UN PROJET ABANDONNE
Sur le conseil d'un ami trop indulgent peut-être pour mes essais de jeunesse, je me permets de reproduire ici l'exposé sommaire d'une invention dont l'idée remonte à 1832, et dont je n'ai pas poursuivi l'application pratique.
Le goùL de la Physique et de la Mécanique était pour moi une tradition paternelle. Après avoir obtenu en 1831 le diplôme de bachelier es lettres, je crus devoir suivre pendant une année encore, pour mon instruction, le cours de Physique au Lycée Henri IV, oi^i j'avais pour professeur M. Despretz et àla Faculté des Sciences, où professaient MM. Dulong et Pouillet. L'esprit préoccupé de certaius problèmes qui se rattachaient à ces études, je conçus l'idée d'un nouveau pendule compensalenr. Mais d'autres devoirs et d'autres études me détournèrent bientôt de cette idée, que je n'avais pu amener h sa dernière précision par le calcul. Quelques années plus tard, un savant mathématicien, M. J. H. Vincent, à qui j'en avais fait la confidence, m'encouragea fort amicalement à publier ce petit travail, et me prêta le secours dont j'avais besoin pour le soumettre au public compétent. Puis il eut l'obligeance de présenter à la Société Philomalhique notre rédaction commune et de la faire imprimer dans les mémoires de celte Société. En 1853, l'Exposition internationale de l'Industrie me réservait la surprise de voir mon modeste projet réalisé par un horloger
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de Namur (1), que je me gardai de soupçonner de plagiat, mais avec qui, du moins, j'avais le plaisir de m'être rencontré. Malheureusement, l'expérience, au jugement des connaisseurs, n'avait pas réussi et la pratique ne répondait pas aux espérances que la théorie avait fait concevoir. Des savants de profession m'en ont expliqué la cause que je serais incapable de rapporter ici. Peut-être d'ailleurs le mal n'est-il pas sans remède, et quelque ingénieur-horloger trouvera-t-il le moyen de perfectionner cette petite invention et de la rendre utile. Quant à moi, qu'il me suflise aujourd'hui d'avoir confié au lecteur les excuses de ma vanité. Il en sera juge, et je ne fais appel qu'à sa bienveillante indulgence.
Toutefois, je voudrais qu'il en tirât aussi une leçon. Si nos élèves des classes purement scientifiques donnent en général trop peu de temps, trop peu d'attention aux études littéraires, de leur côté les humanistes en donnent trop peu aux sciences. Or, combien nous perdons à ne pas connaître également l'esprit humain dans ses deux fonctions principales, la recherche du vrai et celle du beau! Pour n'en citer qu'un exemple, et dans la littérature latine, si l'on a quelques notions de physique et d'astronomie, les Questions naturelles de Séncque et les premiers livres de l'Encyclopédie {//istot-ia naturalis) de Pline l'Ancien deviennent une lecture des plus attachantes ; autrement on n'y trouve guère que des difficultés souvent pénibles pour l'esprit. Un élève qui a pris goût aux sciences physiques et mathématiques s'intéresse, chez Séncque et chez Pline, aux" progrès de ces deux sciences ; il mesure avec orgueil la distance qui nous sépare, sur ce terrain, des philosophes et des astronomes de l'antiquité; mais, en même temps, il rend justice à leurs efforts de pénétration, à la prévision hardie (ju'ils ont quelquefois si noblement exprimée, des découvertes réservées au génie des modernes. Je parle ici au nom de mes souvenirs personnels, et j'espère qu'on s'applaudira de suivre en cela les conseils de mon expérience.
(1) M. Bodart (ii° IKi de Y Exposition belye).