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Celle ville, la seconde de la province, si- Inée enlre Tours et Châleauroux, se développe en ampliithéâlre sur un rocher dont le sommet est couronné par un vieux et célèbre cliâteau-forl, et la base entourée, ici, de vertes el riantes prairies, au milieu desquelles serpente capricieusement l'Indre; là, de ferliles campagnes, de maisonnettes aux murs blancs, de vignobles plus plantureux qu'estimés, de jardins, de vergers et de fleurs. Pas d'aspect plus pittoresque, plus séduisant, plus étrange. La haute tour de Saint-Antoine, les clochers gothiques de la collégiale, les svelles et nombreuses tourelles de la sous-prélecture, le vaste donjon quadiilateral attenant aux prisons, les remparts même du château, aux lianes noircis desquels la mitraille ennemie a laissé partout d'ineflaçables empreintes, ju'ésentenl, groupés,, confondus, ne formant, pour ainsi dire, qu'un seul corps, une physionomie caractéristique diflicile a rendre.
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A quelle époque remdnle la foiulalion de cette ville? Comment expliquer l'élAmologie de son non)? Les uns font dériver Loches de locca, du grec â'-z.//-:, une fosse, une lagune, ou de l'armoricain loc'li, louc'h, un marais; les autres, du latin : cdstrimi Liicaceusis, castellum Lnccœ. Lncca, en latin du moyen-âge, signilie i)rison : Sicpiis in sextâ ferla uh omni christianitate observatâ, carueni mauducavent^perunam hebdomadam Luca inclusus jejnnet. En fait d'étymologie , la plus simple, à notre avis, doit être la meilleure. Aussi, sans nous arrêter h discuter toutes celles qui ont été faites à ce sujet, et qui occuperaient ici trop de place, ne prendrons-nous pour guide que l'état des lieux et la langue même des anciens liabitants. II sufiit. en effet, de remarquer que Loches est bâti auprès des prairies, autrefois marécageuses, de rindre, pour rattacher son nom au celtique, ou (ce qui revient au même) au bas breton loch ou louc'h, d'où les Romains, par suite, auraient fait castrum Lnccœ, le c«m;) du Marais.
Y eut-il, avant l'invasion romaine, une ville gauloise au lieu où se trouve Loches? Cette ville fut-elle brûlée lors de la grande insurrection nationale de Vercingétorix? Ou bien, ne datant que du temps de César, se serait-elle peu 'a peu élevée sous la protection du camp romain établi sur son emplacement par le conquérant des Gaules? Questions insolubles en l'absence de documents historiques * qui puissent suffisamment éclairer notre marche. Nous ne nous efforcerons donc pas de reconstruire une chahie dont tous les anneaux sont brisés et manquent à la fois. « 11 ne faut pas, a dit Bailly dans ses Lettres sur V Atlantide de Platon, « entreprendre de lever entièrement le voile de l'antiquité. Ce voile est chargé « du poids de tant de siècles, il faut tant d'efforts pour en soulever une partie, « c'est bien assez d'apercevoir quelque chose î » Oc; quoique nous soyons loin d'adopter cette manière de voir de l'illustre savant, les faits par eux-mêmes nous obligent cette fois à nous y soumettre.
Le moine Jean, plus connu sous le nom de Y Anonyme de Marmoutier, a voulu, bravant les obstacles, descendre au fond de l'hypothèse. Suivant lui, Tursomodus Locchius, fds de Tliéodoric et frère d'Alaric, serait le fondateur de Loches. Cette version est complètement controuvée. Outre que Tursomodus est un personnage imaginaire, Alaric n'était point le fils de Théodoric, ni son successeur immédiat, mais bien celui d'Euric, frère et meurtrier de Théodoric.
Ce qu'il y a de certain, c'est que, celtique ou romaine, la ville de Loches a été bâtie dans un lieu où ces deux nations se sont rencontrées. Nous n'en voulons pour preuve que les vestiges du culte druidique et de la conquête romaine qu'on y a trouvés a plusieurs reprises, la voie notamment qui, partant de Cœsarodnnum, conduisait au castellum Lticcœ^ en passant par la Mansio de Cornillé et le territoire de Chambourg, où l'on en voit encore des traces évidentes.
Suivant quelques antiquaires, le bâtiment quadrilatéral, connu sous le nom de tour carrée, qui domine le château, serait une construction romaine du Bas-Empire. C'est, nous le croyons du moins, une erreur. Rien, dans cette tour, ni la forme des matériaux, ni la dis|)ositioii (pi'on h'ur a donnée, ni le style ar,chitectural de l'édilice, ne ra|)pelle la manière de bâtir des Romains. Tout, au contraire, nous reporte aux constructions des X*" et XT siècles, et, comme l'a fort bien l'ail
ANCIENNE ET MODERNE. 47o
observer M. le chevalier de Pierres, en comparant celle-ci avec plusieurs autres du même genre, à Nogent, à Brionne, à Beaugency, etc., on reconnaît aisément qu'elle ne peut être attribuée qu'à Foulques-Nerra ou au père de ce prince.
L'existence de Loches' n'est bien constatée par les. historiens qu'a dater du V siècle. En 450 ou 455, dit Grégoire de Tours, une bourgade, viens, s'étant formée au pied dii coteau qui dominait le camp romain, saint P^ustoclie, cinquième évoque de Tours, vint y élever une église, qu'il plaça sous l'invocation de sainte Magdeleine; et, en 491, saint Ours, patron de Loches, y fonda un monastère.
Bien que, par suite de délimitations successives faites dans l'origine. Loches et son territoire dépendissent du pays des Turones, de longues années s'écoulèrent avant que ces peuples pussent en revendiquer détinitivement la possession. Des Romains, ils passèrent aux Visigoths en 480, et des Visigoths aux Francs en 507, a|)rès la bataille de Vouglé, qui les soumit, avec la Touraine, aux armes de Clovis. Il faut donc encore repousser, comme invraisemblable, le récit où V Anonyme prétend qu'Alaric vint dans la ville bâtie par son frère Lochius, et que, de sa propre autorité, il offrit celte ville, avec le château qui en dépendait, à Silarius, son parent et son ami.
La réunion de la Touraine a la monarchie franque amena h Loches de nouveaux habitants, que Clovis, afin d'y rendre sa domination populaire, gratifia de grands privilèges. A la mort de ce prince, ses États ayant été partagés entre ses quatre fils, et la Touraine étant échue a Childebert, l'un d'eux, la paix dont jouissait Loches ne fut pas troublée. Uéja le château, dont il est peu fait mention jusqu'ici, avait pris un certain développement. Saint Baud, grand référendaire de Clotaire 1", roi d'Austrasie, s'y rendait souvent, et y recevait un accueil proportionné au rang qu'il occupait à la cour de son souverain, et à la considération personnelle dont l'entouraient ses compatriotes.
De 526 à 742, à part le rétablissement du royaume d'Aquitaine en faveur de Caribert, rétablissement qui, en 630, fit passer Loches aux mains de Eudes, duc héréditaire de Toulouse, si célèbre i)ar ses guerres contre les maires du palais et contre les Sarrasins, nous ne voyons, dans l'histoire de cette antique cité, aucun fait digne de fixer l'attention.
En 742, Hunald, duc d'Aquitaine, qui s'était engagé à faire hommage de ce duché à Pépin et à Carloman, refusant tout h coup de remplir sa promesse, se vit obligé de soutenir ses prétentions les armes à la main. Les deux fils de Charles- Martel marchèrent à la poursuite de Hunald, mirent le siège devant Loches, qui fui pris et ruiné de fond en comble. Les habitants, prisonniers et traînés par les vainqueurs jus(|u'au vieux Poitiers, vêtus Pictavos, n'obtinrent leur liberté qu'après que les Francs se furent partagés leurs dépouilles.
Un peu moins d'un siècle après, la ville de Loches, toujours étrangère à la France, se trouvait encore comprise dans le royaume d'Aquitaine, lorsque Charlesle-Chauve acheva la conquête de la Touraine en s'emparant de la partie méridionale de cette province. Loches échut alors en partage à l'un des principaux seigneurs de Charles, à Adelande, qui, trop vieux pour jouir par lui-môme de cette
muniliccnce de son maîlre, la donna en dot a sa petile-tille, Uoscille, laquelle épousa Foulques-le-Roux.
Celte ville, devenue ainsi la propriété des comtes d'Anjou, en lira d'innnenses avanlages. Personne plus que ces puissants seigneurs ne s'occupa de sa prospérité. C'est à leur sollicitude (pie l'on doit les plus importants monuments de la contrée. L'un des premiers actes de Foulques-le-lioux fut de délivrer sa nouvelle cité de la présence d'un ennemi aussi dangereux qu'implacable, les Normands. Il les battit complètement, et les força à lever le siège. Foulques-le-Bon, son tils, en lui succédant, releva les fortifications de Loches. Geofïroy, surnommé Grhe-GoneUe, \\ cause de la couleur de sa casaque, laquelle était faite d'une étoffe de laine teinte, nommée grisette à Paris, et bruuette à Angers; Geoffroy, héritier de Foulques-le- Bon, se hâta, en apprenant sa mort, de revenir de Rome, où il se trouvait alors, pour prendre possession de ses nouveaux Ktats, et signala son retour par la fondation de la collégiale de Loches. Bâtie sur l'emplacement de la petite église de Sainte-Magdeleine, elle fut placée sous l'invocation de Notre-Dame. Geoffroy ne se borna pas à cette pieuse et remarquable fondation ; il la dota de la ceinture de lu Vienje, apportée, dit-on, de Constantinople par Charles-le-Chauve.
Quelques écrivains ont contesté l'authenticité de cette relique, prétendant que Charles-le-Chauve n'avait jamais mis le pied h Constantinople ; que celle de la collégiale n'était simplement qu'une de ces ceintures celtiques dont on ceignait les femmes au moment de leurs couches, afin de faciliter la naissance des héros. Ossian, disent-ils, met ces ceintures an nombre du trésor des rois. Le christianisme eut beaucoup de peine à déraciner ce préjugé; longtemps encore, après la complète disparition du culte druidique, on conserva en Touraine, et principalement à Loches, parmi la classe peu éclairée, l'usage démettre des ceintures autour du corps des femmes en travail. Nous ne discuterons point sur un pareil thème; il y a de ces croyances qu'il faut savoir respecter, quand surtout elles ne sont pas d'une gravité compromettante pour l'histoire.
Foulques-Nerra, lils de Grisc-Gonelle, surpassa en dotations et en constructions de toute sorte ses trois devanciers. 11 a laissé partout de nombreuses traces de son passage. Pas une ville, sur le territoire de Loches, pas un château, un monastère, un fortin, une tourelle auxquels il n'ait attaché son nom.
Ce prince, dont la statue en pierre se voyait dans la collégiale, h genoux, a côté de celle de son père (elles furent détruites en 1793), avait trop agité le pays pour que sa mort n'y occasionnât pas de troubles. Plusieurs seigneurs se disputèrent sa riche succession. Peildant dix-huit mois. Loches eut à lutter contre les pressantes attacjues de Gilduin, de Saumur, et de Thibaut III, comte de Blois. Défendue par Lyzois, qui en était gouverneur pour le comte d'Anjou, (îeolfroy-Martel, successeur de Foulques, celle ville sortit victorieusement de toutes les luttes. Thibaul, battu près de Sainl-Martin-le-Heau, et fait prisonnier, fut gardé étroitement 'a Loches, d'où Geoffroy ne le relâcha qu'a|)rès avoir obtenu de lui, pour rançon, tout ce (ju'il |)ossédait encore en Touraine.
