JE
£«— Maintenant, affirma-t-il, ça va +oulér.
Messieurs; vous pouvez monter, Ne vous iñquiétez pas de cès dames, elles rous attendent au. Fouquet’s.
: Le Dañübe monta, ainsi que HAT. On emirave de nouveau et la voiture.
La voiture ne bougea pas.
— Extraordinaire, fit Mario. Première fois ique jai pas réussi, en dévissant quelque chose. Ecoutez; je vais au Fouquet’s téléphoner 11 votre garage, C'est plus sûr. N’avez qu'à attendre ici, avec ces messieurs, et donner votre
nom à ce fonctionnaire, qui poireauté pour le:
procès-verbal.
De la main et du sourire il indiqua un ser- (got qui, en effet, suçait un crayon mal taillé. Eui-même, d'un “pied léger, s'en fut rejoiridre les trois jèunes fermes et Maäugis Après avoir, avec eux, choisi une table et nnliudé diverses boissons, il demanda le chasseur et l’envoya téléphoner,
Maugis, cependant, avait présenté Mario à Pâqueñleurette :
= Le duc dé Lodi qui vous a tant regrettée jeudi dernier, ma Chère enfant. La jeune * personne Qui était pas là, nisieu. le duc,
— Ohf je vous connaissais. déja, monsieur,
dés gentiment Pâquefñleurette, j'at tant entendu ;
parler de Voüs par ma cousine Närcisse, Narcisse ne rougit pas: elle avait le courage de ses convictions. ,
— Maintenant que je vous connais, made- :
moiselle, affirma Île petit duc, je me console encore moins de votre absence.
Pâquefleurette.
| — Paraît, en inféra Maugis, que notre Staper-Wilson n’est pas drôle toutes les nuits. quoi qu'il le soit tout le jour durant.
| __ Où fa chèvre est attachée...
Pâqueñleurette.
».— Faut pas qu'elle s’encroûte, términa î ournaliste.
Maïs Eyda, que le souci de son avenir choaire e mabandonnait jamais, l’accapara et s’efforça de lui extraire des promesses: Et Maugis qui, la veille, avait reçu là visite de là jeune Espagnole et lui avait prodigué (entre autres choses) les meïlleurs conseils, lui proomit tout ce qu'elle voulut avec une courtoisie où il entrait de la reconnaissance. Il savait
‘tout ce que gagnait dans l'intimité la conver- ,
sation de Lyda; la petite danseuse n’ignorait
déjà plus rien des secrets de la mimique, le *
son dé sa voix allait au cœur plus sûrement
que ses paroles, et ses gestes en disaient bien :
“plus qué sa voix même.
“Au bout d'un quart d'heure, le chasseur revint, disant qué personne ne répondait. Alors -Lodi envoya $a voiture et son groom au garâgé. ,
—— Jf sait bien conduire ? demanda l'Éspa-
gnoies
LA TOURNÉE DU PÉTIF Duc
— Peüh! suffsam.… - æ— Päs du tout, rectiña Mario avec beauoup de sérieux. Mais ce sont des bêtes si dangereuses, señofita, qué çà fe sèrt à fier de Savoir... cofime vous dités. Au contraire, ç& lés gêne.
Pâqueñleurette ñe disait rien, ét regaradit furtivement le jeune homme du coin de ses déux yeux; $a bouche couleur cerise. faisait une pefitèé motüë convoiteuse comme celle d'un éhfant devant un gâteau: vraisemblablement, elle trouvait le petit duc plus agréable à voir que son courtier.
Narcisse Iè regärdait Aussi, mais plus en facé comme $'il lui appartenait déjà; de tout son désir, de toute son animale beauté, élle semblait peser sur lui.
Mario n'avait pas l'air d'y prendfte garde.
Son discours décousu, ses yeux quéteurs érraiènt de lürie à l'autre. Qui l'eût observé, il l'äurait fait songer à un écureuil qui joue pa rmi la souple r&mureé, souple [ui-même, insaisissable ét gräcieux. Parfois il se retournait pour échanger un sourire à quelque täble voisine.
Aütour d'eux la terrasse s'était garnie peu à peu et le bâbil parisien papillotait, dans Île soir tombant, tandis que déjà, sut léurs têtes, ’azut du ciél rond s’obscürcissait.
— Alors, vous avez laissé ces gens4à tout culs? s'inquiéta Närcisse à la longue.
— Pas du tout seuls, bien sûr. Éncombtement, cris. Et tous ces stupides mortels qui Ja trouvaiènt amère; de ne pas pouvoir passer.
= Vous n'avéz pas vu?
