‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaireChapitre 7 sur 205 · INTRODUCTION. XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XVII

des Pliaraons, des Nemrod, des Cyrus, une habile organisation de l'esclavage des peuples sous le despotisme à peu près absolu des dynasties royales; plus loin encore, en Orient, l'Inde et la Chine, depuis longtemps parvenues à un rare degré de culture, riches d'une littérature poétique et savante, mais dont les trésors, révélés bien tard ;\ notre curiosité depuis deux ou trois siècles, étaient à peine soupçonnés d'Hérodote, et demeurèrent ou inconnus ou mal appréciés, même après les conquêtes d'Alexandre le Grand.

Ici, messieurs, vous pourriez craindre que je ne hasarde un jugement trop absolu sur des contrées et sur des peuples dont l'étude reste si loin en dehors de notre savoir classique. Permettez-moi donc quelques explications pour vous rassurer.

D'abord, plusieurs de ces peuples nous sont familiers, comme les Juifs et les Assyriens, par l'éducation religieuse de notre enfance. Les Égyptiens sont de plus en plus rapprochés de nous par tant de belles découvertes que, depuis un siècle et surtout de notre temps, les explorateurs et les philologues ont faites dans les monuments de la vallée du Nil. En Asie, l'antique religion des Perses et la langue qu'ils parlaient sous les Achéménides sont de mieux en mieux connues par l'interprétation de leurs livres sacrés et par le déchiffrement des écritures cunéiformes. Une autre écriture, de forme analogue à cette dernière, nous a livré la plus grande partie de ses secrets, et ainsi nous ont été rendues d'innombrables pages des annales assyriennes, comparables, tantôt par la précision des dates, tantôt par la fastueuse abondance des narrations, à celles qu'on a lues sur les papyrus et sur les parois des temples égyptiens. De telles découvertes ont redressé plus d'une erreur de la critique, et. pour ma modeste part, j'ai à m'accuser d'avoir jadis (c'était en 1838, date assez éloignée pour me servir d'excuse) méconnu bien des richesses de la littérature égyptienne, et un peu trop rabaissé le génie de ce peuple devant le génie de l'Hellénisme (1). Je dois pourtant dire que, même après mainte révé-

(1) Article publié dans la Revue française, t. X, p. 11"2.

XVIII INlHODUCriON.

lalimi sur les richesses des bibliolliètincs pharaoniques, niùme après la publication, surtout due à notre jeune compatriote Maspéro f!\ de ces romans dont quelques-uns furent pris jadis par Hérodote pour de l'histoire, il me semble toujours que les Grecs ne sont pas <( ce peuple enfant » dont parlaient fi Solon les prôtres de Sais, trop fiers de l'antiquité de leur sagesse sacerdotale. De tout cela, messieurs, on peut s'instruire aujourd'hui, sans ôtre égyptiologue ou orientaliste, dans maint ouvrage fort abordable de l'érudition spéciale. J'ajoute, avec un sentiment particulier de reconnaissance pour l'Académie qui m'a fait l'honneur de m'adopter, (jue nos séances à l'Institut sont singulièrement propres à nous ouvrir l'esprit sur toutes les grandes nouveautés de la science. C'est dans les livres de mes confrères, c'est dans leurs entretiens, c'est dans les communications qui nous viennent du dehors et des contrées les plus lointaines, que nous apprenons à mieux apprécier, et sans vain égoïsme de famille, les saines qualités du génie européen. Ainsi, pour reprendre notre course ;\ travers l'Asie, l'Inde nous laisse voir, par les travaux des A\"illiam Jones, des Golebrooke, des Lassen, des Burnouf, la prodigieuse richesse de sa poésie légendaire et de sa philosophie; la Chine, grâce aux anciens travaux de nos missionnaires, ù ceux de Ilémusatet de Stanislas Julien, se laisse pénétrer jusque dans le secret de sa langue et de son écriture. Naguère encorejepouvais lire, dans la traduction que nous en donne M. d'Hervey de Saint- Denys. quelques chapitres de la grande l'encyclopédie historique de Ma-ïouan-Lin, où se marque avec une vérité saisissante le caractère original de cette antique civilisation chinoise, représentée aujourd hui dans le céleste Empire par plus de ;{<i(», 1)0(1, U()i) trèlres humains. Bien plus, un jeune et savant lettré chinois, qui venait de prendre i\ Paris ses grades de bachelier dans notre Faculté des Lettres et dans une Faculté voisine, m'entretenait des jjroductions littéraires et, en particulier, des productions philosophiques de son pays. On ne

(1) Us contes populaires de l'É;/i//jte ancienne. Paris, ISS"?, iii-I'J".

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