Ce fut à la même époipie (1044; (|u'il fit don de l'église de Saint-Ours au monastère de Beanlieu, déjà si richement doté. Cette église, a la fondation de laquelle
aucun annaliste n'assigne une date certaine, était située dans la partie orientale de la ville, au bas des remparts du château, à l'extréniifé de la rue appelée rue du Petit- Fort-Saint-Ours.
Foulques-le-Réchin et GeoflVoy-le-Barbu succédèrent, en 1060, à Geoffroy- Martel, leur oncle maternel , mort sans postérité. La Touraine étant devenue le partage de Geoffroy, la guerre, nous l'avons vu ailleurs, ne tarda pas à s'allumer entre les deux frères. Foulques livra bataille à Geoffroy, le battit, le fit prisonnier, et le jeta à deux reprises diverses au fond d'un cachot. La première captivité de Geoffroy se prolongea tellement, que le pape crut devoir intervenir en sa faveur. La seconde, plus longue encore, n'eut de terme que sa vie.
Ei.LISK COLLEGIALE DE LOCHES,
Peu de temps après (1088) eut lieu la translation, dans la collégiale, des reliques de saint Baud, qui jusqu'alors avaient été conservées a Verneuil. Cette translation se lit avec beaucoup de pompe, sous la direction d'Ervenard, prieur de Verneuil. L'archevêque de Tours , Baoul , et Foulques-le-Réchin lui-même voulurent y assister. Foulques avait pour la ville et le château de Loches une prédilection toute particulière. Il y tenait le plus habituellement sa cour.
Vers le commencement du XIP siècle, la mésintelligence éclata entre les chanoines de la collégiale et les moines de l'abbaye de Beaulieu, à propos de la sépulture des habitants de Loches. Les chanoines ayant consacré un cimetière, ce qui était un empiétement sur les droits et revenus de l'abbaye, qui, de tout temps, avait joui du privilège exclusif d'enterrer les morts des deux villes, les moines ne voulurent pas le tolérer. L'affaire fut portée devant le i)ape. Pascal 11,
478 LA TOURALNE
les pièces des deux parties consullées, ordonna qu'on ne pourrait enterrer ni clerc ni laïque de la ville dans le cimetière du chapitre, et que celui de l'abbaye continuerait à èlre le lieu ordinaire de sépulture h l'exclusion de tout autre.
Foulques-le-Récbin mort (H 09), dix ans environ après la prise de Jérusalem par les croisés, son Hls, Foulques-le-Jeune, lui succéda, et la guerre recommença aussitôt. Hugues d'Amboise el de Cbaumonl se ligua avec Arcbanibault du Bridoré, son beau-frère, et ils vinrent dévaster le pays environnant I^oclies, Montrésor, Montrichard. Albéric de Montrésor se joignit au ca|)itaine de Loches, et tous deux, à la tête de leurs troupes, marchèrent à l'ennemi. Ils le rencontrèrent dans la plaine de Sublaines, « espèce de désert sablonneux on l'on ne trouvait ni arbres ni ruisseaux. » Hugues d'Amboise demeura vainqueur; mais l'armée d'Albéric sujiporta de faibles perles, protégée qu'elle était dans sa fuite par une forêt [sylva cunevosa) dont il n'existe plus la moindre trace, et par le peu de connaissance des lieux qu'avaient les troupes victorieuses.
Henri ÎI, lils de Geofl'roy Y, dit Plantagenêt, petit-lils de Foulques-le-Jeune, roi d'Angleterre par son mariage avec la princesse Mathilde, et comte d'Anjou et de Touraine par droit de succession, a fait, dans ces deux [)rovinces, tout h la fois beaucoup de bien el de mal. Non moins ardent a construire que Foulques-Nerra, il a laissé partout de nombreuses attestations de son passage. Ce fut sous son règne que Thomas Pactius, auteur d'une chronique manuscrite, et prieur de la collégiale de Loches, lit presque entièrement reconstruire, a ses frais, l'église bâtie par Geolfroy-Grise-Gonelle, qui, bien qu'elle eût à jieine deux siècles d'existence, menaçait déjà de s'écrouler.
Cependant, le moment approchait où la Touraine, et par conséquent le pays lochois, allaient rentrer en la possession des rois de France. Loches appartenait à Richard-Cœur-de-Lion , lorsque, voulant tirer parti de sa captivité en Allemagne , son frère, Jean-sans-Terre , résolut de le dépouiller de ses Étals. Comme il lui fallait des auxiliaires, il chercha à gagner les bonnes grâces de Philippe- Auguste en lui promettant la concession de plusieurs places, entre autres celle de Loches, qui devait être considérable, si nous en jugeons d'après le tableau que nous en a laissé l'abbé de Marolles, traducteur de GuilIaume-le- Breton. Philij)pe- Auguste se laissa séduire. Il fit un traité au mois de janvier 1193, par suite duquel il fut stipulé que la garnison serait entretenue aux dépens du prince anglais, qui devrait, en outre, y envoyer des provisions pour deux mois, et y tenir onze chevaliers et cent quarante écuyers. De. son côté, le roi de France devait confier le commandement de la place à Guy de Laval.
Les choses eurent lieu ainsi qu'il avait été convenu, mais ce ne fut pas pour longtemps. Délivré de ses fers, Richard revint à la hâte en Touraine, et rentra de vive force dans Loches, où il fit deux cent vingt prisonniers, parmi lesquels le gouverneur, cinq chevaliers et vingt-()uatre archers. Dom Martin s'est fait l'historien de ces temj)S de trouble. Il nous a montré la Touraine aux prises avec les deux prétendants anglais, d'un côté, et, de l'autre, avec le roi de France. Il nous dit comment se termina leur (pierelle, el à la suite de quels événements, après la mort de Richard, la ville de Loches, cédée d'abord par Jean-sans-Terre a la
veuve de son frère, la reine Bérengère, tomba au pouvoir d'Arthur de Bretagne, petit-fils d'Henri II; comment, a la suite du meurtre de ce jeune prince, Jeansans-Terre redevint maître de toute la Touraine ; comment, enfin, Loclies revint au roi de France, Ce fut après un siège d'une année. La ville, fortifiée et ravitaillée par Robert de Turneham et Girard d'Athée, fit une vigoureuse résistance. Girard, quoique Français et Tourangeau, n'en considérait pas moins Jean-sans-Terre comme son légitime souverain, et croyait, tant le régime féodal avait apporté de perturbation dans les idées de nationalité, remplir un strict devoir en versant pour lui jusqu'à la dernière goutte de son sang. Sa conduite, au reste, était si naturelle en cette circonslauce, que, la ville ayant été emportée d'assaut vers le milieu de l'année 1205, et lui-même se trouvant alors prisonnier avec cent vingt chevaliers, Philippe-Auguste ne songea pas à le punir. 11 se contenta de le mettre à rançon, comme cela se faisait pour tous les prisonniers de guerre un peu importants.
Désormais réunis à la Touraine, et par conséquent a la France, la ville et le château de Loches furent donnés par le roi à Dreux de Mello, fils du connétable de ce nom, en récompense des services rendus a l'Etat par son père. L'acte de donation, fait à Beaulieu , porte la date d'avril 1205. Plus tard, il est vrai, ce seigneur promit à Philippe, non-seulement de les lui remettre, quand il lui plairait, mais encore d'y joindre le château deChâlillon-sur-Indre, qu'il reconnaissait tenir de lui à charge de foi et hommage ; toutefois cet acte n'eut lieu que pour la forme.
Vingt ans après (1225), Dreux de Mello fit don au chapitre de la collégiale de la forêt, aujourd'hui transformée en prairie, de Boisoger, qui s'étendait, en longueur, depuis l'arche de Cornillé jusqu'au pont de Saint-Pierre de Pérusson,et, en largeur, depuis la croix de Dolus jusqu'à la Jonchère. A sa mort, qui précéda celle de son père, un de ses cousins hérita de leurs doubles possessions, mais ne les conserva pas. Ayant suivi saint Louis en terre sainte, il lui vendit (ce qui résulte de lettres patentes datées du camp d'Egypte, au mois de décembre 1249), moyennant six cents livres de rentes, les seigneuries de Loches et de Ghâtillon-sur-Indre. Concession qui amena le pieux monarque dans notre province, et lui fit passer trois jours à Loches, un jour et un nuit à Ligueil, une semaine entière à Loudun.
Assurément, si la Touraine fixa longtemps l'attention de nos rois, le pays lochois devait y contribuer pour beaucoup. Aussi voyons-nous plusieurs souverains y faire de fréquents séjours. En 1501, Philippe-le-Bel et Jeanne de Navarre y passent tous deux une semaine. En 1507, le môme Philippe-le-Bel y reste huit jours encore, lors de son voyage à Poitiers, à l'occasion du procès des chevaliers du Temple. Jean-le-Bon habite également Loches à plusieurs reprises, du vivant de Philippe de Valois, son père. On voit même, d'après une vieille charte, qu'il donna soixante livres tournois de rente annuelle et perpétuelle au chapitre collégial pour la fondation d'une messe, dite du roi, pour lui, les rois, les ducs, ses prédécesseurs.
Après le traité de Brétigny, le roi Edouard ayant passé la mer avec cent mille hommes, et étant venu ravager la Touraine, l'abbaye de Beaulieu fut mise au pillage, événement par suite duquel, dit-on, elle se vit enlever le privilège que lui avait accordé son fondateur, de lenir chaque samedi le marché. Loches se l'étant
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arbitrairement attribué, une rivalité jalouse s'éleva entre les deux villes, vive, ardente, tellement profonde même, qu'elle s'est perpétuée jusqu'à nous, et (pie parfois encore elle se manifeste.
Dans le même temps, les cbanoines de Loebes avaient souvent querelle avec le capitaine de cette place, dont les attributions comprenaient la police particulière du cbàteau. Ils laissaient tomberenruinesleurs maisons, ])rétendanl (jue l'aulorilémilitaire devait les relever a ses frais. Le capitaine, de son côté, soutenait le contraire, ei de là des contestations sans cesse renaissantes. Les cbanoines alors se plaignaient au roi Charles V, lequel, « moins cbevalier que clerc, » donnait raison au chapitre et le dispensait des réparations. Cette j)roteclion avait ses dangers : elle fournissait un nouvel aliment à l'animosité qui régnait entre les deux partis : aussi éclata-t-elle dans une nouvelle circonstance. Un capitaine. Angevin Darion, de concerl avec les habitants, ayant fait rompre une chaussée existant près du moulin de Quintefol, et celui des Bancs, propriété du chapitre, s'en trouvant fort endommagé, les chanoines ne manquèrent pas de recourir encore à l'intervention de Charles V. Ce prince, comme d'habitude, leur donnû gain de cause, et contraignit le capitaine a rétablir la chaussée. Il déchargea même les chanoines des réparations à faire au pont-levis et a la voie allant de ce pont à la collégiale, ainsi que de la garde du château, à laquelle ils avaient été astreints jusqu'alors. Néanmoins cette exemption ne les sauva point des servitudes militaires. Plusieurs fois, notamment pendant la guerre des Bourguignons et des Orléanais, ils durent monter forcément la garde.
