‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaire: souvenirs et conseilsChapitre 16 sur 212 · JOSEPH-VICTOR LE CLERC · texte numérisé non relu

JOSEPH-VICTOR LE CLERC

Messieurs,

Une des lumières de Tlnstitut vient de s'éteindre. Après trente ans de coopération dévouée à tous les travaux de l'Académie, M. Victor Le Clerc nous est ravi, en sa soixanteseizième année, dans la plénitude d'une intelligence que n'avaient affaiblie ni les infirmités de l'âge ni les fatigues d'une carrière constamment laborieuse. Le dernier vendredi d'octobre, nous Tavons vu parmi nous, à son poste d'activé assiduité; le jeudi suivant, un coup soudain et dont les suites devaient être mortelles, l'a surpris au milieu de ses plus chères occupations. Depuis quelque temps déjà, nous tremblions pour lui; mais nos cœurs s'obstinaient à l'espérance. Nous savions tous ce que l'Académie devait à

(I) Discoui*s prononcé le jour de ses funérailles (14 novembre 1865), par M. Egger, au nom. de l'Académie des Inscriptions et belles-lettres.

Egger. 1

Lk TRADITION ET LES RÉFORMES.

son zèle, à son éminent savoir, à sa vigoureuse raison d'historien et de critique ; nous savions ce qu'elle en pouvait attendre encore. La Providence en avait autrement décidé !

Aujourd'hui, Messieurs, les souvenirs et les sentiments qui nous unissent émus autour de cette tombe, ne peuvent trouver ici leur complète et légitime expression. Pour ma part, devant le cercueil d'un maître et ami vénéré, j'aurais peine à surmonter mon émotion, pour vous raconter celte longue et noble vie, et je suis heureux de pouvoir, au moins, partager une tâche si douloureuse avec le digne interprète des regrets de l'Université (1).

C'est l'Université, en effet, qui vous donna M. Victor Le Clerc. 11 V avait débuté comme élève, et bientôt comme professeur, par de brillants succès; mais, de bonne heure^ on put deviner chez lui, sous l'élégant humaniste, la vocation de l'érudit, les ambitions et les goûts qui le prédestinaient à devenir un jour le modèle des académiciens.

Au milieu d'une rénovation des études, où prédominait l'esprit de la critique littéraire, les livres que publie alors le jeune professeur nous le montrent déjà familier, par ses lectures, avec tous les âges de l'antiquité grecque et latine. S'il compose un recueil de textes grecs à l'usage des classes^ s'il traduit et commente des extraits de Platon, c'est en helléniste qui a remué bien d'autres livres que les modèles classiques, et qui se plaît aux comparaisons savantes, aux rapprochements curieux. S'il continue à versifier au sortir du collège, le latin et le français ne suffisent pas à ces jeux de son esprit; il écrit des vers grecs, que dis-je?

(1) M. Patin, professeur de poésie latine à la Faculté des Lettres, où il succéda comme doyen à M. J.-V. Le Clerc. — Voir aussi la notice de M. Guigniaut (Paris, 1866), et celle de M. Renan, insérée en tète du tome XXV de VHû' toire littéraire de la France (Paris, 1869).

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