‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaireChapitre 139 sur 205 · XVIII. — ANTIQUITES GRECQUES ET ROMAINES. 2ol · texte numérisé non relu

XVIII. — ANTIQUITES GRECQUES ET ROMAINES. 2ol

athénien, celle qui constatait son inscription snr le registre! du quartier auquel il appartenait par sa naissance, et Tiuscriptiou paraît avoir eu lieu lors de la fête dite des Apa~ turies. Le client de Démosthène, accusant un frère consanguin d'avoir usurpé un titre d'état civil identique au sien, se plaint de ce qu'ils auront tous deux désormais « le « même chalkeion^y, c'est-à-dire la même plaque de bronze (elle pouvait être aussi de buis) équivalant à notre acte de naissance. Le sens de ce passage est devenu évident depuis qu'on en a pu rapprocher deux plaquettes de bronze qui repondent tout à fait au texte de Démosthène, et dont l'une appartient au British Muséum^ l'autre à un antiquaire parisien (1).

Mais là ne se borne pas l'intérêt d'un si curieux rapprochement, car il fournit l'occasion de montrer les incertitudes de l'état civil chez un peuple oii le père était libre de donner à son enfant le nom personnel qu'il lui plaisait, comme cela se voit dans une charmante scène des Nuées d'Aristophane. Même ajoutés au nom du fds, celui du père et encore celui du grand-père ne suffisaient pas à marquer sûrement la fdiation régulière dans une même famille. Ce sont les Romains qui nous ont transmis l'usage bien plus commode et plus sûr du nom de famille proprement dit. Le citoyen d'Athènes profitait de sa liberté pour choisir toujours des noms dont lé sens et l'harmonie flattaient son patriotisme et sa vanité. La règle romaine, dont nous avons hérité, constitue pour le droit civil un véritable progrès; mais on sait comi)ien elle est parfois gênante quand un de nos ancêtres directs nous a légué un nom désagréable à prononcer et à entendre. Il y a sur ce sujet, comme on le voit, la matière d'une comparaison entre les

(1) Voir dans nos Mémoires d'histoire nncienne et de philoloyie le morceau qui traite des Formalités de Vétat civil chez les Athéniens.

iiKiMH-s (lu monde ancien et c<>lles de lliiirope moderne, compaiaison pour laquelle un clément nous manque dans le Uictionnairc de M. Saglio. 11 lui sera facile de combler celle lacune en insérant quelque part dans sa nomenclature, au mot nomcn (en grec hyj.y), un article sur l'état civil en Grèce, qui se rattache naturellement aux formalités de l'état civil loniaiu, telles (ju'on les voit décrites par M. llumbert, le jurisconsulte, ;i Tarlicle ccnsus. L'auteur du Voyage d'Anacharsis, sans sortir du })lan de son livre par une comparaison qui eût été indiscrète de sa part, a du moins signalé, dans un de ses chapitres, le caractère original de la nomenclature civile chez les Athéniens. On aime toujours à rappeler ce vieux livre qui est bien passé de mode, et dont peu de chapitres [tourraient être réimprimés sans de nombreux cliangemenls, mais qui enfin contient tant d'idées ingénieuses et justes, avec un fond d'ériidilidn tel qu'on pouvait l'avoir en pareille niatii're vers la tin du dix-huitième siècle. M. Letronne n'oubliait ])asle LXVl'' chapitre de VAnacharsis, lorsqu'il écrivit son excellent Mémoire sur les noms propres grecs, publié en 1846, et (pii sera, nous l'espérons, prochainement reproduit dans le recueil des OEiœrcs choisies de ce savant critiijue, recueil dont les deux jtremiers volumes vont paraître (1).

(1) Ces doux volumes ont paru (mi 1881. Ils coiitioinienl les mémoires concernant l'Egypte ancienne. (Librairie Ernest Leroux.)

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