‹ La Touraine, ancienne et moderneChapitre 39 sur 75 · CANTON DU GRAND-PRESSIGNY · texte numérisé non relu

CANTON DU GRAND-PRESSIGNY

Barrou, Betz, FERRiÈRE-L\m;oN, Saint-Flovier, le Petit-Pressignv, la Selle-Guenaînt.

La GuERCiiE.— Située sur les bords de la Creuse, aux confins de la Tou raine et d» Poitou, celte petite ville, ou plutôt ce gros bourg, offre un pittoresque aspect. Un pont de pierre, dont il ne reste plus que quelques débris qui encombrent encore le lit de la rivière, unissait les deux rives, et, en facilitant les relations des habitanis, procurait à leurs denrées des débouchés faciles et

' CHATEAU 1)1-; L\ GLEïiCHE, APl'AUTKN A NT A M. W. CIUIV.

certains. Le château, l'un des plus anciens de la province, ne commence cependant à figurer dans

l'hisloire qu'à dalcr du règne de Cliarles VII. Élevé pour Agnès Sorel, sur les ruines du vieux lief des anciens vicomtes de la Guerche, il était Uanqué de deux tours crénelées chargées de la défense du portail el du ponl-levis qui servaient d'entrée. Le toit reposait sur une assise crénelée, et, iuHuédiatement au-dessous, se voyait un rang de pierres horizontales dont la première portait un A majuscule, et la seconde une tête de femme coiffée d'une iclc de manteau assez ample.

Des mains d'Agnès, la terre de la Guerche passa à la famille de Villequier, et de celle-ci dans la maison du duc d'Aumont, lequel la transmit aux Voyer d'Argenson. Depuis, le château a beaucoup perdu de sa première splendeur. Quoique M. de Croy, possesseur actuel, y ait fait el y fasse encore de nombreuses réparations, nous doutons fort qu'il parvienne à le rétablir entièrement. Les douves profondes qui l'entouraient ont été comblées, les bâtiments, réduits d'un étage, les tours mutilées, et l'aile droite, ainsi que les communs, abattue.

P.\uLMv. — Dans le principe, celle commune n'était que d'une fort médiocre étendue; mais, par lettres patentes du 2 septembre 1557, son territoire s'agrandit et se composa d'un démembrement de ceux de Neuilly-lc-Brignon, Cussay et Ferriére-Larçon. Au commencement du XV* siècle, on y voyait un vieux château dont Delleforèl, dans sa Cosmographie universelle, donne une description à laquelle nous empruntons quelques traits. « Il était assis, dil-il, sur une tertre, en un air mer- '< veilleusemenl bon et salubre. 11 y avait dans sou parc, de deux lieues au moins d'étendue, et « entouré de murailles, deux grands étangs alimentés par des fontaines el le ruisseau de Chancelée, « et abondants en poissons de diverses sortes. A droite de ces étangs, se trouvait un bois de haute « futaie servant' aux pourceaux de nourriture, comme il fait encore aux ramiers, bisets el autre « gibier repairanl en ce lieu boscageux. Venant du parc au château, s'offrait à la vue un pre- « mier corps de logis long de quarante à cinquante pas, de cinq élages de hauteur très-bien pro- « portionnés , et, au - dessus , une belle galerie mâchicoulée, couverte d'ardoises ol plombée, « comme aussi est le corps de logis. Ce corps de logis était llimqué de deux tours d'une incroyable « grosseur, l'une non terminée, et l'autre tout entière, laquelle était couverte d'ardoise, plom- « bée, mâchicoulée, lucarnée, fcneslrée, flanquée, percée, el tout ceci fait de gros quartiers de « pierre ayant neuf étages dès le pied de la basse- fosse, caves el prisons jusqu'au (este, etc.

En 1441, Pierre de Voyer fit relever complètement ce manoir et le dota d'une chapelle (jui fut consacrée, en 1476, par llélie de Bourdeilles, archevêque de Tours, et dédiée à saint Nicolas. On établit, pour la desserte de la chapelle, un doyen et quatre chanoines, dont les bénéfices furent à la collation du seigneur. Jean de Voyer, père du fondateur, y eut le premier son tombeau. Toutefois son existence ne fut pas de longue durée. Louis de Voyer, vicomte de. Paulmy, la fil, on ne sait pourquoi, renverser, et, le 16 février 1622, fonda dans son parc un mouaslère pour quatre religieux dont le prieur, depuis 1756, remplit les fondions de curé de la paroisse.

Le Quand - Phessig^v. — Selon Grégoire de Tours, cette commune est une des plus anciennes de la Touraine. Donnée, en 862, par Charles-le-Cliauve à saint iMarliu de Tours, elle lui fut enlevée. on ignore par qui, m à quelle épo'que. Le premier seigneur connu de Prcssigny, Guillaume, épousa, en 1290, Avoise, fille unique et héritière de Guillaume de Sainte-Maure, d'où les enfants issus de ce mariage prirent indifféremment les noms de Saint-Maure el de Pressigny. L'un d'eux était, on ' se le rappelle, au nombre des chcvaliers-bannerels de Touraine, sous Philippe-Auguste. Le mariage d'Isabelle de Sainte-Maure avec Amaury de Craon fil passer la baronnie de Pressigny dans celte dernière maison, et ensuite dans celle de Rohan, par le mariage de Louis Chabot avec Marie de Craon. Au XVI® siècle, elle appartenait à la famille de Villars.

