‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaire: souvenirs et conseilsChapitre 149 sur 212 · XIX. — LES MUSÉES ET L'ENSEIGNEMENT CLASSIQUE · texte numérisé non relu

XIX. — LES MUSÉES ET L'ENSEIGNEMENT CLASSIQUE

longtemps comme un domaine réservé aux érudits, la connaissance, depuis plusieurs années, s'en est peu à peu répandue parmi nos collègues de renseignement secondaire, grâce aux nombreuses et brillantes découvertes des voyageurs et aux leçons spéciales de quelques professeurs Btu Collège de France, à la Faculté des Lettres, à FÉcole pratique des Hautes Études, déjà aussi dans certaines Facultés de province. On a reconnu qu'il y avait là toute une littérature, une littérature lapidaire, comme nous l'appellerons, et qui présente autant d'intérêt que d'utilité, non seulement pour les philologues, mais encore pour les hommes de goût.

Premier avantage : Voulez-vous avoir une juste idée de l'orthographe deCicéron, qui n'est pas toujours indifférente pour l'étude même de son style ? Les plus anciens manuscrits du grand orateur ne pourront guère vous répondre, ZSLT ils sont de quatre ou cinq siècles postérieurs à sa mort. Entre Cicéron et le plus ancien de ses copistes, dont nous lisions aujourd'hui l'écriture, il y a peut-être huit ou dix transcriptions successives. Qu'on se figure Froissard, ou même Rabelais et Montaigne, reproduits en un texte imprimé selon l'orthographe de notre temps : quelle différence de physionomie entre la rédaction originale et la copie de nos imprimeurs modernes ! Un autre exemple et plus saisissant fera comprendre ce que nous voulons dire ici. Nous ne possédons des charmants récits de Joinville que des manuscrits datant d'un siècle ou d'un demi-siècle au moins iprès l'auteur ; et c'est d'après ces manuscrits qu'on en a fait toutes les impressions que nous pouvons lire, excepté une. Il existe une trentaine de chartes originaires de la chancellerie du célèbre sénéchal de Champagne, et ces i^hartes représentent certainement la forme la plus exacte iu français qu'il écrivait ou que des secrétaires écrivaient

SOUS sa dictée. En étudianl ces précieux documents, un de nos maîtres, M. Natalis de Wailly,a pu restituer et remettre sous nos yeux la véritable langue de Joinville, jusque dans le détail de son orthographe. Pour retrouver la langue e( l'orthographe deCicéron, que faudrait-il donc ? des chartes contemporaines de l'écrivain latin, des documents qui n'aient pas subi l'inévitable altération dont les textes ont à souffrir d'âge en âge sous la main des calligraphes. De tels documents existent, en petit nombre sans doute, sur des marbres ou des bronzes dont nous avons l'exemplaire original et contemporain, ou peu s'en faut, de Cicéron luimême. J'en pourrais dire autant des chefs-d'œuvre de la littérature grecque. Aucun exemplaire imprimé de Sophocle ou de Platon ne représente pour nous la forme précise du texte que lisaient au cinquième ou au quatrième siècle avant notre ère les admirateurs de ces grands artistes. Qu'on jette les yeux sur les marbres qui nous ont conservé des lois, des décrets, des inscriptions dédicatoires de leur temps, on sera parfois effrayé de la nécessaire infidélité de nos copies modernes. Elle est si grande qu'il faut renoncer à la corriger complètement, même d'après les meilleures autorités, sous peine de dérouter les lecteurs.

Mais les inscriptions antiques ont pour nous un autre avantage plus précieux encore. 11 y en a de^entaines qui sont de véritables documents historiques, souvent assez longs; des centaines, qui nous conservent te souvenir de monuments détruits, ou qui figurent sur des monuments encore debout de l'art antique. Or, les inscriptions du bon temps, surtout les inscriptions dédicatoires, sont, pour la plupart, des modèles de précision et de clarté, même dans leur brièveté elliptique. On y trouve, appliquées avec une parfaite correction, les principales règles de la grammaire, telle que la pratiquent les meilleurs écrivains.

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