‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaireChapitre 93 sur 205 · XIII. — LES SYNONYMES DANS LA LANGUE FRANÇAISE. io · texte numérisé non relu

XIII. — LES SYNONYMES DANS LA LANGUE FRANÇAISE. io

vaux, mais annonçait pourtant une œu\re de proportions plus modestes. C'est en passant au second volume que l'auteur et son libraire ont senti le Ijesoin de chang-er le cadre et le format de Fœuvre. Décidément, un traité de synonymes n'était plus, comme au temps de Girard, le supplément de toute grammaire française ; c'était le pendant du Dictionnaire même de l'Académie; il pouvait donc, sans trop d'inconvénient, se grandir en s'appropriant à la majesté de son nouveau rôle.

Tout est-il profit pour la science et le goût, dans cet accroissement rapide qu'a pris létude des synonymes ? Pour parler avec une entière franchise, je ne le crois pas. Mais avant de dire là-dessus mes scrupules, je commence par rendre un sincère hommage au talent de M. Lafaye et à son grand savoir. Concevoir de bonne heure une idée, la saisir avec passion, l'étendre et la fortifier, vingt années durant, par de patientes recherches, et cela loin de ce Paris, que de molles consciences veulent nous représenter comme la seule ville où l'on puisse vivre de la vie de l'esprit ; tenter une première fois la publicité et ne voir dans le succès obtenu qu'un motif de redoubler d'efforts ; surtout, quand on est philosophe de profession, braver le discrédit qui s'attache souvent en France aux travaux d'érudition grammaticale, consacrer, au contraire, à ces travaux une raison exercée par la spéculation philosophique : tout cela n'est pas, je pense, un mérite vulgaire, ni qui doive être accueilli froidement par la critique. Le plan et l'esprit du livre de M. Lafaye sont aussi à louer presque sans réserve. Une théorie qui nous vient d'Allemagne, et que M. Guizot accrédita le premier en France par de loyaux et discrets emprunts, permet de distril)uer avec clarté la matière devenue si riche d'un traité des synonymes. M. Lafaye s'empare de cette méthode et il rnpj)]i(iue avec

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une grande preeision. .Mainlenaiil les mots s\noiiynies si; classent comme les plantes ; les uns (pii (uit nuMue racine, (rajn'ès la l'orme (h; leur terminaison ; les autres qui ont des racines dill'érentes, d"aiu-es les nuances de sens att.ichées à la diversité de leurs racines. C'est de l'histoire naturelle, ai-je dit ; c'est presque de la fr«'ométrie, car pour e\j)rimer ces analogies et ces dillérences, ces degrés d'ailinité entre les mots que l'usage échange l'un avec l'autre, on a imaginé (Euler est, je crois, le père de cette invention, dans SCS Lettres à une princesse d Allcmarjne) de figurer des cercles qui se coupent ou se touchent. Cela est d'une incontestable rigueur, et me rappelle certaine grammaire où les diverses foi-jiies de la }U'0|tosition allemande sont représentées par de petites formules algébriques, tout à fait séduisantes pour l'œil d'un mathématicien. Mais tant de rigueur touche à l'abus, et je me défie un peu de cette confusion des méthodes. La science du langage ne considère pas des alistraclions, mais des réalités: c'est chose vivante que le français de Bossuet el (h^Uaeine, et |iar conséquent chose mobile, (pii a ses e.iprices aussi légitinu's que ses règles; chose llexiblc de sa nature, et dont il ne faut pas méconnaître la naturelle souplesse. M. Lafayc le sait à merveille et le répète souvent. .Ni la syntaxe ni h; choix des termes ne peuvent donc se réduire à cette précision tant recherchée des théoriciens qui, d'un nom nouveau, s'appellent aujourd'hui les sipioni/mistes.

Au fond, et ils en con\iennent. messieurs les synonymistes furent de tout temps ennemis des synonymes, puisqu'ils se proposent d'en réduire incessamment le nombre en signalant des nuances entre des mots que nous tenions poui- éfjuivalents. Or, dans ce travail, il est facile de s'égare r, d'aulant plus facile (|u'on a plus d'cs|)rit. Pour ne parler qu(! d(; nos graiiiinaiiiiMi<. (iiiai'd est d(''ja ([uelquefoi-

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