— Je ne fais jamais cé que je veux, soupira 4 — Oui,
oui. Et Dieu sait, bailla la belle a créatüfe, à quelle heure nous allons no, * met- “tre à abR! À} — Où déväit-on diner, Pâquefleurétte? .héz
f vous? demanda Maugis.
murmura
Ps F Fr
— Non, au restaurant.
— Pôur peu qüe ça dure encore une heure
ou deux, il ne restera rien à se mettre sous la deft, gronda Narcisse dérechef.
Ellé avait l’äir d’une splendide tigresse en cage ‘aux approches de son repas.
— Savez-vous ce que vous devriez faire, proposa Lodi; averti par th regard de Maugis que la faim, l'occasion, lherbée tendre, $e trouvaient une fois de plus d'accord. |
Ft, comme à l'habitude, personne ne | répondait:
j — Eh bien! vous devriez tout simpleient venir manger mon diner à Boismeudon:
h— Où:ç2 Boismeudon? s’informa Narcisse
tout de suite aguichée.
— C'est une espèce de château qué j'ai, à quelques kilomètres d'ici, vingt minütes. d’aüto, une heure de voiture,
— Et huit jours à pied, précisà Maugis qui éprouvait autant d’aversion pour le footing que pour Îles lâches caricatures de ce petit jeanfoutre de Sem, comme il l’appelait volon- ttiers,
Te
— Lyda préférerait sans doute que votre château fût en Espagne, opina gaïiement Paquefleurette.
— in ce cas, nous risquerions de diner un peu tard, et, au risque de passer à vos six yeux, mesdames, pour un être dénué de toute poésie, je sens grandir en moi un appétit gargantuesque et une soif tantalienne.
— (C'est, en quelque sorte, un estomac dans l’étalon, synthétisa le gros gendelettre.
— Mais je ne sais, objecta Narcisse, partaitement résolue d’ailleurs à accepter, si nous pouvons abuser ainsi de l'hospitalité...
— Cette prévoyante de l'avenir, traduisit Maugis en termes choisis, s'inquiète au penser qu'on ne va trouver à brifer que la peau dans votre taule départementale.
— Rassurez-vous, j'avais invité une douzaine d'amis pour ce soir, des camarades de régiment qui sont de passage à Paris, et voici qu'ils viennent d'être tous rappelés dans leur garnison à cause d'une grève.
— Une grève? Ils auront pris des billets de bains de mer?
— Quart de place, comme vous dites, mon cher Maugis: et le treizième type auquel j’ai donrié rendez-vous à Boismeudon, pour huit heures, — je me demande pourquoi, — est une espèce de rasta que j’ai rencontré sur la Ville de la Ciotat en rentrant d’Indo-Chine: lui venait d'Amérique par le Japon; 11 s'appelle le commodore di Feminata.
— Ce nom est tout un programme, fit l'homme de lettres, je n'aurais jamais trouvé mieux.
Oh! que si, repartit le petit duc en souriant, et sans grand’peine je vous assure. Mais enfin, le moïns joli garcon du monde ne ue offrir que ce qu’il a.
Pâqueñeurette sourit silencieusement, en manière de protestation contre cet excès de modestie,
-— Ainsi, c'est convenu, je vous emmène toutes les trois, avec notre ami au bord-plat bien entendu?
— Sans lequel il n’y a pas de fête complète, continua Maugis d’une voix lugubte.
— Et avec Plompou, que voicil
C'était en effet M. des Rostures et tout de suite la proposition lui agréa, mais pour d’autres motifs sans doute qu’à Narcisse, et parce qu’il pensaïît, fort sagement, qu'il n'y a pas de petites économies. Ja vie coûte si cher à Paris!
Lyda de Rocadazur, qui logeaït seule, accepta aussi.
Maïs Päqueñleurette qui craïgnalt, non sans raison, les conséquences possibles de cette es- ‘capade et entrevoyait -
Late #
Aux profondeurs du ciel vaguement remuees Un Staper essuyant sa badine aux nuées,
. Plompou.….
fit observer timidement qu’elle ne re tout.
de même pas plaquer comme ça son courtier et la horde danubienne, Et elle le dit avec un si joli accent de regret enfantin, et un si gen. til regard vers le petit duc, qu AT n'hésita point a déclarer: j — Eh bien! mais on les prendra par- “dessus. es le marché! De ER — D'autant plus que cela ne les gênera > nullement pour en conclure cinq ou six entre
les poires et le dommage, fit Maugis... =
— Des « marchés », j'ai compris! sourit Mais quand prendra:t-on ces Bens 2 là ? ie Une limousine de rechange, que te garage avait enfin envoyée au secours de Staper-Wik son, vint presque aussitôt lui répondre, en déposant devant la terrasse les Austro-Hon:.
