfroid du gladiateur antique, lire rapidement son épée, se pose d'une façon théâtrale, écarte de la main le flot de courtisans par trop empressés de se jeter en avant, et perce élégamment l'animal, qui vient expirer à ses pieds.
Quelque temps après, la reine accoucha d'un fils au château d'Amboise. Le jeune prince, nommé François, fut baptisé dans l'église de Saint-Florentin, el eut pour parrains Léon X et le duc de Lorraine, et pour marraine la duchesse d'Alençon. Le pape consentait à donner celle mar([ue de déférence au roi, en retour des libertés de l'Eglise gallicane, que celui-ci lui avait sacrifiées dans le trop célèbre concordat de 1515. Toutefois l'enregistrement de ce concordat au Parlement ne se fit pas sans résistance de la part des magistrats el des docteurs de l'Université. Le Parlement envoya à Amboise un dépulalion de douze de ses membres pour tenter auprès du roi de nouvelles représentations. 3Liis lechancelier Dupral, l'un des fauteurs de celte œuvre, mit obstacle à leurs intentions. Arrivés le 15 janvier, ils n'eurent audience que le 28 février, et le 8 mars le roi leur fit intimer l'ordre de partir dans un langage plus digne d'un kan de Tartares que du roi des gentilshommes. « Signifiez-leur, dit il , que s'ils sont encore ici demain au lever du soleil , je les fais «jeter dans un cul de basse-fosse.» Les opposants parlementaires , peu soucieux des palmes du martyre, n'attendirent pas une nouvelle sommation , et le concordai reçut .sa pleine et entière exécution , grâce au régime du bon p/amr dans lequel nous commencions à entrer.
L'empereur Charles-Quinl, lors de son passage en France (décembre 1539), reçu à Loches par François F'', se rendit avec lui, le même jour, à Amboise. Les deux princes montèrent au château par la grosse tour, dont la rampe avait été ornée de tapisseries. (Charles-Quinl, pour qui, pendant ce voyage, tout était un sujet d'alarmes, se crut un moment tombé dans un piège. Un des seigneurs ayant mis par imprudence le feu aux tapisseries, il s'imagina qu'on en voulait à ses jours, et ne fut complètement rassuré que lorsqu'il eut reconnu par lui-même la cause réelle de l'événement. Toutefois, comme il savait les mauvaises dispositions des conseillers du roi à son égard, commençant à éprouver une grande tribulalion intérieure et un grand repentir de sa confiance en la loyauté chevaleresque de son hien-aimc frère François Z", il chercha, par des présents et des llalteries, à se ménager des défenseurs auprès de lui. Tous ses efforts tendirent surtout à gagner les bonnes grâces d'Anne de Pisseleu , duchesse d'Elampes. Anne lui ayant apporté à laver, il laissa négligemment tomber de son doigt dans laiguiérc une bague d'un grand prix, et comme elle voulait la lui rendre : « De grâce, lui dil-il galamment, gardez ce bijou, il ne pourrait briller à déplus belles mains qu'aux vôtres. » Le compliment, joint à la valeur en elle-même de l'offrande, effacèrent sans doute aux yeux de la superbe favorite ce que le procédé par lui-même pouvait avoir de choquant. Elle prit dés lors chaleureusement le parti de l'empereur, el servit ses intérêts avec un dévouement tel, que la médisance se donna, trop légèrement sans doute, carrière sur son compte.
Henri II ne passa que fort peu de temps à Amboise. 11 y fit son entrée solennelle le 16 avril 1551, d»la la ville, quelques années après, d'institutions nuinicipalcs, et n'y reparut plus, que nous sachions. François II, faible el malheureux monarque, laissa le pouvoir aux mains de la reinemère, enlièrement subjuguée elle-même par les (Juises ; aussi les persécutions exercées contre les réformés, sous les deux règnes précédents, recommencèrent-elles avec une effrayante rigueur; aussi, l'ère sanglante des Domilien, des Caligula, reparut-elle plus implacable (pie jamais; aussi les tribunaux. l'Inquisition, la-chambre ardente, le Parlement môme, rivalisant de zèle, se disputérent-ils avec une sorte d'acharnement les victimes. Toutefois, un pareil élat do choses ne pou-
vnil loiigleiiips durer. Les excès ont leurs bornes, et l'on ne saurait imiiunément les franchir. Une conspiration formidable se forma. Noble élan de jeynes et généreux gentilshommes dont le dévouement devait aboutir à la mort !....
