‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaireChapitre 85 sur 205 · XII. — HISTOIRE ET BON USAGE DE LA LANGUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

XII. — HISTOIRE ET BON USAGE DE LA LANGUE FRANÇAISE

le peuple même, qui s'est créé un idiome à son usage, dans l'exercice à peu près complet de sa liberté. Gela me conduit à une autre observation, non moins grave que la précédente.

Si le peuple se crée une langue à son usage, il faut dire qu'il la crée aussi à son image et que, s'il est fort divisé, la langue le sera comme lui. Or, la Gaule franque, la Gaule sous les trois premières dynasties de nos rois, était loin d'offrir le bel ensemble dont la France d'aujourd'hui est si lièrc. Le sol était morcelé en provinces plus ou moins indépendantes les unes des autres, oii chacun des peuples barbares, que je viens de vous nommer, avait laissé des traces plus ou moins profondes de son langage, de ses lois et de ses coutumes. De là une foule de dialectes romans, souvent très différents l'un de l'autre, quoique tous rattachés à une origine principale, le latin. De bonne lieure cependant, ces nombreux dialectes provinciaux se montrent ramenés à deux familles, celle qui dominait au midi de la Loire, et celle qui dominait au nord. Les uns étaient des variétés de ce qu'on nommait la langue d'oc, les autres des variétés de la langue d'oïl [oc et oU sont deux mots dérivés du latin, et qui veulent dire oui). Les poètes qui écrivaient dans la langue du 3Iidi sont connus sous le nom de troubadours, ceux qui écrivaient dans la langue du rSord sous le nom de trouvères.

Mais, au Nord surtout, se forma la puissance des rois capétiens, qui eut pour centre Paris et l'Ile de France; c'était déjà une raison pour que la langue de ce pays remportât sur celle des contrées méridionales. Un grand événement vint encore aider à cette victoire. Le Midi était déchiré par des discordes religieuses. Une hérésie redoulal)h!, celle des Albigeois, s'y élail raiti(hMiieiit développée. Elh; attira sur ce malheureux pays, avec les foudres de l'E-

Ii2 I.\ THADITIUN ET LES RÉFORMES.

illisc. les (lt'-;i-trc< (riiiic ljiu'IMc sans |iili('. où se iiirlaiciit l)t'aiiC(Mi|i (laiiiltitidii^ |iiiii'iiiriil liiiiiiaim's. hans la [iicmicrc iiioitic «lu tici/it'iiic siècle, iiiie \eiital>le croisade, dii'igéo par les barons du non! de la France, noya dans le sang les villes hérétiques de la Provence et du Languedoc. Les langues du Midi, ([ni avaient d(''ja luodiiif alors beaucoup de belles œuvres littcraii-es, reçurent de ces événements un contre-coup dont elles ne se relevèrent jamais (1 . Il lut dès lors décidé, par la force même des choses, que le français de Paris et des |>rovinces du Mord deviendrait, comme il est devenu, en effet, la langue de toute la monarchie française. Au quatorzième, an (jninzièmc siècle, il n'y a ])lus en France deux littératures romancs^ il n'y a jdiis ((u'une langue et qu'une littérature françahes.

C'est donc aloi's (pie s"ou\i'e la troisième |teriode, (pi(> je vous annonçais en commençant. L"iinit('' poiii- ainsi dii-e oflicicdle di; notre langue est détinitivenuMit constituée, coninu' celle de notre nation. Les j)rogrès successifs du pouvoir royal n'ont fait que l'alVerniir. Les provinces qui, dans la suite, ont ('li' annexées au territoii-e français, se sont nainrellement londiies dans celte nniti' de plus en |dii- |)iii<<ante, par la lorce militaire el j>ar ICclat du génie dans les sciences et dans les ai'ts. Des le treizième siècle, la langue du Nord était très tlorissanle; elle complait nn grand nombre de |toe|es. dont (|iit'l(|nev-iins <oiil restés célèbres, quoi([ue les changements appoi'les à la langu(> par In progrès des siècles nous rendent assez difficile la lechire de ces vieux trouvères. On est oblige de les e\|ili(|iiei' aiijoMi'il Inii. dan< les cours, comme on

(l) Voir l'Histoirr do la Littérature provençale de M. Fauricl (Paris, 184(', 3 vol. iti-8) ol la I(m;oi) d'ouverture du Cours de littérature provençale, professé à l'École des Charles, en 1KC5, par ^I. Paul Meyer.

Page 1