‹ La Touraine, ancienne et moderneChapitre 72 sur 75 · STATISTIQUE · texte numérisé non relu

STATISTIQUE

Au point de vue industriel. Tours passe, et ajuste raison, pour avoir été, pendant longtemps, l'une des villes de France les plus florissantes. Ses produits les plus importants étaient la draperie et la soierie. La draperie y fut introduite en 1460, en vertu de lettres patentes de Charles VU, délivrées à Bourges, au mois de mars de ladite année. La ville fit venir à ses frais deux contre-maîtres habiles et leur avança 50,000 livres. Les ouvriers qu'ils employèrent furent exemples pendant dix ans des droits de taille, d'aides, de guet et de garde. Grâce à ces privilèges , la fabrique prit rapidement de l'extension. Elle posséda jusqu'à deux cent cinquante métiers. Les draps qu'elle livrait au commerce étaient fort estimés. L'introduction de la soierie lui porta uncoup désastreux. Sans s'éteindre entièrement, elle perdit beaucoup de son importance et se relira dans plusieurs petites localités de la province, où elle s'est maintenue jusqu'ici.

La soierie fut établie, comme nous l'avons vu, à Tours par Louis XI, qui, en 1470, pour arriver à ce but, appela les plus adroits ouvriers de Gènes et de Florence, et, pour les attacher au pays, leur accorda, de même que son père aux drapiers, divers privilèges. Celte nouvelle industrie se développa plus rapidement encore que la première, et acquit une perfection telle, qu'on en exporta les produits pour l'Inde. En 1541, la fabrique de Tours livra pour dix millions de soieries. Un écrivain du temps, Thibaull-le-Pieigney, a signalé celte fécondité : « Et, dit-il, n'y a pour cejourd'hui en chrestienlé où il se fasse tant de draps de soie que en « la dicte ville et fauxbourgs de Tours. Pareillement se faicl grande quantité de fustaincs, serges, demyes a ouslades, tapisseries, rubans, cousles, broderies, et tant d'aullres choses, qu'il n'est possible d'en cscrire « la moilié. » En 1650, la fabrique de Tours avait aocjuis tant de réputation, qu'elle occupait plus de vingt mille ouvriers, huit mille métiers, sept cents moulins ; quarante mille individus étaient exclusivement employés à apprêter, dévider, etc. Le cardinal de Richelieu écrivit en son testament : « On fait ii Tours de pannes si « belles, qu'on les envoyé en Espagne, en Italie cl autres pays étrangers. Les taffetas unis (gros de Tours) <( <iu'on y fait aussi, ont un si grand débit pour toute la France, qu'il n'est besoin d'en chercher ailleurs. Les « velours rouges, violets el tannés s'y font maintenant plus beaux qu'à Gênes. C'est au.ssile seul endroit où « il se lait des serges de Sorge. La moire s'y fait aussi belle qu'en Angleterre ; les meilleures toiles d'or s'y c font plus belle» et à meilleur marché qu'en Italie. »

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Un poëte tourangeau, Abraham de la Brctonnière, dont la famille occupait un des premiers rangs parmi les industriels de Tours, a décrit avec précision le travail de l'ouvrier occupé à tisser de la soie :

Dès que la soie au fond d'an vase obscur

A bu le suc du pourpre et de l'azur.

Il la prépare, il en forme sa chaîne ;

Sur le métier il l'étend avec peine.

Un ais se lève, il s'assied, devant lui

Paraît I'ensible; elle lui sert d'appui :

De ses travaux elle est dépositaire,

A ses côtés est la trame Icttère,

Kt sous ses pieds les mobiles ressorts

Oui tour à tour font mouvoir ce grand corps.

L'air retentit ; une vierge craintive

A ce signal prête sa main active.

La chaîne s'ouvre et la navette suit.

H y décrit les astres de la nuit,

Les monts déserts et les forêts lointaines,

Les prés fleuris et les claires fontaines , etc.

Kn 1685, presque tous les fabricants de soieries étaient protestants La révocation de l'édildo Nantes, en les expulsant de Tours, fit tomber le nombre des métiers de 8,000 à 1,200, et celui des ouvriers de 40,000 à 4,0(X). Quatre cent cinc[uantc protestants curent seuls le courage de braver les persécutions ; mais ce ne fut |)as impunément. Les mauvais traitements auxciuels ils se virent en butte achevèrent de ruiner la grande cl belle industrie à laquelle Tours devait sa prospérité. Soixante et quelques années après, plusieurs hommes d'élite, aussi riches qu'industrieux, essayèrent de raviver la fabrique. Le conseil du roi, à qui ce projet avait été soumis, l'approuva. Il fut arrêté qu'on élèverait à Tours une manufacture royale de damas et de velours. Cet établissement se composa d'abord de vingt-quatre métiers, puis, graduellement, de cent quarante; toutefois ces efforts n'eurent aucun succès. On galvanise un corps mort, on ne le ressuscite pas. La manufacture se soutint pendant une trentaine d'années, et retomba ensuite au même point sans que, jusqu'à présent, on ait pu réussir à la relever.

Tours est le centre de deux collèges électoraux représentés à la chambre par deux députés. Chef-lieu de la quatrième division militaire et de la vingt et unième conservation forestière, cette ville possède, nous l'avons vu, une préfecture, un archevêché, une cour d'assises ; Mes tribunaux de première instance, de police correctionnelle et de connncrce; un collège royal, deux séminaires et plusieurs établissements d'éducation secondaire; une salle d'asile et une caisse d'épargne; des sociétés savantes d'agrjculture, de sciences, d'arts et de belleslettres ; une école préparatoire de médecine; une bibliothèque, un musée, une salle de spectacle, etc.

Deux foires seulement s'y tenaient annuellement, le 10 mai et le 10 août, et encore elles avaient tant de peine à se maintenir, qu'il fut souvent question de les supprimer. Cette absence de force et d'industrie, outre les causes premières que nous avons déjà signalées, provenait en outre de ce que ces foires ayant lieu l'une et l'autre pendant les travaux de la campagne, les paysans n'aviiicnt alors ni le temps, ni l'argent nécessaires pour venir y faire leurs acquisitions. Au lieu de les supprimer, ce qui eiît été regrettable, car ces sortes de grands marchés extraordinaires entretiennent toujours la prospérité d'une ville, en lui donnant du mouvement, de l'activité, de la vie, on en a établi, depuis 1842, une nouvelle, sur la proposition d'un honorable négociant. Celle-ci, ouvrant sur la lin d'octobre, après les récoltes, au moment, par conséquent, le plus favorable pour les transactions, a déjà tenu et même de beaucoup dépassé les espérances générales.

La population de Tours, autrefois si considérable, ne s'élève pas aujourd'hui à plus de 26,669 individus. En dépit d'une pareille décadence, cette ville renferme encore quelques fabriques importantes de soieries, de draperies, de lapis, etc...., cjui protestent en sa faveur et démontrent qu'il faudrait peu d'efforts pour la tirer de son état de langueur et la replacer au rang qu'elle n'eût jamais dû perdre et que nous espérons bien hii voir reprendre un jour. Le chemin de fer opérera la résurrection.

Voici comment, après avoir assisté à l'inauguration de cet immense réseau de fer, artère qui doit répandre le sang, l'existence et la force dans toutes les fibres du royaume, un de nos plus spirituels critiques, M.Jules .lanin, rend compte de ses impressions :

« L'arrivée est digne du départ! l'embarcadèr.; de Tours est presque aussi grand que le Champ de Mars. « Maître de se livrer à son goût pour les grandes choses, l'architecte du gouvernement a construit une arcade « très-svclte et très-élégante, comme spécimen des bâtiments qui seront achevés bientôt. Cette inauguration « n'avait rien d'officiel; pourtant la fête était partout, sur notre passage; les populations, heureuses, <(. arrivaient au- devant du cortège, les maires, en passant, se réunissaient à cette réunion attentive aux moindres « détails. Le m lire de Blois nous a accompagnés jusqu'à Tours, et à Tours le premier magistrat de cette cité i( est venu recevoir les hôtes du chemin de fer. llospitalitî^ complète! grande musique! des fleurs et de la

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« joie! Nous sommes entrés à Tours comme des <ïens qu'on ii'iiUeuduit pas de sitôt, et qu'on est fort lieuroux « de recevoir. Vous savez si c'est là une plaine admirable. Ces deux fleuves, la Loire et le Cher, la fécondent c et renibellissent; les quais, kîs belles promenades, les belles maisons, les jardins, la cathédrale, dif-ne « d'être réunis à Notre-Dame d'Orléans ; le Palais de Justice, voilà de quoi faire une belle et [jjrande cité, « maintenant surtout que d'une main elle touche à Paris, jusqu'à ce que de l'autre main elle touche à « Bordeaux ! »

Tous les peuples ont battu monnaie, les Gaulois des premiers. Aussi loin que nous puissions remonter dans l'histoire, nous en trouvons d'irréfragables preuves. Bien des siècles avant leurs premières invasions, ils se servaient d'une monnaie d'échange. Les exemplaires que nous possédons, tous d'un métal grossier, ne présentent à l'œil qu'un dessin bizarre, incorrect, et attestent la barbarie profonde où étaient plongés nos pères à cette époque. Plus tard, par suite de leurs incursions aventureuses en Grèce et en Italie, par suite surtout de l'établissement des Phocéens à Massilies ou Marseille, c'est-à-dire, 615 ans environ avant l'ère chrétienne, leurs relations s'étant étendues, leurs mœurs s'en ressentirent ; elles se modifièrent. Les pièces de cette seconde période nous l'attestent. D'une composition plus pure, d'une forme nette, elles ne laissent pas de doute à cet égard. On y reconnaît l'influence d'un contact civilisateur.

L'invasion romaine a lieu, et, l'an 43 de l'ère chrétienne, l'empereur Claude fait promulguer un édit tendant à arrêter la fabrication et l'émission de la monnaie gauloise. Cet édit donne une nouvelle impulsion à l'art. Le progrès signalé dans la précédente période devient plus sensible encore. On sent que les graveurs gaulois ont eu dès lors pour guides autre chose que de lointains et confus souvenirs, qu'ils ont travaillé sous les yeux, sous la direction de maîtres habiles cl savants. En effet, à dater de ce moment, l'imitation grecque et romaine prend un caractère plus précis, le dessin des têtes et des revers est plus vif; il vient attester l'immense progrès qu'a fait l'art du monnayeur. Si parfois quelques pièces émanées de cette troisième période semblent se rapprocher delà première, comme fabrication, c'est probablement qu'elles ont été frappées pendant les guerres intérieures et les nombreuses révoltes des Gaulois contre leurs vainqueurs.

Ainsi donc, trois périodes parfaitement distinctes à constater dans la fabrication gauloise. La première, datant d'une époque qu'il est impossible de préciser, se termine environ 613 ans avant Jésus-Christ. Comme monuments de cette première phase, il nous reste quelques médailles trouvées sur l'emplacement du camp d'Amboise, ce qui pourrait permettre de supposer qu'une ville celtique aurait existé sur ce point. Ces pièces représentent, sur la face, des figures à peine reconnaissables, comme figures humaines ; et, sur le revers, un quadrupède à formes fantastiques, pourvu d'une queue longue et chevelue, relevée comme un panache audessus de sa croupe. Le reste de l'animal est dans le même genre; aussi, quel que soit le nom qu'on lui donne, peut-on l'accepter aveuglément, tant, par sa forme, il ressemble peu à aucun animal existant aujourd'hui dans la Gaule, ou y ayant existé lors de la fabrication de ces monnaies, si ce n'est, comme le pense le savant numismate tourangeau, M. Cartier, qu'on le prenne pour Yurus, aurochs, taureau sauvage des Gaulois.