Leur résolution fermement prise, les conjurés s'organisent en secret. Il est résolu qu'on ôtera le gouvernement aux Guises, en leur enlevant la personne dn roi. Deux chefs dirigent l'entreprise : l'un, le prince de Condé, désirant rester inconnu, n'est désigné que sous le titre de capitaine muel ; l'autre, celui-là véritablement l'âme du complot, est un simple gentillàtre nommé la Renaudie. llonmie, dit-on, de méchante réputation et d une équivoque moralité, calomnie s'il en fut jamais, il déploya dans la conduite de cette grande affaire une infatigable activilé, une intelligence, une habileté extraordinaires. Il parcourut toute la France pour s'assurer des esprits ; il se rendit en Suisse, à Genève, à Lausanne et justju'en Allemagne. Partout il recruta des partisans, des soldats, qui devaient venir le joindre au jouret aulieu indiqués. Lallenaudie répondait à toutes les objections : ;i ceux qu'un scrupule de conscience empêchait d'acquiescer à ses désirs, il présentait des consultations émanéesdesprédicnnls les plus renommés, notamment de Théodore de Béze. Ces consultations, tout en rendant hommage au principe qu'il ne fallait pas se révolter contre l'autorité légitime, établissaient que les Guises, étrangers au pays, ne gouvernaient en France que par usurpation, au détriment des princes du sang. Elles les montraient prêts à commettre une plus haute et plus coupable usurpation, celle de la couronne. A d'autres, qui craignaient de se conq)rometlre sur la foi d'un aventurier, il exhibait ses jiouvoirs et nommait le chef principal. On le voyait à Nantes tenir et présider une assemblée de notables conjurés, recevoir leurs serments pour le capitaine muet, fixer le jour et le lieu où devait éclater la conjuralion. De Nantes, courant retrouver le prince de Condé, il se rendait à Paris pour y « acheminer j)lus sûrement les affaires. »
La conjuration devait éclater lelOmars 15C0; on était à la fin de février, et rien des projets de la Renaudie n'avait transpiré, lorsqu il eut l'imprudence de se confier à un avocat nommé des Avenelles,chez lequel il logeait. Des Avenelles était aussi huguenot; cependant, soit peur, soit scrupule, il révéla tout au secrétaire du duc de Guise, qui l'envoya lui-même à Blois sur-le-champ. Grand fut l'effroi à la cour. Elle se hâta de se rendre à Amboise. Les Guises imaginèrent ensuite, de concert avec Catherine, de faire promulguer un édit de pacification en faveur des réformés, espérant de la sorte les ramener. Ce fut en vain. La Renaudie continua de faire filer ses bandes vers la Loire. S'il eût aussi bien pu les réunir toutes sans encombre à Amboise, sans nul doute il réussissait. Une nouvelle trahison le perdit. Un gentilhomme du nom de Ligniéres vint tout découvrir à la reine-mère, le plan, les moyens, les dépôts d'armes, le nombre même des conjurés. Beaucoup d'entre eux, sans méfiance, furent aussitôt arrêtés. D'autres, gascons et béarnais, venaient d'arriver â Tours, et s'étaient logés avec quelques gens de guerre dans les faubourgs. Le comte de Sancerre, nouvellement nommé gouverneur de la ville, informé de leur retraite, accourt à la tête de ses gardes pour s'assurer de leur personne. Mais, averti à temps, le baron de Castelnau , qui les commande, parvient à repousser l'attaque et à prendre la fuite. Le gouverneur alors crie aux armes ; personne ne répond : les habitants, en majeure partie, tiennent pour la réforme, ne bougent pas, et laissent'Castelnau s'éloigner tranquillement avec sa petite troupe.
Cet autre échec affecta les conjurés sans abattre leur courage, leur bouillante ardeur. Ils allèrent rejoindre le gros de leurs amis cantonnés dans le bourg de Noizay, à mi-chemin de Tours à Amboise, et s'emparèrent même du château, où le duc de Nemours vint les assiéger avec des forces supérieures. Pendant plusieurs jours, leur intention fut de se défendre jusqu'à la dernière extrémité, de s'ensevelir sous leurs ruines plutôt que se de rendre. Mais, deux d'entre eux, Mazères et Raunay, ayant été pris, sans armes, sous les murs du château, au moment où ils se promenaient, et comptant d'ailleurs sur la parole du duc, qui leur promettait, avec la vie sauve, des conditions honorables, ils entrèrent en accommodement. Fatale confiance qu'ils devaient bientôt payer cher ! En moins de vingt-quatre heures les conjurés, en majeure partie, sont arrêtés, conduits à Amboise, condamnés à mort et exécutés. On pend les soldats aux murs du château, aux arbres des chemins ; ou les jette sans pitié à l'eau, les pieds, les poings liés. Les chefs seuls, plongés au fond des prisons, sont réservés pour de plus solennels supplices.