Le château de Pressigny, anciennement très-forlifié, tomba au pouvoir du duc de Bourgogne après la délivrance de la reine Isabeau de Bavière : mais ce prince en fut bientôt délogé par le dauphin ( Charles Vil ). Aujourd'hui, de ce manoir qui occupait un vaste emplacement, il ne reste plus qu'un corps de bâtiment occupé par des particuliers, une grande tour carrée abandonnée depuis longtemps, et des ruines.

CANTON DE i'KEUILLY.

(iHAJUtON, ClIAItMZAV, CnAUMlISSAV, ToUliW.N.

BossAV. — Plus ancienne réputée, celle commune, (|ui renferme des forges inqtortanlcs, et (»u

l'on trouva, à diverses reprises, des tombeaux, des médailles et des vases antiques, possède en outre le vieux château de Ris. Bàli, pendant les premières croisades, avec les débris d'un autre château plus ancien encore, et qui avait été brûlé. Ris, situé dans une position admirable, comptait dans sa mouvance dix domaines, avait le droit de chapelle dans 1 église de Bossay et le droit de pêche sur la Glaise. Château gothique pourvu de tourelles, de créneaux, de mâchicoulis, de bastions; il vient d'être restauré d'après les anciens plans, et a repris son premier aspect. 11 appartint successivement à divers seigneurs du pays, et devint, le 27 mai 1770, la propriété demessirc Dauphin, seigneur de Muanne, de Narbonne, de Chavanne, etc., dont le fils en est encore possesseur.

Immédiatement en face, sur le revers de la vallée qu'il domine, se découvre le fief de Bossay, lequel, après avoir joui du droit de terrage, de cens, de rentes, d'amendes et de chantage, et

ENTIIEK PRINCIPALE DU CHATEAU DE IIIS.

aussi du vingtième sur tous les fruits et objets décimables, ne se compose plus que tl'un gros pavillon, d'une très-massive tour avec tourelles dans les angles, et est actuellement tribulaire deRis. BoussAY. — Située dans un vallon qu'enveloppent à peu près de toutes parts de grands et beaux arbres et qu'arrosent de nombreuses fontaines, cette petite commune, et le village qui en occupe le centre, n'offrent aucune particularité digne de remarque. Le château, dont la fondation est des plus anciennes, entra, en -1338, dans la brandie aînée de la famille de Mcnou, par le mariage de Nicolas 11, de Menou, avec la dame de Boussny, Jeanne de Péan, et il y est toujours resté depuis lors. Entouré de douves profondes alimentées par plusieurs sources d'eau vives, il offrait jadis a l'œil quatre corps de logis dont l'intérieur formait une petite cour. Deux ailes de ces constructions furent abattues dans le XVII" siècle ; au XVllP, la marquise de Menou et son petit-fils en reconstruisirent une qui subsiste encore, dans le style Louis XV, et s'harmonise mal avec Parchilecture simple et sévère des parties de l'ancien château restées debout. Ces parties se composent: d'un bâtiment trés-élevé,- appelé le donjon, et flanqué de deux tours ; celle du nord, carrée ; celle du midi, ronde. Une autre grosse tour carrée, dont le pied est baigné par les eaux, se trouve à l'ouest. Le propriétaire actuel de Boussay, M. le manjuis de Menou, voulant donner (pielquc régularité à cet

eiiseinlile, a rallié la dernière tour aux autres bàtiineiUs par une simple galerie couverte d'une terrasse c-rénclée. En somme, imposant encore dans son irrégularilé, le cliiUcau, ancien et moderne, renferme de beaux apjjarlemenls ornés de meubles golbiques et de tableaux estimés, et une petite chapelle particulière d'une architecture charmante-. Les avenues, longues, spacieuses et plantées

CHATEAU DE BOliSSAY, Al'PAIlTENANT A M. LE MARljUIS DE MENOII

d'arbres superbes, ont quelque chose de royal. On s'arrête, en suivant la route où elles viennent aboutir, pour les admirer.

Precillv. — Cette pçtite ville, fort ancienne, avait le titre de première baronnie de laTouraine. Cinq chàtellenies et jdus de cent fiefsen relovaient. Son église existait déjà du temps de saint Perpet. Son château fut bâti, en 930, par le vicomte Alton, et son abbaye, fondée, en lOOi , par Effroi, seigneur de la Roclie-Posay, lequel en fit faire la consécration, à la prière dç Béatrix d'Issoudun, sa femme, par Archambault de Sully, archevêque de Tours.

Les seigneurs de Preuilly firent partie des chevaliers bannerets de la Touraine, et l'église d« Saint-Martin, en retour des services qu'ils lui avaient rendus, leur conféra le. titre de chanoines et le droit d'assister aux offices dans une des stalles du chœur au-dessous du doyen, avec le surplis et l'aumusc sur le bras gauche, ils faisaient aussi les fonctions de paneticr lors de l'intronisation de l'archevêque de Tours.

La baronnie de Preuilly appartint successivement, après l'extinction de la lignée des pren)iers barons, aux Melzéart,aux seigneurs de Clermoutelde Gallerande, aux Luxembourg, aux la Rochefoucaull, aux Ghasteigner,.aux d'IIumiéres, aux Bretreuil et aux Gallifcl. L'ancien château, aujourd'hui en ruines, était autrefois une place très-forte, entourée de douves profondes. 11 y existait une collégiale détruite par une dame de la Ilochefoucaull-Barbézieux , convertie à la religion réformée. La ville, indépendamment de cette collégiale, comptait une abbaye et trois paroisses : Notre-Dame, Sainl-Pierre et Saint-Mélaine. Il n'existe plus actuellement que l'église de l'abbaye, qui sert de paroisse. Ce monument, dont la fondation remonte au X' siècle, est une œuvre remaniiiable ! du régne ogival.

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