HOTEL GOUIN
Œuvre charmante de la renaissance, cet édifice, si gracieux et si séduisant, fut bâti, en 1440, par Jean Xiincoings, contrôleur-général des finances sous Charles VIL Xaincoings, ami de Jacques Cœur, possédait comme lui la confiance et l'estime du roi, et, comme lui, il vit ses services et son dévouement payés d'in-
gralilude el ilc touiineiils. Les courtisans, envieux de ses richesses, saisirent avec empressement, pour le perdre, l'occasion d'un retard dans la solde des troupes qui se rendaient en Guyenne. Accusé du détournement de sommes considérables, de falsifications de pièces de comptabilité, il fut condamné au dernier supplice, peine qui emportiit la conGscalion des biens du condamné, par des juges assez impudents pour se disputer audacicusoment ses dépouilles. Toutefois, le roi lui fil grâce de la vie, exigea du lui qu'il payât au trésor GO, 000 écus d'or, et donnât son bôtcl de Tours au comte de Dunois, plus connu sous le nom de Bâtard d'Orléans.
Rien ne nous indique combien de temps la famille de Dunois en demeura propriétaire. En IG'21, DardeUe de Peuvrefitle, dame de haut lignage, la vendit au seigneur de la Tortinière, qui la revendit, en 1080, à un autre de ses parents, Compain de la Picardière. En 1703, un marchand, Gilles Douineau, en devint acquéreur, et, quelques années après, Auguste de Bourbon, comte d'Eu, en récompense des services qu'il avait reçus de ce Douineau, lui octroya le droit de placer au-dessus de la porte de son hôtel un ccu aux armes de Bourbon, « défendant à aucun de fouiller et de faire amas de salpêtre dans le dit hôtel. » Enfin, en 1758, la famille Gouin s'en rendit adjudicataire et le possède encore aujourd'hui.
Située dans la rue du Commerce, au fond d'une cour, la façade de ce délicieux joyau du XV® siècle est ornée d'une espèce de portique au bas duquel sedéploie un fort bel escalier. A droite et à gauche, deux terrasses prennent issue sur ce portique et communiquent à deux pavillons faisant saillie également et s'appuyant sur de sveltes piliers. Ghacuu de ces pavillons est surmonté d'un dais merveilleusement décoré, sous lequel s'airitc une gracieuse statuette. Une balustrade servant de ceinture aux terrasses du rez-de-chaussée décrit de petites arcades trilobées, qui nous semblent appartenir au XVF siècle, époque oîi cette partie de l'hôtel a été vraisemblablement reconstruite. La haute frise qui règne au premier étage est capricieusement ornée de délicates arabesques, de figures variées du plus ravissant effet. L'écusson fleurdelysé de Bourbon, placé audessus des fenêtres de l'avanl-corps du milieu, a totalement disparu pour laisser le champ libre à des trèfles d'une assez heureuse harmonie. Enfin, la partie supérieure de la façade est terminée par trois fenêtres d'inégale grandeur, toutes les trois surmontées d'un fronton capricieusement développé el chargé d'ornements divers.
Ce curieux logis, on le reconnaît aisément, a subi, à plusieurs reprises, des modifications qui en ont altéré le style primitif et lui donnent quelque affinité avec les palais italiens du XVI* siècle. Tout nous donne donc à penser, comme l'a remarqué M. le docteur Giraudet, que son ordonnance actuelle est l'œuvre d'un de ces maîtres florentins qui vinrent se fixer en France après les guerres d'Italie de François I", important chez nous les richesses un peu confuses, peut-être, de leur école.
L'édifice du XV^ siècle a presque complètement disparu ; il n'en reste guère, en évidence du moins, que les petites arcades trilobées des terrasses du rez-de-chaussée. M. Alexandre Gouin, qui l'habite actuellement, y a fait récemment exécuter, sous la direction de M. Meffre, architecte, des travaux de restauration glace auxquels il a reconquis sa beauté première, son piquant aspect,