La Renaudie, cependant, continuait la lutte en désespéré. Il faisait de suprêmes efforts pour
concentrer s.ur iia seul itoint ses troupes éparscs dans plusieurs villages. Sans compter désormais sur la réussite, il voulait du moins tenter de sauver ses amis. Mais Dieu n'en avait point ainsi décidé. Comme il traversait, faiblement accompagné, la forêt de ChàuleaurenauU, il fut rencontre par un détachement de deux cents chevaux, commandé par son cousin Pardailhin. Les deux parents s'attaquèrent avec fureur. La Renaudie, manqué par Pardaillan, dont le pistolet n'avait pas fait feu, lui passa son t'pée au travers du corps, cl tomba lui-même presque au même instant frappé d'un coup d'arquebuse par un des valets de Pardaillan. Son corps, porté à Amboise, fut pendu à un poteau, sur le pont de la Loire, avec cet écriteau : La Renaudie, chef des rebelles, après quoi on Pécartela.
De l'excès des dangers et des revers jaillit souvent l'héroïsme. La mort de leur chef n'effraya point ses soldats. Commandés par deux capitaines, Lamotle-Raracé et Cocquevillc, tous deux jeunes, braves, ardents et dévoués, ils lireut une dernière mais infructueuse tentative, et alors ce fut le signal donné aux bourreaux. Plus de quinze cents personnes moururent au milieu de supplices de toute sorte. Les potences et les échafauds encombraient les places publiques; la Loire était couverte de longues perches courbées sous le faix des cadavres. Les chefs, ayant élé réservés pour les plaisirs de la cour, les Guises, après dîner, en donnaient le passe-temps aux dames. Accoudés avec elles aux fenêtres du château, ils contemplaient ce spectacle, auquel on faisait forcément assister le roi el ses jeunes frères. Le cardinal de Guise leur désignait les victimes « avec les signes d'un homme grandement réjoui,» et lorsque l'une d'elles mourait plus courageusement
EXÉC.L'ÏIO.NS d'à «BOISE KN <;>G0.
<|ue les autres : « Voyez", Sire, disait-il, ces effronlés et enrages, voyez, )a crdinte jde la mort ne t peut abattre leur orgueil! Que fcraicnl-ils donc s'ils vous lenafenl? »
Les conjurés, en effet , allaient au supplice avec une force d'âme admirable. Caslelnau, que sa capil.ilalion cl les promesses du duc de Nemours ne sauvèrent pas, expira la menace à la bouche. Un gfîhlilhnmme, Villcniongis, trempa sur l'échafaud ses mains dans le sang de ses amis, et les élevant au ciel avant de mourif • « Seigneur, S'écrla»t-il, . voici le sang db tes «. enfants, lu en frras vengeance ! » Seul peut-ctl'e. parmi ses compagnons d'armes, le jeune
ARllOiNDlSSEMENT DE TOURS. 469
et inlréiiide Jean de Lamolte-Baracé parvint a se sauver, et, sous le régne suivant (celui de Charles IX ) , devint chevalier du roi , gentilhomme de la chambre et capitaine de cinquante hommes d'armes, etc.
Le roi, malgré son asservissement aux Guises et une insensibilité que nous n'osons lui reprocher, tant, nous l'avons dit, on s'étudia à pervertir son cœur et celui de ses deux frères, le roi fut cependant touché des massacres d'Amboise : « On m'assure, dit-il, en pleurant, aux princes « lorrains, que l'on n'en veut qu'à vous. Je voudrais donc que vous vous éloignassiez quelque « temps pour savoir ce qui en est. » Les Guises se gardèrent bien de se soumettre à une volonté si faiblement exprimée.
La conjuration d'Amboise, adroitement concertée, préparée de longue main, dirigée par des hommes puissants et mise à exécution par de jeunes et vaillants capitaines, devait avoir une tout autre issue. Elle eût réussi, malgré ses entraves, si ceux qui la faisaient mouvoir en secret, se fussent montrés tous aussi dévoués, aussi valeureux, aussi pleins de cœur, que la Renaudic, Castelnau, Lamolte-Baracé et tant d'autres. C'est donc bien plus à limpéritie et à la lâcheté de leurs principaux adversaires qu'à leur propre habileté que les Guises furent redevables de leur salut.
