XVIII. — ANTIQUITÉS GRECQUES ET ROMAINES. 2i
séance publique de la Société des Méthodes; eu 184i, elle était renouvelée par lui dans un article ^\\ Journal t/énéral de riiistruction publique (1), article écrit surtout en vue de la préparation aux concours de l'agrégation pour les classes de grammaire et pour les classes supérieures des lettres, « Il est à souhaiter, lit-on dans cet article, que les profes- <( seurs de lettres et de grammaire saisissent toutes les « occasions de compléter leur enseignement par des no- « tions qui les mettent en rapport avec le professeur d'his- « toire. Les études gagneront toujours à ce mélange et à « ce contrôle réciproque de deux enseignements voisins. » — Et encore : « Puissent de telles considérations provo- « quer un mouvement de curiosité féconde dans nos écoles! « La monotonie, dirons-nous la routine? des exercices jour- « naliers, n'y doit pas faire oublier un devoir plus noble « encore et plus élevé. C'est par son ensemble que l'anti- « quité est grande et riche en leçons salutaires pour l'cs- « prit humain. Plus on lui conservera cette unité qui fut « sa vie, plus s'uniront dans nos livres, comme dans l'en- « seignement, Fintelligence des faits et celle des mots, plus « s'élèvera en force et en éclat la discipline universitaire. » Alors déjà ces appels étaient entendus. Déjà les futurs professeurs de grammaire se voyaient conviés à quelques études sur l'histoire de notre langue, par l'explication de la lettre de Montaigne à madame de Foix sur l'éducation des enfants ; déjà quelques élèves de l'Ecole Normale faisaient, sous la direction d'un maître de conférences, des visites au i\Iusée du Louvre pour y prendre le goùl des monuments de ranti(piité. Bientôt allait être fondée dans Athènes une Ecole française qui avait surtout pour objet et qui a de plus en plus pour effet d'élargir la science de nos
(1) Numéro du 28 dcccmbro ISi'i.
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jeunes prot'esseur.s par la coimaissance directe des cliefsd'œuvr(ï de Tart aiili(|U(', jtar la lecture et rintellip:encc des inscriptions, (|iiel(pierois enlin de les honorer par d'heureuses dccoiiverles sur h' sol in(''[>nisahle de raiilii|ii(' hcllénisnie. .Nous sommes donc trop ju'ompls à nous accuser uous-mèiiies d'inertie et (rinsouciancc ; il y a longtemps (pic rinivcrsité csl soucieuse de progrès, (^ela se voit chaque année, même dans nos livres classiques, surtout dans les éditions et traductions d'auteurs grecs. Mais, sans sortir de Tordre d'idées qui nous préoccupe en ce moment, cela se \oil dans le grand Dictionnaire d(ui[ nous annonçons une livraison nouvelle, et dont la j)lupart des rédacteurs sont d'anciens élèves de l'Université, d'anciens memhres de l'Ecole française d'Athènes. L'Ecole, plus réceuinient fondée à Home, en vue des travaux sur ranti({uité romaine et sur l'histoire du moyen âge, est hien vile entrée dans cette voie du progrès, sous la direction de ses savants chefs et sous le |)atronag(! de l'Académie des Inscriptions e( Belles-Lettrcïs.