La seconde période part de l'époque où les Gaulois commencèrent à sortir de leurs forêts pour aller subjuguer les peuples transalpins, jusqu'à celle de l'invasion romaine. Les pièces de cette période appartiennent à la fabrication locale des Turones ; on ne saurait le mettre en doute en voyant la légende Turonos dont elles sont entourées. Les faces représentent des guerriers coiiïés du casque, et si la bouche et le menton de ces figures sont parfois d'une exécution bizarre, il faut y reconnaître le caprice et la fantaisie plutôt que l'inexpérience du monétaire. Au revers, on voit différents animaux pour la plupart inqualifiables. Sur celle-ci c'est une sorte de cheval libre, au-dessus duquel on lit Cantocix ; sur cette autre, c'est encore un cheval à tête difforme, un char au bige, sur lequel combat un guerrier, la lance à la main; sur quelques-unes enfin, c'est le signe de ralliement des Gaulois, le sanglier symbolique, sus galHcus. Et ici on ne saurait s'y tromper. Déjà plusieurs personnes ont émis cette opinion, et nous y adhérons avec d'autant plus de conviction, qu'à notre connaissance personnelle, deux érudits collectionneurs du Berry possèdent un assez bon nombre de pièces gauloises frappées dans ce pays même, et portant toutes, sur le revers, la figure du sus gallicus.

Indépendamment de la légende Cantocix, on remarque, sur certaines pièces recueillies en Touraine, les mots Triccos et Drucca. De longues discussions eurent lieu causées par quelques lettres qui mancpiaient à ces mots sur les premiers exemplaires trouvés. On parvint enfin à reconnaître, sur le vu de pièces i\u même genre et d'une meilleure conservation, que ces mots devaient être les noms des chefs Turones qui gouvernaient alors le pays, tout aussi bien que ceux de Jvlios, Contovlot, etc...., signalés sur les monnaies de plusieurs autres nations gauloises.

En même temps que les monnaies de celte seconde période font foi du perfectionnement apporté aux pro-

cétlcs de fabrication, elles prouvent que la langue nationale a subi, elle aussi, une profonde modilication. Eu effet, les légendes sont écrites en caractères romains, et se rapprocbeni de la langue grecque par la désinence surtout; ainsi Triccos, Drucca, dont les premières syllabes ont encore l'àpreté gutturale des langues du Nord, s'adoucissent à la terminaison; Cantocix est un mot purement grec", dont toutes les syllabes n'ofl'rcut aucun mélange des atl'reuses consonnanccs que l'on trouve dans tricc-os ou drucc-a.

La troisième et dernière période commence à l'invasion romaine en Gaule, et finit à l'époque où les empereurs romains, voulant s'assimiler davantage les peuples conquis, leur interdirent la fabrication de la monnaie nationale, pour leur imposer le système monétaire roninin. La monnaie nationale des Gaulois linit donc, comme nous l'avons dit, sous le règne de Claude, l'an 43 de l'ère chrétienne. Pendant cette période, progrès continu : les métaux employés sont plus purs, plus précieux, le dessui plus châtié, plus remarquable.

Cependant les Romains, en enlevant aux vaincus le droit de battre monnaie, durent songer à remplacer ce qu'ils avaient détruit. Un grand nombre d'ateliers où les pièces étaient frappées au coin de l'empereur régnant furent établis dans les Gaules. La plupart de ces pièces portent en abrégé le nom du lieu où elles ont été exécutées. Celles de Lyon, Lugdunum, se reconnaissent à la marque LVG. ; à Arles , Arelalœ, ^)^L.■, à Arras, Atribates, ATR. ; à Trêves, Treveris, TR., TS.; à Amiens, Ambiants, AMB. Il est supposable que, parmi les pièces attribuées à Trêves et à Amiens, quelques-unes proviennent de Tours et d'Amboise, Ambacia. Ce qui nous le donne à penser, c'est que les Romains, ayant occupé toute la Gaule centrale, où nous retrouvons tant de traces de leur passage, ont dû y organiser un atelier plus central que celui de Lyon. Ces grands conquérants, d'ailleurs, étaient dans l'usage de battre monnaie partout où ils avaient un établissement considérable; or, il est impossible d'imaginer qu'il n'en ait pas été ainsi pour une province aussi importante que celle des Turones, surtout si l'on veut bien examiner que les communications, lentes et difticiles, devaient concentrer dans chaque contrée les monnaies qui y étaient fabriquées.

Quoi qu'il en soit, les Gaules lurent bientôt inondées de petites pièces communes que l'on retrouve encore aujourd'hui dans tous les coins de la France, et notamment en Tourainc. Ces monnaies, de bronze, et, pour la plupart, à l'elTigie de Probus , d'Aurélien, de Claude-le-Gotbique , de Tétricus , de Poslhumus, de Constantin et des premiers successeurs de ce prince, ne sont guère supérieures, pour le fini du travail, aux pièces gauloises de la dernière période ; l'amélioration, s'il y en eut une, ne fut pas très-sensible.

Les Romains, malgré leur puissance, ne purent, si l'on peut ainsi parler, qu'ébaucher leur œuvre civilisatrice; forcés de reculer devant le flot des barbares, ils abandonnèrent la Gaule qui ne tarda pas. sous les rois goths du Midi, et les rois francs du Nord, à retomber dans une affreuse barbarie. Longtemps sans doute avant que les premiers chefs mérovingiens eussent songé à faire battre monnaie à leur effigie, l'ancieimc monnaie romaine conserva sa prééminence, sa valeur. Les épreuves tentées sous la première race sont empreintes d'horribles ligures et d'inexplicables légendes.

A dater de Clovis, les Francs commencèrent à s'occuper sérieusement des monnaies. Leurs pièces portèrent le nom des villes où on les frappait, et le nom des princes qui régnaient alors. Quelque temps après ces premiers essais, le droit de battre monnaie fut confié à des monétaires dont le nombre ne tarda pas à se multiplier à l'infini. Le nom de ces entrepreneurs remplaçait celui du roi. Nous serions assez disposés à croire qu'ils étaient en même temps chargés de recouvrer les impôts dans chaque localité, à la condition d'en rendre au prince une partie déterminée en numéraire. C'est du moins ce que semblerait expliquer le grand nombre de lieux différents où se battait la monnaie mérovingienne.

On ne connaît aucune monnaie à effigie royale, que l'on puisse attribuer spécialement à la ville de Tours, pendant le règne delà première race. On en possède quelques-unes offrant, avec le nom du monétaire, celui de Tours, mais elles sont excessivement rares.

L'église de Saint-Martin reçut du roi Clovis le droit de battre monnaie, droit qu'elle étendit elle-même à la plupart de ses nombreux domaines. Peut-être fut-ce par respect pour ce droit que les successeurs de Clovis n'établirent point à Tours d'ateliers comme il y en avait dans toutes les grandes villes de leur obéissance. Le chapitre de Saint-Martin ne négligea pas de constater la précieuse faveur qui lui avait été concédée ; il l'inscrivit au revers de toutes ses monnaies, dont la confection laissait beaucoup à désirer ; RACIO BASILIC I SCI MARTINI, droit de la basilique de Saint-Martin.

De toutes les villes de la Touraine, Amboise est la plus riche en monnaies mérovingiennes ; on en connaît sept espèces dilïérentes, dont quelques-unes furent frappées à Limeray, à Sonnay, à Chisseau, localités qui en dépendaient. Les monnaies particulières à Amboise, sans être aussi affreuses que celles de Saint-Martin, sont loin encore de toucher à la perfection. On lit sur leur face AMBACIA, et, au revers , des légendes plus ou moins faciles à déchiffrer. On reconnaît les autres par le nom de l'endroit où elles ont été fabriquées, qu'elles portent distinctement sur leur face. Ainsi, Solonaco vico, pour celles de Sonnay; Curcia, pour celles

de Courçay ; Cisomo vico, pour celles de Chisseau : Brexis vico, pour celles de Brizay , etc

Hors de l'ancien territoire d'Amboise, on ne connaît d'autres monnaies, appartenant à la Touraine, que deux pièces déposées au cabinet royal et provenant de Candes et de Langeais. Sur celle de Candes — GONDATE VICO, on remarque une espèce de tête, vue de face, ressemblant assez à un crâne de squelette, et surmontée

(l'un (lituK-ine énoniie; à ihoito et à gauclie de celte siiif^ulière empreinte, se trouvent deux petites croix; au revers sont trois croix, l'une occupant à peu près le milieu, les deux autres, beaucoup plus petites, posées à droite et à gauche du sommet de la première.

Les Carlovingiens opérèrent, dans le système monétaire du pays, un changement radical. Tous les petits ateliers disparurent à la fois, les grandes villes seules et quelques châteaux loris, Chinon, notamment, eurent le privilège de fabriquer la monnaie. Les sous d'or tirent place aux deniers d'argent, et cette réforme se maintint jusqu'à l'avéncmcnt de saint Louis.

Tours, en sa double qualité de capitale de province ( t de ville épiscopale, pos.séda sa monnaie royale, mais ceci ne préjudicia en rien aux droits du chapitre de Saint-Martin; il continua à en jouir comme par le passé. Obligé d'abord de mettre sur ses pièces le nom du roi régnant, il ne larda pas à reprendre ses anciens usages, et se contenta de mettre celui de la ville. Beaucoup de pièces du temps de Charlcmagne portent les mots TVRONIS et SCI MARTINI liés ensemble.

Sous le règne de Louis-lc-Débonnaire, on frappa à Tours des monnaies en or à l'efligie de ce prince, et à fleur de coin. On a encore, du même règne, des deniers offrant seulement au revers le mot TVllOINES, en deux lignes dans le champ, et des oboles portant yyin dans le champ, elTVUONES autour d'une croix. Ces dernières pièces, altribuées d'abord au règne de Louis-le-Bègue, ont été plus tard reconnues, par les numismates, pour être du temps de Louis I*"".

Charles-le-Chauve continua de faire battre monnaie à Tours. On conserve de ce prince un assez grand nombre de pièces ornées toutes de son chilîrc et presque toutes de la légende : GRATIA DE! REX. Quelques-unes de ces pièces, portant autour de la croix les mots : GARLVS REX FS., et, de l'autre côté, TVRONIS, ont été attribuées à Charlemagne. C'est à tort. L'opinion la plus accréditée, et, ce nous semble, la j)lus plausible, a démontré le contraire. Cette opinion est fondée, principalement, sur ce que la plus grande partie des monnaies du règne de Charlemagne portent son nom dans le champ, et que celles dont il est question -sont d'une fabrication qui les ferait descendre après Charles-le-Gliauve plutôt que remonter jusqu'à Charlemagne.

De Louis II, la Touraine possède huit ou dix variétés de monnaies qui offrent en légende, autour du chiffre de ce prince, les mots MISERICORDIA UEI REX ; et, autour de la croix, sur le revers, TVRONES ou IITVRONES CIVITAS. Toutefois, comme Louis II a régné fort peu de temps, et qu'il existe d'ailleurs une différence, à la vérité légère, dans le chilîre, il se pourrait que quelques-unes de ces pièces fussent du temps de Louis III, qui séjourna en Touraine, et à qui cette province fut adjugée dans le partage du royaume qu'il se fit avec Carloman.

Eudes, lorsqu'il fut élu roi par les grands vassaux, était déjà comte de Tours. Il frappa monnaie en cette ville. On retrouve, sur les échantillons de son règne, le type de Louis II, dont il moditia seulement le chilïrc en y ajoutant son nom. La Touraine possède quinze variétés de ces pièces. Leurs différences ne sont pas parfaitement sensibles ; il en est une cependant qui, par la construction de son monogramme, s'éloigne beaucoup des autres, et qui pourrait bien ne pas appartenir à Eudes, mais à Robert, son frère et successeur au comté de Tours. Quelques lettres ajoutées, deux R, un B et un T, qui n'existent pas dans les pièces ordinaires d'Eudes, ont donné naissance à ce doute. D'autres monnaies du même temps portent la légende GRATIA DEI REX, que nous avons déjà remarquée sur les monnaies de Charles-le-Chauve. Leur monogramme, a.ssez confus, otTre, avec des vestiges de celui d'Eudes, une S majuscule. Toutes ces irrégularités n'attestent bien positivement qu' une chose, c'est l'anarchie profonde à laquelle était en proie le pays à ces époques désastreuses. On comprend parfaitement que Eudes, placé entre des vassaux indisciplinés et pour la plupart plus puissants que lui, les invasions des Normands, la révolte des Aquitains, les prétentions des princes de la maison de Charlemagne, on comprend, disons-nous, que ce roi ait dû porter son attention sur des choses plus importantes que le coin des monnaies qui se frappaient sous son règne. Nous croyons donc, en pré- .sence de documents aussi incertains, d'indices aussi insuffisants, que le plus sage est de s'abstenir de prononcer. Il y a des points dans l'histoire de l'homme, comme dans celle de la nature, où la science et la sagesse humaine deviennent impuissantes. On ne saurait organiser le chaos.