Loches n'eut pas beaucoup à souffrir des excès de ces deux factions pendant les premières années du règne de Charles VL II n'en fut |)as de même sur la (in de sa vie. Après le meurtre de Jean-sans-Peur par les gens du dauphin, celui-ci, obligé de se retirer en Touraine, y avait été suivi par l'inimitié de sa mère et du nouveau chic de Bourgogne. Le roi, que chaque parti faisait mouvoir h sa guise, donna ordre à tous ses sujets d'abandonner le service de son (ils, et, au milieu de la confusion occasionnée par ces discussions, la ville de Loches fut brûlée. L'en- <piète, où nous puisons cet événement, ne fait point connaître quel parti se rendit coupable de l'incendie.
Nous touchons à l'époque la plus intéressante peut-être de l'histoire de Loches, à cette époque où Agnès Sorel, labelle des belles, comme on l'avait surnommée, parvint h faire sortir Charles VH de son déplorable engourdissement. «Seule, de toutes les maîtresses de nos rois, Agnès Sorel a été utile au ju-ince et à sa patrie, »a dit M. de Chateaubriand. On peut ajouter qu'aucun personnage historique n'a |)lus qu'elle reçu les honneurs de l'apothéose. Romanciers, poètes, historiens, ont enchéri les uns sur les autres, pour chanter à l'envi ses louanges, vanter sa beauté, son dévouement, son courage, tandis que le nom de celte douce Marie d'Anjou, qui, la première, osa donner un noble conseil h son faible époux, qui, toute sa vie, vécut sans se plaindre, oubliée, méconnue, délaissée, au milieu même de sa cour, esta peine aujourd'hui prononcé; tandis que celui de Jeanne d'Arc, celle pure et vaillante héroïne, a été souillé des plus odieuses injures. Nous ne prétendons pas assurément porter un blâme contre Agnès: il n'est pas
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LATOURAINE ANCIENNE ET MOUKKNE.
f Liblrér par LMcrri:.,- F.dil.-.ir
dans notre intention de révoquer en doute ses mérites : nous ne voulons signaler qu'une chose, à savoir, qu'on a peut-être immolé trop légèrement à sa gloire ceux qui l'enlouraient.
Agnès Sorel, tille du seigneur de Saint-Gérant, gentilhomme attaché à la maison du comte de Clermont, fut quelque temps connue sous le nom de la demoiselle de Fromeuteuu. C'est ainsi que s'appelait le village où elle était née. A quinze ans, elle s'attacha à Isabeau de Lorraine, duchesse d'Anjou. Cette princesse étant venue solliciter de Charles Vil la mise en liberté de son époux, fait prisonnier à la bataille de Bulgneville, Agnès entreprit le voyage avec elle. Sa beauté, son esprit, sa conversation brillante et variée la mirent promptement au-dessus des autres femmes de son temps. Il n'en fallait pas tant pour monter l'imagination du jeune roi ; il en devint tellement amoureux, que, pour la garder auprès de lui, il la nomma dame d'atour de la reine. Agnès résista quelque temps aux séductions dont elle était entourée; mais enfm, le roi, irrité par les obstacles, ayant mis plus d'instance dans ses tentatives, la jeune tille, surprise en quelque sorte, linit par céder.
Un profond mystère enveloppa d'abord leurs amours. Les faveurs royales prodiguées aux parents ou amis d'Agnès, le luxe qu'elle afficha trop imprudemment elle-même au milieu delà cour, pour le moment la plus pauvre de l'Europe, révélèrent seulsle secret. Agnès, alors, s'abandonna sans contrainte aux charmes de sa position nouvelle. L'ardente passion du roi, les hommages empressés de la foule, les flatteries, intéressées ou non, des seigneurs, l'enivrement d'un pouvoir sans bornes, tout, jusqu'à la touchante abnégation de celle dont elle usurpait la place, contribua à lui faire oublier ce que sa position avait d'équivoque, a empêcher d'arriver jusqu'à elle le cri de détresse d'un peuple qui la rendait responsable de ses maux. Assurément, dans les premiers moments de son ivresse, elle ne songea pas beaucoup à tirer son amant de l'indigne et coupable repos qu'elle partageait avec lui, et, nouvelle Judith, à sacrifier sa vertu sur l'autel sacré de la patrie. Ce[)endant Agnès, fîère et pleine de cœur, finit par prêter l'oreille aux imprécations de la nation, par comprendre le mépris caché sous les ironiques respects de la cour, et jusque sous le mMifiant sdence de la reine. Elle se prit à rougir d'elle-même. Malheureusement il était trop tard pour reculer dans la voie où elle s'était engagée. Renonçant alors à reconquérir une eslime à jamais perdue, elle voulut du moins forcer ceux qui la maudissaient à la reconnaissance, et se venger du pays en lui rendant son indépendance et son roi. Noble tâche que Marie d'Anjou, l'âme élevée au-dessus des misères de l'espèce humaine, seconda courageusement sans envie.
Les succès de (>harles VII, lorsqu'il fut sorti de sa torpeur, augmentèrent naturellement le crédit de la belle des belles. Quoiqu'elle n'en abusât pas, cela ne pouvait manquer de lui attirer bien des haines : celle du daujjhin ne lui fît pas défaut. Le roi venait de donner à sa charmante mie, avec les seigneuries de Penthièvre, en Bretagne, d'Issoudun et de la Roche-Servière, en Berry, le château de Beauté-sur-Marne, afin, disait-il galamment en parlant de ce dernier caslel, qu'elle fût dame de beauté de nom comme de fait. Le dauphin, qui faisait
^S2 LA ÏOURAINE
protessioM de haïr loul ce qu'aimait son père, irrité de voir tant de faveurs accordées à la favorite, se laissa aller contre elle à des promptitudes, disent naïvement les chroniques contemporaines. Agnès, sensible a ce nouvel outrage, quitta la cour sur-le-champ et en resta cinq ans éloignée, sans renoncer cependant à l'intimité du roi, qui venait souvent lui rendre visite. Elle habita tour a tour Loches, où Charles lui avait fait réserver et meubler des appartements magnifiques, connus sous le nom de vieilles salles, pour les distinguer des salles nou,velles, bâties postérieurement par Louis XII; un petit hôtel qu'elle possédait à Beaulieu, et dont il ne reste plus qu'une masure; enfm le vieux manoir de la Guerche.
La belle des belles a laissé dans Loches les plus gracieux souvenirs ; aujourd'hui encore, c'est avec une vSorte de culte que l'on prononce son nom, avec un véritable enthousiasme que l'on recherche les moindres objets qui peuvent lui avoir appartenu. Parmi les présents qu'elle fît à la collégiale, on remarque une croix d'or et une statue d'argent de Marie Madeleine, autour de laquelle on lit. : « Kn l'honneur et révérence de Marie Madeleine, noble demoiselle de Beauté a « donné cesle image en ceste église du château de Loches, auquel image est en- « fermé une côte et des cheveux de la dite sainte, l'an 1444. »
Après la prise de Rouen et l'entière expulsion des Anglais, (Charles Vil étant venu prendre ses quartiers d'hiver a l'abbaye de Jumiéges, Agnès vint l'y joindre pour l'avertir, dit-on, d'une conspiration tramée contre lui. Cette démarche lui fut fatale à elle-même. Attaquée, le 9 février 1450, d'une dyssenlerie violente, elle mourut six heures après avoir ressenti les premières atteintes du mal. Cet événement, si étrange et si spontané, fît naître des soupçons. Des bruits d'empoisonnement circulèrent. L'illustre et malheureux Jacques Cœur fut d'abord accusé de cette mort. Heureusement la haine, comme le venin, à la longue s'altère et s'épuise. Ceux-là même qui n'osaient nommer le coupable le désignèrent assez ouvertement pour qu'il fût possible de s'y méprendre.
Un chroniqueur contemporain, dont le nom nous échappe, nous fait en ces termes le récit des derniers moments d'Agnès :
« Elle eut belle et moult contrition et repentance de ses péchés, et lui souve- « nail souvent de Marie Madeleine qui fut grande pécheresse, et invoquait Dieu « dévotement et la Vierge Marie à son ayde, et comme vraye catholique, après la « réception de ses sacrements, demanda ses heures pour dire les vers de saint «( Bernard, qu'elle avoitescript de sa propre main ; puis trespassa. »
Et peut-être la justice divine ne fut-elle pas plus sévère pour elle, qui avait tant aimé, et sans doute tant souffert, que pour l'autre Marie Madeleine à laquelle elle songeait en expirant. . ,
A peine eut-elle déposé cette couronne terrestre, dont les épines, plus d'une fois, avaient ensanglanté son beau front, que Charles VII se hâta d'abandonner l'abbaye de Jumiéges, qui lui rappelait de trop douloureux souvenirs. Mais ses regrets ne durèrent pas longtemps. Toujours le même, oublieux et ingrat, il se consola bientôt de la perte (ju'il venait de laire avec une nouvelle maîtresse, une nièce même d'Agnès, Adélaïde de Maignelais !
La belle des belles fui inhumée, suivant ses désirs, dans le chœur de la collégiale de Loches. On lui éleva un tombeau en marbre noir sur la table duquel une statue, en marbre blanc, était couchée, comme on la voit encore aujourd'hui, les mains jointes, la tête appuyée sur un oreiller. A ses côtés, deux anges en prière; derrière, une couronne ducale taillée à cinq faces; a ses pieds, deux agneaux.
TOIHBKAtI D AGNKS SOBK
symbole de la douceur de son caractère, et, tout autour, l'inscription suivante :
« Gy gît, noble damoiselle Agnès Seurette, en son vivant dame de Beauté, de « Roquesseries, d'Issoudun et de Vernon-sur-Seine, pileuse envers toutes gens, « et qui largement donnait de ses biens aux églises et aux pauvres, laquelle tré- « passa le neuvième jour de février, l'an de grâce mil quatre cent quarante-neuf. « Priez Dieu pour l'âme d'elle. Amen. » De nombreuses épitaphes, en vers lalins barbares, incorrects, surchargent ce monument. Nous ne les relèverons pas.
La recoimaissance est un fardeau sans doute trop pesant pour que beaucoup de gens puissent le supporter. Agnès n'était pas encore enterrée, qu'imitant le roi, les chanoines, qu'elle avait si souvent comblés de ses largesses, résolurent de faire disparaître tout ce qui rappelait sa personne. Sachant l'inimitié pour elle du dauphin, devenu Louis XI, ils le supplièrent de leur accorder l'autorisation nécessaire pour faire enlever du chœur de la collégiale le tombeau de la bienaimée de son père. « J'y consens, répondit le monarque avec dédain ; mais, avant « tout, vous rendrez les bienfaits que vous avez reçus d'elle. » Touielbis, de
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« Ioniques cl inlVucUienses dcmarclies , ils amvèrenl au hnl de leurs désirs. Le 22 février 1777, Louis XVI, h qui l'on pei'snada que ce mausolée entravait le service du chœur, donna Tordre de le transférer ailleurs.
