‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaireChapitre 58 sur 205 · X. — DISTRIBUTION DES PRIX AU LYCÉE LOUIS-LE-GRAND · texte numérisé non relu

X. — DISTRIBUTION DES PRIX AU LYCÉE LOUIS-LE-GRAND

nouveaux pour se préparer aux luttes de la vie : on ne devient, leur disais-je, qu'à ce prix, un citoyen digne de son pays et de son temps. La présente solennité me convie à vous défendre, à défendre surtout vos familles contre une autre objection que rencontrent nos études classiques dans leur extension nouvelle et dans leur variété. Que de fois ne dites-vous pas et n'entendez-vous pas dire : c'est fatigue inutile que d'apprendre tant de sciences que nous n'appliquerons pas dans nos diverses carrières ; à quoi bon étudier si longtemps ce qu'on doit vite oublier après être sorti des classes? Voilà, Messieurs, la plainte commune à laquelle je voudrais brièvement répondre, et je le ferai en vous rappelant une anecdote qui vous est familière.

Vous avez lu dans votre Cicéron, comment Thémistocle reçut un jour la visite d'un habile homme, inventeur de ces procédés qu'on appelle mnémoniques : il offrait au vainqueur de Salamine, génie d'une force rare en toute chose, le moyen de rendre sa mémoire infaillible. « Que ne m'apportes-tu plutôt, lui dit le héros athénien, un art d'oublier?» Cet art, hélas! nous n'avons pas, tous tant que nous sommes, à le chercher. Oublier est un effet naturel du temps et de l'infirmité humaine. Il ne faut ni nous en plaindre, ni nous en elfrayer outre mesure. Quant à vous, élèves de nos lycées, qui regrettez le temps passé à des études dont les souvenirs s'effaceront un jour, dites-moi, d'abord, ces programmes d'études sont-ils aussi chargés qu'on le prétend ? Songez-y un peu. Des langues et des littératures aucicnnes, de l'histoire, des sciences physiques ou matliématiques, on ne songe à vous enseigner que les éléments. 11 n'est pas un de vos maîtres qui n'en sache et ne voulût vous en montrer beaucoup plus, si la prudence ne contenait son zèle. Dans l'élégant plaidoyer que vous venez d'entendre, la Rliétorique ne s'est-elle pas

96 LA iU.VltlTluN lu l.liS HEFOKMES.

|iiiiil('iiiiiit'iil .iindiiidi-it' |i(>iii' lie i:.iii1<t (|ii iiiic jii^lc place dans I (•(•oiiniuic ilr vost'tiidcs classiiines? L histoire sérail bien aiiliemeiit eii\aliissaiile, si elle s'étendait poiii- votre usage selon les |iroi:res (pie les savants lui font l'aire sous nos yeux. Mais, eu réalité, elle reste à peu près j)Our nos élèves ee (pi'elle était pour le royal disci|de de Bossuet, (111 aliretic «les traditions du monde eliretieii et de ses lappiirt-- a\ee l'Asie oceidenlale : llnde et la i'Iiiiie y sont a |)eine uientionnéi's |tour souMMiir: elle reste jdus étrangère eneoi'e aux anti(]iie< tiaditions du nouveau monde aujoiird liiii tiansfoiMue par la |.ui>'*aiile civilisation de SCS cont[uérants européens. L liisloiie de Fi-ance. elleniéine. voyez avec ([uelle habileté mon honoiahlc assesseui* en celte tète, M. Gourgeon, la su réduire aux scènes les plus instructives de nos Annales, à celles où se marque le mieux le jirogrès de notre nation dans le cours des âges. i'.t le doyen de vos maîtres au lycée Louis-le-firand, celui (pie je suis heureux de jiouNoir app(d(M- tout coni-| Casimir (iaillardiu (1) (car noli-e amitié remonte à un demi-siè'cie, un demi-siècle, vous h; xo\ez. (pii la moins vieilli que moi !), assurez-\ous hien (ju il ménage devant vous avec une |iar("ini(Uiie toute |iateriielle son immense érudition d lii>toiieii. (îette ériiditicni, je la connais et je puis vous en parler : c e>^t lui (|ui. à 1 lù'ole .Normale, troinait des"^ ini^irs pdiii' nu'ttre en IVaiuais le^ iienl' li\ re< d'I It'rodote je croi-- voir encore les gi'os cahiers de sa helle écriture); ei'sl lui (pii Nient d'écrire sur le seul règne de Louis \IV, un grand règne, il est Nrai. cin(| Noliimes naguère lnuiorcs (je la pln^ li(dle des palme- (jne décerne I Acadrinie tiauçaix'. S il ne saxait se modérer et >e contenir, -ans vous lasser, je le veux, il vous occujterail durant hien cies

(1) Mon h Paris \o 2!) décembre 1880.

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