Ce qui du moins est certain, c'est que les rois seuls, bien que, dès le commencement de la dynastie carlovingicnne, ils eussent tenté de s'en arroger le droit, ne battaient ))as exclusivement monnaie dans le royaume. Sans compter les abbayes, les collégiales, et l'églii^c de Saint-Martin, beaucoup de seigneurs jouissaient des mêmes prérogatives. Ainsi l'atteste une médaille sur laquelle on lit d'un côté : RORERTVS DVX, avec la légende HENEDICTV : SIT : NOME : DMI : NRI : DEI : lEV : XRI : et, au revers : TVRON : CIVIS, mots entouré» d'un cercle de ces fers de lance dont plus tard on a fait des Heurs de lis. Cette pièce, sans millésime, est attribuée, par Chalmel, à Robert-le-Fort, comte de Tours, père d'Eudes et d'un autre Robert qui fut aussi comte de Tours. Nous ne voyons, quant à nous, auciuie raison déterminante pour l'attribuer au règne du père plutôt qu'à celui du tils.

Sous les pré<lécesseurs de Charles-le-Simplc, la monnaie de Ssint-Martin disparait complètement. Une ordonnance annule à ce sujet toutes les prcrogilivcs du chapitre. En vain les chanoines font de vives léclamn-

lions; il n'en est tenu aucun compte; nous en avons pour preuve les faveurs que Cliarles-lc-Simple, dans la vingt-septième année de son règne, accorda au chapitre en faisant revivre l'ancien privilège.... aSiciit priscis

temporibus, à predecessorihus noslris regibus, concessum fore probatur » Ce fut sans doute alors que fut frap-

])ce la monnaie, très-rare aujourd'hui, ornée de la légende : -j- SCI MARTINI MONETA, et du nom : CARLVS REX.

Raoul ou Rodolphe, Louis d'Outre-mer et les autres rois, depuis Gharles-le-Simple jusqu'à Hugues-Capet, conlirmèrcnt ce privilège sans imposer toutefois au chapitre l'obligation de placer sur ses monnaies le nom du prince régnant. Aussi peut-on remarquer que les deniers dont la croix est entourée de ces mots : TVRONIS CIVITAS d'un côté, et de l'autre SCS MARTllNVS gravés autour de l'ancien type du temple, type pareil à celui des deniers à la légende XRISTIANA RELIGIO, et au nom de Louis P', ne portent point le nom du roi régnant. Dans ces temps de trouble el de confusion, chacun, chanoines, évèques, seigneurs, possédé d'un même esprit d'indépendance et de révolte, évitait avec soin tout ce qui pouvait rappeler une idée quelconque de supériorité.

Les monnaies d'une nation, s'il était possible d'en conserver une collection complète sans altération, sans lacunes, suffiraient, à défaut d'autres documents, pour mettre à même de reconstruire son histoire, de faire reconnaître sa religion, ses lois, ses us et coutumes, et jusqu'à ses préjugés. Ainsi, sous la puissante monarchie de Pépin el de Charlemagne, l'église de Saint-Martin bat monnaie, mais elle ne manque pas d'inscrire sur ses pièces le nom du roi régnant. Après Charlemagne, et sous les faibles successeurs de ce grand prince, le chapitre de Saint-Martin, devenu fort, biffe ce nom. Plus tard, obHgé de ployer sous la violence de quelque féodal seigneur, il suspend toute fabrication : mais, lorsqu'il a reconquis ses droits, son indépendance, s'il place sur ses premières pièces frappées le nom de Carlus rex, c'est un acte de déférence et non de soumission ; et dès que le roi Charles a disparu, le chapitre prétend ne plus relever que de lui-même. Par malheur, le temps, la barbarie, l'ignorance et la cupidité nous ont enlevé el nous enlèvent encore tous les jours ces rares et précieux monuments.

Sous lu race carlovingiennc, on ne battit pas monnaie, en Tourainc, dans la seule ville de Tours : Chinon, nous l'avons déjà pu remarquer, posséda le même privilège. Il reste à la numismatique deux espèces de monnaies frappées en celte ville. IJe la première espèce, on a conservé le denier et l'obole, portant, autour d'une figure ceinte d'un double bandeau impérial ou royal, le mot TVRON, abrégé de tvrones, et, au revers, une croix entourée de ceux-ci : CAINONI CASTRO. Ces pièces sont fort rares. Celles de la seconde espèce, plus cnumiunes, offrent une tête également ceinte d'un double bandeau, mais qui n'est pas la même que celle dont nous venons de parler. Autour de la figure, on lit : LVDOVICVS REX; quant au revers, il est absolument semblable à celui des autres pièces. Ces monnaies, ainsi que toutes celles de la période carlovingiennc, manquant de millésime, il en résulte une inévitable confusion. Comment, en effet, déterminer quel est le roi Louis dont les dernières offrent l'empreinte? D'après leur aspect général, on pourrait les attribuer à la mêine période et à Louis-le-Bègue plutôt qu'à tout autre prince de ce nom.

Sous les derniers Carlovingiens, le chapitre de Saint-Martin change son ancien type un peu dégénéré de fabrication et de titi-e. Celui qu'elle adopte en cette circonstance rappelle plus spécialement le saint évoque au nom duquel on bat depuis si longtemps monnaie On trouve sur un denier que nous supposons de cette époque, une figure avec cette légende : ■\- CAPVT SCI MARTINL une croix, au revers, et les mots : TVRONIS CIVITAS. Ce type fut bientôt abandonné ; il n'en est resté que le denier dont nous venons déparier. Ceux que l'on frappa depuis se rapprochent de l'ancien type et portent, sur la face, un clocher au milieu de deux tours représentant l'église de Saint-Martin soulignée des mots : SCS MARTINUS, d'un côté, et de l'autre : TVROIS'VS CIVI, abréviation de eiviias, nécessitée par la diminution du module. Ces deniers appartiennent probablement aux derniers Carlovingiens ou aux premiers princes delà troisième race.

Sous Philippe l", la confusion introduite dans le système monétaire par le grand nombre de seigneurs qui battaient pour leur propre compte et à leur propre effigie, par l'altération que tes seigneurs, et même les rois, faisaient subir à leurs monnaies, détermina chacun, dans toutes les provinces, à adopter celle de Saint-Martin pour la règle générale des transactions. Cette détermination provint de ce que, depuis le XI" siècle, la monnaie du chapitre avait peu varié dans son type et dans sa valeur, et de ce quelle était officiellement reconnue par les comtes d'Anjou et de Touraine, rois d'Angleterre et ducs de Normandie et de Guyenne.

Pendant le gouvernement des rois d'Angleterre, l'ancien type n'éprouva pas d'altération bien sensible Les quatre gros points du petit denier furent percés, et le bas des tours fut entouré d'une ligne fortifiée, pour rappeler sans doute l'enceinte de Châleauncuf C'est de là que le petit denier de ce type prit le nom de chdtel. L'obole du même type est excessivement rare ; on y remarque, auprès de la croix, Valpha et l'oméga qui se trouvaient sur les monnaies angevines, ce qui peut donner lieu de supposer que les possesseurs de ces provinces faisaient frapper leurs monnaies dans l'atelier de Saint-Martin, et peut-être même au litre et au type de cette église, d'où elles se répandaient ensuite dans le pays avec le nom et la valeur des tournois.

Les rois d'.Angleterre avaient aussi un atelier monétaire à Keaulieu, près Loches. Mais, comme il ne nous

56 i MONNAIES TOURANGELLES.

reste aucun spéiinien dos monnaies cxéculécs dans celle ville, il faut croire qu'il n'en sorlil que des pi( ces au lype angevin ou des tournois qui, n'ayant eu aucun caractère particulier de nature à les faire reconnaître, seront demeurées confondues avec la monnaie angevine et celle de Saint- Martui.

Jusqu'au jour où Philippe-Auguste parvint à expulser les Anglais du royaume, l'anarchie qui désolait le pays se fait sentir jusque dans le système monétaire. Non-sculemenl les évoques, les chapitres, les abbayes, les seigneurs, ballent monnaie pour leur propre compte , mais encore les barons, monnaycurs, la plupart de leur propre autorité, se font encore faux-monnayeurs; c'est-à-dire qu'ils altèrent leurs monnaies toutes les fois que k besoin de leurs finances oh leur rapacité le leur conseille. On comprend quelle désastreuse inlluence devait avoir sur l'essor industriel et commercial du pays un tel état de choses. Les premiers rois de la troisième race, trop occupés à constituer l'autorité royale au milieu de tous ces vassaux ambitieux et remuants, n'avaient ni le temps ni le pouvoir de concentrer en leurs mains la fabrication de la monnaie nationale. Aussi la monnaie de Saint-Martin avait-elle pris une véritable suprématie sur toutes les autres par la pureté de son titre ; aussi, lorsque Philippe-Auguste eut chassé les Anglais et reconquis la Tourainc et l'Anjou, sentant la monarchie désormais assez forte pour qu'il pût par lui-même aspirer à l'unité politique, se garda-t-il bien de détruire cette monnaie. Il conserva leur valeur aux anciennes pièces, et laissa le chapitre en émettre de nouvelles. Toutefois, comme il connaissait le prestige des signes extérieurs sur l'esprit de ses peuples, et qu'il ne tolérait pas que, même en apparence, on voulût se soustraire à la prépondérance royale, les nouvelles monnaies de Saint-Martin durent encore une fois porter le nom du roi. Dans les premières pièces parues après la conquête , il ordonna de substituer aux mots TVRONVS CIVIS, ceux de PIIILIPVS RKX. Quelque temps après, il fit disparaître le nom même de saint Martin pour le remplacer par le nom de la ville TVRONVS CIVIS, empiétement qui tendait au fond à faire substituer, mais d'une fa(;on en quelque sorte insensible, à la monnaie du bieidieureux évêque la monnaie royale.

Ce qui distingue les premiers tournois royaux frappés sous Philippe-Auguste des autres tournois frappés au même nom, c'est l'orthographe du nom royal, PHILIPVS. Sur les pièces des autres princes de ce nom, on lit PIIILIPPVS avec deux P, et TVRONVS CIVIS au lieu de TVRONVS CIVI. Cette dernière remarque nous fait attribuer à Louis VIII, successeur immédiat de Philippe-Auguste, un denier assez rare portant le nom de LVDOVICVS REX, avec les mots TVRONVS CIVI.

Ce ne fui pas sans de longs efiorts que les descendants de Philippe parvinrent à abolir tous les privilèges particuliers qu'avaient consacrés une condescendance impolitique ou l'usage d'un long abus. Louis IX, en «262, Philippe-le-llardi, en 1275, et Philippe-k-Rel, en 1515, lancèrent des ordonnances pour défendre aux seigneurs de battre monnaie au coin royal , tant, à celte époque, était encore entravée l'action de la souveraineté royale, « Il est esgardé, disait l'ordonnance de 12G2, que nul ne puisse faire de « monnoye semblable au coin du roy qu'il n'y ait dissemblance à perte d'envers croix et d'envers pile. » A dater de Louis IX, les monnaies royales fabriquées à Tours et dans les autres villes furent soumises à l'uniformité de type et de titre, sauf quelques marques particulières connues seulement des adeptes dans cet art- Déjà, depuis longtemps, la monnaie de Saint-Martin avait pris le nom de tournois. On disait le sou-lournois, Vobole, le denier-tournois. Saint Louis remplaça l'ancien sou d'or par la pièce d'argent connue sous le nom de gros-tournois, que les anciennes chartes nomment indifféremment argentvs tvronensis, grossis tvronensis, denarirs grossvs.cic. Ce tournois, qui portait les mots TVRONVS CIVIS, sans aucun autre changement au type monétaire, était en quelque sorte le tournois par excellence, le tournois type, comme le fut plus lard, pour les oboles ou demi-deniers, la pièce sur laquelle se lit la légende : OBOLVS CIVIS. Nous trouvons sur des deniers tournois du temps de saint Louis ou de Louis X, les premières marques tendant à indiquer la date et le lieu de la fabrication. Ainsi, sur un de ces deniers, on remarque une étoile dans la légende. Au nombre des petites monnaies de cette époque, se voit un gros qui, quant au type, n'est que le denier ou petit tournois, augmenté d'une bordure de lis et de la légende : BNDICTV : SIT : NOME : DNI : NRl : DEI : IllV : XRI.