Peut-être les protestants, vainqueurs (l'histoire de ces temps déplorables autorise malheureusement celte supposition), eussent-ils abusé de la victoire : cela ne saurait en rien juslilier la violence et la cruauté des Guises a|)rès un succès surtout qui ne les effraya pas moins qu'il ne les surprit. En admettant même, ce qui serait possible, que l'on eût exagéré le chiffre des victimes, les massacres d'Amboise n'en restent pas moins une des pages les plus sanglantes de nos guerres civiles, une des taches dont tous les sophismes et les paradoxes ne parviendront point â laver la mémoire des princes lorrains ( 1560). ^
Deux mois après, disent les mémoires du temps, le chancelier Olivier mourut de chagrin de n'avoir pas assez fait pour arrêter ces effroyables exécutions. Dans les iiorreurs d'une agonie douloureuse, et (|ue rendaient plus terrible encore les remords qui déchiraient sa conscience, à cet instant suprême, enlin, où le doigt de Dieu se fait si visiblement sentir, il s'écriait : ;< Ah ! maudit cardinal, tu te damnes et tu nous fais tous damner! »
Au commencement du XVII'' siècle, le château d'Amboise n'était plus qu'une prison d'Etat. César, duc de Vendôme, et Alexandre, grand-prieur de France, tous doux Bis naturels d'Henri IV et de Gabrielle dEstrées, y furent enfermés pour avoir conspiré contre lUchelicu. Le grand-prieur y mourut, empoisonné, suivant le cri public, et le duc de Vendôme en sortit un an après, en i630. Vinrent ensuite le surintendant la Vieuville, qui s'échappa, après trois mois de détention; le contrôleur-géuèral Fouquet , célèbre par sa colossale fortune , son amour pour la duchesse de la Vallière, et l'intérêt que lui témoigna le bon la Fontaine, pendant sa disgrâce; enfin le duc de Lauzun, relégué à Am.boise pour cause de sa brouille avec mademoiselle de Montpensier {la grande Mademoiselle), à laquelle le liait un mariage secret. Le noble gentilhomme n'y demeura pas longtemps ; jalouse de ses assiduités auprès de la femme du gouverneur, la belle et séduisante marquise d'AUuye, la princesse le fit rappeler parle roi.
La baronnie d'Amboise fut achetée et érigée en duché-pairie en iTtii, par le duc de Choiseul. Le duc de Penlhiévre en devint ensuite acqi^éreur, et de ce dernier elle passa aux mains de son petit- fils, le duc d'Orléans, aujourd'hui le roi Louis-Philippe.
Depuis sa réunion à la couronne, le gouvernement d'Amboise se composait, pour la ville, d'un lieutenant du roi, de deux châtellenies, de deux prévoies (cent quarante-six fiefs en relevaient ), d'un bailli de robe courte auquel, depuis 1316, fut substitué un bailli de robe longue, lui-même supprimé lors de l'éreclion d'Amboise en duché-paiiic. II y eut aussi un maire et un corps de ville, dont les fonctionnaires, électifs d'abord pour un an, virent successivement leurs allribulions soumises aux variations, qui, depuis 1692 jusqu'à nos jours, dénaturèrent, pour ne pas dire détruisirent complètement le régime municipal. Le collège,, fondé par lleini III, dalait de 1578. Comme établissement religieux, on complaît : la collégiale, deux paroisses, Saint-Denis et Sainl- Florentin, la succursale de Notre-Dame, deux chapelles, deux monastères et un couvent.
La collégiale, construite d'abord, en 1014, dans l'enceinte même du château, et consacrée à saint Florentin, par Sulpice de Buzançais, trésorier de Saint Martin, seigneur de la tour d'Amboise, de concert avec Foulques-Nerra, fut ensuite transportée dans l'intérieur de la ville, sur remplace-
AKRONDISSK.MKNT DK TOUKS.
ment d'mi ancien et vasie édifice appelé, comme nous l'avons dit, la Nonnerie. Le chapili-e, composé dans le principe d'un chevecier et de six chanoines, subit plus tard quelques modifications. En 13ÎK), le pape Grégoire IX y institua un doyen à la prière d'Ingclger. Lors de l'érection d'Amboise en duché-pairie, le nombre des chanoines fut porté de six à neuf, non ci)mpris le doyen el le sous-doyen, qui devinrent tous à la collation du seigneur, sans que le collège perdît son litre de chapitre royal. Le duc de Penthicvre en était prieur et chanoine d'honneur. La chapelle, charmante réminiscence de l'ère gothi(|ue, reconstruite sous Charles Vlll, élait tombée depuis dans un état de délabrement déplorable. Restaurée, dans ces derniers temps, avec autant d'an que de goùl, elle a repris son gracieu.x aspect.
