‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaireChapitre 127 sur 205 · III. — SÉANCE DU 8 MAI · texte numérisé non relu

III. — SÉANCE DU 8 MAI

Mesdames, Messieurs,

En 1830, un jeune professeur de l'Université prononçait à Paris, dans la séance annuelle et publique de la Société des méthodes d'enseignement, un discours où, exposant les progrès les plus récents des sciences historiques, il essayait de montrer tout ce qu'elles doivent à leur alliance avec les études d'Antiquités. Devenu le vieux professeur qui a l'honneur de présider aujourd'hui la séance de votre Société archéologique, il ne croit ponvoir mieux faire que de reprendre devant vous cette espèce de thèse qu'il n'a cessé de soutenir depuis quarante ans. Heureusement pour lui, il ne retrouve sans doute à Orléans aucun de ses auditeurs parisiens de 1839. Ainsi ses paroles risqueront moins de vous paraître d'ennuyeuses redites.

Le vent est aux réformes universitaires; il y pousse, je le crains, plus vite que ne le voudraient les esprits modérés. Depuis que, pour la seconde fois, les suffrages de l'Institut -de France m'ont appelé à siéger dans le Conseil supérieur de l'Instruction publique, je me vois salué de compliments flatteurs, mais aussi de conseils entre lesquels ma conscience éprouve, je l'avoue, quelque embarras. Les uns me disent : « Vous êtes, Monsieur, un trop bon humaniste « pour ne pas défendre fermement les humanités contre l'in- « tempérance des modernes novateurs et des partisans de « l'éducation utilitaire, » Les autres : (( Vous avez, Monsieur, « donné des gages à l'esprit de réforme, en publiant certaines (' Notions de <irammaire comparée qui ont troublé un peu « l'esprit routinier de notre professorat ; d'accord avec un *< jeune et savant helléniste (c'est l'Orléanais M. Bailly, que

Egger. io

226 LA JUADITION ET LKS UlîFOllMES.

« l'on connaît bien autour do moi i, noms avez lait rosoInnuMit (( la giuM'i'o aux H^irincs (/rfc/^i/rs de l'oi't-Hoi/al, manuel (|ui « décide luiMit a hop \ ieilli |iniir L;;ir'def son autorite dans nos « écoles. Courage, luarclie/ en axant : la jeune Université <( est avec vous ; elle (>sj»ère bien (|ue vous soutiendrez ses « eHorlspourraméliorationde nosméiiiodospédagogiques. » Entie des vœux si divers, (|u"il me soit |»ermisde gardei- le rôle d'une juste modi'ration. Aussi bien je n'ai pour c(da qu'à suivre la }>ente ualurelle de mon esprit, ami du progrès, mais déliant a l'égard des nouvcault's excessives. Parmi les nomi)reuses améliorations (|ue jteut recevoii' chez nous renseignement des langues et des littéi'atures classiques, il en est une que Ton ne saurait trop recommander, que j'ai de mon mieux mise en prati([ue durant mes longues années d'enseignement, soit dans les lycées^ soit à la Faculté des lettres : c'est l'union des études d'anli(|iiites avec les études juirement littéraires. Former le goût de la jeunesse j>ar l'analyse et l'explication intelligente des chefs-d'œuvre de rélo([uence et de la poésie est assurément le premier devoir d'un bon ])rofesseur, mais ce n'est pas le seul. On peut apprécier et goûter une belle page d'Homère ou de Virgile, de Démosthène ou de Cicéron, sans bien connaître la société grccqui; ni la société romaine. Connaître res|>i'il des j»eujdes, leurs iii^liliilioiis et leurs mu'urs impoi'te autant à l'éducation de la jeunesse (pie cette délicate itréj)aration aux jouissances du beau. Celleci éveille et satisfait l'imagination ; lautre étude forme plus eflicacement la raison, le bon sens, (pii doit être le maître suprême de la vie ; «die i-end plus utiles pour nous ces longues années que l'on passe sur les baiu'> de l'école a\aiit d'entrer dans le monde. File nous fait mieux sentir la dilVerence des ci\ilisations, la force de la tradition (|ui se jiei'jiétue depuis les grands peuples de ranti(|uile classique

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