Plus tard, on le réédifia en lui affectant un des côtés de la nef de l'église, et l'on déposa dans une urne de grès les restes mortels qu'il contenait. A cette occasion, et quoi(jue la cédule royale défendît que, lors de la translation, on se permît de rien soustraire, une des tresses de la chevelure d'Agnès fut coupée, et, dit-on, distrihuée, par le profanateur même, aux domesli(pies attachés h M. le duc de Choiseul. La ne s'arrêta pas le sacrilège. Inhumée une seconde fois, en 1704, les restes d'Agnès avaient été transportés dans le cimetière du chapitre. Peu de temps après, le représentant du peuple Pochol se fit arbitrairement ouvrir l'urne, coupa aussi quelques cheveux, et rompit brutalement lui-même les mâchoires pour en extraire les dents! Enfin, en 1801, le préfet d'Indre-et-Loire, dans le but louable de sauver l'ancien sarcophage d'une complète destruction, en fit rassendjler les débris épars qui furent déposés avec l'urne, comme documents administratifs, dans une salle de la sous-préfecture. Le tombeau réédilié en 1800, dans uue espèce d'oratoire de la tour, dite iVAfinès, y est encore aujourd'hui.
Charles VII, de tous nos rois, s'occuj)a le plus du bien-être de Loches. Il accorda aux habitants les droits sur le vin, le péage et le sel, et releva les fortifications de leur ville, qui jamais n'eut un plus formidable aspect. En 1451, il y séjourna plus longtemps que de coutume, et y manda le connétable de Richemont, alors retiré à Parthenay, pour lui donner le gouvernement de la Normandie. Charlotte de Savoie, sa bru, femme de Louis XI, habita également cette ville, où, selon Mézeray, «le roi, son époux, allait la voir quelquefois, pins pour désir d'avoir lignée que pour plaisir qu'il prît avec elle. »
On y remarquait alors un donjon réservé, depuis la domination des comtes d'Anjou, aux prisonniers d'État. Louis XI le fit détruire et remplacer parla tour ronde affectée actuellement encore au même usage. 11 serait trop long d'énumérer ici tous ceux qui y furent successivement renfermés, nous ne parlerons, pour le moment, que des pins éminents, le duc d'Alençon, Pierre de Brézé, Philippe de Savoie, Charles de Melun, le cardinal Balue, Jean de Saint-Maure, Philippe de Comines, Geoffroy de Pompadour, Georges d'Amboise et Ludovic Sforce.
Le duc d'Alençon, ennemi personnel de Louis XI, contre lequel il ne cessait de conspirer, avait déjà été détenu à Loches, sous Charles VIL II finit enfin, plus heureux que tant d'autres, par obtenir son élargissement. Pierre de Brézé, grand sénéchal de Normandie, d'Anjou et de Poitou, s'était compromis dans plusieurs affaires. Il ne j)ut obtenir sa liberté qu'en consentant au mariage de son fils avec Charlotte, bile de Charles VII et d'Agnès Sorel. Ce mariage, conclu sous de si fâcheux auspices, ne fui pas heureux. La fille d'Agnès entretenait de coupables relations avec le veneur de son é|)oux, Pierre de la Vergne, « gentilhomme « de belle encolure, » et, ainsi que cela se voit assez habituellement, celte liaison n'était un secret que pour celui dont elle froissait le plus cruellement les droits. Un jour, cependant, il apprit ce qui se passait sous son toit. A la suite d'une chasse où il s'était fatigué plus que d'habitude, ce qui l'avail déterminé h se retirer
chez lui sans parler k sa femme, on vint l'avenir qu'elle s'était enfermée avec son amant. Aussitôt, saisissant une épée, il s'élance vers l'appartement de Charlotte, l'enfonce lui-même d'un violent coup de pied, et se trouve face à face avec de la Vergne, presque nu et cherchant à fuir. De Brézé le tua sur-le-champ ; puis, courant à son infidèle é[)Ouse, qui s'était réfugiée auprès du lit de ses enfants, il l'arracha sans pitié de cet asile, et, malgré ses supplications, lui plongea son épée fumante dans le cœur.
Philippe, troisième fils du duc de Savoie, fut enfermé à Loches victime de sa confiance en Louis XI, qui l'avait attiré à sa cour sous de trompeuses promesses. <lharles de Mehin éprouva le même sort pour avoir laissé échapper un prisonnier dont il répondait, imprudence ou complicité qu'il paya de sa vie. Le cardinal Balue y passa plusieurs mois, comme nous l'avons dit ailleurs, après son extraction du Plessis. Jean de Saint-Maure y fut détenu, en 1477, pour avoir (enté de faire évader Jean de Sarrebrucke, comte de Roucy, que Louis Xï, soupçonnant sa fidélité, y avait fait enfermer. Philippe de Gomines y pa.^sa huit mois dans l'une des fameuses cages de fer de l'évêque de Verdun, d'Harancourt : « Rigou- « reuses prisons, dit-il lui-même, couvertes de pattes de fer par le dehors et par '( le dedans, avec terribles ferrures, de quelque huit pieds de large, de la hauteur « d'un homme et un pied de plus. En même temps que Philippe de Comines, étaient arrêtés et conduits a Loches, accusés comme lui d'avoir favorisé les menées du duc d'Orléans, le grand aumônier de France, Geoffroy de Pompadour, et l'évêque de Montauban, Georges d'Amboise.
Charles VIII, à part ses expéditions en Italie, habita presque toujours la Touraine, et fit continuer la tour commencée par son père. C'est le seul monument certain de son règne qui soit à Loches, où il vint habiter avec la reine, en 1496.
Après sa mort, Anne de Bretagne se retira dans son duché, où elle resta les quelques mois de son veuvage. Reine de France pour la seconde fois, elle revint avec Louis XII en Touraine,et fixa son séjour de prédilection à Loches. Peu de temps avant de s'en éloigner, Louis XII ordonna de disposer, dans l'intérieur de la citadelle, une prison spéciale. La reine lui ayant demandé a qui il la destinait, il répondit que bientôt elle le saurait. En effet, moins de trois mois après on vit arriver le fameux duc de Milan, Ludovic Sforce, dit le Maure. Ce prince, deux fois usurpateur, s'était ligué avec Alexandre VI, l'ennemi déclaré de la France. Fait prisonnier par Louis de la Trémoille, qui commandait les armées françaises en Italie, il avait été envoyé h Loches, où il devait et où il passa en effet le reste de ses jours. Le cachot dans lequel il fut enfermé existe encore actuellement. On y descend par trente-sept marches d'un escalier en spirale, étroit et obscur. Quoique le jour n'y pénétrât qu'avec peine, et que les objets y fussent difficilement perceptibles, Ludovic l'orna lui-même de peintures que l'humidité n'a pas toujours respectées, et d'inscriptions analogues à sa situation. 11 grava profondément dans le mur, en face de la lucarne grillée qui éclairait le cachot, une espèce de cadran solaire. Au-dessus de la cheminée, il s'était représenté lui-même, revêtu de l'ar-
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mure du temps, la visière baissée, debout, entre deux canons. Parmi les inscriptions on distingue encore, en gros caractères, ces fragments :
Celui qui n'est pas conlan
A fortune je ne pas.. ..
Plaindremc dont par
Et, au-dessus du soupirail, ces mots destinés à Louis XTI, qui le gardait alors avec une sévérité peu digne de ce prince, habituellement généreux :
— Oui, ne crains fort. Je ne et pas bien sahnté...
Au-dessus de la cheminée, où se trouve dessiné une figure de chevalier :
— Je porte, en. mon. cœur. pour. ma. devise, que remé. de. patience pai'don. des peines, que. l'on. me. fait.
Des ordres supérieurs étant venus alléger sa captivité, il habita les appartements royaux, où, suivant M. Mahiet de la Chesneraye, à qui nous devons ces intéressantes communications, il laissa encore de nombreuses traces de son passage ; l'mscription latine, sustuJit virtus, entre autres, puis des vers, regrets exprimés à sa maîtresse ou à sa patrie :
Je. m'en, repens. mais. cela, ne vnult. rien.
Car. j'ai, voulu, joindre, mon. cœur, nu tien. i^'v^*
Pour. mon. plaisir, et. lu. lui. fais. la. guerre. "i^^^"*''^
Si. ne. te. dois, revoir, jamais, plus, requerre. "'■ > c,.,;,.^^;
Quand, voulcnte. ne. . . . ne. faire, aucun, bien. ». ^.^
Trop de. peine, eux. à. trouver, le. moyen. '^
Parler, à. toi. chercher, ton. entretien. Que. j'ai, trouvé, difficile, à. conquerrc.
Knfin, la strophe suivante, reproches évidemment adressés a une femme et empreints d'un amer et douloureux sentiment de découragement :
Quand mort m'avertit que je puis mourir, Et secourir on ne me veut, mais me faire rudes.sc Et de liesser et bannir que dois-je plus quérir, Jii n'est besoin, madame, requérir pour mourir, Ne pour chasser avoir autre maîtresse.
De 1510, époque où François V\ successeur de Louis XII, onlonna diverses constructions a Loches, et dont nous aurons occasion de parler en leur temj)s, à 1560, l'histoire de cette ville ne nous offre d'intéressant que l'emprisonnement des évêques du Puy et d'Aulun, et de Jean de Poitiers, prieur de Saint- Vallier, tous trois accusés de complicité avec le connétable de Bourbon. Interrogé dans sa prison par le président du Parlement de Selves, et le conseiller de Lougues, Jean de Poitiers confessa toute la trame et fut condanmc au dernier supplice. Au moment de l'exécution, et comme le fer était déjà levé sur sa tête, le roi lui fit grâce de la vie, et commua sa peine en celle cy-après déclarée. C'est à savoir, disait l'ordonnance, que ledit de Poitiers sera mis et enfermé perpétuellement entre quatre murailles de j/ierre, maçonnées dessus et dessous, et quelles n'y aura qu'une petite fenêtre par laquelle on lui administrera son boire et son manqer.
demeurant au reste Vmrêt de la cour, etc.. Jean de Poiliers ne jouit pas longtemps de cette royale clémence : son émotion avait été telle, qu'en rentrant en prison il fut saisi d'une fièvre, nommée depuis fièvre de Saint-Vallier, et moural peu de jours après à l'âge de 48 ans.
François F' vint à Loches, entouré de toute sa cour, pour y recevoir son heureux rival, (iharles-Quint. Tous deux, avec celte franchise qui caractérise le plus souvent les royales relations, s'embrassèrent cordialement, la tête découverte , comme de vieux et bons amis se retrouvant après une trop longue absence.
En 1551, sous le règne d'Henri II, le maréchal Oudard du Biez, condamné à mort par arrêt d'une commission extraordinaire, vit sa peine commuée par le roi en une prison perpétuelle. Enfermé au château de Loches, il y resta trois ans et fut ensuite mis en liberlé. Huit ans après (19 septembre 1559), Henri II et Catherine de Médicis tirent leur entrée dans la ville, sous un arc de triomphe élevé en leur honneur.