Rien ne nous indique d'une façon certaine de quelle façon le chapitre de Saint-Martin perdit son droit de battre monnaie. Fut-ce arbitrait cment ou par suite dune convention amiable? Nous l'ignorons complètement. Ce qu'il y a de positif, c'est que ce droit fut pendant quelque temps partagé. Une ordonnance de Louis X enjoignit à ses geus d'escoviptes de ne pas troubler les doyen, trésorier et chapitre de l'église do Saint-Martin dans l'exercice de l'avantage qu'ils avaient de frapper une certaine monnaie suivant les anciens poids, titre et type, secundum pondus legem et formam anliquam. Parlent le bien s'opère lentement, si le mai se fait vile; les fils, pour des intérêts passagers, détruisent ou alfaibhsscnt ce que leurs pères ont exécuté en vue d'un grand but d'utilité à venir. Longtemps encore nous verrons la grande pensée d'unité se débattre contre le désordre qui cherche vainement à l'étouffer.

Les tournois d'argent frappés sous Louis IX augmentèrent beaucoup la haute réputation de la monnaie «le Tours. Les nombreux pèlerins qui venaient au tond)eau de s:iint Martin, échangeaient les monnaies de leur pays contre des tournois. Il y avait même, près de l'église, un bureau établi ad hoc, et qu'on nommait k change. La porte de l'église non loin de laquelle se trouvait ce bureau et même la rue qui y aboutissait, en avaient pris le nom. Ce nom, la rue le porte encore aujourd'hui.

Saint Martin resta toujours le patron de la monnaie et des monnayeurs de Tours, même après qu'on eut cessé de battre à son nom. On a conserve un monument curieux de ce patronage, c'est le sceau de la monnaie de Tours à une époque dont la date n'est pas précise, mais que le style de la légende et la l'orme des lettres peuvent faire remonter au règne du roi Jean, vers le milieu du XIV^ siècle. On voit sur l'écusson royal de Fr;ince, entre deux tours élevées, le chef de saint Martin désigné par les deux lettres S. M., surmonté de petites ileurs de lis; la légende, en caractères gothiques, est ainsi conçue : le scel de mosnoie de Tovns, Dv SEK5IEKT DE FRANCE. Gcs mots avuicnt rapport à la grande association des monnayeurs de toutes les provinces du centre, formant l'ancienne France. On disait les monnayeurs du serment de France, par opposition aux monnayeurs du serment de l'empire, qui fabriquaient dans les provinces du nord, de l'est et du midi, longtemps restées sous la domination de l'empire.

11 serait difficile de donner une date certaine à l'établissement d'un hôtel spécial des monnaies royales à Tours; aucune ordonnance n'en fait mention avant 1360. 11 en est de même pour celui de Paris, qui par.ût cependant n'avoir été établi que quelques aimées après, à pirtir de l'organisation de celui de Tours. On disait la livre, le sou parisis, par opposition à la livre et au sou tournois. Ces deux monnaies furent dès lors les seules ayant cours légcl et forcé dans tout le royaume. Saint Louis, dans son règlement des monnaies, défend de refuser les tournois et les parisis, tout polis qu'ils soient. l'hilippe-lc-Bel renouvelle les mêmes prescriptions dans une ordonnance du mois d'août 1189 ; «Que nul ne soit si osé, sur peine de corps et d'avoir, « refuser parisis ne tournois, partant qu'ils aient connaissance devers croix et devers pile, qu'ils croient parisis « ou tournois. » La monnaie de Paris était plus forte d'un quart ou deux cinquièmes que celle deTours; le sou parisis valait quinze deniers tournois, et le sou tournois n'en valait que douze. Enfin une ordonnance de 1667 abrogea cette différence entre ces deux monnaies royales, et ramena le parisis à la valeur du tournois, La chambre des monnaies de Tours se composait de deux juges-gardes, d'un procureur du roi et d'un greffier. 11 y avait des familles qui fabriquaient la monnaie par privilège exclusif concédé jiar le roi, à peu près comme les ouvriers qui fabriquaient le verre, les seigneurs verriers.

Le 29 juin 1560 l'hôtel de Tours reçut l'ordre de frapper des gros blancs. L'atelier fut fermé depuis le 14 avril 1561 jusqu'au 26 avril 1565. A celle époque, on en confia la direction à un habile ouvrier nommé Martin Fouquet, le même qui fut, en 1572, envoyé à Poitiers pour y réorganiser l'hôtel des monnaies ferme pareillement depuis la bataille de Maupcrluis, et en Bretagne pour y établir les monnaies royales de Nantes, de Rennes et de Vannes.

Vers 1410, à la fin du règne de Charles VI, on plaça un point sous une des lettres des légendes dans le but de reconnaître de quel atelier sortaient les monnaies mises en circulation. Chique atelier eut son point secret; celui de Tours était sous la sixième lettre. Sur les premiers blancs de Charles Vil et de Louis XU, oulre le point place sous l'v de Karolvs, et sous l'i de Lvdovicvs, on aperçoit, comme marque monétaire, une petite tour à la fin de chaque légende.

En 1559, sous François P"", on remplaça les points secrets par une lettre de l'alphabet particulière ii chaque ville où S8 battait monnaie ; I'e, la lettre de Tours, se remarque sur le demi-teslon de François P"".

Sur la fin du règne de Charles VI, le dauphin, retiré dans les provinces du centre, et, de préférence, en Touraine, institua de nouveau.^ ateliers monétaires, afin de se procurer des ressources en refondant et en altérant les monnaies. Chinon et Loches furent au nombre des villes comprises dans la mesure. Plusieurs de leurs monnaies, reconnaissables aux lettres C et L, nous sont parvenujs. Ces monnaies supplémentaires, celles de Chinon, notamment, durèrent un assez long temps. On en a conservé un blanc de Charles VII, portant un point sous la quatorzième lettre d'un seul côté. Ce point est ou le résultat d'une erreur, ou la marque du maître de la monnnic. Ou a également conservé, du même atelier, un autre blanc d'un très-beau titre, et une pièce d'or, dite royal, du poids de trois grammes huit décigrammes.

L'atelier de Loches fut supprimé par ordonnance royale, le 28 mars 1450. Les produits n'en sont pas trèscommuns. 11 n'y fut jamais frappé de monnaie d'or. 11 nous est resté seulement quelques menues monnaies, un demi-blanc de Chailes VI ou de Charles VII, cl un demi-karolus, dont le type est l'initiale du nom royal tel qu'on l'écrivait alors, K. A dater de Charles VII, le mol lyronvs ne se trouve plus sur les grosses monnaies d'argent, et bientôt après les seules monnaies de billon, les deniers et les doubles, ces derniers reconnaissables à ces mots MOKET. DVPL.TVRON. ou DVPLET TVRON'VS FRANC, portent l'antique légende.

Les monnaies de cuivre frappées en 1575 reçurent également l'empreinte de tcronvs civis, qui fut conservée sous les règnes suivants, jusqu'à Louis XIII, inclusivement. Pendant les troubles de la Ligue, on fit frapper au nom du soi-disant Charles X, cardinal de Bourbon, différentes monnaies, au nombre desquelles un double tournois ayant, d'un côté, avec l'effigie du cardinal, pour légende: Charles X, roi de Fr.ance, et, sur le revers, trois Heurs de lis avec ces mois : double tournois, 1590. Dans la même année, la cour des comptes, séante alors à Tours, et y tenant la cour des monnaies, enregistra des lettres patentes du roi Henri IV, dans le but d'empêcher qu'on ne reçût en circulation les pièces frappées au nom de Charles X.

Les derniers tournois fabriqués le furent sous Louis XllI. On retrouve au coin de ce prince des doubles en billon porlmt, d'un côté, s.i tête avec ces mots : Loys 15, roi de Franc, et Nav., et, de l'autre côté : double

tourtioit, 1G28. C'osl donr thi niiliou ilii XVU"-' sitTlc qu'il l'iiul dater h lin «le celle monnaie si lonj^lenips eélèluc, non-seulenienl par son lilre, conslaninienl pur, mais encore par la grande liahilctc des ouvriers ((ui la laluitinaicnt, liabiletc ipii rendait ainsi la momiaie de Tours supérieure à toutes les autres.

Lliôtel de Tours l'ut supprimé par ledit du roi du mois de tévner 177'2, en même temps que ceux de Caen, de Poitiers, de lîonrpcs, de lliom, do Besant;on, de Toulouse, etc., emporté par le grand mouvement poliliquc cl central qui abandoimait délinilivemonl les provinces de la Loire pour se fixer à Paris.

La Touraine, si heureusement partagée en monuments historiques de toute sorte, ne lest pas moins i hommes distingués. Les sciences, les arts, les lettres, le clergé, l'armée, la marine, le barreau, l'industrie, l'agriculture, le commerce, ont tour à tour à revendiquer des noms, qui, pour n'avoir pas tous obtenu les honneurs de l'immortalité, n'en sont pas moins dignes d'occuper une place dans l'histoire du pays qui les a vus naître. L'un d'eux, Clialmel, a, le premier, rendu à leur mérite et à leurs travaux la justice qui leur était duc : nous ne croyons pouvoir mieux faire, sans adopter de point en point toujours sa manière de voir, que de marcher sur ses traces en prenant son livre pour modèle, en l'admettant hii-mèmc dans notre galerie, et enfin, par des motil's dotit on comprendra, nous aimons à le croire, la réserve, en nous abstenant de parler ici des vivants, que chacun au reste, connaît et admire.

1. Abraiiah (Jacques), né à Tours, vers 1616. Avocat très-distingué, il a laissé plusieurs mémoires, ceux entre autres, qu'il fit pour Maillard, contre la demoiselle <le La Tour et le seigneur de La Boissière. H mourut à Paris le 5 octobre 1679, âgé de 63 ans.

2. Abiuiiaii de la Biiktonmêhk (lierre), de la même Tamille que le précédent, né à Tours en 1707. Loin de suivre, comme son père, la carrière du commerce, il cultiva les lettres pour lesquelles il montra une aptitude remarquable. On connaît de lui un poëmc sur la Touraine d'une versification facile, mais (juelqucfois trop dépourvue d'imagination. 11 mourut à Tours le 9 novembre 1779.

Adohatecr ( Saint ) naquit en Touraine dans le IV siècle. Il était encore païen lorsqu'il quitta sa patrie pour voyagcr'cn Italie. En passant à Milan, il voulut entendre saint Ambroise,ct en fut si vivement touché, qu'il résolut de recevoir le baptême des mains de ce saint prélat. Ambroise l'ordonna prêtre. Il fut élu évêquc eu France, mais on ignore en quel lieu. Martyrisé en Auvergne, son corps fut transporté à Lohériac, en Limousin, où l'on célèbre sa fêlr le 14 décembi'e.

m. jLie st^ AiLîfî^iEiD) mm. wn^m^

i ie 1 Académie Française.)

LA TOUMINE ANCtKNNF.BT MODEKOT.

Pabliee par L.Mirrcier, Editeur.

Alamand (Josselin), dune maison déjà illustre dans le VIIF siècle, et dont une branche était établie en Touraine. Josselin, vers l'an 1092, passa à Constantinople à la tète d'une troupe nombreuse de gentilshommes frampis pour porter des secours à l'empereur Alexis Comnènc I". U ne demanda, à celui-ci, pour toute récompense, que les ossements de saint Antoine, qu'il rapporta en France, et qu'il déposa dans l'église d'Arles.

Aloigny ( llenri-Lous d'), marquis de Rochefort, maréchal de France, né en Touraine en IGll. Il commença par servir avec distinction dans la guerre contre les Espagnols. De retour dans sa patrie, il fut nommé gouverneur de la Lorraine, puis maréchal de France en i(i~n. Il mourut à Nancy le 23 mars, âgé de 05 ans.

i. Amboise (Louis d'), vicomte de Thouars, prince de ïalmont, etc., né au Château de llochecorbon, vers 1592, était fils d'Ingetger II et de Jeanne de Craon, et se trouva héritier de la seigneurie d'Amboise, après la mort de Pierre II, son. oncle paternel. Ayant pris part, avec quelques autres seigneurs mécontents de la cour, au complot qui avait pour but d'enlever la Trémoille, favori de Charles VII, il se rendit en Bretagne pour se concerter à cet égard avec le connéUible de Richemont, que le ministre avait fait disgracier. Nous ne reviendrons pas sur cet épisode, que nous avons rapporté ailleurs. Jeté en prison à la suite de cet événement, Louis obtint sa liberté après trois ans de détention, et mourut en 1409.

