XII. — HISTOIRE ET BON USAGE DE LA LANGUE FRANÇUSE
explique des auteurs grecs ou latins; et cependant, il ne faut pas s'y tromper, leur langue ne difîère par aucun caractère essentiel de celle que nous parlons aujourd'hui. L'orthographe en fait souvent la principale différence, et c'est pourquoi j'ai cru pouvoir vous dire que la troisième période de l'histoire de notre langue coïncide avec les victoires décisives de la monarchie capétienne. Tout ce qui s'est fait depuis ce temps n'est que la continuation d'un même progrès. La langue française du quinzième et du seizième siècle, celle qui prit dès lors une forme de plus en plus fixe, grâce à l'imprimerie, sert de transition entre le moyen âge et le siècle de Louis XIII et de Louis XIV. A toutes ces dates, sous tous les régimes que notre pays, a traversés depuis six siècles, la Gaule n'est plus ni romaine ni romane; elle ai française : c'est le français qui domine dans toutes les œuvres qui représentent son génie national, dans tous les actes de sa vie politique, ÎNos grands écrivains ont pour ancêtres directs les écrivains du temps de saint Louis.
Mais un peuple ne vit pas seulement de la vie puhlique; sa force n'est pas seulement représentée par une armée permanente, par une action politique fortement concentrée aux mains de ses chefs, par des sociétés savantes et littéraires. Sous cette uniformité solennelle de la vie nationale, subsistent et se perpétuent des diversités auxquelles répondent des langues non moins diverses. Les dialectes longtemps en usage dans chaque province, dans chaque partie d'une grande province, abdiquent moins facilement encore devant hi langue officielle que les li- Inu'tés locales n'abdiquent devant le pouvoir d'un gouver-
iU L\ TRADITION ET LI-:S RÉFORMES.
iitMîicnt cciilial. si lui! (>l si ^Hoiiciiv (|iril soit, (^es <lialectes siiiN i\t'iit (liiiic. d siir\i\('iit l(iiiL:l('m|is ;'i l'organisation criino jj^i-jindc ii.itidiialilt'. à la iircdoiiiiiiaiicc d une langue nationale. Sans doiilc ils oui [icrdii. sous le nom un peu ui('|»i'is('' de fintois. liuiiiortancc (juils avaient à rorigiuf: iiiai-> (■lia(|iii' pclilc IVaclion du iii'aiid |H'ii|tl(' s'obstine à parler son projjrc dialecte, et y reti'ouxe eouune ini souvenir et nue iuiatic de ses anciennes lil)ei'tés. Il y axait (Micoi'e, à la liu du dix-huitième siècle, beaucoup de provinces françaises, la Bretagne par exemple, où le franeais ne servait guère que pour les rapports des habitants avec l'administration centrale, oii il n'était compris et praticpu' {|U(' dans la haute société, où les campa- Liuards s'obstinaient a u Ciiiidoycr (pie le patois de leui' \ illage. Après la révolution de I7.S!), lorsde ee mouvtunent irrésistible (jui eiitraîua la l'iauec à resserrer les liens de son unité sociale, en abolissant les privilèges et en tondant l'égalité civile, une de nos assemblées révolutionnaires eut la pensée que l'on pouvait aussi anéantir les patois. Le 30 prairial an II de la République française, le citoyen Grégoire lisait à la Convention nationale un rapjtort rédigé en ce sens. U y énunn'i-ait les trente j)atois subsistant alors, (pi'il signalait eoiume ini (dt^laeh^ au progrès de \\ Iraleiiiité entre tous les nu'mbres de la famille fiMUçaise ; et il [U'op(Kait " {\'u)iif<trutcr le langage de la grande Il ii;iliiiii. de manière <|iie Ions le-^ ciloxens (pii la euinposenl i< pii^<ent sans obstacle se eoiuinnni(|nri' leni^ pensi'es ».
Pour e(d I. il ne fallait rien moins (pi(> deerelei' une déh'use alivohir de faire désormais usage des |ialois. Aussi ce rapport, connue toute entreprise ipii l'ail \i(denee à la nature de-^ choses, i-esta inn- lettre UKU'te. On ponsait bien décider (|ue desoi'uiais l(>s ofliciersde l'état ci\ il rédigeraient en français les actes de leur com|)elence ; (pu' les juges, cpu'