^ious voilà donc raiiicncs. sans cllorl de Iransilion, an seplicnic fascii'ulc (|uc xii'iil de puliiici- M. Saglio, cl qui formerait à lui seul un hien gros volume, (^e Dictionnaire (îst encore un de ceux qui de\ raient faire le lond d une hihliothèque de j)rofesseur, car il reiireinie peu d'articles (jui n'aient leur utilité pour liiiteiprétalion des classiques grecs et des classiques romains. Sur une centaine d'articles, j'en vois à peine vingt (pii appartiennent à ce qu'on jx'ul a|i|M'ler les curiosités de l'eiMidition. I*re'-(pie tous les autres eclaii'ent (pielque partie des institutions civiles, politupu's, religieuses et militaires, des usages, de la vie morale et des heau\-arls dan-- le uioiule ancien : tels sont les articles cera (emplois divers et commerce de la cire) ; cathedra [chaise, et plus tard chuire)\ ceiisus [cens, recen-
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sèment, considérés au point de vue de l'état civil, de la fortune privée et des impôts) ; cenlwnmri (tribunal permanent dont l'histoire se rattache non seulement à celle du droit, mais à celle de l'éloquence chez les Romains) ; chorus [chœur, partie intégrante du théâtre grec et dont le nom seul en rappelle les \icissitudes à travers les siècles, sans compter les dérivés choréçjie et choragique, en rapport avec l'histoire de la sculpture, etc.); chirurgie, sujet dont le nom seul rappelle toute l'importance. Ce dernier, dû à un médecin érudit, le docteur Briau, traducteur de la Chirurgie de Paul d'Egine et auteur d'intéressants mémoires sur les services de santé chez les anciens, manque peut-être de méthode, mais montre un grand savoir sur les diverses parties du sujet. On regrette pourtant ([ue l'auteur, M propos du rôle des médecins dans les gymnases, ne cite pas le curieux traité de Philostrate sur la gymnastique, publié pour la première fois en France par Ch. Daremberg, et plus correctement en Allemagne par Volckmar. L'article Chirurgie a déjà pour complément l'article Asclépion, qui figure dans le premier volume du Dictionnaire; car les asclépions, ou temples d'Esculape, sont le véritable berceau de la médecine grecque, qui fut longtemps enseignée et pratiquée comme une sorte de sacerdoce par les Asclépiades, descendants ou disciples du dieu Esculape. On sait que les cures opérées là, non sans mélange de cérémonies religieuses et de pieux charlatanisme, étaient primitivement attestées par des inscriptions qui formaient les plus anciennes archives de l'art médical. Au deuxième siècle de l'ère chrétienne, le voyageur Pausanias ne retrouvait plus que six de ces vieilles inscriptions dans le sanctuaire d'Esculape à Épidaure ; mais il atteste qu'elles y étaient autrefois très nombreuses. En tout cas, quelques documents du môme genre et précisément contemporains de Pausanias
ont éti' rotronvi's à Homo parmi les ruines de YAsclépion que renfermait Flic du Tibre (1). A ce propos, il faut que je relève une erreur trop fréquente dans les ouvra^res des antiquaires, et à laquelle M. Hriau n'a pas échappé : c'est de traduire par le mot colonne le mol grec tt/jat,, qui sijrnifie tout au jdus un pilastre à surfaces plates, mais qui désigne en génér.il nue |da([U(' de niai'lu-e dressée debout et ])Ouvant ainsi recevoir un texte très long et quel([uefois même être gravée sur les deux faces. La forme cylindrique d'une colonne se prête mal à la lecture d'inscriptions de quelque étendue; et, en ellct, l'épigrapliie ancienne nous offre peu d'exemples de colonnes inscrites. Au contraire, nous avons des milliers de plaques, dont quelquesunes portent jusqu'à cent lignes de texte, c'esl-à-dire plus que n'en peut contenii-. même en jtetits caracti'rcs, une page de nos livres in-folio. Les procès-verbaux d(> guérison provenant de YAsclépion de Rome sont précisément gravés sur de telles plaques, ce qui ne peut laisser aucun doute sur la juste interprétation du texte d(> Pausanias.
Témoignons encore de notre attention à lire non seule- Jiieut en amateui'. mais (mi (^'111(^11'. tant de |tn''(ien\ chapitres d'archéologie. L'article L'/i(ilkcfa, (\u\ est (.le. M. Saglio <'t ([ui se rattache à lai'ticle Apntitn'es du |U'emiei- volume, nous a laisse' voir uru^ omission de (|nel(|ne ini|t(utance, (pii pourra être réparée sous un autre vocable dans la suite du Dictionnaii-e. Le mot rhalkria, pluriel neuti-e désignant une fête atlu'uienne, rappelle c/-'rt//<?/o?i, qui en est le nominatif singulier. Or ce mot chalkcion désigne certainement, dans un des discours de Démosthène (le ]iremier discours contre Rœotos), la carte ou plaepie d'état civil d'un citoyen
(1) Voir Corpus inscriptionina rjv.vcariDn, ii» 5980., M. IJriau connaît ces documents ; mais il ne les cite que d'après le vieux recueil de Smct, qui pcut-ôtre n'en indiquait pas exactement la forme.