L'église de Saint-Florentin, depuis la révolution la seule paroisse de la ville, est un'grantl édifice sans caractère, sans valeur par conséquent artistique. On y remar([ue un monument aussi bizarre par l'intention que nar la forme. C'est un sarcophage ouvert par le devant, laissant voir le Christ étendu mort, entouré de sept personnages, quatre femmes et trois hommes, debout, dra-
TOMllEAU DK LA KAMII.I.K l)K I,A B(ti;HI)AISlKltE.
pés à l'orientale. Les quatre fenunes sont: la sainte Vierge, sous les traits de Marie Babou, el, rapprochement étrange, sous ceux des trois filles de cette dernière, trois saintes femmes. Quant aux hommes, Joseph d'Arimathie,Nicomèdeet saint Jean, ils représentent François \", dont la ressemblance est frappante, les deux fils de B.ibou, Jaccjues el l'hilibert, celui-ci évêqued'Angoulème, l'autre doyen de Saint-Martin. Le divin Sauveur affecte les traits du chef même de cette famille, Babou de la Bourdaisiére, jiour leipiel ce tombeau fut exécuté.
L'égli.se de Saint-Denis, paroisse de la connnunc du même nom, est le plus ancien édifice religieux d'Amboise. Elle offre, dans son ensemble, plusieurs styles. Le portail en plein cintre, qui lui sert d'entrée principale, est fort remarquable. Le duc de Clioisenl lui donna un cimetière où il s'était réservé une place sép.irée de l'enceinte commune, et où il avait érigé, de son vivani, un monument en marbre blanc. En 95 le tombeau fut détruit. Mais les débris en ayant élé retrouvés en -1802, un habitant d'Amboise le fit rétablir à .ses frais en reconnaissance des bienfaits (ju'il avait autrefois reçus du raini.strc.
Liflncicfyie succursale de Nolre-Damc-de-Pilié, située à l'extrémité septentrionale des poni».
ne contient, digne d'être vu, que le mausolée élevé à la mémoire de Guillaume Gouflier, père du célèbre amiral Bonnivet.
Les doux monastères appartenaient : l'un aux Cordelicrs, fondé en 1 '»12; l'autre aux Minimes, fondé par Charles VIII, en exécution du vœu de Louis XI. Le couvent est occupé par des Ursulines, et sa fondation remontait à 1626.
La date de l'érection de l'Hôtel - Dieu n'est pas très -précise. Ce qu'il y a seulement de certain, c'est qu'il existait dés le XIII" siècle, puisque Mathiido d'Amboise, à qui certains historiens en ont, à tort, attribué la première pensée, lui fit, à celte époque, une très-riche donation, les droits de chauffage et d'usage dans la forêt, de pèche dans la Loire et l'Amasse, l'exemption de toutes dîmes, et la faculté d'acquérir toute sorte de biens dans ses fiefs avec entière immunité de droits. En 122> cet hospice existait sous le nom de maison d'aumône, domus aJeamosina. En 1241, Isabelle, mère de Malhilde, y fonda la chapelle de Saint-Pierre, pour que les pauvres et les malades y pussent entendre la messe. Organisé d'abord par des sœurs Hospitalières, il est aujourd'hui administré par la ville et dirigé par des sœurs de la Présentation.
Le Palais de Justice, assez curieux monument de la renaissance, n'a cependant rien de la splendide ornementation qui caractérise d'ordinaire les constructions de cette époque.
Pendant onze cents ans on ne passa la Loire que sur dos ponts de bois que les eaux ou les hommes détruisaient sans cesse. Hugues I", seigneur de la tour du château, construisit un pont en pierre qui dura jusqu'en 1709, où une débikle formidable emporta les arches jeiéos sur le bras principal du lleuve. Ces arches furent remplacées par une annexe on bois. la(|uelle ayant été entraînée à son tour par les glaces de 179i, fut rétablie depuis, et existe encore aujourd'hui. Ces deux parties, le pont de bois et le pont de pierre, sont séparées par une petite île sur laquelle s'élèvent de vieilles maisons, chélifsdébris des constructions des XVP et XVII* siècles, formant une sorte de faubourg.