Les guerres de religion attirèrent de grands désastres sur Loches. Le maréchal de Termes, chargé du gouvernement de la Guyenne, s'y tint longtemps avec ses troupes, et accompagna partout les princes lorsqu'ils y passèrent pour surveiller leurs démarches. Mais après son départ (1562), les réformés s'étant rendus maîtres de la place, mirent, pendant cent jours qu'ils la possédèrent, tout au plus affreux pillage, sans toutefois, fait digne de remarque, y verser une seule goutte de sang! Les catholiques n'usèrent pas d'une si généreuse modération. Possesseurs, à leur tour, de la ville, ils exécutèrent rigoureusement l'arrêt du Parlement de Paris, lequel enjoignait à tous les fidèles de courir sur les calvinistes au son du tocsin. Ils les tuèrent, suivant leur propre expression, comme des chiens enragés. On appelait cela hâler la grande lévrière. «Faute de huguenots ou de huguenottes, disent d'Aubigné et de Thou, on tua d'inoflensifs paysans, on viola cruellement leurs lilles et leurs femmes. » Afin d'y ramener la tranquillité, un camp fut formé dans les environs de la ville, et le duc d'Anjou, depuis Henri III, vint y passer lui-même quelques jours, peu de temps avant la bataille de Moncontour (1569).
Devenu roi, ce prince, après l'assassinat du duc de Guise et de son frère, le cardinal, fit arrêter les plus influents du parti, et, parmi eux, le duc d'Elbœuf. Par ses ordres, il fut transféré a Loches, dont le duc d'Épernon était alors gouverneur titulaire, plutôt qu'effectif. Celui-ci, que le roi, cédant au cri de l'opinion générale, se vit dans le même temps obligé d'éloigner de la cour, vint s'établir dans son gouvernement au mois de juin 1589, moins, dit son secrétaire Girard, avec le train d'un favori en disgrâce, qu'avec celui d'un prince entrant dans ses États. Trois cents gentilshommes formaient sa suite ordijiaire, et son faste scandaleux insultait au malheur public.
A la mort d'Henri III, Loches, comme toute la Touraine, se déclara pour son successeur. Les ligueurs, qui possédaient les châteaux de Cléoffy et des Étangs, firent quelques excursions aux environs de cette ville ; mais la garnison qui s'y trouvait alors, réunie a celle de Beaulieu et aux habitants, dont ils empêchaient les approvisionnements, les en délogèrent.
Loches cesse de jouer un rôle dans l'histoire du moment où Henri IV, qui
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comme Charles IX, n'y lit qu'une apparition de quelques jours, devint paisible possesseur du royaume. Il ne nous reste donc plus dès lors à enregistrer (|ue quelques faits particuliers qui ne louchent pas, ou du moins n'intéressent cpie de ton loin les annales générales du pays.
Le dernier prisonnier d'État renfermé dans les prisons du château., et l'un, sans contredit des plus maltraités, fut le marcpiis de Chandenier, neveu du cardinal de la Rochefoucauld, un des quatre capitaines des gardes, en 1055. Il y vivait du pain du roi, comme un criminel, et de ce que les bourgeois de Loches lui e7ivoyaient à souper dans une petite écuelle qui faisait le tour de la ville.
Le 21 février 1619, Marie de iMédicis, veuve d'Henri IV, s'élant échappée de Blois, se rendit àLoches auprèsduduc d'Epernon. Lelô février 1642, ce seigneur, dont la vie embrassait le cours de trois règnes, ceux d'Henri III, d'Henri IV et de Louis XHI, mourut au château de cette ville, et son lils, Bernard de Nogaret, lui succéda. A la mort de ce dernier, François de Beauvilliers, premier duc de Saint-Aignan, pair de France, premier gentilhomme de la chambre du roi et gouverneur de Touraine, fut pourvu du gouvernement des villes et châteaux de Loches et de Beaulieu(ll août 1061). Paul de Beauvilliers remplaça son père (20 juin 1087). Le duc d'Anjou, petit-fds de Louis XIV, et nouvellement nommé roi d'Kspagne par testament du dernier roi de la maison d'Autriche, traversa Loches en 1700, se rendant en Espagne pour y prendre possession de sa couronne. Il fut reçu avec magnificence dans la ville, et en repartit le lendemain au bruit de l'artillerie. En 1714, Paul Hippolyte de Beauvilliers, duc de Saint-Aignan, succéda à son frère aîné, et se maintint à son poste jusqu'à sa mort. Son successeur, M. le marquis de Baraudin, seigneur de Mauvières, frère du dernier prieur et doyen de la collégiale, et aïeul de M. le comte Alfred de Vigny, donna un plus vif éclat que ses prédécesseurs à ses importantes fonctions (1700). On trouve un acte, dans les archives de Loches, où il est qualitié du titre de vice-roi. Le premier gouverneur de Loches avait été Adelande, en 854, le dernier fut M. Mayaud de Boislambert, en 1770.
L'administration et la police de Loches étaient exercées dans le principe par deux élus et le procureur de ville. Ils ne pouvaient faire ni ordonner aucune dépense que jusqu'à la concurrence de cent sols. Au-dessus de cette somme, ils devaient en rétéreraux bourgeois et habitants, lesquels s'assemblaient alors devant le lieutenant du bailli de Touraine. Cette ordonnance fut abrogée par Henri II, en 1557, et le nombre des échevins fixé à douze, parmi lesquels on choisissait un maire qui devait être changé tous les trois ans. Ciharles IX, en 1500, réduisit à six le nombre de ces échevins. D'après ledit de mai 1005, il n'y avait plus qu'un maire, deux échevins, quatre conseillers de ville, un receveur-syndic et un secrélaire-greftier. Enfin, une ordonnance du mois de mars 1094, ayant créé un office de conseiller du roi, contrôleur des deniers communs |)atrimoniaux, dons et octrois de Loches, la ville s'en rendit adjudicataire pour une somme de deux cents livres, avec faculté d'en faire exercer les fonctions par un titulaire à sa nomination. Comme pour Tours, cet état de choses fut aboli par la révolution de 1789.
ANClENiNE ET MODERNE. 48î)
La collégiale de Loches, l'édifice religieux le plus remarquable de la ville, Ibudée, nous l'avons déjà dit, par Geoffroy-iîrise-Gonelle, consacrée par l'évèque de Tours, Ilardouin, et relevée deux siècles après, par Thomas Paclius, offre deux styles principaux : l'un appartient h l'architecture romano-byzantine primordiale, et rappelle les premières constructions de Geoffroy; l'autre à l'architecture romane tertiaire, ou de transition, et indique les parties réédiliées par Pactius.
Au premier style, on peut attribuer les deux arceaux soutenus par quatre demicolonnes cylindriques, sans renllement au milieu, dont les chapiteaux sont ornés d'animaux fantastiques et de feuillages, et sous lesquels on passe en entrant dans l'église ; la tribune, où les mêmes colonnes se trouvent exactement répétées ; la voûte de la tribune, la partie basse des murs de la grande nef, l'extrémité du Iranssept avec ses deux fenêtres a plein cintre, le côté ouest du transsept méridional, et phisieurs autres pai lies des murs.
L'autre style comprend : les trois chapelles circulaires et leurs trois fenêtres à doubles colonnes cylindriques ; les arcades ogivales de la grande nef, et les contreforts qui lui servent d'appui ; les deux colonnes de l'entrée du chœur, terminées en cul-de-lampe par un groupe de personnages qui semblent, singulière allusion de Tartiste, porter péniblement le poids du somptueux édilice ; la tour quadrangulaire avec ses quatre clochetons,. placée sur le milieu des deux transsepis, et le toit octogone dont elle est surmontée ; les deux tourelles rondes, réunies par une saillie, renfermant l'escalier qui y couduit; le toit octogone, appuyé sur une base de même forme, lequel repose sur la tour de l'ouest: enlin, le portique, l'œuvre la plus remarquable de ce magnilique monument.
Sur les voussures de la porte [)ar où l'on entre dans l'église se voient, sculptés en relief avec art, deux rangs de iigures grotesques et monstrueuses ; ici des corps humains surmontés de têtes d'animaux sans forme connue et sans nom ; là des tê[es d'hommes attachées a des corps de bêtes, entrelacés, confondus, formant uiu; sorte de chaîne, de capricieuse guirlande, afl'ectant les altitudes les plus extraordinaires, souvent même les plus obscènes, ouvrant de larges gueules, grimaçant d'affreux ricanements. Fantastiques créations dans lesquelles l'artiste, éleclrisé par sa ferveur et sa foi, s'étudiait h symboliser de la façon la plus hideuse et la plus repoussante tous les vices, et à frap|)er vivenient le regard des pécheurs ; de même que (le portique de la collégiale en offre aussi des exemples), par des groupes d'un autre genre, il s'étudiait à faire aimer et cultiver la vertu.
Les papes Jean XIII, Innocent II, Jean XXII, Innocent YI, accordèrent beaucoup de laveurs a l'église de Loches, le privilège, entre autres, de releverdireclement de la cour de Uome. A ce titre, elle payait au saint-siége nue rente amuielie de cinq sous, lesquels étaient enq)loyés en achat d'huiie |)our brûler devant le tombeau de saint Pierre. La plus ancienne quittance de ce droit, conservée dans le chartrier de la collégiale, était de l'an I'2UI, et la plus moderne de I iô7.
La chapelle, réservée au milieu de la nef, à gauche, fut fondée, eu I04'2, par un seigneur de Préaux, comme le prouve une vente du ">() juillet de la même année. L'écusson (|ui s'y voit encore aujourd'hui porte trois ]:t)ires de bon-chréùen, que les seigneurs de cette famille avaient dans leurs armes. Autour du mausolée,
placé au centre, àe groupaient douze figures de chanoines , l'aumusse sur la lête. Le doyen et le chantre étaient coiffés l'un et l'autre de la mitre.
On remarque en outre dans la collégiale un autel antique en pierre, de forme cylindrique, d'un seul bloc. Le pourtour de cet autel, qui est creusé en dessous et sert de bénitier, divisé en douze compartiments ou caissons, est orné de sculptures à peu près frustes, au milieu desquelles cependant on distingue, d'après M. L.-H.Lesourd, qui en a fait une minutieuse et savante étude, une tête de grand prêtre coiffé de la cidaris ou mitre ; des feuillages en usage comme ornements d'architecture ; une rosace; un vase orné de fruits, sorte de patère servant aux sacrifices; un guerrier vêtu du sagum ; un autre guerrier armé d'un bouclier rond; un vase h une anse et un bec: un disque, bassin plat destiné à porter les viandes des victimes ; une tête d'affranchi ; un guerrier aux formes athlétiques ; une tête de guerrier couverte d'un casque de forme grecque a simple cimier. Ce monument, qui, suivant M. Lesourd, a dû être fait sous le règne d'un des douze Césars, semble confirmer ce que l'on dit par tradition, il est vrai, et par hypothèse, que léglise collégiale a été bâtie sur les ruines d'un temple païen.
Les chanoines de Loches, au nombre de douze, élisaient eux-mêmes leur prieur et l'installaient sous le portique de l'église. En 1448, Agnès Sorel ayant fait supprimer un de ses canonicats pour en affecter le revenu a l'entretien de quatre enfants de chœur et d'un maître de chapelle, le chapitre, ainsi modifié, resta composé d'un doyen, d'un grand chantre et de neuf clianoines.
