‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaireChapitre 128 sur 205 · XVII. — SOCIETE ARCnEOLOGIQUE DE L'ORLÉANAIS · texte numérisé non relu

XVII. — SOCIETE ARCnEOLOGIQUE DE L'ORLÉANAIS

jusqu'à nous, le progrès réel de nos institutions et de notre morale, les infirmités nécessaires, les imperfections inévitables de nos sociétés modernes. Or, cette science des choses, cette intimité avec ce que le philosophe Pierre Charron appelle justement le « tous les jours de la vie d'un peuple », ne peut s'acquérir que par un certain libéralisme de curiosité qui aime à fouiller non seulement les auteurs classiques, mais aussi les documents gravés sur le marbre ou sur le bronze, documents qui remplissaient les archives de la Grèce et de Rome, et qu'il faut interroger pour bien comprendre maint passage des auteurs grecs et des auteurs latins. Quelques exemples me feront mieux comprendre que ne le fait l'expression trop générale de mes regrets et de mes conseils.

On expli([ue fort souvent dans nos classes l'oraison funèbre que Thucydide prête à Périclès en l'honneur des soldats athéniens morts dans la première année de la guerre du Péloponèse. Les critiques, M. Yillemain à leur tête, ont souvent remarqué le caractère tout impersonnel de cette oraison funèbre et de plusieurs autres discours grecs du môme genre qui nous sont parvenus. L'orateur, d'ordinaire, y loue d'une manière générale, et sans prononcer un nom propre, les guerriers qui ont été victimes de leur dévoùment à la patrie. A ce noble désintéressement de toute gloire personnelle, on oppose l'usage romain et plus tard l'usage chrétien de louer spécialement un personnage signalé par ses vertus publiques ou privées. Eh bien ! le contraste qui ressort de cette comparaison manque de justesse. Un simple Irait, mais un trait imjiortant, a échappé à l'attention des ci'itiques dans le célèl)ro discours de Périclès : l'orateur y parle du tombeau même devant lequel cette oraison funèbre est prononcée ; il y parle d'une stèle qui est comme le complément des hommages rendus aux

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morts. OiiCst-ci' donc ([ne ('elle stèh>? Une plaque de marbre sur la(|ut'll(' li^iiraicul les uoius tics ^éuéraux et de loues soldais uiorls daus la iitu'rre (jui est deveuue roccasiou de ce discours, l'jilic/. an uiuscc du Louvre, daus la salle des auti([uit('s L;i(H'([ues; iailes-vous -iudi([uer les marbres dits de .Noiulel, parce (]u"ils lurent envoyés d'Atbcuies ;i Paris par M. de Nointel, ambassadeur de Louis XIV près la Sublime Porte : vous y lirez, écrite en caractères du temps de Périclès lui-même, une liste de 192 Athéniens morts pour la cause de leur patrie sur divers champs de bataille, et dont les ossements sans doute re[)Osaieul dans une nièuie tombe. C'est une pièce de même genre qui se dressait ou allait se dresser sur la tombe des soldats que célébrait Périclès. Ces généreux citoyens avaient donné leur sang à la patrie ; mais ils ne renonçaient pas à Thonneur de voir leurs noms signalés à la reconnaissance de la postérité patune inscrijjtion ([ue les magistrats faisaient graver au nom de la l{épul)li(|ue. Loraison funèbre athénienne ressemblait donc plus qu'on ne l'a cru à tant d'autres discours du même genre, prononcés plus tard j»ar les Romains ou par des orateurs chrétiens. Il y a là plus (pi'une simple différence littéraire à noter; il y a un trait de mceurs (jui intéresse l'historien.

Voulez-vous f[ue je vous arrètt; (pichpie tenqis encoi'e devant les marbres de ?S\)inlel, un des [dus précieux nionnments de; notre Musée? ^ous y ii'mai'([iu'i'cz avec moi <[U(.', sur ces 102 noms (rAlliéuiens, il n'y en a pas plus de trois JUI (jiialre qui ia|ijiellenl des idées basses OU vulgaires. Tous les autres expriment des idées d'honneur, de gloire, de force, d(> patriotisme, de piété. Si vous ouvriez au hasard un dictionnaire de noms propres français, vous seriez, au contraire, frap|)és de la diversité de leurs origiiu's et souNcni de la vidgarilé grossière; de leur signilicatiou.

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