La ville d'Amboise, autrefois si animée, si florissante, si luxueuse, a beaucoup perdu de son premier éclat. La révolution lui a été fatale comme à presque toutes les anciennes cités .seigneuriales. Les rues, en grand nombre, dont elle est percée, étroites, tortueuses, pavées en pierres aiguës ou tranchantes, traversées d'une petite rivière, ou plutôt d'un large ruisseau dontlecourant n'a pas toujours assez de pente, et" dont les eaux, souillées par les nombreuses corroyeries établies sur ses rives, exhalent souvent des miasmes fétides; les maisons, qui bordent ces rues, en bois, pour la plupart, petites, étranglées, n'ayant qu'un étage ; enfin les carroirs, qui s'en partagent l'intérieur, les places publiques, le mail même, au sol souvent détrempé par la pluie et formant de larges cloaques, offrent à l'œil un aspect fort peu séduisant. En revanche, la ville par elle-même est industrieuse ; il s'y fait un commerce considérable en gros draps, on laines, en vins, en cuirs et en limes. Les alentours, réputés parmi les plus beaux de la province, occupent le centre du canton, et passent à juste raison pour être aussi riches que fertiles.
Saint-Deinis-Hobs. — Cette commune, dont le chef-lieu n'est à proprement parler qu'un des faubourgs d'Amboise, possédait naguère le splendide manoir de Chanteloup, de si merveilleux souvenir. Chanteloup, dont l'élymologie {chante -loup), un peu hasardée peut-être, provient, dit-on, de sa situation au milieu d'une forêt consiJéi able, fut bâti, dans le commencement du XVIIP siècle, pour la célèbre princesse des Ursins, par d'Aubigny, qui était, à l'en croire elle-même, un yen plus que son inlendanl, un peu moins (pie son mari. La princesse, après sa chute éclatante en Espagne, s'étant retirée à Rome, d'Aubigny devint propriétaire de son bean domaine, (|u'il laissa lui-même, en 1^33, au marquis d'Armentières, son gendre. Le duc de Choiseul en fit racquisilion vingt- sept ans après, et dés lors Chanteloup devint, pendant l'exil surtout de son nouveau possesseur, une résidence en quelque sorte royale, un Marly, un Fontainebleau, un Versailles; le rendez-vous le plus à la mode des talons rouges des abbés galants, des Pompadours d'un autre souverain ; des Voilures, des Coltetels, des Chapelains d'un autre Mécène; lieu charmant, plein d'ivresse, de voluptés, de séductions où, selon l'expression de madame du Deffant, l'on usait sans soucis l'existence par les deux bouts à la fois, le plaisir et la dévotion, comme pour la consommer plus promptement, et arriver à fond de train au néant sans pour ainsi dire s'en apercevoir, tant la pente devait être douce et le chemin semé de llcurs.
A la mort du duc, le trop heureux vizir de celte somptueuse et enchanteresse demeure, Chan-
loloup passa an duc «le Penihiévre, seigneur hienfaisanl el peu disposé, par celle raison même, à conlinner les ruineuses folles de son prédécesseur. Aussi le joyeux essaim prit-il sa volée pour d'autres conirées. Le 5 décembre 1787, le nouvel acquéreur de Chanleloup passa à Tours pour aller prendre possession de ses domaines. Son enlréc en ville fut annoncée par treize coups de canon. Le corps municipal vint le complimenter au palais archiépiscopal on il était descendu, et lui offrit vingl-qualre bouteilles de différents crus de la Touraine, et vingl-quatre pains. Le lendemain, il fut reçu chanoine honoraire de Saint-Martin, et lorsqu'il repartit pour sa terre, treize autres coups de canon annoncèrent son départ. Aujourd'hui, de Chanleloup, de cet Eldorado, de ce paradis terrestre où se damnèrent, avec tant de gaieté, le rahal el la poudre, la cape et l'épée, la fine Heur enfin de celle grande noblesse de France (jui s'e.i va,qu'est-il resté debout? une pagode. Ce monument, imité de rarchileclure chinoise, a cent vingt pieds d'élévation, se compose de sept étages, qui vont toujours se rétrécissant en aiguille, est couronné par une boule dorée, forme le point central de la belle forèl d'Amboisc que l'on découvre presque entièrement de son sommet, et appartient à la famille d'Orléans.