Outre la collégiale. Loches possédait encore deux églises paroissiales : celle de Saint-Ours, dont on ne connaît pas exactement le fondateur (elle fut détruite en 1792), celle de Saint- Antoine, aujourd'hui succursale, située dans l'intérieur de la ville. On y comptait en outre plusieurs communautés religieuses : les Cordeliers, dont l'installation remontait h saint Louis et avait été faite par Juhel de Mayenne, archevêque de Tours; les Hospitalières, œuvre pie d'un simple cultivateur de Saint-Germain, nommé Bozzay, et d'une religieuse de l 'Hôtel-Dieu de Senlis, sœur Suzanne Dubois; les Capucins, érigés en 1619, et les UrsuHnes, établies, en 1627, par les soins de M. de la Illière, lieutenant du roi, sous le fastueux duc d'Epernon ; enfin, les Barnabites, de la congrégation de Saint-f^iul, installés en même temps que le collège, à la tête duquel ils furent mis, en 1665. Ces établissements n'existent plus, la révolution les a en partie détruits. Ceux dont les bâtiments se voient encore, ont reçu une destination tout à fait étrangère il celle qu'ils avaient dans le principe.
Le chapitre de Loches possédait le droit de haute, moyenne et basse justice, d'anbainage, d'épaves, etc., dans différents fiefs. En venu de son auhainage, il prenait possession des biens des vassaux domiciliés dans l'étendue de son ressort, lorsqu'ils décédaient sans hoirs ni héritiers. Il avait encore le droit de mesure à bled et à vin; enfin, son bailli [»ouvait condamner à mort sans que l'of/icialité de Tours pût infirmer son verdict. D'un autre côté, la juridiction de ses membres n'était pas moins grande ; elle s'étendait jusque sur les servantes de chacun d'eux. Le 2 juillet 1511, deux servantes de chanoines, Marguerite Agenet, et Jeanne Boyer, qui s'étaient injuriées et avaient informé devant l'archiprêlre,
ANCIENNE ET MODEBNE. 491
doyen royal de Tours, furent par lui renvoyées, comme n'en pouvant connaître, devant le chapitre Lociiois.
En 1098, la ville de Loches comptait 5,800 habitants, et4,509 en 1842. L'Indre, qui prend sa source en Berry, la sépare de Reanlieu. Tlne multitude de ponls, nécessités par les cinq ou six branches de cette petite rivière, unit les deux villes l'une à l'autre. Au milieu, se remarque Sansac, charmant castel qui servait autrefois de rendez-vous de chasse à François 1", et qui, aujourd'hui, restauré avec le plus grand soin, appartient à M. le marquis de Bridieu, de l'une des plus anciennes familles de la Marche. Sansac, où Charles-Quint et François F' se rencontrèrent, doit sa fondation a tin seigneur de ce nom, que le roi galant tenait en si haute estime, qu'il avait coutume de dire : Nous sommes quatre gentilshommes de Guienne qui courons la boque contre tons allant et venant de la France : moi, Sansac, d'Essé et Chateiqneraye. Le dessus de la porte du castel est décoré du portrait en terre cuite de François I", œuvre assez remarquable pour que Napoléon ait cru devoir donner l'ordre d'en faire faire une copie, que l'on voit au musée de Versailles.
La ville de Loches, proprement dite, que traverse la route de Tours a Châteauroux, et celle d'Amboise a la Haye, a fort peu d'étendue ; mais depuis que la plus grande partie de ses remparts a été détruite, elle s'est accrue de ses nombreux faubourgs. Semblable à une décoration de théâtre , vue à certaine distance elle offre un charmant coup d'œil ; elle perd beaucoup de son prestige quand on pénètre dans l'intérieur. Les rues, étroites, tortueuses, tourmentées par les ondulations du terrain, sont pour la plupart mal pavées. Deux faubourgs, ceux des Boches et de Saint-Jacques, renferment des habitations qui révèlent en ces lieux l'antique existence des peuples autochthones. Beaucoup d'habitants, surtout de ceux qui se livrent au tissage, se sont creusés des retraites dans les rochers dont la ville est sur plusieurs points entourée. Au reste, un site admirable, qui plaît aux étrangers, aux artistes, aux amateurs du pittoresque et de l'imprévu. Le châ- . teau, l'un des mieux conservés de France, offre des points de vue délicieux. Du haut des anciens appartements royaux, le regard plonge dans un bassin admirable, en même temps que sur la petite ville de Beaulieu, et sur l'immense forêt qui borne au loin l'horizon.
Charles VH, celui de nos princes qui ait le mieux défendu Loches, avait entouré cette place d'une ligne de fortifications s'appuyant, aux deux extrémités, a celles du château. Les murailles, protégées déjà par des fossés où l'on faisait au besoin entrer les eaux de l'Indre, l'étaient en outre par des ouvrages avancés tels que l'art militaire avait alors appris a les exécuter. Cinq portes perçaient cette enceinte : la porte delà Guerche, nommée depuis porte Poitevine; la porte Picoys; la porte Saint-Antoine ; le portail des Cordeliers ; le portail de Quintefol. A l'une des entrées principales, couronnant l'arche d'un pont jeté sur l'Indre, se trouvait une sixième porte, connue sous le nom de porte des Cerfs, parce qu'elle servait de sortie pour aller chasser dans la forêt de Loches. De toutes ces issues, celle des Cordeliers, dont le portail seul existe encore aujourd'hui, était garnie d'une herse et d'un pont-levis à bascule. Le bras de l'Indre, qui coule à leur base, ajoutait encore à ces fortifications, et en rendait l'abord diflicile.
',92 LA TOURAINK
Le rociioi* sur lequel esl assis le château n'a pas moins de quatre mille mètres (le circonrérence, sur huit ou neuf de hauteur. Les liâtiments royaux, d'ahord d'une étendue assez restreinte, élevés par Charles Vil, et agrandis par Louis Xll, le furent encore par Charles VIII. Anne de Bretagne lit construire, dans l'une des tourelles, un oratoire h la fenêtre duquel se lisait sa devise favorite : Pothts mori (juam fœdari. Cet oratoire dépend des hàtiments de la sous-préfecture. Il se compose d'un petit mitel en pierre sculpté avec une exquise délicatesse; d'un prie- Dieu, également en pierre, au-dessus duquel se détache en rehef une couronne ducale habilement ciselée ; a droite, une cheminée a cliambranle surbaissé ; à gauche, et en face, une fenêtre trilobée à verres de couleur ; sur les murailles, une mosaïque en porcelaine badigeonnée on ne sait par quelle main ; enlin, dans l'escalier, une cordelière telle que la portait la belle et pieuse reine.
La grosse tour carrée du château, construction, nous l'avons déjà dit, attribuée h tort aux Romains, a soulevé beaucoup de discussions. Cette tour, dont les quatre étages se sont successivement affaissés l'un sur l'autre, sert aujourd'hui de préau aux rares prisonniers que de temps a autre on y enferme, et occupe un tel développement, qu'elle pourrait loger facilement de mille a douze cents hommes.
Le château lui-même était « si spacieux en son assiette, si rare en beauté, si « gracieux en séjour, et si fort en ses défenses, (pie moult capitaines anglais l'ont « bien muiitieté ei qu'il n'avait point son pareil en tout le royaume, » dit le père Uouhours dans son histoire des Antiquités des villes et châteaux de France. La porte d'entrée, à l'ouest, est encore flanquée de trois grosses tours au milieu desquelles se dressait un ponl-levis qui a (lis|)aru depuis longtemps. Le sur|)lus des constructions offre une réunion de bastions, de tourelles, de donjons et de remparts dont les murs n'ont pas moins de six ou huit pieds d'épaisseur. L'intérieur du château se compose d'une petite promenade plantée d'arbres, de maisons bâties sur des ruines, et pour la plupart ingénieusement disposées ; de la collégiale, du presbytère, et des vastes logis occupés par la sous-préfeclure et les tribmiaux.
On remarque encore à Loches rH(>tel-de-Yille, construit au XVF siècle, par ordre de François T', qui, à cet effet, fit remise à la ville de trois cents livres pendant sept années; l'hôtel de la chancellerie, bâti sous Henri II, et sur la façade duquel on distingue un écusson chargé d'ornements d'architecture, et, au milieu de cet écusson, une tête ron(l(» sculptée, (pii parait être une efligie du soleil : le clocher de Saint-Antoine, autrefois le belfroi de la ville, haute tour au pied de laquelle existait jadis une chapelle renommée; la petite chapelle des Péris, œuvre charmante de Louis XII; une maison seigneuriale, appartenant a la famille Nau, située a l'extrémité de la rue Saint-Anloine, édifice dont la disposition intérieure est des plus curi(nises. Enfin, plusieurs constructions qui, par leur détail, nous erilrahieraient au delà de nos limites.
Loches, autrefois l'une des cités les plus importantes du pays, l'une des forteresses les plus réputées du royaume, est auj(Mn'd'hui bien déchue. Place de guerre avant tout, elle n'était quelque chose et ne vivait que par la guerre. La paix, singulière (l(»stin(3e, lui devait être fatale. Du moment où la P'rance, Iriom- |>hant pres(pu' à la fois de ses trois ennemis les plus acharn(''s, l'Anglelerre, la
Bourgogne, la Bretagne, étendit partout ses limites, Loches, jusqu'alors ville frontière, devint ville centrale, ses murailles tombèrent pierre à pierre, comblani ses fossés; ses tourelles, ses bastions, ses créneaux, disparurent; le silence succéda au fracas des armes. Son château royal , jadis habité par Charles VU, Agnès Sorel , Louis XT, Charles Vlll, Louis XII et Anne de Bretagne, n'est plus aujourd'hui que la bourgeoise demeure de quelques paisibles rentiers ; enfin, ses chanoines, si puissants naguère et si révérés, ont cédé la place à un curé de paroisse, qui, pour n'avoir |)lus les mêmes droits, n'en est pas moins aimé et heureux. Sous-préfecture, chef-lieu du deuxième arrondissement, d'où relevaient douze châtellenies et plus de soixante fiefs, cette ville renferme actuellement un tribunal de première instance, un collège communal, des fabriques de toile, de gros draps et des filatures de laine; elle possède, en outre, dans son voisinage, une papeterie importante, fait un commerce assez considérable en vins, en bois, en bestiaux, en denrées de toute espèce, et porte dans ses armes, de sinople, à cinq loches d'cmjent posées deux, une, deux.
Il l-nr-MI I I 1)1 MU MF
CANTOÎN DE LA IIAYE-DESCAUTES.
Abillv, Balesmes, CivRAY, CussAY, Draciié, LA SE[,r.E-SAi>T-AvAM, Map.çav-sir-Esviie, Neuillé-le-
BRir.>o>', Sepmes.
