‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaire: souvenirs et conseilsChapitre 19 sur 212 · HENRI PATIN · texte numérisé non relu

HENRI PATIN

Messieurs,

En la personne de M. Henri Patin, la Faculté des Lettres perd aujourd'hui non seulement un chef aimé, honoré de tous, mais un des plus parfaits représentants de notre profession.

Pour tous les hommes de labeur consciencieux, pour tous les maîtres de la jeunesse, c'est une vie pleine de bons et encourageants exemples que celle de l'homme qui, en cinquante années, s'était élevé, par le talent et le travail, des modestes fonctions de professeur de collège aux postes éminents de doyen de la Faculté des lettres de Paris et de secrétaire perpétuel de l'Académie française. L'un des premiers et brillants élèves de l'École Normale en 18H, M. Patin débutait, en 1813, dans une chaire du lycée, alors français, de Gand en Belgique, puis au collège de Meaux. L'agrégation, le doctorat, plusieurs succès dans les concours académiques, lui méritaient bientôt de rapides avancements qui, du lycée Bourbon et du lycée Henri IV, le

(1) Discours prononcé le jour de ses funérailles (le 20 février 1876), par M. Egger, au nom de la Faculté des Lettres.

portèrent d'abord à une conférence dans le sein de rÉcole Normale, à une suppléance , enfin à une place de titulaire dans la Faculté de Paris, dont il devait plus tard devenir le doyen. C'est à la Sorbonne que, dans la chaire d'éloquence française et surtout dans la chaire de poésie latine, nous l'avons vu si longtemps professer avec un religieux amour du devoir, avec toute l'autorité du savoir et du goût le plus délicat. Le caractère. propre et, à quelques égards, original de ses leçons fut d'unir étroitement l'enseignement de l'histoire littéraire et celui des langues anciennes, dont il avait à faire apprécier les chefs-d'œuvre. A part trois éloges académiques et quelques notices sur des écrivains célèbres, tous les ouvrages qu'il a publiés proviennent de ces excelleates leçons, et les reproduisent avec une fidélité générale qui fait qu'en le lisant, on croit toujours'entendre sa parole élégante et grave, nourrie de la plus solide science, attentive jusqu'au scrupule à ne rien affirmer qui ne s'appuie sur un témoignage précis, ou sur la maturité d'une longue méditation. Ce sont les fruits de cette méthode sévère, qui donnent tant de valeur aux rares leçons d'ouverture qu'il a pris le soin de rédiger, aux articles dont il a enrichi le Journal des Savants, articles presque tous consacrés à des livres concernant les sujets habituels de son enseignement ; à sa traduction d'Horace, écrite presque tout entière, au jour le jour, pour ses auditeurs de la Faculté, enfin et surtout à ses belles Études sur les Tragiques grecs, monument unique peut-être en son genre, certainement le plus régulier par les^p reportions, le plus précieux, par la variété comme par la sûreté de l'érudition, qu'ait produit, depuis la Renaissance, l'école des hellénistes français. Trois éditions d'un tel ouvrage, éditions dont chacune améliore et complète la précédente, ne sont pas un médiocre honneur pour la littérature savante de notre pays. Les élèves de l'École

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