XIV. — ENSEIGNEMENT DE L.\ LANGUE FRANÇAISE
lalin, mais en les écartant de propos délibéré, en vue d'un enseignement tout spécial. Cela posé, voyons par un exemple pris au hasard où conduit la nouvelle méthode.
Pages 113 et suivante, dans une série de mots, dont je ne transcrirai que les principaux, me représente la racine qui exprime l'idée de « mesure » sous trois formes principales :
J/<°5dans mesure et ses dérivés ;
Mens dans mensurable et ses dérivés ou composés ;
Met^ dans mètre et ses dérivés ou composés.
Or, mes est l'abréviation française de la syllabe latine mens dans mensura;
Mens est la transcription en français de cette môme syllabe latine dans mensurabilis ;
Met est fe transcription du grec y.— dans le mot ij.£-cpsv.
Ces trois syllabes ont assurément une seule et même racine : mais les deux dernières viennent dans notre langue (Tune importation savante, et elles le montrent par leur identité avec la syllabe latine et avec la syllabe grecque dont on les a respectivement transcrites. Mes est seule une racine de forme française, en ce sens que le mot mesure d'oi^i nous la détachons est venu du mot latin mensura par une altération, irréfléchie, populaire et fort ancienne. S'il en est ainsi, peut-on conûàèYQv mesure , mesurable, mètre et leurs dérivés respectifs, comme des produits du sol français, si j'ose m'exprimer ainsi, et peut-on les rapprocher l'un de l'autre à ce titre et sur la même ligne ? Quelle étrange idée devront avoir de leur langue des enfants qui la voient ainsi altérer ses radicaux sans raison apparente ? L'histoire seule pourrait dire ces raisons ; or l'histoire est formellement écartée de la méthode que nous examinons.
Autre exemple. Voici, page 115, un môme radical qui est tour à tour :
il(\ L.\ TRADITION ET LES REFORMES.
Fai dans faire, faisant^ etc. ;
Fac dans/fffo?«, facile, etc. ;
Fact dans facteur, etc. ;
Fi dans artifice, etc. ;
FeWtins. fécond, etc.
Sans pai'lei' de r<Mi(Mir (pie renferme ce dernier r;i|t|ir()clienient, et (juil sérail trop lon^- de démontrer ici, je ne comprends pas que la tliéorie seule puisse rendre compte de toutes ces diversités. Pour les expliquer, il faut les remettre chacune à leur date ; travail bien long, direz-vous, pour tous les mots de notre langue, mais qui heureusement n'a pas besoin, pour être utile, d'être poursuivi jus- (pie dans le détail. 11 sufliiait, en effet, de raconter aux enfants, une fois pour toutes et j)ai' ses trails généraux, lliistoire de la langue française, comni(> on leur raconte Thistoire du peuple qui la parle ; il sufliiail de joindre à ce récit quelques séries de mots rangés selon les analogies de leurs origines. Cela détruirait sans doute la symétrie toute superticielle qu'on établit entre cent mots de dates et d'origines diverses ; mais cela ('\pli(picrail la diversité même de leurs formes ; en tout cas, la véi'ili' y gagnerait, et la vérité vaut bien qu'on lui sacrilie un arrangement commode, mais trompeur. Le sacrilice, (raillcuis. ne sciait pas si grand qu'il semble au |)remierabord ; car la nouvelle méthode ne donne pas toujours à la clarté ce ([u'elh; ote à la vérité historique. Que l'on relise, j)ar exemple, les pages où Al. .Michel explique à son élève comment le verbe i)istruire siîJrnilie « enseigner (1) ». Le moindre dielion-
(n On me rappelle, au moment de livrer ret article :\ l'impression, que M. Uf-lleu ayant présenté déjà quelques oi)jections contre la méUiodo étymologique de AI. Michel, dans le Journal (jénéral de llmtruclion publique, du '» septembre 1858, M. Michel y a répondu dans le Conseiller de l'Enseigncvicnt public, du 15 mai 1850. Je vicus de relire l'article de M. Hellou et de lire