L\ IIaye-Desoartes. — Place assez forle aulrefois, celte pelilc ville, siliiée sur la rive droite de la Creuse, fut le tliéàlre de quelques faits d'armes remnrqualiles. Ses seigneurs, sous Pliilippe-Augusle, élaient de droit chcvaliers-bannerels. Ils faisaient également partie des dixluiil barons de Touraine tenus, sur l'avis que leur en donnait rarchevè([ue, de le porter le jour de son entrée solennelle et d'assister à si prise de possession. Pendant le repas ils servaient d'écliansons, et recevaient en récompense la coupe ainsi que le reste du vin et des viandes qu'on avait servis. Le roi Jean rassembla à la Haye l'armée avec laquelle il allait poursuivre le prince de Galles. Trois ans après, Jean Chandos.au nom des Anglais, essaya de s'en emparer, cl en fut re- ])oussé par le sénéchal de Sancerre. En <587, Henri IV, alors roi de îSavarre, vint mettre le siège devant ses murs, <jue défendait Laverdin, et ne jiut s'en rendre maître, faule de canons, pénurie attribuée au prince de Condé, qui s'était chargé d'en amener. En 1618, l'armée royale, marchant contre les princes confédérés, y séjourna une semaine. C'est le dernier fait que nous ayons à enregistrer. A dater de celte époque, la Haye, patrie du plus grand philosophe que la France ail jamais produit, perd à jamais son importance historique ; ses fortifications sont démolies, ses pouls abattus, ses fossés comblés. Rien, aujourd'hui, ne rappelle aux yeux d'anciens souvenirs. La ville, par ellemême, assise au fond d'un large, mais assez triste vallon, est petite, mal bâtie, composée de rues étroites, lorlucuses, inégales. Aucun monument n'y arrèle l'allenlion, si ce n'est la maison de Descartes, humble logis dans lequel son propriétaire, M. Falcon , a conserve avec une sorte de culte la chambre où naquit l'immortel auteur du Traité (fcs Passions , et le secrétaire sur lequel il acheva peut-êlre son Comjiendium musicw.
CANTON DE I.IGUEIL.
BoSSÉE, BoUR>A>', C|RA>-, EsvES-I.E-MoITIER, la CnAI>ELLE-BLA>CnE, le LOIROIIX, LorA>S, MA>TnELA>,
MoiiZAV, SAiNT-Si;>or.n, Vare»es, Vou.
LiGCEiL. — Petite ville assise au milieu de belles et vastes prairies qu'arrose l'Eslrigueil.Fort anciennement connue, ainsi, du reste, que la commune qui l'entoure, elle occupe, dés le IV siècle, une assez importante place dans Ihistoirc. Saint Martin y vient prêcher l'Evangile. Grégoire de Tours en 572, s'y rend a l'occasion d'une visite pastorale dans son diocèse. Saint Senoch s'y arrête également avant de se retirer dans sa solitude. En 574. Childéric et Contran la ravagent. En 770, Charlemagnc la donne aux moines de Saint- Martin , donation successivement confirmée par Charles-le-Chauve, Charles III ot llugues-Capet. en 8H2, SilO cl 987. Saint Louis y rend plusieurs ordonnances au XIIP siècle. En 1307, Philippe-le-Bcl y séjourne lors de son voyage à Poitiers pour le procès des chevaliers du Temple. Le roi Jean et le prince de Galles y passent en IS-'iS. Charles VII y fait de fréquentes apparitions en allant voir Agnès Sorel au château de la Guerche. En 1502, les protestants y entrèrent en maîtres, mais ils en furent bientôt expulsés par les catholiques qui s'y livrèrent envers eux aux plus farouches excès; qui, non coiilenls de les pendre.
^EïiMÊ ©Iggfg^IE^lgg.
lA TOURAINE ANCIBWNE ET MODEBNE Puiliie par I Mercien, Editeur
ARRONDISSEMENT DE LOCHES. A'Jo
crevèrent les yeux à l'un de leur ministre et le brûlèrent ensuite à pelit feu. En 1569, Bonnivet s'y étant jeté à la hâte, y fut battu par les calvinistes. Les vainqueurs mirent a^amison dans la place, ce qui ne les empêcha pas, au mois de septembre suivant, de la rendre au vicomte de l'aulmy, ((uo le duc d'Anjou ( depuis Henri III ) y avait envoyé. Charles IX y vint deux ans après, en 15!)l, ot Philippe V, roi d'Espaf^ne, en 1700, y passa.
Le château de Ligneil, bâti jjar Foulques-Neira, sur la fin du X'' siècle, et les fortifications de la ville, n'existent plus aujourd'hui. Bien que la fondation de la paroisse remonte au temps de saint Martin, ce ne fut qu'en 440 que Ligueil vit s'élever dans ses murs une église et un monastère sous l'invocation de saint Laurent. L'église actuelle, de 40 mètres de long sur iTt de large, présente des constructions de différentes époques bien camclérisées. Le portail, le clocher et la côlièrc du nord, c'est-à-dire, la partie la plus ancienne de l'éditice, datent du XI'' siècle; le chœur et les deux bas côtés appartiennent, on le ptnse du moins, au XlIP ; le sanctuaire et deux chapelles latérales au XVl". Cette église, assez remarquable du reste dans tout s<m ensemble, possédait autrefois les reliques de saint Laurent, martyr. C'était un don du roi Dagobcrt. Le reliciuaire (|ui b;s renfermait pesait 26 marcs d argent. La révolution passa dessus, et le détruisit.
CAîyTO.>' DE LOCHES.
AZAY-SUR-bDItE, BniDORÉ, ClIAMDOUr.G, ChA>(.EAUX, CllEDir.SV, DOLUS, FeRRIÉRES-SUR-BeAULIEU, PËRIHj5S0Pi,
BEiCîiAC, Sai>'t-Germai>, SAiîiT-Hu'POLYTE, Sennevièbes, Tauxio'v, Verseuil.
Beaulieu. — Celle ville, située dans les prairies de l'Indre, ne paraît, au premier aspect, que le prolongement d'un faubourg de Loches, auquel une longue suite de ponts a donné son nom. Elle est redevable de son origine pour ainsi dire et de son importance à la célèbre abbaye de Bénédictins qu'y fonda Foulques-Nerra dans les premières années du XI" siècle, en expiation d'un grand crime. Constance, disent à ce sujet les chroni(iues, femme du roi Robert et nièce de Foulques, avait pris en aversion Hugues deBeauvais, dont l'inlluenee sur le roi contrariait ses vues ambitieuses. Ne pouvant par elle-même perdre le favori, elle eutrecoursà son oncle, et accusa Hugues de semer la désunion dans son royal ménage. Foulques, sans antre examen, mil à la poursuite du sire de Beauvais douze de ses sicaires, leur enjoignant de le d^pcsclier partout où ils le trouveraient. L'exécution ne se fil pas attendre. Trois semaines après, au milieu d'une chasse, Hugues tombait lâchement poignardé .sous les yeux même de son prince. Robert, qui ne pouvait se faire obéir dans sa propre famille, et qui, par amour de la paix, finissait toujours par se soumettre aux despotiques caprices de Constance, ne songea nullement à se venger par lui-même de l'attentat commis sur la personne de son favori, mais il porta l'expression de ses plaintes aux pieds du sainl-père. Cette mesure effraya le coupable Pour conjurer Forage, il se rendit à Rome, auprès de Sergius IV, lui fil humblement confession de son crime, et reçut pour pénitence l'injonction de délivrer le saintsiège de l'un de ses ennemis, Crescentius, de fonder un monastère, et d'aller en pèlerinage aux lieux saints.
Foulques, soumis à ces ordres, commença par se rendre à Jérusalem. Après quoi, de retour en ses États, il songa à s'ac;|uitler personnellement envers le pape, c'est-à-dire (ce qui peint les mœurs du temps! ) à se laver d'un forfait par un aulre crime. Dans ce but, il choisit parmi ses vassaux, les plus habiles à tirer de l'arc, quatre frères, du nom de Prompt, leur ordonne de se tenir prêts à le suivre, part de Loches avec eux quelques jours après, va trouver le saint -père, et lui dit qu'il vient mettre un terme à la tyrannie du gouverneur de Rome, mais qu'il ne faut pas qu'on s'informe des moyens qu'il emploiera à cet égard. « J'embrasse la cause de Dieu et la vôtre, « ajoute- 1- il, absolvez-moi seulement du péché d'homicide et delà peine d'un crime prémé- <( dite. » Ainsi rassuré contre les cris de sa conscience. Foulques revint en diligence trouver ses archers, les mit à leur poste, et leur commanda d; tuer sans pitié celui qu'il allait leur désigner, sous peine d'avoir eux-mêmes les yeux crevés, les membres mutilés et la lêle tranchée. Faisant ensuite appeler Crescentius, qui eut limpruJence de paraître à sa fenêtre, il entra avec lui en conversation, il le llatla adroitement, rappelant en ceci certaine fable célèbre : -. Votre visage,
496 AUUONDISSEMENT DE LOCHES.
« cher seigneur, a la majoslc de celui d'un ange ! On vous disait vieilli, quelle erreur! Vous êtes (I encore leste et bien tourné comme à vingt ans! Quelle richesse de toilette! quel port! Monirez- « vous un peu qu'on vous voie mieux... » Le gouverneur, enivré, se dresse, se pavane, mais il ne s'est pas plutôt démasqué delà sorte, qu'il tombe, expirant, au pied des murailles. .
Foulques, cédant, non pas. comme on l'a prétendu , au repentir, mais à la peur des globes de Célerncl incendie, dota richement, du consentement de sa femme et de son fils, les moines de Bi aulieu. 11 leur donna la seigneurie de tout le pays environnant la petite ville qui déjà comçait à se bâtir, se ré.scrvant le fief cl la justice pour lui-même; il voulut, en outre, que tous les habitants fussent déclarés lii)res. en vertu du fnink-allcu^ sans jamais pouvoir être réputés serfs; concéda à l'abbaye le droil de hatlre monnaie, et ;'i la ville celui d'avoir un marché |)articulier ; enfin, il imposa à ses dcscendanis la charge de continuer ce qu'il avait si pieusement commencé, appelant les bénédictions célestes sur ceux qui l'imiteraient, et la sentence de malédiction qui frappa Caïn sur ceux qui chercheraient à s'y soustraire.
Foulques-Nerra fit hommage au pape du monastère, en sorte (|uc l'abbé de Beaulieu, ne relevant que delà cour de Home, se décorait des insignes pontificaux et marchait de j)air avec l'archevêque de Tours, dont il déclinait l'autorité. L'église, vaste et magnifique, offrait un aspect dont on peut, iiar ce qu'il en reste, se faire encore une idée. Elle était divisée en trois parlies bien di.sliuctes, la première formant le ch eur des moines, la seconde la nef où se tenaient les fidèles, la troisième le chœur, proprement dit, où se Irouvait le sanctuaire.
