XVI. — SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE NORMANDIE
pierre est si souvent synonyme d'acte officiel chez les cauteurs anciens (1). Ces textes épigraphiques sont donc (on peut le dire sans métaphore) les débris des archives privées et des archives publiques de la Grèce et de Rome.
Nos musées français sont peut-être parmi les moins riches de TEurope en inscriptions, et pourtant, appréciez, je vous prie, ne fût-ce que par un rapide coup d'œil, l'étendue et la variété de leurs richesses. A Lyon, je vois les tables de bronze qui contiennent la moitié du discours de Claude, que je rappelais tout à l'heure et que Tacite a cru devoir résumer dans ses Annales; les inscriptions relatives au fameux autel où les soixante nations de la Giaule devenue romaine Se donnaient rendez-vous pour honorer d'un culte commun la déesse Rome et l'Empereur; à Narbonne, le décret par lequel cette colonie s'engageait à honorer la divinité d'Auguste, du prince qui avait enfin pacifié et organisé la Gaule; dans votre pays même (je voudrais pouvoir dire au Musée de Caen), les précieux fragments de correspondance administrative gravés sur le Marbre de Thorigny.
Paris ne conserve, il est vrai, que peu de souvenirs des Parisit, nos ancêtres directs ; mais si le musée des Thermes nous parle peu de nos vieux Parisii, en revanche, au moins, dans les salles du Louvre, nous retrouvons à chaque pas le souvenir de ces Grecs et de ces Romains, dont nous descendons par une filiation supérieure à celle du sang, je veux dire par la filiation des mœurs, des croyances, des institutions politiques, civiles et religieuses.
(1) Aristophane, AchaimienSj v. 735; Arrien, Expédition d* Alexandre jlly 1, 4 ; etc. De là dans VÉnéide do Virgile (VI, vers 622) Texpression : fixit ieges.,.. atque re fixit, parce que ces sortes de plaques étaient accrochées %ax murs des édifices publics, comme elles le sont encore dans nos Musées. Cf. Cicéron, Philippiques, xii, 5 et xiii, a.
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Dirigez-vous, avec moi, vers les galeries où sont déposés les plus anciens monuments de la sculpture grecque. Passons rapidement devant les antiquités de Ninive, toutes couvertes d'inscriptions cunéiformes, non pas quelles n'aient une haute importance, mais parce qu'elles parlent pour nous un lïingage encore bien obscur, malgré l'héroïque effort d'un déchiffrement déjà très avancé. Je n'oublie point ce qu'un jeune magistrat normand, M. Menant, a fait pour éclairer ces mystères (1). Les juges compétents apprécient les solides qualités de sa méthode; ils le louent de nous avoir fait comprendre par des expositions lucides les procédés, souvent hardis, de l'interprétation philologique appliqués à ces vieux textes. C'est un problème si complexe et si délicat, que la recherche d'une langue inconnue sous une écriture également inconnue ! Il ne faut pas être impatient envers ceux qui s'y hasardent, pourvu que leur esprit marche visiblement, de précision en précision, à la rigueur des démonstrations sans réplique. Mais enfin une habitude, qui est bien aussi une légitime prédilection, nous ramène malgré nous à des spéculations moins périlleuses. Accoutumés au solide terrain des langues classiques, nous craignons un peu ces sables mouvants du désert oriental, sous lequel la pioche intelligente des explorateurs retrouve les vieilles assises de tant d'édifices longtemps oubliés.
Nous nous sentons déjà plus à l'aise auprès des monuments phéniciens. Les inscriptions qu'on y déchiffre nous offrent les caractères d'un alphabet qui, sous des formes peu différentes, nous est familier dès l'enfance : c'est
(1) Il suffira de renvoyer, sur ce sujet, au volume intitulé : Éléments d épigraphie assyrienne. Les Écritures cunéiformes. Exposé des travaux qui ont préparé la lecture et l'interprétation des Écritures de la Perse et de l*Assyrie, par M. J. Menant, V édition; Paris, 1864, gr. in-8.