Lodi, ayant Narcisse à son côté,
grois et leur guide, tous les quatre dévorés de ce rage et de ou he
Les présentations faites, Lodi debate. son idée. La limousine et son phaëton suffsaient à porter tout le monde, et Boismeudon à les loger pour la nuit. De plus, 11 y avait là-bas une 40 chevaux, en cas que quelqu’ un fut pressé de rentrer.
. Sans compter la voiture, quelle qu ’elle fat de Vinvité italo-américain..
Staper-Wilson fit d’abord grise mine à tous ces projets. Il ne se sentait point . l'aise avec ce freluquet de millionnaire qui lui paraissait plein de surprises, non plus d’ailleurs qu'avec. : Maugis dont il avait depuis longtemps appris à redouter la gouaille brutalement clairvoyante,- F
Mais il s’avisa que l'invitation enchantaîit ses futurs commanditaires. Le comte (?) Alexandrador, surtout, que le. titre du petit duc avait ému, montrait une joie si puérile. qu’on eût risqué de Pindisposer par un refus, d'ail leurs difficile à justifier.
On partit donc, Lodi ayant pris Narcisse à son côté, tandis qu'Alexandrador et Päquefleurette occupaient la caisse. Les Danubiens, Plompou, et Staper-Wilson au volant, se casèrent tant mal que bien dans la limousine, avec le groom:juché sur le marchepied et qui servait de guide.
Quant à Maugis, quand il vit tout ce monde entassé au petit bonheur, il retint un taxiauto où il s'installa avec la petite Espagnole... pour ce qu'il n’aimait point, expliqua-t-il, les « transports » en commun,
HOSPITALITÉ ÉCOSSAISÉ
Boismeudon:se trouva être un petit château Restauration assez confortable, entouré de
‘beaux arbres, et d'où l’on découvrait la Seine.
La tenue en était d'ailleurs satisfaisante, comme des écuries et du jardin. Enfin le diner fut servi à l'heure. |
Il était médiocre et luxueux, tel que les hommes jeunes et les vieilles dames vous exposent à parfois en mänger. Mais, à part Gaëtan des Rostures qui était, comme la plupart des
avares, un homme de goût, et Maugis que sa:
gastralgie chronique n'avait pas rendu insensible aux plaisirs de la table, la compagnie n’en savait pas plus, comme on dit. Il fallait aussi mettre à part l'invité italo-américain, homme ambré, aux lèvres rouges, qui naguère avait été quelque chose d'indistinct en quelqu'une de ces confuses inariñes de l'Amérique centrale, généralement employées à pourrir au fond d’un étrange port parmi les requins au dos glauque... tandis qu'un hardi loup de mer pendu sur les eaux par un trapèze, comme une araignée,: passe le plat-bord au ripolin et, sous le ciel de feu, siffle une habanara.
De sa carrière maritime et de toutes les Amériques, le commodore di Feminata n'avait conservé qu'une horreur collective du cactus, des tramways aériens, de la fièvre jaune, des pâtisseries de Buenos-Ayres, du café de Sao-
Paulo, et de la détestable Chicago tout entière,
Par contre la capitale de l'Amérique du Sud (qui est Paris comme on sait), lui agréait imfi-
niment:; et il y vivait le plus qu'il pouvait
« d'un sien oncle défunt », expliquait-il, et aussi de l’oncle d'autrui. D'ailleurs, ce qu’il y aimait, ce n’était que la cuisine et les femmes, les femmes surtout. Quant aux hommes
| LA TOURNÉE DU PETIT DUC de
où aux monuments, il s'en souciait comme de sa première corvette, Et de savoir son avis, ou même s'il en avait un, en quelques-unes de ces questions subtiles qui divisent à tout propos la Byzance moderne, autant eût valu lui demander si les ruines -de Xemplumuttalpa (Yucatan) sont un ancien magasin des Douanes Toltèques, ou le couvent des Vestales du Soleil. I] n'en savait rien, d’abord; et ce que ça lui était égal! Tandis que les femmes.
Ses yeux caressants, assez semblables à ceux d’un chien qui vient de changer de maitre, erraient de l’une à l’autre des trois jeunes femmes avec une égale concupiscence. Il trouvait Narcisse belle, et Paquefleurette touchante, et Lyda pleine de la plus excitante bizarrérie.. Mais surtout il aurait voulu savoir auquel, de ce triple gibier, on pouvait chasser sans risquer ün procès-verbal. Et son désir, comme son inquiétude, était plus ou moins partagés pat les autres hommes: ils étaient là, cinq ou
‘six, pareils à des chats autour d’une jatte de
lait qu'ils craignent de trouver trop chaude, et
Le commodore di Fennnata.
flairent avec méfiance. Lodi, pour sa part, n'avait pas de scrupules: à lui seul, il aurait bu toute la jatte.