2. Amboise (Françoise d') lillc du précédent et de Marie de Rieux, née à Amboise en 1427. A l'âge de 7 ans, elle fut accordée avec Pierre de Bretagne, second (ils de Jean V, duc de Bretagne, et de Jeaime de France, fille du roi Charles VI. Les principes exagérés de dévotion qu'elle puisa auprès de la duchesse, sa belle-mère, l'engagèrent dans un vœu de chasteté tout à fait contraire à l'union qu'elle contractait, et qui fut probablement la cause des mauvais traitements qu'elle eut à supporter de la part de son mari. Tombée dangereusement malade, elle montra tant de douceur et de résignation, que le prince en fut vivement touché, lui demanda pardon, et depuis ce moment eut pour elle autant d'égards qu'auparavant il avait eu de dureté. Pierre, devenu duc de Bretagne, étant mort à Nantes en 1457, le comte de Richemont prit possession des duchés de son neveu. Autant il avait été le prolecteur de la duchesse pendant la vie de son mari, autant il la persécuta lorsqu'il eut ce<sé de vivre. Françoise n'en témoigna pas le moindre ressentiment, et même, lors de la maladie dont il mourut, après lui avoir prodigué les soins les plus touchants, elle voulut l'ensevelir de ses mains, et pourvoir de sa bourse à toute la pompe de ses funérailles. Résolue de se retirer du monde, elle (il bâtir, auprès de Vannes, un couvent de Carmélites, oCi elle prit l'habit de religieuse le jour de l'Annonciation, 1407. Elle mourut le 4 novembre 1485, dans maison des Carmélites de Nantes, fut inhumée sous un tondjeau qu'on lui érigea dans la salle du chapitre, et obtint le titre de bienheureuse.

3. Amboise (Georges d' ), premier du nom, né au château de Chaumont, en 1400, huitième fils de Pierre d'Amboise et d'Anne de Bueii, qui eurent dix-sept enfants, dont neuf garçons et huitlilles. Georges (ut d'abord évèque de Montauban, à l'âge de quatorze ans, puis évoque de Narbonne, et ensuite archevêque de Rouen. Envoyé ambassadeur à Rome, auprès d'Alexandre VI, par Louis XII, pour faire annuler le mariage de ce prince avec la fille de Louis XI, il obtint le chapeau de cardinal, que lui apporta en France César Borgia, le (ils du pape, qui venait de quitter ce même chapeau pour recevoir du roi le duché de Valenlinois. Devenu premier ministre à l'avènement de Louis XII, il s'acquit l'estime de la nation, par les soins qu'il mit à alléger les impôts, â ordonner surtout la remise de celui connu sous le nom de joyeux amusement. Peu de ministres ont fait plus de bien que lui et moins de mal. Cependant la conquête du Milanais, entreprise, dit-on, par ses conseils, fut plus désastreuse que profitable à la France. Il conmiit encore la faute de déclarer la guerre aux Vénitiens, et on lui reprocha le traité de Blois, en 1504, par lequel la France courait le risque d'être démembrée. Toutefois, d'éminentes qualités rachetèrent ces erreurs Maître absolu des affiiires de l'État, il se contenta de son seul archevêché de Rouen, bien différent en cela des Richelieu et des Mazarin. Avare des deniers publics, il donna les siens avec générosité et désintéressement. Enfin, les trois grandes lois qui présidèrent à ses actions furent le roi, la patrie et le peuple. Quoiqu'on eiît contesté la profondeur de ses vues, il était passé en proverbe de dire : Laissez faire à Georges.

Mort à Lyon, le 25 mai 1510, son corps fui transporté à Rouen, où on lui érigea, dans la cathédrale, un très-beau mausolée avec cette cpitaphe :

Pastor cram cleri, populipater; aurea seso ; }

Lilia subdcbant, quercus et ipsj iiiihi. Morluus en jaceo, morU! exlinguuiilur honores,

Et virius, mortis nescia, mené virel.

4. Amboise (Elmery d'), frère du précédent, né comme lui au château de Chaumont, en 1454. Élu grandmaître de l'ordre de Malte, après la mort de Pierre d'Aubusson, il se montra digne de l'homme illustre auquel il succédait. Il fit nombre de règlements utiles, défendit l'usure, confirma et augmenta le montdc-piété, réforma les lois sur la justice et le commerce, et repoussa victorieusement les attaques redoutables dont il fut l'objet.

oùS BIOGRAPHIE.

Grâce à son «ctlvité, Kamali, corsiire fameux, fut chassé, en i505, des îles de Rhodes, de Tyret de Nissaro. Le corsaire Nichi, non moins audacieux, le fut de l'île de Noro. Et\i\i\, en 1507, les chevaliers, sous ses ordres, s'empnrôrent d'un vaisseau formidahle appelé la Morgabine, lequel était charge des richesses des Juifs, cl défendu par mille Maures choisis parmi les plus vaillants.

Kmery d'Anihoise mourut à Rhodes, le 15 septembre 1512, âgé de 78 ans.

5. Amhoise (Georges d'), deuxième du nom, fils de Jean et de Catherine de Saint-Bélin, succéda à son oncle Georges I"^' dans l'archevêché de Rouen, et fut créé cardinal le 15 décembre 154C.

Il mourut en 1550, et lut inhumé à Rouen dans le tombeau de son oncle.

<J. Amuoise (Charles d'), deuxième du nom. seigneur de Chaumont, né à Amhoise, en 1473, de Charles, premier du nom, et de Catherine de Chauvigny. Louis XII le nomma son lieutenant-général en Lombardie. 11 secourut le pape Jules II contre Jean Bentivoglio, qu'il contraignit de rendre la ville de Bologne. Grandmaître del'arlillerie de France, en 1502, il reçut en 1504 le bâton de maréchal, mourut à Correggio, en Lombardie, le 11 février 1511, fut transporté à Amhoise et enterre sous une tombe de cuivre dans l'église des Gordelicrs.

7. Amboise (Michel d'), seigneur de Chevillon, fds naturel de Charles d'Amhoisc, dont il vient d'être parlé. Quoique né à Naples, comme auteur français il appartient à la Touraine, où il fut élevé. Il est généralement connu sous le nom de l'Esclave fortuné, titre qu'il prend en tête de tous ses ouvrages, qui sont assez nombreux, et dont voici les principaux : 1° Les Complaintes de l'Esclave fortuné, avec vingt épilres et trente rondeaux d'amour; Paris, in-8, sans date. 2» La Penthaire de l'Esclave fortuné ;V avis, 1550, in-8. 5" LeBahi/lon; Paris, 1555, in-8. 4° Le Secret d'amour, où sont contenues plusieurs lettres tant en rhylhme qu'en prose ; Paris, 1542, in-8, rare. 5" Le Ris de Démocrite et le pleur d'Heraclite, sur les folies et misères de ce monde, traduit de l'italien de Frégose; Paris, 1547, in-8, et Rouen, 1550, in-16.

Il vint après Clément Marot, sur lequel il prit exemple, mais il resta loin de son modèle.

Amyr.«!lt (Moyse), né à Bourgueil au mois de septembre 1596. D'estiné par son père au barreau, ses goûts l'entraînèrent vers les études théologiqutis. Après avoir étudié à Saunmr, sous des maîtres prolestants, il y 'devint protestant lui-même , et fut l'un des plus fermes appuis de sa secte par son savoir et par ses vertus. Députe par le synode de Charenlon, en 1751, il harangua le roi qui, par égard pour son caractère, le dispensa de se mettre à genoux. Des accusations d'arminianisnie furent portées contre lui, mais il s'en défendit dans son ouvrage intitulé : la Croyance de Moyse AmyrauU sur les Arméniens ; Paris, in-8, sans date.

Il mourut le 8 janvier 1664, à l'âge de 69 ans.

Voici les deux vers faits par M. Dubosc pour être mis au bas de son portrait :

A Mose ad Mosem, par Mosi non fuil ullus; . - More, ore et calamo rairus ulerque l'ull.

AnsAULT (Martin), né à Loches, en 1625, bachelier en théologie et curé de Saint-Saturnin de Tours. Nous ne connaissons de lui qu'un seul ouvrage, intitulé : Doctrine abrégée pour maintenir /es catholiques en leur religion.

Il est mort en 1679.

AuBiiY (Gilles), seigneur de Villiers, conseiller au présidial de Tours, lieu de sa naissance. Il passait, de son temps, pour un homme univer.sel, également profond dans la jurisprudence, les mathématiques, la peinture, la gravure, etc. Mais dotant de science il n'est sorti qu'une paraphrase sur les psaumes de la pénitence, imprimée à Tours, en 1647. Il était né en 1589. On ignore la date de sa mort.

AuGEABD (Mathieu) prit naissance à Tours, en 1673, et fut reçu à Paris au serment d'avocat en novembre 1703. Nous avons de lui une compilation estimée, même encore aujourd'hui, des meilleurs jurisconsultes. Elle est intitulée : Arrêts notables de différents tribunaux du royaume sur plusieurs questions importantes de droit civil, de coutume, de discipline ecclésiastique et de droit public. L'édition la plus recherchée est celle qui ' a paru chez llarcl ; Paris, 1756.

Augeard mourut à Paris, le 27 décembre 1751.

1. Baboo (Jean), seigneur de la Bourdaisière, chevalier de l'ordre du roi, grand-maître de la garde-robe de Henri, duc d'Anjou, né à Tours, en 1510, était (ils aîné de Philbcrt Babou et de Marie Gaudin. Charles IX lui doima, en 1567, la charge de grand-maître de l'arlilleric de France, et il se signala, en celte qualité, à la bataille de Moneontour, au gain de laquelle il ne fut pas étranger. Brantôme dit qu'il mourut pou de temps après cette victoire, au mois de novembre de la même année, en réputation d'un brave et sage gentilhomine, et fort homme d'honneur.

2. Bauou (Philbcrl), deuxième du nom, cardinal, frère du précédent, né à la Bourdaisière, en 1513. Après la uiortdc Jacques son frère, doyen de Saint-Martin et évèque d'Angoulême, François l*' le pourvut de ces

BIOGRAPHIE. •i<ii>

deux bénéfices, iiiioit(uil ne fùl âgé que de dix-neuf ans. Henri II l'envoya en nmba,ssade à Rome, avec i;i mission secrète d'empêcher le mariage de Philippe II, roi d'Espagne, avec Elisabelh, reine d'Angleterre, en dissuadant le saint-père d'accorder les dispenses. Philbert réussit pleinement dans celte négociation, et fut maintenu comme ambassadeur, par François 11 et par Charles IX, auprès du pape Pic IV, qui lui donna le chapeau de cardinal, au mois de février 1561 .

Il mourut à Rouen, le 26 janvier 1570, et fut enterré dans l'église de Saint-Louis des Français.

5. Babou [George), seigneur de la Rourdaisière, lils aîné de Jean et de Françoise Rohertel, naquit à la Rourdaisièrc en 1551. Ayant embrassé le parti de la Ligue, il fut pourvu de la charge de grand-maitrc de rartilleric de France. La même faction lui donna pareillement le gouvernement de la ville de Chartres, qu'il défendit fort courageusement avec un petit nombre de troupes, depuis le 9 février jusqu'au 19 avril 1591, contre l'armée d'ilem'i IV, qui y avait porté toutes ses forces. Néanmoins il Unit par capituler, et sortit de la ville à des conditions honorables. Depuis, Henri IV lui donna une charge de capitaine de cent gentilshommes de sa maison. 11 fut ensuite décoré de l'ordre du Saint-Esprit à la troisième promotion qui eut lieu le 25 janvier 1595. A la vérité, sa nièce, Gabrielle d'Estrées, ne contribua pas peu à le mettre dans les bonnes grâces du roi.

B.\HuciiE (Marguerite), femme de Jacob Buncl, et comme lui née à Tours vers le milieu du XVP siècle. Elle était peintre ainsi que son mari. Claude Vignon en fait l'éloge dans une de ses lettres du 24 juin 1668. Apres la mort de son époux, elle se remaria à Paul Galand, receveur des tailles à Tours.

