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LA LANGUE FRANÇAISE

Longtemps bornée à de timides et capricieuses expériences, l'étude des synonymes est enfin devenue une science régulière, et a fait son entrée chez nous dans la société savante avec le livre de l'abbé Girard qui a pour titre : La justesse de la langue française, ou les différentes significations des mots qui 'passent pour sijnonijmes^ petit volume in-12 de 300 pages environ, dédié à une grande dame, la duchesse de Berry, par son chapelain. Après un siècle et demi, voici la même science parvenue à son plein développement et représentée par un gros volume de 1,200 pages, toutes pleines de solide philosophie et de solide érudition (2). Ne nous en étonnons pas; dès le début elle eut l'ambition haute et les visées hardies. « Nous n'a- « vous guère, disait l'abbé Girard dans son Discours prélimi-

(1) Journal dus Débats du 17 juin 1858.

(2) Dictionnaire des synonymes de la la7i(/ue française, avec une introduction sur la théorie des Synonytnes, par B. Lafaye, professeur de philosophie et doyen de la Faculté des Icîttros d'Aix. — Paris, 1858, grand in-S.

j;i8 LA TIIADITION LT LES UÉFOU.MES.

(( )iairc, nous n a\(»iis ^iicrc daiiln' \(nc (|iic la iiarolc |h)iii' (( exprimer uos pensées, et nous n'en avons sùicnieni poinl « de meilleure, soit que nous la prononcions parl'aide des « organes, soit que nous la dessinions par le secours de u l'écriture. Cette i'aciliti' (|ii'()iit les Iioiiinics de faire en- « tendre loiil ce ([ui se passe au dedans deux-nirines me « paraît seide une preuve qu'ils sont faiispour former en « tre eu\ une société, non seulement utile par les services « réciproques qu'ils se peuvent rendre et par les secours « qu'ils se peuvent donner, mais encore agréable par la « diversité de leurs entretiens et par la sincérité de leurs (( discours, etc. » ; cl il continuai! ainsi, avec une aisance de langage ([ui cache souvent l'extrême linessc! ou nuMue la profondeur des observations. Si court donc ([ue (ùt le livr(\ si iiiiparlait (|iie pTit sembler ce |treinier essai, ring{''nieiix abbé méritait le succès qu'il obtint. Le beau monde était d'ailleurs tout prêt à l'accueillir, car depuis longtemps, dans le beau monde, on faisait des synonymes, comme on faisait des portraits et des maximes, pour s'exercera bien pai'ler et souvent à médire du pi'ocbain avec bonne grâce. De leur coté, les grammaiiiens philosophes entrèrent avec ardeur dans la voie iioii\elle (pii leur ("lait ouverte; c'est ainsi que, grandissant cha([ue jour, par le travail des salons et par celui de l'école, la théorie des synonymes a fini par remplir les gros vol mues de Beauzéc, de l'abbé Roubaud, au dix-huitième siècle et, au dix-neuvième, le Dictionnaire, (|ui fut un des débuts littt'raires d'un homme (bîstiné à bien d'autres travaux, comme à bien d'autics gloii-o^, de M. Guizot. M. Lal'aye liii-nu'^me n'a pas du premier coup songé à produire le \oluniiiuuix recueil (pi'il nous donne aujourd'hui. La première partie de ses ('ludc's sur ce sujet, piddiée en 1841 et honorée alors jiar riiisliliil du prix de liiiLini^tiipie, résumait déjà de bien longs ti'a-

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