‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaire: souvenirs et conseilsChapitre 18 sur 212 · I. JOSEPH -VICTOR LE CLERC · texte numérisé non relu

I. JOSEPH -VICTOR LE CLERC

Échange de communications et de conseils, perpétuité des saines méthodes de l'érudition : tel est en effet, Messieurs, le propre avantage des compagnies comme la nôtre. Nul n'a mieux compris que M. Victor Le Clerc, ni mieux pratiqué ces vertus de la vie académique. S'il y mêlait, par moments, une certaine verdeur de langage, vous savez de quels nobles sentiments s'inspirait sa franchise, et combien cette rudesse apparente cachait un fond de solide bonté. La jeunesse surtout pouvait toujours l'aborder avec confiance, pourvu qu'elle fût studieuse et animée d'un sincère amour pour la recherche du vrai. Il se plaisait à encourager les jeunes gens, à les diriger, à préparer en eux de futurs continuateurs de ses travaux, et la pensée même de la mort perdait pour lui son amertume, devant l'espoir qu'il fondait sur cette famille d'adoption.

Mais en parlant de famille adoptive. Messieurs, puis-je laisser croire que notre confrère ait vécu étranger à toutes les joies de la vie domestique? Il n'en est rien, et de ces joies, M. Victor Le Clerc a vivement et longtemps goûté les plus pures. En approchant de ce tombeau où reposent les cendres de sa mère, vous y avez lu ces deux lignes touchantes : La meilleio^e des mères, qui attend son fils. Privé, tout enfant, de son père, élevé avec une courageuse tendresse parla pauvre veuve, dont il était Tunique affection et le juste orgueil, M. Le Clerc lui rendit avec usure tout ce qu'il lui devait. Cinquante ans de sa vie furent partagés entre deux dévouements, l'amour filial et la passion des lettres. Il y faut ajouter une reconnaissance fidèle pour la famille du maître de pension qui avait été son premier protecteur; il y faut ajouter encore les soins d'une grande et discrète charité. A voir ce vieillard, dans son cabinet d'étude, où s'entassaient des milliers de beaux et bons livres, ses instruments journaliers, on ne devinait d'abord

que les occupations d'un esprit savant ; mais en pénétrant dans le secret de sa retraite, on était sûr d'y trouver l'activité d'un cœur généreux.

Arrêtons-nous, Messieurs, sur des pensées si consolantes.

Par ses écrits excellents et durables, M. Victor Le Clerc a beaucoup fait pour l'honneur de notre Compagnie ; mais il ne l'honore pas moins par ses vertus privées. Devant la tombe où il descend aujourd'hui, aimons à nous souvenir de ses actions autant que de ses ouvrages, et associons-nous aux sentiments que sa main pieuse traçait naguère sur ce marbre, et qui doivent y rester, comme l'un des plus beaux traits de son éloge funèbre.

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