A dater de la mort de Foulques, lequel étant trépassé à Metz, au retour d'un troisième voyagt; à Jérusalem, le 21 juin 1040, fut transporté de celle ville à Beaulieu, et inhumé, selon sa volonté dernière, dans l'église du chapitre, jusqu'au moment de l'invasion anglaise, sous le règne des premiers Valois, l'histoire de l'abbaye n'offre ([u'un médiocre intérêt. Parvenue, sous Charles VI, à sou plus haut degré de puissance pt de prospérité, elle reçut à celle époque un si rude échec, qu'elle ne s'en releva jamais entièrement. Les Anglais avaient envahi la Touraine et menaçaient Beaulieu, dont les fortifications n étaient alors que trés-insufllsanles. Effrayés, les habilanls prennent la fuite, abandonnent leur ville, où l'ennemi entre sans trouver de résistance. Les moines, réfugiés dans leur lemple, essayent en vain de s'y défendre; malgré leurs efforls, ville, église, abbaye, IduI est incendié, saccagé et mis au pillage. Le trésor du monastère, les reliques des saints, les vases sacrés, les ornemenls religieux, rien n'est respecté 1
L'abbave resta longtem|)s ensevelie sous les ruines, et lorsqu'on songea à la réédifier, Qu'lte reconstruisit ([u'une j)elile partie des anciens bàlimenls. l'ius heureuse, la ville parvint à se r(îlever. Une enceinte de forles murailles la mit à l'abri d'un nouveau coup de main. En «044, ces murailles existaient encore, ainsi que les trois portes qu'on y avait pratiquées, l'une aboutissant à la roule de Tours, appelée d'ordinaire le grand chemin du rui, les deux autres ouvrant sur le chemin de Mon- Irichard et sur celui de Ghàtillon
De la seconde porte, appelée jjorle de Guî</nr, parlait une rue ([ui venait aboutir à la maison (lu'habilail Agnès Sorel, lorsqu'elle venait à Beaulieu. A l'entrée de celte maison ( elle exisle encore), on remarque un grand pannonceau en jiierre sur lequel étaient les armoiries en relief, aujourd'hui disparues, de la belle des belles. On y entrait par une porte voûtée, au-dessus de laquelle Af nés avait son appartenu ni. Enfin, sur les murailles, quelques restes de peintures à fresques rappellent seuls l'origine de ce lieu qu'habila la plus gracieuse femme de son temps, el que d'humbles corroveurs aujourd'hui se partagent, sans se douter de sa valeur historique.
Autrefois on comptait à Beaulieu trois églises paroissiales : celle de Sainl-Pierre, fondée en 1004; celle de Saint-Laurent el celle de Saint-André. On ignore l'époque où ces deux dernières furent construites ; mais elles doivent aussi être fort anciennes. 11 y avait en outre dans les faubourgs la chapelle de feu Colin-le-M<iye, dont on ignore l'emplacement; celle de la Madeleine, prés le moulin à draps ; celle de Bome-NouveUc et de Guigné, dans le faubourg de ce nom ; enfin, celle de SainleUurbe. On y trouvait en outre un llolel-Dieu, rue des Saints-Pères, et un couvent de chnnoinesses. Tous ces édifices sont aujourd'hui détruits, cl l'église abbatiale sert de succursale à celle de Loches. Construite sur les ruines de celle fondée |)arFoulques-iNerra, elle date du siècle de Franm\sY\ et ocxupe à peine la moitié de reni|dacement que couvrait l'ancienne, dont il ne resie plus que deux chapelles el le clocher lerminé par une pyramide couverte en pierre.
ARRONDISSEMENT DE LOCHES. m
CANTON DE MONTItÉSOU.
Gemixé, le Liège, Lociié, Nouais, ()p,big>v, Vicledjmain, Villeloin.
CiiEMiui-sun-lNDiiois. — Cette commune, en majeure partie située au milieu des bois, possédait autrefois la célèbre cbartreuse du Lige!, dont l'origine, de même que celle de l'abbaye de Beaulieu, se rattache à un crime, le meurtre de Thomas Beckcl, archevêque de Cantorbéry.
Thomas, homme supérieur, mais esprit despoli(|ue, avait, par ses exigences, porté le trouble dans le royaume d'Angleterre, divisé l'Eglise, et excommunie tous les ecclésiastiques qui ne partageaient ])as absolument sa manière (Je voir. Il allait même jusqu'à menacer Henri II du même châtiment, s'il ne cédait à ses prétentions, causant de la sorte plus d'embarras à ce prince que la France et l'Ecosse ensemble. Peu mesuré d'habitude dans ses actes et dans ses paroles, le roi s'échappa à dire devant ses courtisans : « Personne ne me délivrera-t-il donc de ce njoine brouil- « Ion ? » Ces paroles, pour Thomas, furent un arrêt de mort. Quatre chevaliers, Renaud, Hugues de Moreville, Guillaume de Tracy et Richard-le-Breton, partirent en secret pour Cantorbéry, et massacrèrent l'évêquc au pied des autels.
Ce meurtre eut un retentissement terrible en Angleterre et dans toute la chrétienté. Henri, effrayé des conséquences qu'il pouvait avoir pour son autorité, désavoua hautement les complices, fonda la chartreuse duLiget, et, pour obtenir l'absolution de Home, fit beaucoup plus de concessions que n'en avait jamais exigé la victime.
La chartreuse du Liget, située dans le fond d'un frais vallon, au milieu même de la forêt de Loches, dont les grands et beaux arbres l'enveloppent, pour ainsi dire, de toutes parts, portait audessus de sa porte principale «e distique gravé par les moines :
Angloruin Henricus icx, Thomac cnde criicnlns, Ligclicos fuiuiat rarliisia nioiiakos.
Elle se composait d'une vaste enceinte dont les angles étaient et sont encore indiqués par de petites tourelles; de nombreux bâtiments, dont le corps principal, debout, malgré les ravages du temps, est occupé par un garde; de dépendances diverses, qui logent Im fermier; d'une église totalement en ruines, et, entourant cette église, d'un étroit jiénitenliaire en quelque sorte réserté dans l'épaisseurdes murs; enfin d'un enclos carré, cimetière sur lequel s'ouvraient les cellules. A droite de la chartreuse se trouvent une fontaine cl une petite chapelle où l'on venait naguère en pèlerinage. Sévères observateurs des préceptes de l'Évangile, les religieux pourvoyaient seuls à tous leurs besoins et portaient des chemises de crin fabriquées par eux-mêmes. La révolution, en les dispersant, livra leur retraite aux spéculateurs, aux herbes parasites et aux oiseaux de proie.
MoNTRÉsoR. — Une ancienne chronique attribue l'origine de celte petite ville à Contran, roi d'Orléans. Une autre chroni(|ue attribue la fondation du château qui la domine, à Foulques-Nerra. C'est une double erreur. Ce qui le prouve, c'est qu'on voit figurer au nombre des seigneurs qui allèrent, en 887, sous la conduite d'Ingelger, réclamer à Auxerre le corps de saint Martin, un barm de Montrésor. Les chanoines le récompensèrent généreusement en lui donnant le fief de Pocô. D'autre part, un contemporain de Foulques, Roger le Vctil-Diable, était possesseur du château, lequel relevait de la trésorerie de Saint-Gâtien, d'où lui est venu sans doute le nom de Mona Thesauri.
Les successeurs de Roger curent de longues querelles avec les .seigneurs d'Amlwise, les comtes d'Anjou elles rois d'Angleterre. Mcyilrèsor, après avoir été pris par le roi d'Anglclerrc, Henri II, cl repris par Philippe- Auguste en personne, passade la lignée des premiers seigneurs, éteinte, on le suppose, eu la personne d'un Geoffroy de Montrésor, dans la maison de Palluau, qui le conserva jusqu'au milieu de XIV siècle, et le transmit , a celle époque, à la famille de RueiU
Montrésor fut ensuite successivement possédé par Imberldc Baslarnay et ses descendants, par la maison de Bourdeilles cl le duc d'Orléans, qui le vendit à Paul de Beauvilliers, duc de Sainl-Aignan. Le château, que l'on pense avoir été reconstruit dans le XV siècle, par Imbert, était anciennement Jlanqué de tours, entouré de fossés profonds au nord, à l'ouest et à l'est, et défendu au sud par le ror chertailléàpicau pied duquel la ville est assise. H avait, au XVF siècle, des gouverneurs particuliers.
parmi lesquels nous remarquons Eliennede Préaux, en 1527, René de Préaux, on 1550. Abandonné] depuis, il lomba en ruines. Mais aujourd'hui, réédifié de fond en comble par son propriétaire actuel, M. le comte de Jouffroy-Gonsans , il a repris son premier aspect, dominant fièrement la ville et] les campagnes qui l'entourent, et nous reportant, par sa sombre et caractéristique physionomie, auxj premiers temps de sa splendeur, à cette époque où la Trémoille y élail détenu prisonnier, où les] Anglais cherchaient si avidement à s'en rendre maître et à y tenir garnison.
Imberl de Bastarnay, baron du Bouchage et chambellan de Louis XI, fonda le chapitre de Mon-j trésor (26 mars 1521 ). Toutefois, la mort dç ce haut et puissant seigneur fit ajourner la construclion de l'église collégiale que nous admirons aujourd'hui. Elle n'eut lieu que vingt ans après (1341 ),i
eu /=»fRe
tGLISK COLLIiGIALB l)E MOMIIESOR.
■et l'édifice fut consacré sous l'épiscopat d'Antoine de la Barre, archevêque de Tours. Son architec-j lure, tjpe complet de la transition du gothique au goût et au* proportions de l'antique, appartient' au style de la Renaissance. Son plan représente une double croix. La nef a trente-trois métrés de longueur, y compris l'abside, dont la forme est polygonale, et liuil mètres de largeur. Les fenêtres, de grande dimension, affectent toutes la forme ogivale. Le sommet des murs, a l'inté-j rieur, est couronné par une large frise divi.sée en compartiments carrés, dans lesquels ont été] sculptées des figures historiques et religieuses en ba.s-relief, alternées par des rosaces. Une grande arcade â triple voussure, en plein cintre, occupe le milieu du pignon, du côté de louesl, et s'élève jusque sous la frise du couronnement. Celte arcade s'ouvre vers le bas en deux portes enrichies de sculptures d'un relief trés-délicatement travaillé. Dans les angles des portes, on remarque deux médaillons : un portrait de René de Bastarnay et d'Isabelle de Savoie, .sa femme. Entre
les portes se dresse une colonne crucifère, au piédcslal de laquelle sont deux cartels portant la date 1541. Immédiatement au-dessus, s'étend une décoration en forme de jubé, composée de cinq niches en plein cintre, séparées par descolonnetles à fût rentlé, et occupées par les statuettes mutilées de saint Jean-Baptiste et des quatre évangélistes. Dans les ani,'les se tiennent, tous deux en prière, un moine et un ange. Sur le champ des pieds droits de la deuxième voussure de la grande arcade, on admire quatre tableaux bas-reliefs représentant : Jowp/t reconnu par ses frères; Jésus au jardin des Oliviers ; Jésus tombé sous la croix ; enfin, le Jugemenl de Salomon. Au bas du tympan, se voit un écusson colossal aux armes de la famille de Bastarnay.
Avant 1793, on admirait, au milieu du chœur, un tombeau où reposaient, en marbre blanc, couchés sur une table noire, trois des membres de la famille de Bastarnay : Isabelle de Savoie, au milieu ; à droite, René de Bastarnay, son mari ; à gauche, (Claude, leur fils, tué, à l'âge de vingtdeux ans, à la bataille de Saint-Denis, en 1567. Le père et le fils, couverts de leur costume militaire, de brassards, de cottes de mailles et de la blouse gauloise, avaient à leurs pieds une levrette endormie et un casq,ue. Aux quatre angles, un ange agenouillé portait sur sa poitrine l'écusson de la famille, et, tout autour du tombeau, les douze apôtres étaient rangés dans des niches à colonnes d'un travail admirable. Quoique mutilé, ce monument, et les parties qui le comprennent, a été recueilli avec soin par M. l'abbé Joubcrt, curé de Montrésor, auquel on doit en savoir d'autant plusde gré, qu'il est l'œuvre de Jean Goujon, ce qui nous dispense d'en faire davantage l'éloge.