Le dîner se passa gaiement mais décemment À ces galantes alternatives. Et puis on alla boire le café dans le parc,
if
Une lune pas encore ae ovale et blan< -che, grandissait l'ombre des pins argentés, couleur de givre vert. L'odeur d'une corbeille de pétumas, tenace, sucratt les lèvres et les narines, et la brise faible apportait, d'une pièce d'eau fleurie de nénuphars, un autre parfum . dangereux de vase musquée, de mousserons et de Heurs d'oranger...
Dans l'ombre fantômatique, l’immobile et beau. visag® de l’ainée des Jouarre, tourné vers Lodi, faisait songer à quelque masque de Méduse, fait d'albâtre.
:— Vous ne dites rien Narcisse? À sua pensez-VOUS ?
— Je vous regarde, je ne pense à rien.
— Merci,
— Est-ce-que j'ai dit une impolitesse?
Lodi acheva son café, et, reposant la tasse:
— l aimerais mieux, dit-il en saisissant la
— Ca n'est pas vrai que vous m'aimes.
main de la belle fille, que vous m'en fissiez une.
— Une? De quoi?
-— Hh bien! d'impolitesse donc.
— Je ne vois pas bien. Enfin, vous faire plaisir!
— Beaucoup de plaisir. Et donc, ma chère petite amie, vous savez que rien n’est plus inconvenañt que d'entrer chez les gens. à l'improviste et sans frapper. Mais si c'était vous
si ça peut
qui veniez me surprendre, Ce soir, je crois que
je vous pardonnerais, à moins que vous ne préfériez que j'aille chez vous..?
Mile Narcisse Jouarre possédait le goût de
gna Mario,. obligeant.
; point de vue, que Pâqueñleurette était oute
NT
la dm mais auetnement ce qu'on a appelle une vive intelligence.
— Je ne préfère pas, dit-elle ç avec haus teur », en retirant sa main, a Mario la regarda avec surprise, I ne dis vas tinguait . pas bien ses traits; mais to ute son atutude criait l'ofense, l'indignation contenue d'une bourgeoise qu'on g prise POUF ne ie gulière. | — Alofs, ça veut dire non? Æ AAA dE — Vous plaisantez, monsieur de Ladit Le Et, se levant, Narcisse gagna un autre grous pe.
de petit duc haussa les épaules, et s’en fn lui aussi, d’un autre côté. « Elle est bien ie a . 2 songea-t-l, mais plutôt gourde avec sa res: . pectabilité. Elle doit marcher comme à ane à cienne Poste, par relais. Et j'en aurai brûlé un. Pi La Baste, à une autre. »: Ars C’est Pâquefleurette que le a tu pré D es senta pour être & l’autre ». Il la trouva entre Alexandrador «et le commodore sud-américain qui lui. parlaient tous deux à l'oreille, ais, heureusement, pas à la même. On eût dit une … espèce de téléphone, où ïls se faisaient Pan 0 à l’autre, et du reste en même temps, des come munications mystérieuses. À ce moment, d'un … autre coin du bosquet, le nez de M. hi ie Portugaleff fit entendre quelques mots. alé RS mands mêlés au nom d’Alexandrador, qu dut. otre quitter l’appareil. on = Comment. se nomme, Lule di. Font | nata, ce monsieur qui vient d'appeler l'autre avec un accent si. 51, — Cest un baron, le baron Japhet, renseis
— Ah! en vérité, le baron Djaphette? Tia .
homme remarquable, si... Et comfnent Pécri a vez-vous? ajouta-t-il me une FO de ss ms flexion. À + He — Comment je léécise comme ça se pro- :
noncé: 5..4..M... nes Lors, prenant le bras de Pâquefleurette, 1 petit duc l’entraîna dans l'allée, laissant un Peu er perplexe, et seul, l'Italiote, qu'il avait sans Pr doute ses raisons de traiter: cavalièrement cavalier, comme on dirait chez lui. ; — Chut, murmurait-il cependant à à la: petite: ne dites rien. Je vais vous montrer derrière. la maison, un clair de fune tout à fait joli. : Ft serrant dans la sienne une douce et ti- .
mide petite main, il la baisa. se Au troisième arbre, Cest les lèvres qu 3] Le baisait. Il y avait-tant d'arbres, de là jusqu'au
er à ?