1. Raret (Jean), conseiller au présidial de Tours, ensuite lieutenmt-général à Loches, né à Tours en 1511, et mort en 1580, fut un jurisconsulte très-cslimé dans son temps. Nous avons de lui plusieurs ouvrages.

2. Raret (Jacques), sieur de la Galanderie, avocat, ensuite référendaire en la chancellerie de France, naquit à Tours en 1579. L'amour des lettres l'emporti chez lui sur l'étude de la jurisprudence, et ce penchant décidé lui fit prendre pour devise : sic vos vila beabit, anagramme de ses deux noms latinisés Jacobiis Baretus. Il composa le Chant du coq français ; Paris, 1021 , in-12.

On ignore en quelle année il mourut.

Barraud (François), né à Tours vers 1530, alla s'établir à Poitiers, où il exerça avec beaucoup d'intégrité la charge de comnussaire-enqucteur-cxaminatcur pour le roi. Nous avons de lui un Traité de la jeunesse, imprimé à Paris, 1579, in-8".

Rarthélemi (Nicolas), bénédictin, prieur de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, près d'Orléans, né à Loches en 1478. Il est auteur de poésies latines qui sont devenues assez rares, et parmi lesquelles on trouve un tonte dont Rabelais n'a pas dédaigné de faire usage dans son Pantagi-uel, liv. 5, chap. 23.

On conserve de lui deux ouvrages qui n'ont point été imprimés, s-ivoir : 1° Historia Caroli AureUanensis , in-4'' : ce manuscrit se trouve parmi ceux du Vatican provenant de la reine de Suède; 2" Ludovici Aureliani ducis poslea régis Francorum cjus nominis XII Yita et Historia. Ce dernier manuscrit, qui, originairement, appartenait à André Uuchesne, était passé dans la bibliothèque Colbert.

Bastahnav (Imbert de), baron du Rouchagc ot d'Authon, seigneur de Montrésor, en Touraine, était d'une famille originaire du Uauphiné. Il naquit au château de Montrésor vers 1441. De très-hoime heure il s'attacha à la fortune de Louis Xî, auquel il rendit des services assez importants lorsque ce prince, n'étant encore que dauphin, fuyait la cour de son père. Parvenu à la couronne, Louis XI s'empressa de le réconq)enser par des emplois et par une confiance qu'aucun autre n'obtint au même point. Cette conliancc était telle, que, lorsqu'il fut envoyé en Roussillon, en 1475, le roi lui écrivait : « Messirc Yvon e.st un des plus nialycieux traîtres de « ce royaume, et considérez que vous allez pour me servir et qu'il faut esire plus malycieux que lui si vous « me voulez bien servir en cecy et vaincre par sus lui. »

Louis XI le créa comte de Fesenzac, et, en 1478, érigea pour lui en baronnie la terre du Rouchage.

11 ne perdit pas son crédit sous le règne suivant. Charles VIH l'employa dans plusieurs négociations, et même, en 1490, il le nomma son ambassadeur en Espagne.

A beaucoup de finesse et d'habileté dans les alfaires, il joignait une souplesse d'esprit qui le maintint constamment en faveur. Il mourut le 12 mat 1523, et cul sa sépulture dans l'église de Montrésor.

Raud (saint), que Grégoire de Tours nomme Baudinus, seigneur d'Amboise, naquit à Verneuil, en Touraine vers la lin du V siècle. Il s'attacha à la cour du roi Clotairc F^ qui l'éleva à la dignité de grand-référendaire. Après la mort de sa femme, il embrassa l'état ecclésiastique, et fut promu, en 546, au siège archiépiscopal de Tours, où il mourut en 552.

Baddeau (Nicolas), chanoine régulier de l'abbaye de Chancelade, en Périgord, abbé de Saint-Lo, de l'académie de Rordeaux, né à Amboise, le 24 avril 1730. Il professait la théologie à Chancelade, lorsque l'archevêque de Paris l'appela au collège des Prémontrés. Son séjour dans la capitale lui fit connaître le marquis de Mirabeau et le docteur Queney, alors chefs des Economistes. Celle liaison développa et détermina le "oùt naturel qu'il avait pour les matières politiques. La plupart de ses écrits sont restés dans l'oubli. Cependant on distingue ses Éphcniérides du citoyen, ouvrage périodique qui forme six volumes.

, L'abbé Raudeau avait suivi en Pologne l'évêque deWilna, M. de MasalsUi, qui lui donna la prévôté de Wid-

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zinisky ; mî>» il revint l>ienlùl en Fimiicc, où il reprit ses occupulions finorites. Il n'était encore que sexagéiiiiire lorsque sa raison s'altéra, et il ne la recouvra plus. 11 est mort en 1792.

i. Beause (Jean de), argentier des rois Louis XI et Charles Mil, doit être considéré comme l'auteur de l'illustration de sa lamille, k(iuelle, malgré la disgrâce qu'il encourut, malgré le supplice auquel fut condamné son fi's, n'en occupa pas moins les postes les plus émincnts dans le gouvernement et dans l'Eglise. Jean de Beaune, étant en faveur auprès de Charles VllI, lui offrit, dit-on, une très-belle mule qui lui avait été envoyée d Espagne; mai» le roi l'ayant refusée, il en lit présent an duc de Hnlagne. Charles VIII, le croyant, d'après cette d 'marche, d'intelligence avec le duc, son mortel ennemi, en fui tellement irrité, qu'il lui lit faire son procès. Exilé à Montpellier, il y mourut de chagrin.

2. Beaune (Jacques de), premier du noni,haron de Semblançay, vicomte de Tours, suririlendant des finances, gouverneur de Touraine, naquit à Tours, en 1445, de Jean dcBaune et de Jeamie Binct. Il jouissait de la plus haute considération auprès de François F', qui l'appelait habituellement son père. En 1524, comme il se trouvait à la lêle dos finances, ayant refusé d'avancer une somme d'argent considérable à la mère du roi, il perdit sa place et son crédit, fui emprisonné à la Bastille, jugé par une commission spéciale, condamne à être pendu, et exécuté.

La mort de ce ministre est une tache à la mémoire de François l", et ne fit qu'accroître le mépris attaché au nom de Louise de Savoie. La duchesse d'Uzès, confidente de cette princesse, était, dit Brantôme, toujours fort éveillée de quelque bon mol. Le roi l'ayant un jour appelé sa lille, elle dit, quand il fut sorti : « Après le traitement qu il a fait à son père, que ne doit pas craindre sa fille. »

5. Beacse ^Benaud de), l'un des plus célèbres prélats de l'Eglise gallicane, archevêque de Sens, grand-aumônicr de France, naquit à Tours en 1527. Avant que de parvenir aux grandes dignités ecclésiastiques, il avait occupé des charges séculières. Petit-fils du précédent, la cour send)la vouloir le dédonmiager des malheurs de son aïeul par les faveurs dont elle l'accabla. Il ne lui manqua que le chapeau de cardinal, (jn'il eût iidadliblement obtenu s'il ne se fût rendu aussi odieux à la cour de Rome que cher à la France par son dévouement à Henri IV. .

Au courage et à la grandeur d'âme, Benaud joignait la science et l'éloquence. Ses vertus et son talent éclatèrent avec beaucouj) de retentissement dans une circonstance mémorable.

Les royalistes et les ligueurs, également las des horreurs de la guerre civile, étaient convenus d'une conférence où l'on pût lever les scrupules qui empêchaient de reconnaître les droits d'Henri à la couronne. Il fallait prouver qu'ils lui étaient acquis par le sang et par les lois fondamentales de l'État ; il fallait surtout promettre la conversion du roi. Renaud fit l'un et l'autre avec une force d'éloquence qui anéantit sans peine les sophismes de l'archevêque de Lyon, que les ligueurs lui avaient opposé, et qui, eu effet, était son rival dans le maniement de la parole. On sait le résultat de cette fameuse conférence. A peine fut-elle terminée, que le roi fit fonabjuration solennelle entre les mains de Renaud, se confessa à lui, et, après le sermon que ce prélat pronosça, entendit la messe et comnmnia le 25 juillet 1593.

Quand on songe de quel poids fut la conversion du roi pour concilier tous les esprits, on ne peut trop apprécier le service que Renaud rendit à la France, puisqu'il est vrai (ju'il y eut la plus grande part. Ce prélat illustre mourut le 27 septembre IGOG, et fut enterré dans le chœur de la cathédrale de Paris. Belloxe (Etienne), né en Touraine vers 1580. Il paraît, par l'nn de ses soimcis, que ce poëtc habita successivement Paris cl Rouen, et qu'il se maria au Mans.

Nous ne pouvons pas plus indiquer l'époque de sa mort que celle de sa naissance.

Be>ais (Pierre de), d'une famille obscure de village du Renais, en Touraine, dont il prit et dont on lui donna le nom. Par le cré lit de son beau-frère, Pierre de la Brosse, chandieilan de Philippe-le-llardi, il obtint révêché de Baveux; mais le supplice de Pierre, eu 1278, le détermina à se retirer en Italie. Toutefois. le roi, convaincu de son iimocence, le rappela, et il mourut dans son diocèse en 1306.

Behengeii, écolàtre de Saint-Martin, archidiacre d'Angers, né à Tours eu 1008. Ses grands talents ne contribuèrent pas peu à soutenir l'éclat que l'école de Saint-Martin avait acquis sous ses deux prédécesseurs, Alcuin et Odon. Mais bientôt, accusé de magie, parce qu'il était supérieur à son siècle, il se relira à Angers. Ce fut là, en 1053, qu'il commcnçi à répandre sa doctrine sur la transsubstantiation, cii avançant que rEucharislic n'était que 1 image et non la réalité du corps de Jésus-Christ. Déféré successivement à plusieurs conciles, il s.'y rétracta jusqu'à trois fois.

Bérençcr, irrésolu et pusillanime, consuma dans de misérables controverses un tem|)s et des qualités qu'il eût pu employer plus utilement. Comme tant d'autres, il acquit un peu de célébrité et |)oinl de gloire. Les écrits qui nous restent de lui sont deux lettres, l'une à Astelin, moine de Saint-Evron, ol l'aulre à Richard, comte tl'Evrcux : ses trois professions de foi, et enfin .sa léponsc au traité de Laidianc de Corpore et Sanguine J.-C, découverte en 1770 à Wolfenbutlel, par 1<; savanl Lcssiiig. Il mourut dans I ilc de Siinl-Côme, près de Tours, en 1088.

1. BenRiivEit (saint Guillaume), né à Tours, fut appcîlé à l'archevêché de Bourges, qu'il honora longtemps par KC» vertus cl sa grande piélé. Il accompagna Philippe-Auguste dans sou voyage do la terre sainte,^

BIOGRAPHIE. ol\

et mourut, en 1209, ilans un âge fort avancé. Le pape Honoré III le plaça au nombre des saints. 2. Behruyer (saint Philippe), neveu du précédent, naquit à Tours vers 1100. Modeste, il rcl'usa plusieurs dignit's de l'Eglise, et ce ne l'ut qu'après y avoir été vivement sollicité qu'il accepta l'archevêché de Bourges. H fut appelé au ministère par la reine Blanche, qu'il aida à supporter le fardeau des affaires pendant ses deux régences. Dans son diocèse, tous ses revenus é'.aient consacrés au soulagement des pauvres. Il en avait toujours trois à sa lable, et quelquefois il se dépouillait de ses propres habits pour revêtir des indigents. Il mourut en odeur de sainteté dans une de ses terres du Berry, l'an 1260.

i. Bessieu (Pierre), né à Tours, en 1648, se lia avec la société des Jésuites, le 12 janvier 1663, par les quatre vœux solennels. Les dinércnles missions qu'il reçut de son ordre le retinrent en pays étranger, où il se livra à l'élude des langues que lui facilitait une mémoire vraiment étonnante. Il a publié, sur ce sujet, unra méthode très-curieuse intilulée : la Réunion des lanr/ues, ou l'art de ks apprendre toutes par une seule. Le meilleur ouvrage de Besnicr est le Discours sur la science des étymologics placé à la tête du dictionnaire de Ménage.

Il mourut à Constanlinople, le 8 septembre 1705.

2. Bessier (l'icrre-Charles-Louis), écuyer, médecin, né à Sonzay en 16G8. Un goùl particulier pour la chimie le porta à étudier en médecine, et il reçut le bonnet de docteur à 31ont|)cliier. Il est mort le 22 mars 1761, à Caen, où il était allé se fixer.

