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tocratiques, comme Lamartine et Renan, tiennent en une secrète aversion sa jovialité vulgaire, sa sensibilité toute en dehors et son plat dévergondage.
Toutefois, ses défauts se rachètent par une grande qualité : sa robuste santé. Tandis que nombre d'esprits cultivés et trop subtils se délayent dans des raffinements de pensée et de rêve, l'esprit gaulois conserve sa vive allure. Sa sève est grossière, mais elle est forte et saine. Sa bonne humeur le sauve de l’immoralité. [Il fut parfois un antidote salutaire aux déviations qui, à certaines époques, détournèrent la littérature française . des voies où la maïintenait son génie. Sous Henri III, il réagit contre les niaiseries sentimentales et bucoliques des Remy Belleau, des Jodelle, des Desportes et des Bertaut. Ce fut le gaulois Rabelais, l'ami de Vature et Raison, qui contribua Îs plus à anéantir la scolastique et à indiguer le courant huma- niste qui allait emporter le génie clair et la langue lucide de la France. Quand, au XVIIe siècle, le jargon des précieuses envahit les salons et les ruelles, l'esprit gaulois trouva son vengeur dans Molière. Au XVIII siècle, Voltaire en fut le champion le plus brillant. Dans notre XIX° siècle, parmi les exagérations du sous-romantisme, Alfred de Musset se réclama du vieil esprit qui inspira Mathurin Régnier et Molière.
* Je suis, disait Rabelais, moyennant un peu de pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gaieté d'esperit conficte en mépris des choses fortuites), sain et dégourd, prest à boire si voulez. » Ceci peut s’appliquer à l’esprit gaulois tout entier. Lui aussi possède, à un haut degré, cette « gaieté d'esprit » qui nous fait envisager les hommes sur leurs plus beaux côtés et les choses sous leur meilleur jour. Sans une éclaircie de joie et une détente des pensées graves-et sérieuses, sans une échappée, de temps en temps, dans la fantaisie et l'insouciance, la vie ne serait-elle pas bien morne et bien maussade? L’esprit gaulois, considéré dans ce qu'il a de meilleur, est un sourire youailleur dans l’adversité ; c’est la chanson sur les lèvres du soldat qui va à la mort, le couplet qui court les rues dans les périodes d’oppression, le geste narquois devant la misère, le bon mot qui relève le courage abattu; c’est le triomphe du