XVII. — SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE L'ORLEANAIS
quoi elles ont pu changer si profondément les mœurs et la langue de nos ancêtres. 11 n'a pas suffi pour cela d'un décret du peuple-roi. Saint Augustin dit magnifiquement « que l'impérieuse cité pourvoyait à imposer aux nations <( vaincues non seulement le joug de ses armes, mais le joug <( de son langage ». Elle y eût vainement « pourvu » par des ordres, si le génie gaulois n'avait subi en même temps de la part de Rome Fautorité bien autrement puissante de fintelligence et du savoir. Ce qui prouve que le génie des Romains a fait chez nous plus que n'a fait leur force, c'est qu'en Orient et dans les pays grecs, l'hellénisme ne fut nulle part opprimé par la langue latine. 11 résista, comme interprète d'une civilisation et d'une littérature qui comptaient des siècles de gloire et de fécondité ; tout au pkis admit-il l'idiome de ses vainqueurs à une sorte d'égalité dans le langage des relations et des actes officiels.
La rareté comparative des textes en langue grecque, et cela sur les monuments mêmes de la Narbonaise, suffît pour nous prouver que cette langue n'eut jamais qu'une popularité restreinte, chez nos ancêtres, si ce n'est dans quelques colonies maritimes et d'origine tout hellénique.
Les inscriptions latines, parleur division -mi deux grandes classes, les païennes et les chrétiennes, nous apportent un autre enseignement. Dans les inscriptions païennes se développent sous nos yeux le système de l'administration politique et civile de la Gaule romaine, la variété du polythéisme gallo-romain et des superstitions locales, les vanités deTopulence, du pouvoir, des honneurs dans les familles de tous les degrés, enfin la simplicité des sentiinenls de famille qui, delà Gaule jns(prà la Fi'ance d'aujourd'hui, se per[)étuent comme une tradilion bieufaisanfo. l'ji ce dernier genre, je ne résiste })as àla lenlation devons citer quelques traits (rnne saisissanle vérité.
214 LA Tn.\niT10N ET LES REFORMES.
On sait Je iiiul dv l.diiis .\i\ à la inoil de la iciiif .Marie- Thérèse : <( C'est le ju'einiei' eliagriii (itiCllc m ail doimé. » Cette pensée touchante se lit sur hien des épitaphes antiques ; je la trouve comme généralisée sur un mai'lire de la Gaule narhonaise, oii les parents d'une femme morle lui rendent cet hommaiie (]ue «jamais elle ne causa de « cha- « grin à jjei'sonne, si ce n'estpar sa mort », de qunncmo siiorwn inuiuam doluitiiisi mortem. En remontant le cours du Rhône, je rencontre au musée d'Avignon une de ces épitaphes naïves dictées parles plus })ures affections du cœur huiuain ; elle est sur le tomheau élevé par un mari « à sa « tendre et chaste femme », conjurji pix et castse « selon que « l'a |»u sa jtauvi-eté » qualem paupei^tas potuit mcmoriam dedi. Sur un marbre d'Aix, c'est en vers que s'exprime une réflexion douloureuse sur les injustes inégalités de la mort; et e(da me rappelle ce cri de; jtareiits ('plorés, sur la tomitc (reniants qui leur sont ravis avant Tàge : « Ce que le tils « devait faire pour son père, le père Ta fait pour son fils » ; qiiod films itatri facere debuit, patei' fecit filio ; et ail leurs : (( Ce ([ue tu devais l'aii-e poiii' la tendre mère, c'est elle qui « le l'ait pour toi » ; qnod tu rnJhi dcbrbas fdccre, ego tibi facio mater ji in.
« Oiiil y a longtemps (pie lliomme soutire I » disait tristement -Madame de Staél «levant ces grands tombeaux de Po'U|m''ï et d'IIerculanum. Mous aussi, n'é[)rouvons-nous pas iiiu> émotion à la fois triste et douce devant ces modestes iiioniimenfs de nos ancêtres, d'où s'échappe l'accent, toujours -ciiililalde^ à travers l(»s siècles, des douleurs de l'huiiia iiilc .'
IMus monotones cl |ilii-> siniplcs, les iii^eriplioiis chrétiennes forment un contraste frappant avec le luxe de formalih'-^ amliiliciiscs (d de titres |iom|)eux dont Ic^ noms |ir<jpn'~ ^<Mil si)ii\ciil ciili>iirc> dan^^ Ic-^ iii->crijilioiis dcdica-