Bienvenu (Antoine), religieux carme, docteur de la faculté de Paris, et évêque in partibus sous le patriarche de Jérusalem, né à Tours au milieu du XV^ siècle. Ce fut le plus renommé prédicateur de son temps. Ses commentaires et ses sermons sont restés manuscrits. Bienvenu mourut en 1523.

Bi>et (François), premier général des Minimes, né à Tours en 1472. Ce fut lui dont saint François-de-Paule se servit pour écrire la règle de son ordre; ce fut également lui qu'il envoya à Rome pour la faire approuver par le pape. 11 fut élevé trois fois à la dignité de général; lors de sa troisième élection, il était à Rome, où il poursuivait la canonisation de saint François avec tant de chaleur, que le cardinal Sinujuctta lui dit à cette occasion : «Père général, vous avez travaillé pour un saint, un autre travaillera pour vous.» Il mourut, en effet, à Rome, en réputation de sainteté, en 1520.

BoiiRUN (Henri et Charles), peintres, nés à Amboise, à la fin du XVP siècle. Louis Bobrun, leur oncle, né dans la même ville, fut leur maître. Tous deux réussirent principalement dans le portrait, et se virent longtemps les peintres à la mode. Ils peignirent les principaux personnages de la cour de Louis XIII et de celle de Louis XI V.

Henri mourut en 1607, plus que septuagénaire. On ignore l'époque de la mort de Charles. BoiiiEH (François), né à Tours, au commencement du XVIe siècle, mort cnl567, succéda, en 1.537, à son oncle, Denis Briçonnel, dans l'évêché de Saint-Malo. Il s'était fait une grande réputation de savoir, n'étant encore que doyen de la cathédrale de Tours. Il ne nous reste de lui qu'une traduction du traité latin du cardinal Nicolas de Cusa, intitulé :rfe la Conjecture des derniers jours ; P&vis Vascosar, 1562.

Bosse (Abraham\ né à Tours en 1611. iVon-seulement il s'est acquis un très-grand renom comme graveur , mais il eut encore le talent de développer les principes de son art dans des écrits solides. Membre de l'Académie de Paris, il fut le prenjicr qui y enseigna la perspective. Il avait de même une parfaite connaissance de la sculpture et de l'architecture, ainsi qu'on en peut juger dans ses ouvrages. Exclu de l'Académie, à la suite de discussions fort vives qu'il eut avec Lebrun, qui lui contestait la supériorité de sa méthode, il prit le paili de se retirer à Tours, où il mourut, en 1668, âgé de 69 ans.,.

Bouchard DE MoNTuÉsoR, né do 1025 à 1030, était fils de Royer, dit le Diable, seigneur de Montrésor. Il lut compté au nombre des plus braves chevaliers du XI" siècle. B:ildric, abbé de Oourgueil, dit de lui :

Si quis Afliilleos iiiiraudo receiisu't aclus, Acius Ducardi pliu'is liabeiis, reculât.

Il passa en Italie, où il entreprit la défense d'une princfîssc, nonunéc Agnès, et lui ayant rendu sa suzeraineté, il l'épousa : mais celle-ci, en reconnaissance, le fit assassiner. Il vivait encore en 1092.

BouciiET (Victor), né à Tours, à la fin du XVIe siècle. On ne connaît de lui qu'un petit juvragc, niiprirné à Tours, en 1587, intitulé : le Triomphe de la victoire, etc.

1. BouciCAUT (Jean le Meingre dit), maréchal de France, est le premier de sa famille dont l'histoire fasse mention. Il naquit à Tours dans le commencement du XIV* siècle (vers 1310). Lorsqu'il parut pour la prenn'ère fois à la cour de Philippe, on lui donna, on ne sait pourquoi, le sobriquet de Bouciquaut, lequel, en vieux langage, veut dire mercenaire, et qui est devenu le nom patronymique de sa famille.

Boucicaut fut en très-grande réputation sous le règne du roi Jean et sous celui de Charles V, non-seulement par sa bravoure, mais encore par son habileté dans les négociations. H mourut à Dijon le 15 mars 1372, et son corps, rapporté à Tours, fut inhumé à Saint-Martin dans la chapelle qu'il y avait fondée en 1365.

2 Boucicaut (Jean le Meingre de), second du nom, chevalier, seigneur de la Bourdaisière, en Touraine, naquit à Tours en 1366, dans l'hôtel de son père, où fut depuis construite l'église des Jésuites. La chambre où il

;i72 BIOGRAPHIE.

avait reçu le jour devint i)ar la suile le tliéàlrc de son élévation; il y fut promu à la di<,niité de mnréclial de France à l'âge de vin-;t-(iuq ans, le 25 déeemlire 1591, par Charles VI lui-même. Il n'avait que douze ans lors(|u'il accompairiia ce prince dans la «ruerrc des Flandres, et se sip;nala à la bataille de Uosbecque, par un trait assez sinfiulicr : un flamand d'une haute stature ayant frappé sa hache du manche de la sienne, et l'ayant fait voler on l'air, en disant : « Va teler; les Français ont bien disette de gens, puisqu'ils envoient des cnfanis au combat, » Boucicaut, tirant sa petite dague, se jeta hardiment sous le bras du colosse, l'atteignit au définit de la cuirasse et lui perça la poitrine, en lui criant à son tour : « Les enfants de ton pays jouentils à de lelsjeux? »

Cetle campagne finie, il suivit en Espagne le duc de Bourbon qui portait des secours, en 1585, au roi de Caslille. Quelque temps après, il se trouva au siège de Breteuil et sauta le premier dans la mine. Il se signalait dans la guerre de Hongrie quand le maréchal de Blainvillc élant venu à mourir, Charles VI se refusa à toutes les sollicitations qui lui furent faites pour cette charge, en disant que personne ne l'aurait que son cher c/ievalier auquel il dépêcha un exprès pour le faire revenir en France.

Au talent militaire, Boucicaut joignait celui de faire agréablement des vers. On trouve plusieurs pièces de lui dans le manuscrit de Charles de Valois, duc d'Orléans.

Il avait épousé Antoinelle de Bcaufort, fille de Raimond, vicomte de Turennc. De ce mariage il n'eut qu'un fils, nommé Jean, qui fut tué à la bataille d'Azincourt, et dont la mort causa tant de chagrin à sa mère, qu'elle eu mourut elle-même en 141 G. Tons les trois eurent leur tombeau à Saint-Martin, dans la chapelle de leur famille.

5. BoccicACT (Geoffroy le Meingrc de), soigneur de Saint-Luc, de Bulbone, en Provence, et de Roqucbrunc, frère puîné du précédent, né à Tours en 15(59. Il fut chambellan du roi et gouverneur du Dauphiné. « Chevalier de grand entreprise, fier à ses ennemis, hardi, de grand courage et bel de corps et de visage, » il jouissait de la plus haute considération à la cour; mais la réputation de son frère fut si grande, qu'elle éclipsa entièrement la sienne, et il n'est presque connu que par un démêlé qu'il eut avec Jean Mallet de Graville, sire de Montagu, comme lui chambellan du roi, à l'occasion d'une fille d'honneur de la reine dont ils étaient épris tous les deux. Démêlé qui finit, après coups et blessures des deux parts, par une réconciliation.

Le maréchal Jean II étant mort, Geoffioy hérita de tous ses biens, et continua la postérité. Il fut marié deux fois ; la première, à Constance de Saluées, et la seconde, le 21 février 1421, à Isabeau de Poitiers, dont il eut deux enfants, Jean et Louis. Il mourut vers l'an 1459, âgé de 70 ans.

BouET (Charles), sieur delà Noue, trésorier de France, né àTours, d'une famille nobleel ancienne, fut celui qui contribua le plus, immédiatement après les états de Blois, à faire ouvrir à Henri III les portes de la ville de Tours dont le maire était tout dévoué au parti contraire. Il mourut à Angers, lors de la trêve qui mit un terme aux malheurs de la guerre civile. BoLcuEnEAL- (Maurice), né à Tours où il exerça d'une manière distinguée la profession d'imprimeur. Il ét;iit en même temps fort bon graveur. Il nous reste de lui plusieurs cartes qui se trouvaient réunies en un volume in-fol. dans la bibliothèque de Marmoulier. Elles sont toutes rédigées avec un soin extrême en latin, excepté celle de la Touraine, qui l'est en français. •

BouiLi.Y{Jear.-Nicolas), littérateur, néàTours, enl765,mortà Paris, en 1842, étaitavocatà Paris en 1789.En 1790, il fil représenter l'opéra de Pit^rre-le-Grand, qui dut son succès à quelques allusions aux événements récents. Il rempfit à la même époque plusieurs Fonctions administratives et judiciaires. Il fit partie, après le 9 thermidor, delà conrmiission de l'instruction publique qui organisa les écoles primaires. En 1800, Bouilly quitta son emploi pour se livrer tout entier à la littérature. On lui doit un grand nombre de pièces de théâtre dont le succès a été constant etméri;é. Telles sont entre autres : VAbbé de l'Èpée, les Deux journées et Fanchon -la-Vielleuse. Il a aussi beaucoup écrit pour l'enfance. Tout le monde connaît ses Contes à ma fille, 1809; ses Conseils à ma fille, 1811 ; les Contes offerts aux enfants de France, etc. On trouve dans tous ses écrits une morale pure et une sensibilité exquise.

B011.LAV (René), avocat et juge de la prévôté de Loches, sa patrie, acquit dans le cours du XI" siècle une grande réputation comme avocat consultant. Il est l'auteur d'un Commentaire .sur /m coutumes de la Touraine; Tours, ir.29, in-8.

Brèche (Jean), né à Tours en 1514, avocat au présidial de celte ville. Son mérite, comme jurisconsulte et comme littérateur, le mit en relation avec les savants de son siècle et avec les hommes les plus célèbres de la magistrature, tels que le chancelier de l'Hôpital, Jean de Faye et André Tira<iucau. Nous avons de lui une traduction de Plutarque : de la Doctrine du prince; Paris, 1554.

Jean Brèche termina ses jours au lieu de sa naissance. On dit qu'il y mourut de la pcsl(; en 1561. Bhetoxsead (François). Jésuite, né à Tours, le 51 décembre 1660, peut être mis au rang <le nos meilleurs prédicateurs. La solidité de sa logique, son éloquence douce, persuasive et pleine d'onction attachent fortcnienl à la lecture de ses Sermons, qui ont été imprimés en 1745, sur l'ordre formel de ses supérieurs. Ils forment • ept volumes in-12.

Le père Brelonncau, entré au noviciat des Jésuites en 1075, y prononça ses vœux en 1G94. L'auteur de son éloge dit que, quoiqu'il aimâl le travail et la retraite, il n'en était pas moins, dans la société, d'un commerce si agréable, qu'on respirait auprès de lui la douceur du bvru climat de la Touraiue qui lui avait donné la naissance. Il mourut à Paris dans la maison professe, le 29 mai 1741, âgé de quatre-vingt-un ans.

1. Bbiçosset (Jean), l'aîné, né à Tours vers 1420. Il fut. en 1462, le premier maire de cette ville, où il mourut le 30 octobre 1493. Il eut six enfants, dont deux font la matière des articles suivants.

2. Briçoxnet (Guillaume), premier du nom, né à Tours en 1445, second fils de Jean l'aîné, cardinal, premier ministre et surintendant des finances sous le roi Charles Vill. Longtemps avant qu'il parvînt aux premières dignités ecclésiastiques, l'archevêque Angelo Catlho, médecin et astrologue de Louis XI, lui avait prédit cette haute fortune. Le séjour de Louis XI en Touraine fut pour lui l'occasion de se produire à la cour. Il s insinua si bien dans les bonnes grâces de Charles VIII, qu'il prit et conserva toujours le plus grand ascendant sur son esprit. Ayant reçu le chapeau de cardinal des mains mêmes du pape Alexandre VI, à l'époque de la conquête de iN'aples, il fut excommunié et privé de cette dignité par Jules II. Cependant il se fit dans la suite réhabiliter par Léon X, en adhérant au concile de Latran, conduite que les uns appelèrent soumission et docilité, et que les autres traîtèrent de versatilité ou de politique.

Du reste, il a été jugé diversement par les historiens qui racontent sa vie : Mézeray et Guichardin le dépeignent comme un homme adroit et ambitieux, mais sans talents véritables; d'autres, au contraire, font éloge de son aptitude pour les affaires et de son zèle pour la gloire de sa patrie. Il mourut à Narbonne le 13 décembre 1514, laissant de son épouse, Raoulette de Bcaune, cinq enfants, au nombre desquels Guillaume et Denis dont il va être parlé.

3. BitiçoxNET (Robert), archevêque, duc de Reims, premier pair et chancelier de France, frère du précédent, naquit à Tours. Malgré le poste éminenl qu'il occupa, on ne voit point son nom figurer dans l'histoire du temps. Il mourut à Moulins en 1497, dans un âge peu avancé. Il existe une médaille frappée en son honneur sans revers et sans millésime, sur laquelle est son buste entouré de ces mots : Rob. Briçonnet, ar. dux Rsmen. primus par Franciœ.

4. BiuçoNNET (Guillaume), deuxième du nom, second fils du cardinal, né en 1471, n'avait pas encore dixhuit ans lorsqu'il fut pourvu, en 1489, de l'évêché de Lodève. En 1507, Louis XII, que son père avait sacré, et qui connaissait son mérite, l'envoya à Rome pour rétablir l'harmonie entre le pape Jules II et la France. 11 s'acquitta de cette mission avec une grande supériorité

De retour en France, ayant obtenu l'évêché de Meaux, il commença, pour ainsi dire, une carrière nouvelle en se consacrant tout entier à ladministralion de son diocèse. C'est de là que date sa plus grande réputation. Ami et protecteur des savants, il en attira plusieurs auprès de lui, qui suivaient secrètement le parti de la réforme, tels que Jacques Lefèvre, surnonnné d'Rtaples, et le célèbre Guillaume Farel, qui fut le précurgeur de Calvin à Genève. Il n'en fallut pas davantage pour jeter des doutes sur l'orthodoxie du prélat. Dénoncé publiquement comme hérétique, par les Cordeliers de Meaux, il fut traduit au Parlement, interrogé et probablement absous, puistpi'il retourna dans son diocèse oîi il continua à développer son zèle contre la nouvelle doctrine. 11 mourut dans son château d'Emans, près Monlcrcau-faut- Yonne, le 24 janvier 1534, à l'âge de 63 ans.

5. Briçonnet (Denis), né en 1473, frère du précédent, était le cinquième lils du cardinal. Ayant embrassé l'état ecclésiastiipie, la faveur de son })èrc accumula sur lui des bénéfices de toute e.-pèce. Plus connu par l;» protection qu'il accorda aux savants que par ses propres talents, le plu* bel éloge qu'on ait fait de lui est ce qu'on rapporte de sa bicnlaisance envers les pauvres. On assure qu'il en admettait tous les jours treize à sa table, et qu'il les y servait, étant lui-même à jeun.

S'étant démis de ses évêchés, il se retira dans son abbaye de Cormery, où il mourut le 14 décembre 1537.

Bridiec (Roger Antoine de), né à la Roche-Posny en 1636. Admis au canonicat dans la cathédrale de Beauvais, il fut ensuite archidiacre du diocèse. Quelques troubles religieuxquis'y manifestèrent le firent exiler ài Quimper, en 1687. Pendant ce temps, un autre chanoine de Beauvais, Raoul Foy, ayant accusé de conspirationcontre l'État cinq de ses confrères, au nombre desquels était l'abbé de Bridieu, tous les cinq furent arrêtés et conduits à la Bastille eu octobre 1686. Cependant on ne tarda pas à se convaincre que l'accusatioa n'était qu'une calomnie et alors les prisonniers furent rendus à la liberté après cinq semaines de détention ;. mais le roi, indigné contre l'accusateur, lui fit faire son procès, et il fut pendu en place de Grève, le 12. septembre 1691. Rentré à Beauvais, Bridieu y vécut encore quelque temps dans la pratique habituelle de s» dévotion austère. Il y mourut le 15 juin 1708, et fut inhumédans la chapelle du Crucifix, derrière le chœur delà cathédrale.

Brion (Simon de), pape sous le nom de Martin IV, né en Touraine, au commencement du XIII^ siècle, dans la commune dcBidIan. Il était chîinoine de Saint-Martin, quand il fut élevé à la dignité de trésorier dont ill ne se démit plus, même après son exaltation.

Le 22 février 1281 , après la mort du pape Nicolas III, son élection eut lieu à Vilerbe, avec un assentiment

si universel, qu'ayant ouverlfinent lelusc iracccplor la tiare, on lui déchira sa robe de cardinal, ol on le força, dit la chronique de Sainl-Marlin de Polo<rne, de se revêtir des habits pontificaux. Innnédiatemcnt après, il reçut du jM^uple roniaia un témoignage éclatant de sa confiance : on lui donna le pouvoir de conférer la dignité sénatoriale, non comme pape, mais comme homme privé, pouvoir dont il usa en faveur de Charles d'Anjou, roi de Sicile, auquel il était allé, bien des années auparavant, olfrir la couronne, lors de sa légation en France, sous le pontificat de Clément IV.

Il mourut à l*érusc, dune lièvre lente, le 28 mars d285.

BnissET (Roland), sieur du Sauvage, né à Tours en 1560, mort dans la même ville, en 1643. I.acroix du Maine dit qu'il était avocat au Parlement ; mais un quatrain placé en tête de son théâtre lui donne le titre de Quœstor mililum Turoukœ provinciœ. En 1604, il fut nommé échevin de la ville de ïouis. Il était, dit-on, fort savant dans les langues grecque et latine. 11 a existé de lui un manuscrit en deux volumes conlenant des piwes latines qu'd avait composées, une entre autres, traduite de l'Anlliologie, aussi en vers latins.

Mais c'est dans les situations les plus trai^iques que l'on peut apprécier le degré de talent du traducteur. Dans la scène terrible du cinquième acte de Thyette, il a eu 1*4 bon esprit de conserver Vaguosco fralrem dans toute sa pureté, ainsi que depuis l'a lait Crébillon. Malheureusement, on ne sait ce que ses poésies dramatiques »• sont dcveiuies.

1. BiioDEAu (Victor), sieur de Condé.'né à Tours vers 1470, fut secrétaire et valet de chambre de Fr çois I*''' et de Marguerite de Valois. Il cultivait la poésie , et est principalement connu par un poëme eu de dix syllabes, intitulé : les Louanges de Jésus-Christ notre Sauveur ; Lyon, 1540, in-8.

2. BBonF.Au (Jean), lils du précédent, chanoine de Saint-Martin de Tours, né en cette ville en 1500. Sa pas sion pour les lettres lui fit entreprendre deux voyages eu Italie, où il se lia d'amitié avec la Benibe, Sadolel ^ Baptiste Kgnatius, savants professeurs de Venise et de Rome. Ses Misullana, (]\n renferment un très-grand nombre de corrections et d'observations sur les auteurs anciens, sont assez estimés. Tous les savants de soj temps, Scaligcr, Juste Lipse, Conrard, etc., l'ont comblé d'éloges.

Il mourut en 16(>5, à Tours, où il s'était retiré depuis plusieurs années.

3. Brodeau (Jean), seigneur de Coudé, marquis de (IluUre, né en Tournine, fut grand-maître des eaux et forets de l'Ile-de-France, et capitaine-général des chasses de la Touraine. Il est mort dans son château de Coudé le 21 décembre 1721.

4. BuoDEAu (Julien), avocat au parlement de Paris, né à Tours vers 1585. Il a laissé un commentaire sur la coutume de Paris. C'est de lui que Boileau parle dans sa première satire lorsqu'il dit .•

I)ois-je, las dWpollori, recourir à B.irlliole, Kt, reuillctaiil Louët, allonge par Urudcau, D'une robe à longs plis balayer le barri aux.

Il mourut à Paris en 1655.

BiiossE (Pierre de la), ou, plus correctement, de Broce, Pelrus de Brocid, naquit en Touraine, de Pierre de Broce, sergent à masse du roi saint Louis. Il étudia l'art de la chirurgie, et l'emploi de son père lui ayant donné quelques accès à la cour, il y devint le barbier, autrement le chirurgien de Philippe, lils aîné de saint Louis, capta même tellement la faveur de ce jeune prince, que, parvenu à la couronne, il le nomma sou chambellan, et lui confia le maniement des affaires les plus importantes de l'État.

Sa fortune, son crédit tout-puissant sur l'esprit de Philippe-le-IIardi, et surtout le peu de réserve qu'il garda pendant sa plus haute élévation, lui attirèrent de nombrtiux ennemis, parmi lesquels Robert, comte d'Artois, oncle du roi, Jean II, duc de Brabant, son beau-frère, et Robert II, <luc de Bourgogne. Un incident imprévu amena inopinément sa chute. On surprit des lettres par lesquelles il instruisait le roi de Caslille des secrets de la cour de France dont ce prince était l'ennemi déclaré. Le roi le fit alors arrêter; on instruisit son procès à Vincennes, il fut condamné à être pendu, ce qui eut lieu, en 1278, ses biens furent confisqués, et, dès ce moment, sa cliàtellenie de Langeais, qu'il avait achetée durant sa j)rospérité, devint une propriété de la couronne.

BiicLAitD DE SiLLERY (Fabio), évê(jue de Soissons, né au château de Pressigny, en Touraine, le 25 octobre 1605, de Louis Brulard, marquis de Sillery,el de Catherine Klisabethde la Bochefoucault, qui se trouvaient alors dans cette terre, la<|uelle appartenait à l'oncle de son mari, Claude-Charles Brulard, baron de l'ressigny.

Destiné à l'état ecclésiastique, il dirigea ses études vers ce but et se livra à l'éloquence de la chaire ; mais la faiblesse de son tempérament ne lui permit pas de suivre longtemps cette carrière. Le roi le nomma premièrement à l'évêché d'Avranches et ensuite à celui de Soissons. Il est mort, le 20 octobre 1714, âgé do 60 ans. L'Académie françiiise l'avait admis au nombre de ses membres, en 1705.

BnuN DE LA PuMPEBAGE ^Guillaume), gentilhomme tourangeau, connu sous le nom du capitaine Silly. On a do lui un ouvrage intitulé : V Armée chrétienne. On ignore réj)oque de sa naissance et celle de sa mort.

Bruneau de Tours, le plus ancien poète français de notre province, au(|uel le président Fauchet cousiicra celte courte et originale notice : « Bruneau de Tours fut bon poêle. Il dit que ses soupirs lui apportent nuit et jour ulul et amitié. » Il llorissail vers l'an 1250. Ses chansons n'ont jioint été imprimées.

1. Bleu. (Jean sire do) «lualrième ilu nom, seigneur de Montrésor et de Chàteau-Fourinont, jjrand-maître des arbalétriers de France, naquit en ïouraine l'an 1540. Il signala sa valeur contre les Anglais dans la Guyenne en leur enlevant les villes de Bergerac, d'Ayne et de Sauvenac, et délit, au combat de la Béole, le général Feiton, gouverneur de Bordeaux, qu'il fit prisonnier avec une partie des siens. Sa réputation militaire était telle, que Bertrand du Guesclin l'étant venu joindre pour chasser de la Touraine les Anglais qui s'y étaient fortifiés dans le château de Preudly, refusa l'honneur du commandement auquel il avait cependant droit, et voulut combattre sous sa bannière.

Jean de Bueil fut tué à la bataille d'Azincourt, en 1415.

2. Beuil (Jean sire de), cinquième du nom, comte de Sancerre, grand-amiral de France, surnomme le Fléau des Anglais. 11 sejela, en 1428, dans la ville d'Orléans, assiégée par ceux-ci, et concourut puissamment à sa défense. C'est lui qui commandait, en 1451 , les gens d'armes de Charles d'Anjou, comte du Maine, à l'affaire qui eut lien près Bcaumont-le-Vicomte, où trois mille Anglais furent défaits par deux cents Français. Après beaucoup d'autres victoires, il mourut vers l'an 1475. Il avait épousé en premières noces Jeaime de Montejean, dont il eut un fils, nommé Antoine, qui fut la tige des comtes de Sancerre de la maison 6c Bueil. De sa seconde femme, Marguerite de Ïurpin-Crissé, il eut Fdniond de Bueil, baron de Marmande, en Touraine.

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